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16 août 2016 2 16 /08 /août /2016 06:00
Il y a 11 ans, le crash de Maracaïbo

Nathalie Nancy Cissé, auteur de "Vol 708, Panama-Martinique, la carte postale tant redoutée", aux éditions Les Passionnés de bouquins.

"Apprendre que son proche a hurlé en voyant la montagne arriver, c'est insupportable !"

Pourquoi avoir choisi le crash de Maracaïbo pour sujet de votre livre ?

Il y a onze ans, le 16 août 2005, j'ai perdu mes parents dans ce crash aérien alors que je me trouvais à Lyon où je suis née et où je vis. Dans ce livre, je raconte l'annonce du crash telle que je l'ai vécue, ressentie, et les dix ans qui ont suivi. Ces dix ans, c'est tout ce qui se passe pour une famille de victimes, dix ans de deuil... C'est un vrai deuil qui a mis dix ans à se faire et je n'ai pu le faire que grâce à l'écriture de ce livre.

Comment aviez-vous réagi à l'annonce du crash ?

On n'y croit pas ! Ce n'est pas possible parce que ça n'arrive que dans les films catastrophe... Et ce n'est pas possible non plus parce que je travaille dans l'aérien. Je suis agent de trafic et je fais partir des avions tous les jours...

Quand vous allez travailler, y pensez-vous toujours ?

Non ! Je ne pense pas qu'on puisse travailler dans ces conditions là. Je ne laisse pas de place au hasard dans mon travail, mais je réfléchis à deux fois pour être sûre que tout est bien fait parce que j'ai vraiment conscience, à mon niveau dans la chaîne de sûreté des avions, d'avoir des vies entre mes mains.

Quand vous êtes-vous attelée à ce travail d'écriture ?

L'année dernière, quand il y a eu le crash de la German wings... Autant, quand il y a eu le crash de mes parents, je n'avais pas regardé la télé, autant pour ce crash là, j'ai regardé les infos en boucle. Et je le suis rendue compte que les médias ont fait du sensationnel, ont raconté des choses, probablement beaucoup de vérités évidemment, mais je me disais que je n'aurai pas voulu entendre ça du crash de mes parents. Je comprenais que les gens aient besoin de savoir, mais pour une famille de victimes, apprendre que son proche a vu la mort venir, que son proche a souffert, que son proche a hurlé en voyant la montagne arriver, c'est insupportable ! J'ai regardé sur Internet et je me suis rendue compte qu'il n'y avait rien pour aider les gens à supporter ça, à vivre la suite, parler, dire son ressenti, si ce ne sont les associations de familles de victimes. Ces associations se battent au niveau juridique pour connaître la vérité, mais il n'y a rien qui aide d'un point de vue psychologique. Il y a eu le crash de Charm el Cheikh ; l'association est désormais dissoute, parce que le non lieu a été prononcé. Mais du coup, c'est terminé aussi pour les familles de victimes... Une fois la tempête médiatique passée, il n'y a plus rien et un nouveau crash fait oublier le précédent.

Qu'auriez-vous souhaité ?

Je ne peux pas m'imaginer que la société se souvienne de chaque crash et de chaque famille touchée, mais il faut qu'il y ait une possibilité à tout un chacun de parler, de raconter et de le faire librement... En général, les gens n'en parlent pas parce que c'est trop douloureux... Alors moi qui écris un livre, quand on me demandait sur quoi j'écrivais, il y avait un blanc, un mal être qui se créait...

Les gens croient que vous restez bloquée alors que vous ne voulez que témoigner ?

Exactement ! Et de m'entendre dire au quotidien : "Je suis désolé pour toi... Qu'est-ce que ça a dû être dur..." Je n'ai plus envie d'entendre ça ! C'est évident que ça a été dur ! J'ai juste envie de raconter qui était mes parents, comment ça s'est passé, tout ce qu'on a vécu, tout le côté médiatique qu'il y a derrière... Je consacre un passage important dans mon livre à la cellule de crise avec le Quai d'Orsay. Ce qu'on en raconte aux téléspectateurs n'est pas du tout ce que j'ai vécu. Soit, c'est parce que je n'étais pas sur place et les cellules d'urgence étaient en Martinique. Il n'y avait rien en métropole ! Et on s'est retrouvé isolés. Par la suite aussi... Toutes les commémorations se sont faites en Martinique, un peu à Paris, mais à Lyon, rien ! Je n'ai même pas été avertie de l'inauguration de la stèle aux victimes du crash au cimetière du Père Lachaise à Paris... Je ne l'ai appris qu'après !

Avez-vous tendu la main en vain ?

J'avais demandé à l'église à côté de chez moi si l'on pouvait faire une messe, on m'a répondu non, pourquoi, qu'on ne savait pas faire... Pour eux, ça ne rimait à rien et j'ai trouvé ça hyper violent parce que nous n'étions pas nombreux en métropole et encore moins à Lyon... Je me suis retrouvée seule avec ma famille et j'ai vécu ce deuil, ces dix ans de deuil un peu de mon côté, isolée... C'est pour cela que j'ai eu besoin d'écrire, pour évacuer, pour faire mon deuil... J'ai commencé par le titre, j'ai mis le point final et je n'y ai plus retouché.

Que retenez-vous de cette expérience ?

On n'oublie pas... Jamais.

Propos recueillis par FXG, à Paris

Le pitch

 

Nathalie Nacy-Cissé se réjouissait déjà à l'idée de recevoir une carte postale idyllique de la part de ses parents partis au Panama, lorsque les médias annoncent un accident d'avion, celui de son père et de sa mère... Dans cet ouvrage, elle revisite les différentes étapes liées au crash : la prise de conscience, les réactions de l'entourage, le suivi psychologique, les cellules de crise, l'enquête...

Un témoignage poignant.

 

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