Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

  • : le blog fxgpariscaraibe
  • : Caraibes, Antilles, Réunion, Outre-mer, Paris... Le blog des infos du 6e DOM, des gens originaires d'outre-mer à Paris politique economie culture justice société
  • Contact

Recherche

21 octobre 2020 3 21 /10 /octobre /2020 10:24
Jean Bernabé, le créoliste

Tracées de Jean Bernabé

Jean Bernabé (1942-2017) est le grammairien, le créoliste et le militant à qui la langue créole doit sa codification graphique. Il a aussi été un analyste littéraire, un romancier, bref un penseur dont l’ouvrage, Tracées, sorti le 23 septembre chez SCITEP éditions, révèle la dimension anthropologique et l’importance hors du champ linguistique. « Le parcours de Jean Bernabé, figure majeure de la créolistique martiniquaise et l’une des plus importantes de la créolistique mondiale, méritait cet ouvrage », avancent Gerry L'Étang, Corinne Mencé Caster et Raphaël Confiant qui l’ont dirigé, car « les passages qu’il a ouverts ont été fréquentés, féconds, et justifient sa place aux côtés d'Aimé Césaire, Frantz Fanon et Édouard Glissant au panthéon des personnalités marquantes de l’histoire des Antilles ». Ce livre constitue les actes du colloque international organisé en Martinique du 25 au 27 octobre 2017 à l’université des Antilles par le Centre de Recherches Interdisciplinaires en Lettres Langues Arts et Sciences Humaines (CRILLASH). Le Crillash, fondé par Jean Bernabé, est issu du regroupement en 2006 de trois laboratoires de recherches dont le Groupe d'Études et de Recherches en Espaces Créolophone et Francophone, le fameux Gerec également fondé par Jean Bernabé. L’actuel directeur du Crillash est Gerry L'Étang qui a pris la suite de Corinne Mencé-Caster et Raphaël Confiant qui lui avaient eux-mêmes succédé à ce poste.

« Tracées, préviennent les trois chercheurs, renvoie précisément aux différentes empreintes de son cheminement. Toutes sillonnent ces terres au destin incertain que sont la Martinique, la Guadeloupe et la Guyane, au sein d’un monde où migrations et nouvelles technologies rapprochent les peuples mais exacerbent aussi les pulsions nombrilistes. »

FXG

SCITEP éditions, 410 pages, 39,50 euros

Partager cet article

Repost0
21 octobre 2020 3 21 /10 /octobre /2020 05:28
Adoption du budget des Outre-mer en commission des lois

Le débat budgétaire a débuté

La commission des lois de l’Assemblée nationale a adopté jeudi dernier le budget de la mission Outre-mer.

C’est en visio-conférence depuis la Nouvelle-Calédonie où il s’est rendu au lendemain du deuxième référendum sur l’avenir de ce territoire du Pacifique Sud que le ministre des Outre-mer, Sébastien Lecornu, a défendu son budget. Pour faire bonne mesure, il a d’abord rappelé que l’ensemble des fonds d’Etat dévolus aux territoires dépendant de son ministère sont répartis en sus de la mission Outre-mer et de ses deux programmes (« Emploi » et « Conditions de vie ») sur 31 missions et 94 programmes pour un montant global de quelque 19 milliards. Ainsi le budget de la Cohésion des territoires va réévaluer de 17 millions d’euros le rattrapage de la dotation d’aménagement des communes et des circonscriptions territoriales d’outre-mer (Dacom), le ministère de l’Education nationale va prendre à sa charge pour la Guyane et Mayotte 42 millions pour son programme « Enseignants » et 37 pour son programme « Elèves ». A cela, il a ajouté les dispositions spécifiques aux Outre-mer du plan de relance : 50 millions pour l’eau et l’assainissement en Guadeloupe et à Mayotte, 50 millions pour le plan Séisme Antilles, 80 millions pour la relance agricole (notamment les abattoirs à la Réunion), 60 millions pour garantir les pertes de recettes fiscales des collectivités, sans oublier des fonds pour la route en Guyane et à la Réunion.

Pour le budget proprement dit de la mission Outre-mer, il est en hausse de 6 % en autorisation d’engagement à 2,79 milliards et de 2,5 % en crédit de paiement à 2,43 milliards. Le programme « Emploi » progresse de 107 millions avec la compensation des charges sociales patronales en hausse de 6,6 % et la hausse de la contribution au SMA qui ouvre un nouvel établissement à Bourail en Nouvelle-Calédonie.

Le programme « Conditions de vie » augmente de 55 millions d’euros pour financer la ligne budgétaire unique (logement social) de 8,7 % à 224 millions d’euros, les établissements publics fonciers de Mayotte et de Guyane (18 millions), la construction d’écoles à Mayotte et en Guyane (13,4 millions) ou le lycée de Wallis-et-Futuna (17 millions). Enfin pour le soutien aux investissements des collectivités, le fonds exceptionnel d’investissement est maintenu à 110 millions au moment où les contrats de plan Etat-Région vont être relayés par les contrats de convergence et de transformation.

200 millions de crédits de paiement non consommés

Rapporteure pour la commission des lois, l’ancienne ministre des Outre-mer et députée PS de Paris, George Pau-Langevin (GPL) a regretté la sous-consommation des crédits de paiement (200 millions d’euros), mais surtout la faiblesse de ce budget d’un point de vue culturel en baisse depuis 2020 (lire encadré). Le député app. PS de la Martinique Serge Létchimy a proposé une réflexion pour « reformater le périmètre d’action du ministère des Outre-mer » et surtout s’ériger en faux contre ceux qui font porter le poids de la sous-consommation des crédits de paiements aux responsables politiques des territoires : « Il y a un problème structurel d’adaptation locale. Il faut donner aux collectivités un pouvoir d’adaptation directe. » Puis il a martelé une série de questions laissées selon lui sans réponse  par le ministère : « Quel est votre projet pour lutter contre la crise démographique aux Antilles ? Quelle solution pour une diplomatie territoriale ? Que faites-vous pour le chlordécone ? Il faut une loi-cadre sur vingt ans pour sortir pour sortir de cet empoisonnement… Quelles sont vos propositions pour la réhabilitation des logements et cesser de détruire des terres agricoles ? » Il a « quand même » salué à la fin de son intervention « un budget qui progresse». « La réalité est moins joyeuse qu’on a l’impression de l’entendre dans les discours », a déclaré le député de la Réunion David Lorion au nom du groupe LR. En conclusion la rapporteure PS a déclaré : « C’est un budget en reconduction qui ne suscite pas l’enthousiasme, mais mon abstention négative. » Sans surprise, les groupes LREM, Modem, Agir ensemble, majoritaires ont permis son adoption. Le budget de la mission Outre-mer reviendra en séance plénière à partir du 4 novembre et se conclura par un vote solennel sur l'ensemble du texte le 17 novembre après les questions au Gouvernement.

FXG

Réforme statutaire et projet de loi 3D

Répondant à GPL sur le débat autour de la différenciation alors que « la réforme constitutionnelle est au point mort », Sébastien Lecornu a indiqué que « l’enjeu important pour la Réunion et la Guadeloupe est de clarification et de lisibilité de qui fait quoi entre Région et Département ». Ajoutant : « Je suis prêt à regarder ça dans le cadre du projet de loi 3D à la condition que ce soit les territoires concernés qui portent la question, au-delà du débat 73-74 et de la réforme constitutionnelle ».

Le projet de loi 3D, pour « décentralisation, différenciation et déconcentration », a pour ambition, selon le ministère de la cohésion des territoires, de transformer les relations entre l’État et les collectivités territoriales sans constituer pour autant un nouveau big bang territorial. Il devrait être présenté au Parlement dès cet automne.

Le retour d’une arlésienne : la Cité des Outre-mer

Mme Pau-Langevin a déploré l’abandon du projet de cité des Outre-mer et la fermeture de la chaîne France Ô « alors que la loi sur l’audiovisuel n’a pas été votée » et que « il n’est pas établi que les autres chaînes prennent le relais ». Elle s’est appuyée pour dire cela sur le dernier rapport du CSA qui montre un recul de la diversité depuis la fin de France Ô. Eludant la question de la télévision comme il le fait prudemment depuis son arrivée rue Oudinot, Sébastien Lecornu a indiqué être en contact avec la maire de Paris, Anne Hidalgo, pour échanger avec elle sur la cité des Outre-mer et envisager le projet infrastructurel qui reviendrait à la ville de Paris et celui de son fonctionnement à son ministère. Resterait ensuite la capacité à créer le réseau et le dynamisme... « Soit on le fait, a affirmé le ministre, mais on le fait bien, sinon on a le courage de dire qu’on ne le fait pas et on arrête d’agiter l’arlésienne... Mais je suis plutôt volontaire pour faire quelque chose puisque le besoin est là. »

 

 

Partager cet article

Repost0
15 octobre 2020 4 15 /10 /octobre /2020 06:44
Les 170 représentants des filières agricoles et agroalimentaires des RUP devant l'Europarlement à Bruxelles le 25 juin 2018, lors de leur première mobilisation contre la baisse du POSEI.

Les 170 représentants des filières agricoles et agroalimentaires des RUP devant l'Europarlement à Bruxelles le 25 juin 2018, lors de leur première mobilisation contre la baisse du POSEI.

L’Europe envisage une coupe claire de 25 millions sur le soutien à l’agriculture des DROM

Le Programme d'options spécifiques à l'éloignement et à l'insularité (POSEI) est la déclinaison dans les régions ultrapériphériques françaises, espagnoles et portugaises de la politique agricole commune. Jusqu’alors, l’enveloppe du POSEI était de 643 040 000 euros, la commission européenne vient d’annoncer qu’elle envisageait de la diminuer de 3,9 %.

La menace de réduite de 25,41 millions en moins les fonds du POSEI planait déjà au printemps 2018. L’ensemble des acteurs du monde agricole des Outre-mer français, des Canaries, des Açores et de Madère s’étaient alors rendu à Bruxelles faire une démonstration de force, parvenant à faire reculer la Commission. Sur l’ensemble de l’enveloppe, environ 290 M€ sont réservés aux départements et régions d’Outre-mer avec 130 M€ pour la banane, 75 M€ pour la filière canne, 26 M€ pour la filière viande et 15 M€ pour la diversification. "Mon engagement, avait alors déclaré le commissaire européen à l’Agriculture et au développement rural Phil Hogan, et celui du président Juncker sont des engagements solennels." Seulement voilà, deux ans après Junker a été remplacé par Ursula von der Leyen et Phil Hogan par Janusz Wojciechowski. Ils n’ont eu aucun scrupule à revenir sur les engagements pris. Aussitôt, les lobbystes d’Eurodom se sont remis en ordre de bataille : un courrier signé de l'ensemble des acteurs des filières agricoles de Martinique a été remis solennellement au président Alfred Marie-Jeanne à la veille du Forum des Régions ultrapériphériques qui s'est tenu à Bruxelles ces 12 et 13 octobre. Même mobilisation en Guadeloupe autour d'Iguavie (la filière de la viande).

Un Conseil européen les 15 et 16 octobre

Le fonctionnement des institutions européennes stipule que c’est la Commission qui propose mais qu’il appartient ensuite au Parlement et au Conseil européen de décider. La conférence des députés des RUP s’est réunie le 7 octobre dernier pour dire « Non aux coupes POSEI ! ». Parmi eux, notamment, Margarida Marques, eurodéputée portugaise en charge des négociations actuellement en cours avec le Conseil européen sur le cadre financier pluriannuel 2021-2027, mais également Manuel Bompard, chef de la délégation France insoumise, François-Xavier Bellamy, chef de la délégation Les Républicains et Stéphane Séjourné, chef de la délégation LREM au Parlement européen.

De leur côté, les trois ministres français concernés, Sébastien Lecornu, (Outre-mer), Julien Denormandie (Agriculture et Alimentation) et Clément Beaune (Affaires européennes) ont écrit à Janusz Wojciechowski pour réaffirmer la volonté du gouvernement français de maintenir le budget du POSEI pour la prochaine période de programmation. Selon l’eurodéputé LREM Stéphane Bijou, « le courrier du gouvernement français confirme la détermination forte de la France à convaincre le Conseil de protéger nos agriculteurs et nos éleveurs. Cette démarche volontariste illustre l’engagement du Président Emmanuel Macron de respecter et faire respecter les spécificités des Régions Ultrapériphériques ». Le chef de l’Etat aura d’ailleurs l’occasion de faire valoir le point de vue de la France puisqu’il se rend à Bruxelles pour participer au Conseil européen des 15 et 16 octobre. « Nous avons convaincu au sein du Parlement, a fait savoir l’eurodéputé Younous Omarjee (LFI), à la France maintenant de convaincre les chefs d’État au niveau du Conseil. »

FXG

Partager cet article

Repost0
15 octobre 2020 4 15 /10 /octobre /2020 05:37
Sénateur de Saint-Barth de 2008 à 2020, Michel Magras présidait la délégation sénatoriale aux Outre-mer

Sénateur de Saint-Barth de 2008 à 2020, Michel Magras présidait la délégation sénatoriale aux Outre-mer

Un statut à la carte pour les pays d’Outre-mer

Quel socle constitutionnel commun pourrait favoriser l’épanouissement des collectivités d’Outre-mer ? L’ex-sénateur de Saint-Barthélemy y répond en proposant une réécriture des articles 73 et 74 de la Constitution.

« Art 74 – 1 : Dans chacun des pays d’Outre-mer, les compétences de l’Etat comprennent notamment la nationalité, les droits civiques, les garanties des droits fondamentaux et des libertés publiques, l’état et la capacité des personnes, l’organisation et le contrôle de la justice, le droit pénal général, la procédure pénale, la politique étrangère, la défense, la sécurité et l’ordre publics, la monnaie, le crédit et les changes ainsi que le droit électoral. » Tout le reste serait du ressort du pouvoir local ! Ainsi serait libellé le nouvel article consacré aux territoires d’Outre-mer dans la Constitution si on laissait faire Michel Magras. Avant de raccrocher les crampons, l’ancien sénateur de Saint-Barthélemy (qui ne se représentait pas) s’est fendu d’un rapport sur l’évolution institutionnelle dans les Outre-mer dans le cadre d’un travail plus large du Sénat sur la décentralisation.

Michel Magras a auditionné tous les responsables d’exécutifs et d’assemblées locales sur la question statutaire. « Ceux qui sont sous le régime de l'article 74, raconte-t-il, estiment qu'ils ont fait le bon choix et veulent aller plus loin. Dans les collectivités dépendant de l’article 73, personne n’est satisfait et tout le monde pense qu'il faut aller vers quelque chose de nouveau. » Ary Chalus, président du conseil régional de la Guadeloupe, a pointé les transferts de compétences qui pourraient constituer un levier de développement : le sport, la culture, le développement des productions locales pour diminuer la dépendance aux importations ou encore l'aménagement. Il s'est placé en outre expressément dans une logique de subsidiarité, c’est-à-dire que chaque compétence doit être exercé à l'échelon le plus approprié. « En Martinique, témoigne Michel Magras, Alfred Marie-Jeanne est pour aller au 74, Claude Lise, président de l’Assemblée, pointe l'aménagement du territoire, l'environnement, le logement, le transport, la fiscalité locale et l'énergie, comme les compétences qui seraient mieux exercées par la collectivité. » Seul hic en Martinique où la question des deux conseils départemental et régional ne se pose plus : le bicéphalisme institutionnel, au lieu de créer de la synergie, est un élément de blocage... La proposition la plus aboutie est celle de la Guyane qui travaille pour décrocher un statut sui generis, de son genre ! »

Réforme constitutionnelle en attente

Une réforme constitutionnelle était dans les tuyaux mais le président Macron n’en parle plus… Le Sénat a donc déposé 3 propositions de loi dont une ordinaire, une organique (elle sera présenté le 20 octobre), et une constitutionnelle. « Il s'agirait d'introduire un amendement qui proposerait une réécriture complète des articles 72, 73 et 74 de la Constitution. » Le groupe de travail sénatorial a retenu à l’unanimité la version proposée par Stéphane Diemert. Ce magistrat administratif et ancien conseiller juridique au ministère des Outre-mer a rédigé la loi organique sur le statut de Saint-Barth en 2007. Il travaille aujourd’hui sur la future loi statutaire de la Guyane que Rodolphe Alexandre veut voir adopter d’ici cinq ans.

La nouvelle version de la Constitution consacrerait ainsi sous le nom unique de « pays français d’outre-mer », le principe d’un statut à la carte vanté par le président Macron lors du grand débat national avec les maires d’outre-mer. Le chef de l’Etat a alors parlé de différenciation. Les Guadeloupéens l’ont si bien compris que dès juin 2019, le XVIème congrès des élus départementaux et régionaux de la Guadeloupe a adopté une résolution prévoyant notamment « de demander au Gouvernement de réviser la Constitution afin de doter la Guadeloupe d'une loi organique… »

« Les articles 73 et 74 présentent actuellement une dichotomie », regrette Michel Magras. D'un côté, le 73, le paradis, la France ! De l’autre, le 74, l'enfer ! le larguage. En faisant disparaître cette dichotomie on arrive à mieux appréhender le statut sur l'idée de subsidiarité. » Rien n’interdit actuellement aux collectivités des Antilles et de Guyane de demander des habilitations, mais elles sont complexes et longues à décrocher. « Le problème de l'habilitation, résume M. Magras, c'est qu’elle te dit ce que tu vas pouvoir faire, mais pas comment tu vas le financer. Alors qu'avec le transfert de compétences tu sais comment tu le finances. » Rodolphe Alexandre a précisé qu'il souhaitait que le futur statut de la Guyane « s'inscrive dans l'article 73 d'un point de vue régalien mais s'oriente vers l'article 74, sans pour autant perdre notre substance financière ». « La réforme constitutionnelle serait bienvenue, continue M. Magras. Saint-Barth se prépare à l'acte 2 de son évolution institutionnelle et la Guyane frappe à la porte ! La subsidiarité est sans doute le seul moyen d'emmener les outre-mer vers un développement plus harmonieux plus efficace sinon on sera obligé d'admettre qu'on n'a pas réussi. » En attendant le Sénat ou l’Elysée, la réforme constitutionnelle de 2003 permet déjà aux Collectivité d’Outre-mer une évolution statutaire dans les standards des actuels articles 73 et 74.

FXG

Partager cet article

Repost0
12 octobre 2020 1 12 /10 /octobre /2020 21:28
Salon Paris pour l'emploi

L’outre-mer recrute des profils pays

Pour la 3ème année consécutive, le Groupe Créo organisait, en partenariat avec les cabinets Alpha Conseil et Randstad Search, le pavillon Outre-mer du salon Paris pour l'emploi qui s’est tenu jeudi et vendredi derniers à la grande halle de la Villette.

Six entreprises dont les groupes Bernard Hayot, Blandin et encore Physadis-Batir, représentaient les Outre-mer. Une centaine de postes étaient à pourvoir et 250 personnes sont passées les voir ! GBH, par exemple, a récupéré 120 curriculum vitae en direct tandis que 184 autres étaient laissés par des visiteurs virtuels ! L’emploi dans les territoires d’Outre-mer a donné lieu à un webinaire au titre éloquent : « L’Outre-mer : un vrai choix de carrière. Cela a permis de faire le point sur le marché de l’emploi dans nos régions et sur les possibilités de carrière ». « Les entreprises recrutent et affichent clairement leur volonté d’attirer des profils locaux, observe Maël Disa, le délégué interministériel à l’égalité des chances des Français d’Outre-mer en visite sur le salon jeudi matin, des gens qui sont connaisseurs des territoires et qui s’installent de façon pérenne. » Selon Laïza Marie de l’association Jeunesse Outre-mer, le projet de retour au pays après ses études doit être conçu comme un vrai « choix de vie ». Elle a observé, notamment depuis le confinement que certains préparent leur retour parfois jusqu’à deux ans à l’avance. « Il y a des postes offerts en Guadeloupe et en Martinique dans les métiers de la finance, comme comptable ou contrôleur de gestion, dans les ressources humaines et il y a peu de candidats », signale-t-elle. D’où la nécessité de faire un travail de connexion, comme Jeunesse Outre-mer le fait déjà avec Allé Viré en Martinique. « Nous travaillons, poursuit le délégué Disa, à mettre en adéquation l’offre et la demande, en accompagnant les étudiants dans leurs choix d’orientation, mais en parlant aussi avec les formateurs dans la durée. » « Nous ne sommes qu’au début de l’explosion des retours au pays », assure Laïza Marie. Cédric Cepisul, directeur d’Alpha Conseil, cabinet de recrutement spécialisé dans l'emploi outre-mer, est l’exemple type de ce retour réussi au pays. Cédric est revenu en Martinique après avoir travaillé vingt ans à Paris où sont nés et ont grandi ses enfants. « 80 % des cadres affirment qu’ils sont prêts à quitter la région parisienne et 30 % le font, explique-t-il. C’est valable pour les provinciaux mais aussi pour les Ultramarins. » Lui aussi insiste pour dire que « c’est un choix de vie, un choix de famille ».

Le retour un challenge à relever

Laïza prévient les candidats au retour : « Il va falloir s’intégrer. Vous serez challengé. Vous allez prendre peut-être la place de quelqu’un qui attendait ce poste… » La perception que les candidats se font de l’Outre-mer n’est pas toujours bonne. Beaucoup pensent qu’ils n’auront pas les mêmes évolutions de carrière que dans l’Hexagone. « Il existe un marché caché, confie Laïza, alors il faut faire valoir la moindre de ses compétences ! » Kétura Telon a quitté la Guyane pour faire ses études et est restée 12 ans dans l’Hexagone. Elle a décidé de revenir il y a dix-huit mois. Le groupe Créo l’a recrutée au service des ressources humaines pour Leader Price et Megastore. Elle est rapidement devenue responsable. « La Guyane est prête pour les jeunes qui veulent rentrer ! » Selon elle, le BTP, le futur réseau de bus à haut niveau de service, les enseignes qui s’installent sont des signes positifs. Magali d’Abadie de Lurbe, DRH du groupe Creo estime que la crise de la COVID a boosté cette envie de retour. « Il y a toujours la peur de ne pas retrouver les mêmes opportunités de carrière ou d’évolution de carrière par rapport à des structures plus importantes dans l’Hexagone, mais les opportunités sont réelles dans notre tissu de PME et de TPE car cela demande beaucoup de polyvalence ! » Enfin, les conditions de rémunération sont souvent du même niveau que dans l’Hexagone et parfois plus généreuses. « On ne demande pas aux jeunes de sacrifier leur confort pour rentrer au pays, se félicité le délégué Maël Disa. C’est juste un challenge à relever ! »

FXG

Partager cet article

Repost0
12 octobre 2020 1 12 /10 /octobre /2020 06:44
Stéphanie Jacquet lauréate du prix Jeunes Talents L’Oréal-UNESCO 2020 - Pour les femmes et la science

Une Saint-Martinoise en pointe sur les virus

Stéphanie Jacquet est une des 35 lauréates du prix Jeunes Talents L’Oréal-UNESCO 2020 - Pour les femmes et la science. Originaire d’Agrément à Saint-Martin, Stéphanie a quitté son île natale des Caraïbes en 2005 dans le but de poursuivre des études supérieures à Montpellier et devenir enseignante, mais la recherche l’a déviée de sa route. Portrait.

« Saint-Martin, confie-t-elle, j’y ai une bonne partie de ma famille, c’est mon île natale, mon histoire, mes débuts… la base de mon parcours. » Fascinée par la richesse des mécanismes employés par les parasites pour se répliquer et se transmettre d’un hôte à l’autre, elle a décidé de s’orienter vers la recherche scientifique. Depuis son master de sciences, la jeune femme s’intéresse aux mécanismes qui gouvernent la circulation de pathogènes dans différentes espèces. Sa thèse, soutenue à Montpellier, portait sur un moucheron qui transmet un virus aux bovins. Hôte, vecteur, parasite, tout ça dans un environnement donné, c’est sa règle de trois ! Aujourd’hui, Stéphanie étudie les chauves-souris. « Elles sont des espèces fascinantes, très importantes pour l’écosystème et sont les hôtes de virus dont certains sont transmissibles à d’autres espèces animales et à l’homme. » Les chauves-souris ne développent souvent pas les symptômes des maladies virales qu’elles hébergent quand ces maladies touchent pourtant d’autres espèces de mammifères. Ont-elles des particularités qui leur permettraient de se défendre ou de tolérer les infections virales en comparaison à d’autres espèces. C’est cela l’objet de ses recherches. Elle s’intéresse au système immunitaire inné, donc à des gènes dont la fonction est de bloquer la réplication virale. « J’essaie de voir s’il y a des adaptations, des caractéristiques génétiques qui leur permettraient de se défendre efficacement contre les virus. »

Une grande proportion des maladies infectieuses sont des zoonoses, c’est-à-dire des maladies transmises de l’animal à l’homme. « Les chauves-souris sont le réservoir de certains parasites. Comment se défendent-elles et comment ces parasites circulent dans les autres espèces ? Y répondre peut nous donner des pistes pour mieux comprendre ce qui se passe chez l’homme. Nous avons déjà mis en évidence dans notre projet que les chauves avaient effectivement des particularités génétiques qui pourraient contribuer à une réponse antivirale unique. »

Des interactions hôtes-virus

Stéphanie n’était pourtant pas prédisposée à cette carrière puisque quand elle est venue dans l’Hexagone, c’était pour être enseignante. « C’est un cours de parasitologie qui m’a vraiment fascinée. Je me suis rendu compte qu’il y avait une très grande diversité de parasites, de mécanismes mis en place pour qu’ils puissent se répliquer. C’est un sujet qui concerne directement notre société ! Voilà pourquoi je me suis orientée vers la recherche. »

Depuis, ses travaux de recherche s’articulent autour de l’émergence de maladies infectieuses et la transmission de pathogènes d’une espèce à l’autre. Elle poursuit ses travaux à Lyon au Laboratoire de Biométrie et Biologie Evolutive et au Centre International de Recherche en Infectiologie. Quand on lui demande si elle a eu eu la sensation de découvrir des choses nouvelles, elle répond : « Tout le temps ! C’est pour ça que j’adore mon métier ! Même toutes petites, ces découvertes constituent de petites pièces au puzzle que représentent les interactions hôtes-virus et qui soulèvent d’autres questions… » Elle a travaillé sur le virus de l’hépatite B qui infecte aussi les chauves-souris. Actuellement, ses sujets d’étude sont les pox-virus, une famille de virus dont faisait partie la variole, aujourd’hui éradiquée.

Comme tous les chercheurs en post-doctorat, Stéphanie est en contrat à durée déterminée. Son avenir ? « C’est un concours pour avoir un poste de chercheur permanent. »

FXG

Partager cet article

Repost0
8 octobre 2020 4 08 /10 /octobre /2020 04:10
Aurélie Boisnoir, prix Jeunes Talents L’Oréal-UNESCO 2020 pour les femmes et la science

Les microalgues responsables de la ciguatera dans son microscope

Aurélie Boisnoir est la seule martiniquaise parmi les 35 lauréates du prix Jeunes Talents L’Oréal-UNESCO 2020 - Pour les Femmes et la Science. Cette chercheuse vit Ducos et est originaire du François. Elle réalise actuellement un post-doctorat à l’Ifremer de la Martinique sous la direction de Dr Nicolas Chomérat et Jean-Pierre Allenou. Ses recherches portent sur les dinoflagellés benthiques toxiques, des microalgues présentes en mer des Caraïbes et responsables de la ciguatera, une intoxication alimentaire connue aussi sous le nom de « gratte ».

« J’étais en première année de Master Océanographie et Environnements Marins à l’Université Pierre et Marie Curie. Je suivais un cours magistral, quand le Pr Lemée m’a demandé de passer le voir. Il m’a présenté un projet financé par la Fondation de France qui concernait les dinoflagellés benthiques présents aux Antilles françaises. » Banco ! Ce sera son stage de Master 2, celui qui va définitivement la lancer dans la biologie marine. « Après mon Master, j’ai décidé d’approfondir mes résultats et d’en faire mon sujet de thèse : « Les dinoflagellés benthiques toxiques de Guadeloupe et Martinique : Distribution et rôle trophique pour la méiofaune. » Elle obtient son doctorat en 2018 à l’Université des Antilles sous l’encadrement du Pr Lemée et du Dr Pascal. Elle part ensuite faire un premier post-doc aux Etats-Unis puis décide de revenir en Martinique. « Après une approche écologique et environnementale de la ciguatera, je voulais aborder la question en y intégrant de nouvelle approche et de nouveaux outils : la microscopie électronique à balayage, la phylogénétique et la chimie. » Actuellement, Aurélie travaille sur l’identification morphogénétique des dinoflagellés benthiques toxiques des Antilles françaises et la caractérisation chimique de leurs toxines. « Concrètement, je cherche à identifier toutes les espèces de dinoflagellés benthiques potentiellement toxiques dans les Antilles françaises et à caractériser la toxicité de chacune d’elles parce qu’on ne sait pas encore quelles sont les espèces les plus problématiques. » Les résultats de ses recherches permettront la mise en place d’outils pour une meilleure gestion du risque. Les toxines naturelles synthétisées par ces microalgues sont parmi les plus puissantes connues actuellement. Elles provoquent chez la population humaine qui consomme certaines espèces de poissons carnivores la ciguatera qui est une intoxication alimentaire d’origine non-bactérienne. « Cette intoxication est la plus fréquente au monde, précise Aurélie, et la région des Caraïbes est la deuxième zone la plus touchée après le Pacifique. Les toxines synthétisées par ces microalgues traversent les différents maillons de la chaîne alimentaire et s’accumulent chez certaines espèces tropicales carnivores comme les carangues, les barracudas, certains pagres, la murène verte… « Comme ces toxines sont thermostables, elles ne sont pas dégradées par la température et la population est ainsi exposée à un risque sanitaire potentiel. »

Quand elle a eu son bac scientifique option Sciences de la Vie et de la Terre, Aurélie a commencé par s’inscrire en médecine à Schoelcher. Après avoir redoublé sa première année, elle a choisi de se réorienter et de partir en Guadeloupe pour commencer une Licence en Biologie, Environnement des Sciences de la Terre. « Je visais déjà l’océanographie, mais il fallait attendre le Master pour se spécialiser en biologie marine… »

Et pourtant aujourd’hui, elle collabore avec Dr Résière et Dr Florentin qui travaillent au Service de Soins Critiques au CHUM. On sait traiter les symptômes de la ciguatera, mais elle est difficile à diagnostiquer. « Il peut y avoir jusqu’à 175 symptômes différents avec des intensités variant d’un patient à l’autre ! Il y aurait 50 000 intoxications à la ciguatera par an dans le monde, mais ces cas ne représenteraient que 20 % du nombre de cas réels ! »

Trois fois plus de cas de ciguatera en dix ans

« Avec les études qu’on a pu mener, on sait maintenant qu’on retrouve ces microalgues sur le littoral de la Guadeloupe, de la Martinique, de Saint-Barth et de Saint-Martin. Des dispositions réglementent la pêche et la vente de certaines espèces de poisson de ces îles sauf en Martinique où aucun arrêté préfectoral n’a été encore pris. Grâce à une étude en cours de soumission du Dr Résière, on sait que les cas de ciguatera ont augmenté. En l’espace de dix ans, trois fois plus d’intoxications ont été signalées en Martinique. Elle est aussi sujette à de nombreuses intoxications collectives. Elles surviennent suite à la consommation de captures de grandes tailles partagées entre plusieurs personnes. » Les amateurs de poisson savent généralement quelles espèces il faut éviter de manger, mais, alerte Aurélie, « il y a des espèces qu’on ne soupçonnait pas comme les bénitiers dans l’océan Pacifique. Cette intoxication peut donc aussi survenir suite à la consommation de certaines espèces d’invertébrés marins ! »

Pour trouver les microalgues toxiques, Aurélie plonge en palme, masque et tuba. Elle étudie ses prélèvements au microscope et les met en culture. « Dans les Caraibes, on a une phanérogame marine qui est invasive et nos études ont montré que cet herbier favorise le développement de certaines microalgues toxiques. » Elles ont besoin de substrats pour se développer, notamment les macroalgues qui se développent sur les récifs coralliens dégradés. L’augmentation des cas de ciguatera pourrait être liée à la dégradation du milieu. « Le littoral de la Martinique connaît des problèmes d’eutrophisation, des apports en nutriments en quantité qui ont tendance à dégrader les écosystèmes dont les récifs coralliens. Il pourrait y avoir un lien entre ces phénomènes d’eutrophisation et le développement de ces microalgues. » Depuis 2014, une nouvelle maladie corallienne a émergé en Floride et les premiers signes de cette maladie sont visibles depuis cette année en Guadeloupe et suspectées en Martinique. Cette maladie pourrait aussi malheureusement contribuer à l’augmentation du nombre de cas de ciguatera suite à la mortalité des communautés coralliennes.

Des tests et un CDI

« Certains récifs coralliens seront amenés à disparaître et les conditions semblent être favorables au développement des microalgues responsables de la ciguatera au niveau des Antilles françaises. » Aurélie s’est également intéressée à l’interaction avec les sargasses. « J’ai fait des prélèvements et j’ai observé des microalgues potentiellement toxiques mais en plus faible abondance que sur d’autres substrats. Les sargasses ne contribueraient pas à l’émergence de la ciguatera, contrairement aux phanérogames, en revanche elles permettraient de disperser ces microalgues jusqu’aux côtes africaines et d’homogénéiser leurs populations à l’échelle des Caraïbes. »

Le changement climatique pourrait-il affecter le développement de ces microalgues dans dix ou cinquante ans ? Les régions tempérées commencent à être touchées alors que cette intoxication alimentaire était historiquement circonscrite aux régions tropicales. « J’aimerais participer à la mise en place d’un test de routine qui permettrait de tester les poissons sur les marchés pour éviter à la population de s’intoxiquer. »

Mais d’ici là, Aurélie a besoin de consolider sa situation car quand on est en post-doctorat, on est en CDD. « J’espère pouvoir rester à l’IFREMER de la Martinique afin de poursuivre mes travaux de recherches sur la ciguatera et plus largement sur la préservation des écosystèmes côtiers des Antilles françaises ! »

FXG

Partager cet article

Repost0
7 octobre 2020 3 07 /10 /octobre /2020 11:01
Lorène et son directeur de recherche Damien Chevallier devant une tortue luth

Lorène et son directeur de recherche Damien Chevallier devant une tortue luth

Lorène, les tortues marines et l’intelligence artificielle

Lorène Jeantet est une des lauréates 2020 du Prix Jeunes Talents L'Oréal-UNESCO Pour les Femmes et la Science. Si la jeune femme est actuellement en 3e année de doctorat au département écologie, phytologie et éthologie de l’institut pluridisciplinaire Hubert Curien à Strasbourg, elle étudie le comportement en mer des tortues marines en Guyane et en Martinique.

« Stratégie alimentaire et optimisation du comportement de plongée des tortues marines en lien avec les conditions océanographiques » est l’intitulé de la thèse qu’elle prépare grâce, entre autres, au financement de la Direction de l'Environnement, de l'Aménagement et du Logement de la Guyane. Son directeur de recherche, Damien Chevallier, est chercheur au CNRS et spécialiste depuis 2004 des tortues marines (luth, verte, imbriquée et olivâtre) en Guyane et en Martinique où il réside.

Pour connaître le comportement des tortues, l’élève-chercheur et son boss utilisent des biologgers, c’est-à-dire de capteurs qu’on pose sur les tortues. « Nous utilisons l’intelligence artificielle pour essayer de déduire le comportement qu’elles expriment sous l’eau. » Lorène développe des algorithmes d’apprentissage supervisé qui lui permettent d’identifier le comportement des tortues à partir des données collectées par les biologgers. Ce dispositif leur a permis de confirmer que la tortue verte ne s’alimenterait pas en Guyane, mais ne viendrait que pour y pondre. « Généralement, raconte la jeune femme, sa zone d’alimentation est au Brésil et lorsqu’elle migre en Guyane, c’est pour une durée d’environ un mois durant laquelle elle ne s’alimente pas. » Ces tortues sont très fidèles à leur site de ponte. C’est en général là qu’elles sont nées, il y a vingt ans ou plus…  Et pourtant, il n’y a pas ou très peu de zone d’alimentation pour elles. « Ce sont des herbivores et il y a très peu d’herbiers marins en Guyane française. Elles vont être capable de favoriser des zones de repos pour garder de l’énergie pour la gestation, la ponte qui demande beaucoup d’énergie. » Alors que les tortues sont là depuis 110 millions d’années, en Guyane qui est un site de ponte majeur pour les tortues luth, on constate un déclin important de leur population. En cause la destruction de nids. 40 % sont dues à l’érosion et 20 % au braconnage. « Il y a aussi les chiens errants qui participent à cette destruction et puis, il y a beaucoup de dangers en mer pour les mères reproductrices, notamment la pêche accidentelle qui conduit les tortues à mourir dans les filets… »

Les missions d’observation des tortues ont lieu généralement sur la plage de Yalimapo. « Dès qu’on trouve un individu, on l’identifie, le mesure, voit si on le connaît car tous les individus ont une puce… » Pour l’instant, il n’y a pas de laboratoire à Yalimapo, mais il y a une base qui est en construction et qui pourra accueillir des équipes de chercheurs. Pour l’heure, ils ne sont que deux chercheurs, Lorène et son patron, mais ils sont aidés par l’association Kwata et travaillent avec Daniel, le chef coutumier. Ces campagnes existent depuis les années 1970 avec Green Peace et se déroulent tous les ans. « On observe deux à trois montées de tortues luth par nuit, relate Lorène, et au moins un nid est braconné... Les tortues vertes sont un peu plus nombreuses puisqu’on en compte en moyenne vingt par nuit pour trois à quatre nids qui sont braconnés… A Yalimapo, heureusement, c’est une réserve naturelle avec les gardes qui font un travail de comptage, de collecte d’informations, et quelque fois ils trouvent les braconniers et les interpellent.

Des pontes en Martinique

Les tortues vertes qui viennent pondre en Guyane, repartent en mer pour une dizaine de jours, avant de revenir pondre. « Elles peuvent faire ça trois à quatre fois. Moi, dit Lorène, je veux savoir tout ce qui se passe pendant cette phase dans l’eau, la nuit, le jour… Est-ce qu’elles dorment, s’alimentent ? Qu’est-ce qu’elles font ? Et on se pose ces questions aussi bien en Guyane qu’en Martinique. »

En Martinique, les deux chercheurs pensent qu’il y a beaucoup plus d’interactions que ce que l’on pensait jusqu’alors entre les individus. « On pensait les tortues assez solitaires et on découvre des comportements qui nous amènent à nous interroger sur la communication qu’elles peuvent avoir. Est-ce que les tortues communiquent entre elles via des vocalisations ? Ce n’est qu’un début de travail qui devrait faire l’objet d’une publication… »

Des analyses génétiques ont montré qu’une partie des tortues qui viennent pondre en Guyane viennent grandir et se développer en Martinique. La population est composée majoritairement de juvéniles, pas encore en âge de se reproduire. « Elles viennent en Martinique uniquement pour s’alimenter, grossier et se développer, ensuite, quand leur carapace fait environ 90 cm, certaine partent en migration pour se reproduire et pondre sur les plages de leur naissance en Guyane. »

Ils ont observé toutefois que certaines tortues, luth et vertes, restent pondre en Martinique. « Très peu de tortues vertes pondent en Martinique, mais celles qui le font sont peut-être des individus qui ont décidé de rester en Martinique non seulement pour pondre, mais également pour s’alimenter. C’est une hypothèse qu’il faut qu’on explore. On connaît encore très peu de choses des tortues marines… » Mieux connaître l’espèce c’est permettre de mieux la protéger du déclin qu’elle est en train de subir en ce moment. La tortue a une position élevée dans la chaîne trophique. Elles participent à un équilibre. « Si on fait disparaître un maillon de la chaîne, l’équilibre est perturbé… Leur étude nous permet aussi d’avoir un avis sur l’état de nos océans. » Actuellement, en Guyane, se pose un problème de ressources marines à cause de la surpêche et de la pêche illégale, et les individus en haut de la chaîne sont moins enclin à s’alimenter, ce qui participe au déclin de ces espèces. « Ces tortues sont une sentinelle de l’état de nos océans. » Grâce aux biologgers et à l’intelligence artificielle, Lorène Jeantet concourre à la préservation de la biodiversité, un enjeu du XXIe siècle.

FXG

Partager cet article

Repost0
7 octobre 2020 3 07 /10 /octobre /2020 10:49
Le budget 2021 des Outre-mer

Deux tiers du budget des Outre-mer dédiés aux exonérations de charge

Le projet de loi de finance pour l’année 2021 a été présenté lundi au conseil des ministres. D’un montant total de 490 milliards d’euros, il affiche un solde négatif de 152 milliards, soit un déficit de 6,7 % du PIB. Le budget de la mission Outre-mer est stable à 2,38 milliards tandis que les dépenses fiscales s’élèveront à 5,6 milliards.

Sur les 2,38 milliards du montant de la mission Outre-mer, 66 % soit 1,57 milliards financeront la compensation des exonérations de cotisations sociales patronales auprès de la Sécurité sociale. En 2021, ce dispositif fait l’objet d’une révision à la hausse de + 97 millions.

8 % de ce budget, soit 190 millions d’euros, abonderont l’enveloppe des contrats Etat-collectivités et, à hauteur de 110 millions, le fonds exceptionnel d’investissement. Des crédits sont par ailleurs prévus pour les interventions de l’Agence française de développement (AFD) et de l’Agence nationale de la cohésion des territoires (ANCT).

7 %, soit 166 millions financeront la politique du logement. Mais le même document du ministère des Finances annonce par ailleurs une ligne budgétaire unique à 225 millions d’euros pour financer le logement neuf, notamment social, l’accession sociale à la propriété, la réhabilitation de logements existants ou encore la résorption de l’habitat insalubre. Sur ces 225 millions, 18 M€ supplémentaires sont débloqués en faveur des établissements publics fonciers d’aménagement de Guyane (EPFAG) et de Mayotte (EPFAM).

Les autorisations d’engagement augmentent globalement de 160 millions. Ainsi 120 millions seront consacrés en 2021 aux constructions scolaires, dont 14 M€ supplémentaires en faveur des écoles primaires à Mayotte et 17 millions pour le lycée de Wallis et Futuna. L’Etat poursuit également ses investissements en Guyane, tels que prévus dans le « Plan d’urgence Guyane » de 2017.

7 %, soit 166 millions d’euros financeront le Service militaire adapté qui va pouvoir opérer 35 nouveaux recrutements.

Le document du ministère annonce encore 5 % en soutien de l'Etat aux collectivités et à la reconversion de l'économie polynésienne et 6 % dits « autres ».

Plan de relance

Ce budget doit permettre aussi de déployer la relance dans les territoires d’Outre-mer. « Selon l’évolution de la situation macroéconomique », ce plan pourra atteindre les 1,5 milliards d’euros. Des projets sont déjà identifiés comme la prévention du risque sismique dans les Antilles (50 millions dont 15 en 2021) et une accélération du « plan eau DOM » avec le déploiement massif de 50 millions (dont 15 en 2021) pour « consolider le marché des travaux et de la gestion des réseaux ».

La troisième loi de finances rectificative pour 2020 a d’ores et déjà prévu de soutenir les recettes de fonctionnement des collectivités confrontées aux conséquences de la crise, et de concourir à leurs investissements. « En fonction de l’évolution économique, les collectivités ultramarines devraient bénéficier d’environ 200 millions au titre de la garantie de recettes fiscales, incluant les recettes spécifiques à l’outre-mer (octroi de mer et taxe spéciale de consommation). En complément, l’abondement exceptionnel de la dotation de soutien à l’investissement local (DSIL) permet à l’Etat d’orienter ses aides vers les projets mûrs, prêts à être lancés par les collectivités locales. »

Par ailleurs, le budget du ministère de la Culture prévoit un dispositif d’aide spécifique aux titres de presse ultramarins doté de 2 millions d’euros. Cette aide doit également permettre de soutenir la distribution de la presse nationale dans les Outre-mer.

Plus globalement les dépenses de l’Etat (tous ministères confondus) s’élèveront en 2021 à quelque 22 milliards d’euros.

La discussion de la première partie du projet de loi de finances pour 2021 aura lieu du 12 au 19 octobre et se conclura par un vote solennel le mardi 20 octobre après la séance des questions au Gouvernement. La discussion de la seconde partie débutera le lundi 26 octobre et se conclura par un vote solennel sur l'ensemble du texte le mardi 17 novembre après les questions au Gouvernement. L’adoption définitive du projet de loi de finances devra intervenir au plus tard le vendredi 18 décembre.

FXG

La couleur du budget des Outre-mer

Les principales dépenses rattachées à la mission Outre-mer ayant un impact négatif sur l’environnement sont des dépenses fiscales dont le montant global s’élève à 5,6 milliards d’euros. Il s’agit notamment de l’exonération dans les départements d’outre-mer de la taxe intérieure de consommation applicable aux carburants, estimée à 1,7 milliards pour 2021, quand bien même il existe des taxes locales sur les carburants, notamment la taxe spéciale de consommation. Certains produits, matières premières et produits pétroliers sont également exonérés en Guadeloupe, en Martinique et à La Réunion, pour un montant de 200 millions d’euros. Les 35 millions de dépenses consacrés aux logements neuf sont considérés défavorables pour l’environnement (artificialisation des sols) contre 142 millions jugés neutres. Même bilan négatif pour le budget des aides au transport du programme 123 (LADOM) dont le montant n’est pas précisé mais qui mobilisait 3,85 millions d’euros en 2019. Enfin, les 3 millions d’euros affectés aux Agences des 50 pas géométriques de Martinique et de Guadeloupe ont toutes les deux été cotées comme favorables eu égard notamment à leurs missions de protection du littoral.

Partager cet article

Repost0
6 octobre 2020 2 06 /10 /octobre /2020 04:41
Camarade Jean, un film sur l'histoire contemporaine de la Guadeloupe

Un film sur le père de l’UGTG et de l’UPLG

Entre 1970 et 1973, trois organisations syndicales ont vu le jour en Guadeloupe. Elles ont toutes en commun un homme : Louis Théodore connu sous son nom de marronnage, Kanmarad Jan qui donne son nom au film de Franck Salin. Plus que l’histoire de cet homme, ce documentaire raconte celle des luttes contre les inégalités en Guadeloupe.

Le passé récent est souvent le parent pauvre de l’histoire, comme si les événements vécus par la génération de nos parent et grands-parents n’avaient pas encore droit aux lettres de noblesse. Avec Camarade Jean, le film documentaire réalisé par Franck Salin, c’est l’histoire contemporaine récente, politique, économique, sociale, culturelle de la Guadeloupe qui est revisitée. Avant que Kanmarad Jan (il était alors inséparable de feu Kanmarad Max, alias Sonny Rupaire) ne disparaisse, le réalisateur est allé recueillir sa précieuse mémoire pour la transmettre à la jeunesse et au monde. Sa mémoire, mais également celle de Claude Makouke, de Luc Reinette, de Serge Glaude et de ces autres qui ont refusé le système post-colonial français en Guadeloupe. L’histoire de Louis Théodore a d’abord été clandestine et ceux qui, comme lui, ont vécu ces quatre dernières décennies du XXe siècle, savent ce qu’il en coûtait d’affirmer ses idées anticolonialistes : lajol ! La mémoire fut donc elle aussi clandestine. Franck Salin fait revivre à travers la vie de Louis Théodore ce courant de pensée anticolonialiste, moqué par le général de Gaulle en 1964, dénigré par le président Mitterrand en 1985, mais salué par Che Guevara et Mao Tsé Toung ! Rien que pour ces images, il faut voir ce film qui rappelle à la jeunesse guadeloupéenne qui étaient ces gens à l’origine du syndicat UGTG. Ce film peut permettre aussi à ceux qui n’attendent rien ni des indépendantistes, ni des syndicalistes au moins de comprendre sa ki té passé adan péyi gwadloup, sa ki ka passé adan tèt ayo. Franck Salin a le mérite d’avoir fait ce film avant que plus personne ne soit là pour en témoigner.

FXG

Après sa diffusion en Guadeloupe, le film est diffusé mardi 6 octobre au soir sur Martinique et Guyane La 1ere. Et à Paris, il passera à la mairie du 13e arrondissement le 27 octobre à 19 heures dans le cadre du Festival Kréyòl

Partager cet article

Repost0

Articles Récents