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20 avril 2016 3 20 /04 /avril /2016 04:42

Benjamin Faleyras, auteur-compositeur de "Gospel sur la colline", viendra donner trois représentations de cette comédie musicale le 27 mai au fort Delgrès à Basse-Terre et les 28 et 29 mai au palais des sports du Gosier. A l'affiche Firmine Richard, Dominique Magloire, Jean-Luc Guizonne, Carla Estarque, Manu Vince, Jean-Michel Vaubien...

Avant le succès que "Gospel sur la colline" a rencontré deux mois durant aux Folies Bergères en septembre et octobre derniers à Paris, la création de cette comédie musicale n'a pas été une promenade de santé pour son auteur. Interview.

"Un projet peut venir des Antilles et être en national"

Pouvez-vous revenir sur la genèse de ce spectacle ?

J'ai ce spectacle en tête depuis dix ans et j'ai rencontré pas mal de maisons de disques et de productions avec mon scénario et mes maquettes de chanson pour leur proposer... Ca se passe en Louisiane dans les années 1950... Ils écoutent, trouvent ça pas mal, mais 40 blacks sur scène... Tout ça... Non ! "Le grand public n'est pas prêt", me disent-ils. Prêt à quoi ? "Prêts à voir 40 Noirs qui dansent, chantent sur scène..." Mais ça se fait partout, aux Etats-Unis, en Angleterre... J'ai alors compris que le marché de la comédie musicale en France est dans les mains de certains qui n'ont pas envie de partager le gâteau. Si les Antillais commencent à ramener leur fraise, ils vont trop manger ! On me suggère de faire ce que je sais faire déjà, du caribéen, du zouk... Mais ce n'est pas parce que je suis Antillais que je ne dois faire que des choses pour les Antillais ! Je peux faire des choses pour les Antillais, mais à l'échelon national, en français ! On me rétorque toujours que ça coûtera cher, que le public n'est pas habitué à voir trop de Noirs d'un seul coup sur une scène ! Vous vous rendez compte 40 ! (Il s'esclaffe.)

Vous aviez pourtant déjà des soutiens de poids comme Firmine Richard...

Je ne la connaissais pas. C'est France Zobda qui considère mon projet et me conseille d'aller voir des gens "bankable". Firmine a lu le scénario, a dit banco et m'a ouvert son carnet d'adresses. Mais là encore, j'ai pris des coups sur la tête... J'en ai parlé avec Pascal Vallot (créateur de "La rue Zabym" au palais des Congrès, NDLR) et il m'a dit : "C'est courageux de ta part !" J'ai rencontré pas mal de gens dans le milieu noir, même des politiques, qui aussi auraient pu m'ouvrir des portes, mais pour les Noirs, j'étais trop blanc - le jazz, leur blues ne leur parlait pas... "Mais M. Faleyras, ça ne met pas en valeur nos régions ! Vous parlez de la Louisiane, pourquoi voulez-vous qu'on finance quelque chose qui ne met pas en valeur nos régions ?" Les Bretons, les Normands doivent-ils ne faire des choses que sur la Bretagne ou la Normandie ? Arrêtons, on est tous Français et on va nous voir en national ! A-t-on le droit d'exister sans faire de communautarisme ? Le message de cette comédie, c'est le partage et le rassemblement des talents...

Et pourtant, vous décrochez la scène du Casino de Paris en 2012...

Fatigué d'entendre des âneries pareilles qui sous-entendent clairement que, à part faire du zouk ou du dancehall, nous n'avons pas ce talent-là, je leur dis : "Vous verrez bien un jour ou l'autre que ce spectacle sera à l'affiche !" J'ai prévenu la troupe qu'on n'aurait pas d'argent, mais qu'on allait se prendre en main et répéter pendant un mois, s'il le faut tous les jours, pour pouvoir montrer enfin ce que c'est que ce spectacle ! Mon régisseur qui travaillait alors pour Jean-Marie Bigard, connaissait bien le Casino de Paris. On leur a dit que c'était un show case et on a eu un super prix, j'ai mis mes économies...

C'était un spectacle encore inachevé...

On a fait ça à l'arrache, mais il y avait tellement d'envie, de foi... Quand on est arrivé au Casino de Paris, on avait tellement répété mais nous n'avions même pas eu le temps de faire un filage et celui-ci a eu lieu sur scène, de bout en bout ! Je tremblais de tous mes membres... Dans le public, il y avait un Breton, Erwann Coïk qui me dit : "Dans votre comédie musicale, il y a au moins 4 ou 5 gros tubes pour être sur scène !" Je lui explique que nous n'avons pas d'argent et que les productions ne veulent pas nous suivre. "Combien ?", demande-t-il. "2 millions." "Je vous les trouve." Je n'y ai pas cru... Et il me rappelle, m'explique qu'il a une société de gestion de patrimoine. Ses clients investissent dans les énergies renouvelables, les matières premières... Il veut leur proposer d'investir dans la comédie musicale. "C'est innovant et glamour ! On va monter une société de production, j'amène l'argent, vous le savoir-faire." Un an après, la société existe, on se met au travail, on prend une direction marketing, un metteur en scène de talent, Jean-Luc Moreau, un chef d'orchestre de renom, Patrice Peyriéras. Avec eux, on a bonifié mon travail et on a loué les Folies bergères pour six semaines. Forte de notre succès, la direction des Folies bergères nous a proposé une prolongation. On a joué tous les jours pendant deux mois et tous les soirs, c'était la standing ovation !

Sans avoir la puissance des grosses comédies musicales ?

Le bouche à oreille fonctionne et on se rend compte qu'il aurait fallu jouer quatre mois au lieu de deux tant la demande était grande. TF1 a voulu l'exclusivité pour la première, France Télévisions a suivi avec un direct chez Elise Lucet, M6 est venu, ils sont tous venus ! Et les gens ont vu ça depuis les Antilles, la Réunion, Madagascar, le Canada. Et des Antillais organisaient entre amis des voyages pour aller voir le spectacle parce qu'ils ne savaient pas quand on viendrait aux Antilles.

Et ces trois dates antillaises, n'est-ce pas la consécration du fils prodigue ?

On n'a jamais gagné ! Ca me tient beaucoup à coeur de jouer au pays parce que c'est sentimental. La troupe est composée à 80 % d'Antillais et ça représente pour chacun le summum de jouer à la maison. On a fait quelque chose qui nous ressemble et qui montre que lorsque blancs et noirs se mettent ensemble, on peut faire des choses fabuleuses ! C'est la chanson "Ebony and ivory" ! Gospel sur la colline en est la démonstration. Avec le Département qui, en partie, nous fait venir en Guadeloupe, nous tenons à ce qu'il y ait un partage avec des artistes locaux. Nous avons fait un casting d'une dizaine de chanteurs, danseurs, comédiens avec lesquels nous allons répéter pendant trois semaines et qui vont nous rejoindre sur scène. C'est une forme de passage de relais. On nous a beaucoup félicité sur notre professionnalisme et nous voulons l'insuffler à d'autres talents. Il y a des pépites là-bas !

On vous dit éligible à la nomination aux Molière...

Ils sont venus nous voir parce qu'on a fait tellement de bruit et qu'ils connaissent très bien le travail de Jean-Luc Moreau. Ils se sont intéressés à cette comédie musicale... Le vote aura lieu au mois d'avril et la cérémonie en mai... C'est une reconnaissance générale, collégiale qui nous encourage à continuer de travailler dans ce sens et qui nous montre qu'un projet peut venir des Antilles et être en national ! En dix ans, beaucoup de gens m'ont dit de ne pas y aller, mais j'ai gardé comme un malade l'obstination pour que ce projet existe. Nous ne devons pas rester enfermés dans notre communauté, mais arriver avec un projet pour tout le monde.

Et après ?

Nous voulons pousser cette comédie musicale le plus loin possible parce que c'est notre fer de lance. Après les Antilles, nous voulons jouer dans la Caraïbe, à la Réunion et revenir en France nous installer plus longtemps dans un théâtre, six mois, voire plus ! Nous avons été contactés par un producteur japonais pour jouer en Corée, au Japon et en Chine en 2018 ou 2019. C'est lui qui fait jouer en Asie toutes les grandes comédies musicales françaises à savoir "Notre Dame de Paris", "Roméo et Juliette"...

Et ne pensez-vous pas déjà à un autre spectacle ?

J'ai déjà dans les tuyaux une autre comédie musicale que j'écris tranquillement. Le but c'est de profiter de la porte ouverte par Gospel sur la colline pour lancer autre chose.

Qu'est-ce qui vous motive, la foi ou la musique ?

Les deux mon général ! J'ai appris la musique à l'église mais très vite, j'ai été au bout de ce que l'église pouvait m'apprendre. Et j'ai aussi fait mes armes à l'extérieur de l'église pour faire mon expérience avec des musiciens professionnels. En Angleterre, j'ai rencontré beaucoup de musiciens, j'ai fait du piano bar pendant des années, de la soul, du jazz, du rythm and blues, du blues et de la chanson créole, de la biguine... Mais attention, le spectacle n'est pas une comédie musicale gospel, c'est une comédie musicale tout court. Même si moi j'ai ma foi, je ne veux pas mêler ça à la comédie musicale. C'est une comédie musicale laïque qui ne prône aucun mouvement religieux, c'est un spectacle et ça j'y tiens !

Propos recueillis par FXG, à Paris

Le pitch

En 1954, un pasteur haut en couleur et avant-gardiste, officie dans une église au centre-ville, en face d'un cabaret où ça swingue pendant qu'il prêche. Ses paroissiens ne l'écoutent même pas et il en a marre. Il décide de construire une église sur la colline de Saint-Jean le Baptiste et de l'ouvrir aussi aux blancs. Il y a des pour, des contre... Mais il arrive à ses fins. Il y a bien sûr des destins croisés, une romance, des rebelles... Et c'est une comédie !

Un autodidacte formé à l'église

Benjamin Faleyras (54 ans), natif du Moule, a passé ses premières années à Saint-Martin avant de suivre ses parents fonctionnaires à Paris. C'est à l'église méthodiste qu'il découvre le gospel. Quoi qu'il ait suivi un peu le conservatoire, c'est en autodidacte qu'il apprend la guitare et le chant. Rapidement, il monte des chorales, des groupes dans les églises. Au début des années 1990, il est un des pionniers du gospel en France avec Max Zita et le Gospel Voices, puis avec Monique-Ange Hertin et le Gospel chords singers qui étaient alors les deux grandes chorales majeures en France.

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