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2 février 2017 4 02 /02 /février /2017 07:00
Zing zing paradis, le roman de la post-créolité

Zing zing paradis : Le roman est plus que jamais un lieu de création

Gabriel Montner, 25 ans, quitte Gwada, son île natale, pour Paris. Il rêve d’être écrivain. Faisant croire à ses parents qu’il suit des études pour devenir avocat, il envoie tout valser pour se consacrer à son seul rêve et suivre la trace un peu folle et fêlée de tous les écrivains.

Dix ans qu'il y pensait, dix ans qu'il voulait devenir un écrivain, un vrai, un qui écrit du roman, du vrai... Mais le problème de ce jeune gwada, c'était qu'la poésie, c'était ça qui lui tenait de langage, alors, pensez, écrire une histoire, une vraie, une qui coule comme de l'eau de la rivière à son embouchure, Jymmi Anjoure Apourou, il était pas sûr d'pouvoir y arriver. Et pourtant, l'enfant de Petit-Bourg, il s'y est attelé à son roman, même que son premier jet, il est parti en fumée dans l'incendie de sa chambre d'étudiant à Paris, celle-là même où il s'est largement affranchi des choses de la vie, le jeune poète gwada, pas seulement poète, puisque ce jeune gwada, il est peintre aussi, plasticien on dit. Et voilà qu'après l'incendie et dix lanné, il l'a accouché son roman, et il va en laisser plus d'un pantois. Y a du Louis-Ferdinand Céline chez Anjoure-Apourou, y a du Luis Calaferte, du Proust (tant ses phrases peuvent durer) et même du Gabriel Garcia Marques (L'Amour au temps du choléra) même si l'auteur lui-même le sait pas forcément. Voilà qu'avec Zing zing Paradis (chez Archipel), Jymmi Anjoure Apourou, le Guadeloupéen, nous pond un roman, un vrai, un truc digne du prix Renaudot au moins (celui de Glissant, avec La Lézarde, en 1959). Ce gars écrit une prose tellement cadencée que l'on ne se rend même pas compte qu'il écrit des alexandrins à tout bout d'champ. Et ça ne se voit pas, juste, ça se ressent, comme un jazz, comme une musique littéraire qui inonde de lumière quand les Marc Lévy et autres Guillaume Musso ne font que de l'easy reading... Non ! Avec Anjoure-Apourou, on a une langue, riche, digeste, francophone, limite argot créole inventé, et pourtant du Molière !

Une femme donne sa mort pour que le roman existe

Alors une fois qu'on a parlé du style inégalé, même si certains lui reprocheront le manque d'allégorie et sa culture du cul par trop (c'est jamais trop) poétisé, faut voir encore ce qu'il nous raconte ce poète plasticien. Et là, on tombe des nues, de Caribe en Scylla, de surprises en surprises. A réveiller les morts et coucher les libidineux. Le gars sait nous surprendre à chaque fois qu'on pense avoir compris son affaire. Et c'est une histoire d'amours multiples et d'amour unique, et c'est une histoire initiatique... L'histoire généreuse d'une femme qui sait donner sa mort pour que le roman existe. C'est ça Zing zing paradis, ce paradis éphémère de la libellule qui conduit par la main son lecteur pour regarder sa laideur, son génie, pour comprendre où est l'essentiel. Et comme toujours, l'essentiel c'est l'amour et l'oubli de soi. Et ce n'est jamais niais ni vulgaire, c'est du génie ! Un auteur guadeloupéen vient de nous naître. Maryse Condé qui s'inquiète de la relève (elle en a parlé à l'auteur), peut dormir tranquille. Retenez son nom et si vous ne l'avez déjà fait, achetez une de ses oeuvres d'artiste, de plasticien parce que forcément avec ce roman, sa côte va monter !

FXG, à Paris

Extrait (La comédienne André Ferréol et l'auteur, le 10 janvier dernier à Paris, a lu quelques extraits lors de la soirée de lancement de Zing zing paradis)

"C’est grand fou la vitesse avec laquelle ça change ; huit heures sans pédaler, à coup d’aile de coucou, réacteurs, ça turbine à grand renfort d’hélice, et puis flap on y est, en huit heures c’est réglé ! Autres temps, autres moeurs, autre lumière d’avril, autre rythme pour bouger dans un autre va-et-vient. Y doit y être déjà, ça fait dix heures passées ; il a dû faire tarmac en plein pôle Caraïbe, se sentir tout happé par cette chaleur d’un souffle, qui semble de partout vous enrober en grand. Vous sentez bien ici qu’ça pétera pas d’flocons, et qu’pour se faire un manteau, va falloir du léger, façon très près d’la peau, pour laisser passer l’air."

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