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12 janvier 2017 4 12 /01 /janvier /2017 06:14
Hélène Geoffroy dans son bureau du ministère de la Ville le 5 janvier dernier

Hélène Geoffroy dans son bureau du ministère de la Ville le 5 janvier dernier

Hélène Geoffroy, secrétaire d'Etat à la Ville, était aux Antilles entre dimanche 8 et jeudi 12 janvier. Interview.

"Les gens ont envie de travailler à la transformation de l'image de leur quartier"

En débarquant en Guadeloupe pour la première fois en tant que ministre, que ressentez-vous ?

La joie ! Ca aurait été paradoxal que je ne m'y rende pas alors que depuis que j'ai été nommée au gouvernement, j'ai entamé un tour de France de tous les quartiers inscrits en politique de la ville (QPV). Il y a 1514 quartiers qui me concernent et les Outre-mer y sont aussi représentés. J'éprouve un sentiment particulier puisque j'ai grandi en Guadeloupe et que j'y retourne pour effectuer une visite officielle en tant que ministre...

Quel est le sens de votre déplacement ?

La politique de la Ville, par essence, s'occupe de beaucoup de sujets à commencer par le renouvellement urbain. Transformer un quartier, c'est important mais c'est aussi s'occuper de ce qui fait la vie quotidienne des habitants, l'emploi, l'accès à la santé et à l'éducation et puis les questions de sécurité évidemment... Tout l'enjeu pour moi, c'est de faire en sorte que tous ces sujets soient traités, lorsqu'on est en QPV, par tous les ministères concernés. Je suis à cette charnière interministérielle et mon rôle c'est de m'assurer que chaque politique publique lancée par les ministère de l'Emploi, de l'Intérieur, de la Santé, de la Culture et de l'Education nationale, s'applique de façon pleine et entière et moi, j'arrive pour y donner un supplément parce qu'il y a plus de difficultés dans ces quartiers. C'est ce que fait aussi le ministère des Outre-mer pour les Outre-mer et c'est ce que je fais pour les QPV d'autant plus quand ils sont en outre-mer. Quand on regarde la politique des contrats aidés, on se rend compte que dans les QPV, y compris outre-mer, s'il n'y a pas une volonté très forte de l'Etat, les contrats ne sont pas utilisés alors que ce sont des endroits où l'on en a plus besoin. La politique de la ville, c'est refaire du bâti, s'occuper d'emploi, santé, éducation, culture et sécurité et enfin travailler à la participation des habitants.

C'est la démocratie participative ?

Avec la loi Lamy de 2014, on a décidé de faire participer les citoyens parce qu'on ne peut pas transformer un quartier sans y associer les habitants. On a donc créé les conseils citoyens pour qu'ils puissent être associés à la prise de décision avec les élus locaux, les bailleurs sociaux et les services de l'Etat. Nous avons plus de mille conseils citoyens sur l'ensemble du territoire national. En Martinique, il existe déjà de tels conseils à Fort-de-France et au Robert et, en Guadeloupe, je vais avoir l'occasion d'en installer à Pointe-à-Pitre/Abymes et à Sainte-Rose. Dans ces quartiers où les gens ont les revenus les plus bas, il y a des gens qui s'engagent, qui ont envie de travailler à la transformation de leur quartier, de l'image de leur quartier.

Vous avez aussi récupéré le pilotage des comités interministériels pour l'égalité et la citoyenneté (CIEC) qui était alors à la charge d'Ericka Bareigts quand elle était secrétaire d'Etat à l'Egalité réelle... Qu'en est-il aux Antilles ?

Il y a des déclinaisons régionales et je présiderai mercredi après-midi en Martinique une réunion du comité de pilotage et j'aurai l'occasion de voir le déploiement des mesures. Plus largement, comme nous sommes à un début de programmation financière pour nos contrats de ville, il est important que j'aille expliquer sur place les orientations que je porte.

Vous allez consacrer une grande part de votre temps à des visites d'établissement public, dont des écoles. Pourquoi ?

L'école est le premier lieu où l'on parle des valeurs de la République et se pose la question de la qualité du bâti scolaire. Or, les écoles ont vieilli et aux Antilles se rajoute cette complexité supplémentaire que sont les normes parasismiques. Les collectivités ne sont pas en mesure de faire seules l'effort et il faut les accompagner pour construire, réhabiliter, restructurer. Le président de la République a annoncé un milliard d'euros supplémentaires dont 100 millions dès cette année. Cela concerne aussi bien Pointe-à-Pitre/Abymes et Fort-de-France avec les programmes de l'agence nationale de rénovation urbaine, mais aussi les villes qui sont en QPV avec le fonds de soutien à l'investissement local. Dans ce cadre, on a confié une mission à Olivier Klein, maire de Clichy-sous-Bois et vice-président du Conseil national des villes, pour qu'il puisse faire un état des lieux. Il m'accompagnera durant cette visite à Grand-Camp aux Abymes et au Moule en Guadeloupe, à Sainte-Thérèse en Martinique voir des écoles rénovées et d'autres à rénover. Il rendra son rapport au premier trimestre ce qui va nous permettre d'évaluer les besoins et de donner les instructions aux préfets.

Quel rôle la politique de la ville peut jouer contre la violence ?

Nos quartiers populaires sont souvent des quartiers avec une population jeune, des taux de chômage plus élevés. Il y a un désoeuvrement qui peut entraîner des phénomènes de délinquance. Comment les accompagner ? Nous travaillons avec les associations et structures qui sont implantées dans les QPV. Nous n'avons pas cessé de les renforcer financièrement et nous leur demandons aujourd'hui d'être ouvertes plus tard et le week-end. Lorsque les services publics ferment à 17 heures et qu'il n'y a plus d'adultes dans l'espace public, ce sont les jeunes qui l'occupent et pas toujours de façon positive. L'idée est de travailler davantage avec les acteurs de la médiation sociale sur la question de la jeunesse et on y met de l'argent. Les professionnels travaillent avec nous autour de la prévention spécialisée entre 14 et 18 ans. Il y a une réponse sécurité et tranquillité publiques et ce que nous faisons, que nous inscrivons dans les contrats de ville et on en finance une partie.

La garantie jeune est généralisée cette année. Qu'en attendez-vous aux Antilles ?

L'expérimentation qui a été faite fonctionne bien. Nous avons travaillé avec des cohortes de jeunes limitées à 15 ou 20 personnes. Elles sont coachées de façon resserrée et les taux de réussite et de remobilisation sont importants. Ce n'est pas la seule façon de faire, mais nous, à la politique de la ville, on rajoute des financements pour s'assurer que plus de jeunes en profitent et je m'assure que dans les pourcentages de ceux qui bénéficient de la garantie jeune, le pourcentage QPV soit important et Ericka Bareigts s'assure que les ultramarins soient bien pris en compte !

Propos recueillis par FXG, à Paris

(crédits photo : MVJS : Hervé Hamon et FXG)

Une formation guadeloupéenne

Son père est de Jabrun/Morne-à-l'Eau, sa mère, une demoiselle Ballon, de Capesterre-Belle-Eau. Si Hélène Geoffroy est née à Creil dans l'Oise, elle part vivre en Guadeloupe à l'âge de 5 ans, d'abord à la tour Frébeau, puis à la Jaille. Elle est scolarisée à l'école de Chanzy à Pointe-à-Pitre (aujourd'hui en QPV !). "Un mois après ma nomination au gouvernement, j'ai assisté à une projection de films réalisés dans des quartiers politique de la ville. L'un d'eux était réalisé par des anciens de l'école Chanzy. Ils étaient plus jeunes que moi, mais on avait eu les mêmes instituteurs ! Ca m'a fait drôle ce raccourci..." L'adolescente étudie au collège du Raizet, puis à Baimbridge où elle passe son bac. "Je voyais l'hélicoptère au-dessus de la maison", dit-elle en se souvenant de la Guadeloupe bloquée lors de l'affaire Faisans... "Cette jeunesse guadeloupéenne a contribué à ma construction politique personnelle." Après ses études à Paris, en 1997, elle est nommée enseignant chercheur à l'école des travaux publics de l'Etat à Vaulx-en-Velin (Rhône). "J'ai commencé à militer et j'ai retrouvé à Vaulx-en-Velin ce que je connaissais en Guadeloupe, en termes de questionnement personnel par rapport à l'histoire à partager, à ce qui fait un destin commun, comment on se construit une appartenance... Quand on a un peu toutes les histoires du monde dans les banlieues et qu'on vient des Antilles, on sent qu'on a été stabilisé." Elue maire, puis députée, elle est entrée au gouvernement en février 2016. "Je pense qu'on aurait des choses à apprendre aux autres sur cette façon de se construire avec des identités multiples et se sentir équilibrés."

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