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26 février 2016 5 26 /02 /février /2016 08:17

Interview de Marisol Touraine, ministre des Affaires sociales et de la Santé.

La ministre de la Santé est arrivée mercredi soir en Guadeloupe, jeudi en Martinique et vendredi en Guyane. Au programme un seul sujet (ou presque) : le zika.

"Rien ne vient établir ce lien entre pesticides et malformations"

Vous venez rassurer la population quant aux mesures prises contre le zika ?

Je viens dans les départements français d'Amérique parce qu'ils sont confrontés à une crise sanitaire et chaque fois qu'une partie du territoire français est dans ce type de situation, je tiens à m’y rendre. Cette crise, c'est le zika. Depuis la fin du mois de décembre, ces départements sont confrontés au virus et nous avons constaté à ce jour plus de 7000 cas principalement en Martinique et en Guyane, dont 38 femmes enceintes qui font l'objet d'un suivi renforcé. On le sait, le risque majeur est celui des malformations congénitales pour les fœtus. Ce voyage dans ces trois départements est d'abord l'occasion de rendre hommage à l'excellence du travail, de l'engagement et de la prise en charge par l'ensemble des acteurs locaux, que ce soient les collectivités locales, les autorités sanitaires, les médecins, les associations, les hôpitaux, ainsi que les acteurs de la recherche... Tout le monde est mobilisé et cette excellence doit beaucoup à l'expérience acquise lors des précédentes épidémies. Je pense en particulier au chikungunya et à la dengue... Je viens aussi pour confirmer que les premiers renforts sanitaires pour la gestion de cette crise sont bien arrivés et qu’ils seront naturellement renforcés si cela est nécessaire.

La Guadeloupe résiste bien à l'épidémie, est-ce du à la qualité de la lutte anti-moustique ?

La Guadeloupe est en effet moins touchée que les autres départements puisque l'on y a identifié un peu plus de 200 cas, contre des milliers en Martinique. Il est vrai que la lutte anti-vectorielle y est très active... Je souhaite d’ailleurs saluer la mobilisation des acteurs de terrain en Guadeloupe. La démoustication est essentielle, parce que la mobilisation, ce n'est pas seulement après l'épidémie qu'elle doit intervenir ! C'est surtout avant, pour essayer de limiter celle-ci et de la contrôler. La Guadeloupe est moins touchée, mais ne se sent pas moins concernée pour autant. La mobilisation y est totale.

Quelle est la situation en Martinique ?

Nous avons plus de 6000 cas évocateurs, ce qui veut dire que l'épidémie est installée et elle va se prolonger. C'est pourquoi tout ce qui vient soutenir la prévention est utile. Par ailleurs, il faut rappeler que la plupart des personnes touchées ne développe aucun symptôme. Cela ne facilite pas le contrôle de l'épidémie, mais à l'inverse accélère l'immunisation de la population.

N'y a-t-il pas eu une psychose ou exagération concernant le zika alors qu'en Polynésie française personne ne s'était inquiété ?

La situation est très différente. Le nombre de cas en Polynésie était beaucoup plus faible. Et surtout le lien entre le virus et les malformations des fœtus n'était pas établi.... Lorsque ce lien a commencé à être suspecté, les pays touchés ont commencé à se demander quelles mesures particulières de suivi devaient être proposées aux femmes enceintes. De même pour le don d'organe et de sang et pour les procréations médicalement assistées. La France a été très réactive.

Vous allez aussi rencontrer les acteurs de la recherche, notamment à l'institut Pasteur de Cayenne qui a participé au séquençage du génome du zika...

L'institut Pasteur de Cayenne est une structure de pointe qui est évidemment en prise directe avec les enjeux spécifiques aux DFA, même si leur savoir faire va très au-delà. Je veux là encore saluer l'excellence du travail de l'ensemble des acteurs locaux, qu'ils soient professionnels ou politiques... La sérénité avec laquelle ils gèrent la situation ne les empêche pas d’être très vigilants et de prendre toutes les mesures de précaution qui s’imposent. Ce dernier point est essentiel : je suis aussi là pour les marteler. De fait, mon déplacement vise à soutenir et écouter les acteurs locaux : nous ne répéterons jamais assez les messages de prévention. Contre le zika, il faut se protéger des moustiques, c’est valable pour tous, mais en particulier pour les femmes enceintes. Si le zika est aujourd'hui une préoccupation particulière et nouvelle, c'est parce que c'est un virus porteur de risque particulier, parfois grave, pour les femmes enceintes. On le sait, il y a des suspicions très fortes de lien entre le virus et des malformations congénitales pour les foetus.

On a mis en cause des pesticides pour les cas de microcéphalie ; qu'en est-il réellement ?

Rien ne vient établir ce lien entre pesticides et malformations. Il y a eu des cas de microcéphalies dans des régions où les pesticides évoqués dans ces rumeurs n’ont pas été utilisés. Pour autant, il faut être évidemment attentif aux pesticides auquel on a recours. Des recherches ont lieu de manière permanente pour voir quelle est la meilleure manière de lutter contre les moustiques et il y a des recherches sur la toxicité des pesticides. Mais aujourd'hui, le seul lien sérieux est celui qui existe entre la malformation congénitale et le virus. Se protéger du moustique, c'est protéger les femmes enceintes qui peuvent être exposées à un risque important. Je le rappelle et la population le sait, mais il faut le marteler : la maladie est transmise par le moustique. Et même si on n'est pas une femme enceinte, on doit se protéger parce qu'en se protégeant, on protège les femmes enceintes du territoire.

C'est pour cela que dans dans chacun des départements visités, vous consacrerez une partie aux pôles mère enfant ?

Exactement ! Dans chaque DFA, je vais, en plus de ma visite aux acteurs de la lutte anti-vectorielle, voir dans les hôpitaux les pôles mères-enfants, les services de maternité, de protection maternelle et infantile, de suivi des grossesses... Je vais rencontrer des associations pour rappeler les gestes de vigilance, les précautions à prendre et mettre l'accent sur le suivi renforcé des femmes enceintes dans ces territoires parce qu’encore une fois, ce sont elles qui sont les plus exposées.

Que fait-on pour les femmes enceintes et atteintes du zika ?

Les femmes déjà enceintes et déclarées positives au zika doivent être suivies de manière extrêmement rapprochée. Il n'y a pas de traitement donc ce que nous proposons, c'est un nombre accru d'échographies, des rendez-vous avec les professionnels de santé pour faire un point étape par étape, avec l'espoir qu'aucune malformation ne se déclare. Et si une malformation se déclarait, les médecins seraient là pour en parler avec leur patiente.

Nos hôpitaux ne sont pas en très bonne santé financière, surtout en Guyane, et les médecins demandent depuis longtemps la revalorisation de leurs honoraires. Qu'amenez-vous dans votre besace ?

Mais vous savez, le soutien aux hôpitaux et aux professionnels de santé est permanent ! Je vais rencontrer les acteurs de santé et évoquer avec eux l'ensemble des difficultés qu'ils peuvent rencontrer. Je suis là pour soutenir leur mobilisation face au virus et pour marquer le soutien de l'Etat dans cette situation particulière. C'est ça le sens de ma visite.

Je veux aussi rappeler que l’investissement dans les Outre-mer représente plus d’un milliard d'euros d'engagement depuis 2012 ! C'est un effort considérable à l'échelle de la France, je veux le souligner ! Cela représente une part très importante des engagements pour l'ensemble du territoire français. Par ailleurs, je vais à Saint-Laurent-du-Maroni pour marquer officiellement le lancement du nouvel hôpital que j'ai soutenu, et pour rencontrer l'association AIDES.

Avons-nous assez de médecins dans chacun des DFA, devons-nous en attirer davantage ?

Oui, c’est une préoccupation constante. C’est vrai partout sur le territoire d’ailleurs, même s’il y a un engagement spécifique à faire reconnaître : les enjeux de santé publique pour les DFA. Cela sera précisément l’objet de la stratégie nationale de santé pour les outre-mer qui est une déclinaison adaptée aux Outre-mer de la loi de modernisation de notre système de santé, pour ce qui est de la santé publique.

Propos recueillis par FXG, à Paris

 

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