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2 mars 2016 3 02 /03 /mars /2016 06:34
Salon international de l'agriculture 2016

Il y avait eu le "Casse-toi pauv'con" de Sarkozy en 2008. En 2016, c'est Hollande qui est copieusement sifflé et hué. On est loin du sympathique Jacques Chirac flattant le cul des vaches... Les représentants des chambres d'agriculture des quatre vieilles colonies s'expriment sur le sujet et le malaise paysan...

Propos recueillis par FXG, à Paris

Clarel Coindin-Virama, vice-président de la chambre d'agriculture de la Réunion et José Siva, directeur

"On ne sifflera pas le président de la République"

Le président Hollande a été hué samedi au SIA par vos collègues de l'Hexagone... Même s'il n'est pas passé sur les stands des Outre-mer, comment avez-vous vécu cela ?

José Siva : C'est bien triste aujourd'hui quand on voit la situation de crise qui touche les agriculteurs de France. Nous sommes solidaires, mais je pense que le président, il faut aussi le respecter par rapport à son rang, mais nous compatissons aux difficultés de la profession et à la crise qu'elle subit. J'espère qu'une solution sera trouvée...

Clarel Coindin-Virama : Tout pays a besoin de son agriculture ! On a besoin de manger, donc de ses agriculteurs et j'aimerai bien que le gouvernement et le président fassent quelque chose pour que l'agriculture dure, que la France soit toujours l'exemple de l'agriculture...

Est-ce que les agriculteurs réunionnais parviennent à vivre suffisamment bien de leur travail ?

Clarel Coindin-Virama : Ils vivent de leur travail mais difficilement. Ils connaissent les mêmes difficultés que celles de nos collègues de l'Hexagone. Là, on attend la fin des quotas sucrier en 2017 et il n'y a pas d'assurance ! Voilà ce que l'on déplore ! C'est l'agriculteur et l'agriculture le pilier d'un pays.

Vous avez l'air de croire que le Qatar semble avoir compris cela mieux que nous...

Clarel Coindin-Virama : On a vu que le Qatar avait acheté des terrains à Madagascar et en Afrique du Sud parce qu'ils soutiennent que dans vingt ans, ça ne sera plus l'or noir mais l'or vert... Il serait temps que nous Français on se réveille !

Vous auriez été capables de siffler le président de la République s'il était venu vous rencontrer ici au SIA ?

Clarel Coindin-Virama : Non ! Le président de la République, on ne le sifflera pas ! Ce n'est pas... Ca reste le président. Il faut respecter les gens, président, ministres... Après, nous avons des réunions, il faut y aller, discuter et après essayer de trouver des solutions. Mais là, ça urge et je comprends les agriculteurs !

Jean-Hubert François, président de la chambre d'agriculture de Guyane

"Les consommateurs protègent notre agriculture"

Le président de la République est venu inaugurer le salon international de l'agriculture et il a été hué. S'il était venu jusqu'aux stands des outre-mer, aurait-il été possible qu'on le siffle ?

Je pense que cela aurait été possible parce que ce qui arrive aux agriculteurs en métropole, c'est une chose que nous, en Guyane, en Guadeloupe, en Martinique, à Mayotte ou à la Réunion, on vit depuis toujours ! C'est-à-dire cette non prise en compte des spécificités locales domiennes. Aujourd'hui, on se rend compte que même en métropole il faut protéger le marché. Nous avons des agriculteurs avec des productions bien spécifiques, avec des prix qu'il faut maintenir et ça n'est pas fait... La réaction des agriculteurs en métropole, on la comprend très bien ! Et si c'était venu du côté domien, ça n'aurait pas échappé à nos collègues parce que nous aussi nous sommes en colère !

Est-ce qu'un agriculteur guyanais arrive à vivre de son travail ?

Oui, quand même en Guyane, on arrive à vivre de notre travail parce que nous sommes encore très protégés par notre production locale. Les consommateurs recherchent les produits locaux made in Guyane et ça nous protège, mais c'est la population, les consommateurs qui protègent notre agriculture ! Ils ne consomment comme produits qui viennent d'ailleurs que ce que nous ne pouvons produire sur place. Ce n'est pas le fait du gouvernement, uniquement du fait de la population qui veut protéger son agriculture locale. Les gens consomment local !

Et les aides européennes ? Vous sont-elles utiles ?

Sans les aides européennes, nous ne pourrions pas continuer parce que tout ce que nous recevons comme intrants vient de métropole à des coûts surélevés de 40 %. Sans les aides POSEI (les aides à l'insularité et l'éloignement), on aurait des prix trop élevés. Mais nous nous rendons compte quand même que, sur certaines productions, les aides ne sont pas reconnues ou largement insuffisantes ; ce sont en général des productions endémiques qu'on ne peut pas se permettre d'abandonner.

Et le bio, les circuits courts ? C'est une issue dans l'Hexagone pour certains agriculteurs qui refusent le système des grandes surfaces ? Ca marche en Guyane ?

Il y a quelques producteurs de bio, c'est bien, ça rajoute une plus-value... Après, il faut dire qu'on a des produits qui sortent tout seul de terre ; on utilise des produits mais pas autant peut-être qu'en métropole... Le bio est plus une réalité en métropole que chez nous... Mais la culture bio a tout à fait sa place en outre-mer.

Frantz Fonroze, secrétaire adjoint de la chambre d'agriculture de la Martinique

"On ne devrait pas se battre pour ce qui fait vivre le peuple"

Le président de la République est venu inaugurer le salon international de l'agriculture et il a été hué. S'il était venu jusqu'aux stands des outre-mer, aurait-il été possible qu'on le siffle ?

Absolument et nous comprenons les raisons de nos collègues métropolitains parce que, aujourd'hui, les agriculteurs sont pris à la gorge... Nous avons entendu parler de dizaine de suicides... Des travailleurs qui nourrissent un peuple ne devraient pas arriver à de telles extrémités.

Auriez-vous pu vous-même le huer ?

J'aurais pu et j'aurais eu des raisons de le faire, mais j'aurais peut-être fait les choses autrement... En Martinique effectivement, les agriculteurs sont pris à la gorge autant que leurs homologues de l'Hexagone.

Un agriculteur martiniquais peut-il vivre de son travail ?

Très difficilement... Nous avons des problèmes de financement, ne serait-ce que pour financer nos plantations. Nos sols, nos terrains sont géographiquement beaucoup plus difficiles. Là où un petit financement suffirait pour un labourage sur le territoire métropolitain, il nous en faudra de plus important chez nous...

Sans aide, vous n'y arriveriez pas ?

Sans aide, ça serait extrêmement difficile, voire impossible vu le coût de la main d'oeuvre et des intrants. Le coefficient multiplicateur est au moins de deux... Ca sera très difficile de cultiver sans aide en Martinique. Nous avons une petite agriculture de proximité qui souffre de mal être parce qu'elle n'est prise en compte ni par l'Europe, ni même parfois au niveau national.

La grande distribution joue-t-elle le jeu ?

Elle le joue mais pas comme il le faudrait. Elle n'en fait pas suffisamment une priorité... Parfois nos légumes souffrent de cette distribution.

D'autres agriculteurs s'orientent vers le bio. Est-ce réaliste en Martinique ?

C'est une alternative : l'agriculture biologique a sa place et aujourd'hui, nous mettons l'accent sur l'agro-écologie. C'est une vraie alternative pour revenir à une agriculture saine, à taille humaine. Le peuple recherche cela et nous le rend plus ou moins bien en répondant bien aux propositions que font MANA ou Bokodi...

Faut-il continuer de concentrer les aides sur la banane et la canne ? La diversification est-elle assez aidée ?

Il n'y a pas lieu de sacrifier quoi que ce soit. Chaque culture a sa place et la petite agriculture de proximité doit aussi avoir sa place, mais je ne comprends pas qu'il faille se battre pour cela. Ca devrait couler de source ! On ne devrait pas se battre pour ce qui fait vivre le peuple !

Harry Rupaire, secrétaire de la chambre d'agriculture de la Guadeloupe

"Hollande a vendu l'agriculteur et l'agriculture"

Samedi, le président de la République est venu inaugurer le salon international de l'agriculture et a été hué par les agriculteurs de l'Hexagone. S'il était venu visiter les stands de l'Outre-mer, aurait-il été sifflé ?

Les agriculteurs en général ont le droit de manifester et de hurler leur mécontentement. C'est même normal pour une situation qui est catastrophique. La France vend les agriculteurs à l'Europe et on ne peut vendre nos produits par rapport aux supermarchés : le litre de lait est acheté 60 centimes pour être vendu 1 euro. Il y a un dysfonctionnement et il faut le dire et le faire ressentir au président de la République. C'est tout à fait normal que les agriculteurs se manifestent. Trop d'agriculteurs sont en difficulté, n'arrivent pas à vivre de leur métier...

Est-ce que les agriculteurs de la Guadeloupe ont des raisons de se plaindre aussi ?

C'est encore pire puisque toutes les aides que nous avons nous viennent de l'Europe et la France n'a pas grand mot à dire. Si l'Europe ne subventionne pas, ce n'est pas la France qui va prendre le relais. Le contexte européen rend les choses très difficiles pour nous...

La canne et la banane sont pourtant subventionnées...

Les aides diminuent petit à petit et ça va devenir aussi difficile pour nous quelles que soient les cultures... Dans cinq ou six ans, ferons-nous encore de la canne ou de la banane ? Que ferons-nous des terres agricoles, des surfaces en canne ? Pourrons-nous vendre nos produits ? Ce sera difficile par rapport à la Colombie et toute l'Amérique du Sud qui nous inonde ! On sait que la main d'oeuvre est très bon marché... Va-t-on pouvoir s'en sortir ? C'est difficile...

Qu'en est-il des cultures de diversification ?

La première priorité d'in territoire est de faire vivre sa population. Il faut avant tout produire. Mais produire devient très difficile par rapport à toutes les taxes que nous avons. Nous n 'arrivons pas à être compétitifs sur le marché parce que nous sommes entourés d'îles bien moins chères que nous.

Vous aussi vous produisez à perte comme vos collègues de l'Hexagone ?

Mon cas est particulier parce que je suis dans la filière horticole, les fleurs, et c'est un produit qui ne se vend pas malheureusement sur place. C'est un produit d'export avec un coût pour le fret trop important. Nous avons du mal à approvisionner la France, alors que nos fleurs sont très demandées. Mais sans aide, on ne produira plus de fleurs...

Vous vous êtes tout de même organisés en filière et ça fonctionne !

Oui, ça fonctionne et c'est le rôle de la chambre d'agriculture, mais on n'ira pas en métropole sans les aides au fret. Une fleur tropicale me revient à 60 centimes et le kilo de fret me revient à 3 ou 4 euros... On n'est pas compétitifs du tout. La France doit faire beaucoup plus pour nous.

Aujourd'hui, un agriculteur guadeloupéen peut-il vivre de son métier ?

Sans aide, non ! Nous avons fait le choix d'être agriculteurs et nous avons fait des études pour vivre de notre métier, c'est un petit peu dommage ce qu'il se passe ! Le président de la République doit faire quelque chose pour les agriculteurs. Parmi ses promesses de campagne, il avait pris la cause agricole. A lui d'assumer.

Si François Hollande ou le Premier ministre était passé, l'auriez-vous personnellement sifflé ?

Je ne l'aurai pas sifflé parce que c'est une question d'éducation pour la Guadeloupe, mais s'il s'était approché de moi, j'aura dit le mécontentement de l'agriculture en général. Le président doit faire un effort avec l'Europe et il n'a pas d'emprise sur elle. Il a vendu l'agriculteur et l'agriculture... Ils ont tout vendu en France ! Est-ce que l'Angleterre a raison ? Je ne sais pas...

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commentaires

Produits agricoles madagascar 02/08/2016 13:12

Bonjour,
Tous les secteurs de l'agriculture souffre depuis le janvier 2016, la production diminue, les cultures sont victimes de maladies, l'appui de l'état est insignifiant....
http://dago-agrosourcing.bio
A plus!

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