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9 mars 2017 4 09 /03 /mars /2017 06:55
Réunion au sommet autour de la sécurité en outre-mer

Première Conférence nationale de sécurité des outre-mer

Beau plateau au ministère des Outre-mer lundi  matin avec la conférence nationale pour la sécurité Outre-mer. Rien de moins que le Premier ministre pour l'ouvrir et un ministre de l'Intérieur excusé car bloqué à Mayotte par les conditions climatiques (après la sècheresse, la pluie battante). Ericka Bareigts a invité les préfets, les directeurs départementaux de la Sécurité publique, les commandants, de gendarmerie, les élus et les présidents d'association qui agissent dans les territoires pour la prévention de la délinquance.

A trois semaines de la fin de toute communication gouvernementale, Ericka Bareigts, Bruno Le Roux et Bernard Cazeneuve s'occupent eux-mêmes de défendre leur bilan neuf mois après le lancement du plan sécurité outre-mer.

Le taux des violences volontaires en famille est, tous outre-mer confondus, de 2,4°/00 contre 1,4 °/00 en métropole. Dans huit territoires sur les onze qui forment les outre-mer,  le taux est supérieur à celui de l'Hexagone. L'immigration clandestine sur-occupe la police à Mayotte et en Guyane. La Guadeloupe, la Guyane, la Martinique et Saint-Martin sont confrontés aux problèmes des stupéfiants. Tous les territoires connaissent un taux élevé de violences aux personnes, de violences routières. Même la radicalisation n'épargne ni Mayotte ni la Réunion.

Le plan sécurité outre-mer prévoyait d'abord un volet en effectifs et matériels. Globalement, le gouvernement  a créé 130 postes en gendarmerie et  a projeté outre-mer 2,5 escadrons, 180 hommes. Saint-Laurent-du-Maroni est en zone de sécurité prioritaire depuis le 1er février, une antenne de l'OCTRIS est ouverte à Cayenne depuis le 1er janvier et des ZSP sont à l'étude en Martinique, la Réunion, la Guadeloupe et Saint-Martin.

Déconstruction du modèle du "bad boy"

Les nouveaux commissariats de Fort-de-France et de Cayenne seront livrés en 2018 et 2020. Celui de Basse-Terre est programmé au budget triennal 2018-2020  et celui de Saint-André à la Réunion sera rénové en 2018 tandis que des études sont financées au Port.

Pour autant, et c'était l'objet de la première table ronde, la ministre des Outre-mer a insisté sur la politique de prévention de la délinquance. 1,5 millions d'euros ont été débloqués pour "fabriquer" la politique de prévention localement.  Premiers acteurs de cette gouvernance, les 72 comités locaux de sécurité et de prévention de la délinquance. L'association de prévention Appel  à la Réunion siège dans un tel comité.  "Nous prévenons la délinquance, explique Christelle Parvedy, par des pratiques éducatives informelles, l'accompagnement social, le soutien aux jeunes en décrochage scolaire. Tout ce qui prévient la récidive des jeunes mineurs." L'Appel intervient aussi en prison et participe à un comité de suivi départemental de la délinquance. Le maire de Fort-de-France explique le travail de déconstruction de l'image, du modèle du "bad boy" (voir ITW ci-dessous).

"Le renfort des effectifs sont une chose, a souligné le préfet Billant, mais cette conférence est là pour rappeler que le préfet ne règle pas seul les problèmes de violence."

FXG, à Paris

Le bilan de Billant, préfet de Guadeloupe

Le préfet Billant est intervenu pour parler, en deux mots, d'homicides et de vols avec violence avec armes. Il a rappelé ses funestes chiffres : 35 meurtres et 43 tentatives en 2015, 24 et 57 en 2016 ; 1890 vols avec violence l'an passé dont 380 à l'arme blanche... Jacques Billant a encore évoqué une réalité nouvelle : celle des gangs, des guerres de territoire et un centre pénitentiaire gangréné. Il a encore rappelé les 3000 actes de violence par an dans le cercle familial ou de voisinage. "CEla veut dire, lance le préfet, que la violence est un recours de plus en plus fréquent pour le règlement des conflits." Depuis le début de l'année, la Guadeloupe compte déjà 10 victimes de meurtre.

ITW Hélène Molia Polifonte, maire de Baie-Mahault, Guadeloupe

"Il faut appuyer les associations"

Une conférence nationale pour la sécurité outre-mer vous semble utile comme démarche ?

Ca nous permet à tous les acteurs en charge de la prévention de la délinquance de se rencontrer. Nous avons pu échanger sur les bonnes pratiques et sur les actions menées sur le territoire et j'ai pu dire que, aujourd'hui, dans ma commune, les jeunes sont beaucoup plus calmes et nous nous devons de leur apporter un accompagnement, de répondre au problème de leur insertion professionnelle, celui de la place de la famille et de l'éducation. Le chômage qui frappe nos jeunes est trop élevé.

Etes-vous satisfaite des moyens en effectifs policiers et matériels ?

Nous avons besoin de ces effectifs supplémentaires mais  il faut aussi que tous les acteurs de la prévention de la délinquance, les associations, les élus, puissent travailler ensemble. Il faut appuyer les associations car dans la politique de la Ville, certains quartiers bénéficiaient d'un apport financier qui leur permettait d'être sur le terrain et sont relégués en quartiers de veille.

Qu'est ce que ça change pour ces quartiers ?

Il n'ont plus droit aux mêmes aides et l'on sait bien que l'argent est le nerf de la guerre. Nous devons pouvoir financer les projets et les actions des associations et leur  apporter l'aide nécessaire pour se professionnaliser dans leur mission d'accompagnement des jeunes.

Bruno-Nestor Azérot, député maire de Sainte-Marie, Martinique

"A Sainte-Marie, nous avons mis en place le comité local de sécurité et de prévention de la délinquance, nous avons installé une équipe de rue, de médiateurs sociaux pour accompagner nos jeunes et il y a quelques résultats. Maintenant, pourra-t-on éradiquer toute la délinquance, je ne pense pas même si je le souhaite. Il faut tout faire pour réduire ces taux. Nous sommes des îles éloignées où l'on trouve des armes, de la drogue et cela est un facteur aggravant."

Gabriel Serville, député maire de Matoury (Guyane)

"L'escadron de gendarmerie être maintenu"

Une conférence nationale pour la sécurité outre-mer vous semble utile ?

C'est important de pouvoir se retrouver pour faire le bilan de ce qui a été fait, dire nos éléments de satisfaction, il y en a quelques uns comme les contrats locaux de sécurité et de prévention de la délinquance, mais je continue à dire qu'en Guyane tout comme en Guadeloupe, nous sommes confrontés à une typologie de criminalité  qui nécessite d'aller plus loin. Les mesures mises en place en Guyane ne sont pas suffisamment efficaces...

Que pensez-vous de la volonté d'accompagner les jeunes ?

Il faut accompagner les jeunes, mais malgré cela des jeunes accompagnés peuvent dévier de la trajectoire qu'on leur a fixée...

Vous privilégiez les effectifs de sécurité renforcés ?

L'augmentation de l'effectif est une réponse. L'escadron de gendarmerie qui est affecté en Guyane doit être maintenu, mais il faudrait aussi penser à modifier fondamentalement les missions qui sont assignées aux gendarmes car il reste un certain nombre de zones de non-droit où il y a du trafic de cocaïne, de crack, de cannabis et dont la consommation est un élément qui pousse les jeunes à des comportements délictueux. Il y a nécessité de renforcer la présence policière et aller au -delà de ce qui avait été annoncé initialement.

Propos recueillis par FXG, à Paris

Didier Laguerre, maire de Fort-de-France, Martinique

"Le phénomène des gangs nous guette"

Une conférence nationale pour la sécurité outre-mer vous semble utile ?

C'est important de pouvoir discuter, échanger, partager les bonnes pratiques pour essayer des les reproduire, des les adapter ailleurs. J'ai évoqué la déconstruction du modèle "bad boy" avec le préfet de la Guyane pour lui expliquer comment nous l'avons mise en place et comment il pourrait tirer profit de cette expérience, la reproduire...

Vous avez associé les artistes à cette démarche de déconstruction ?

Nous le menons avec des artistes, avec des sociologues, des éducateurs et des médias. Oui, nous discutons avec les artistes et ils discutent avec les jeunes pour amener le jeune à faire la différence entre une image qui fabriquée et la réalité même de l'artiste. Par exemple, lorsque Kalash est revenu en concert en décembre avec deux autres artistes, il a eu avec eux un travail sur les messages qu'ils ont fait passer au cours du concert au stade de Dillon. Ces artistes sont référents pour nos jeunes et pour nous !

Est-ce que votre ville est concernée par le phénomène des gangs ?

On n'était pas habitué aux gangs et on n'en a pas encore vraiment constitué comme on peut le voir aux Etats-Unis, mais c'est un phénomène qui nous guette. Le passage du trafic de cannabis au trafic de cocaïne est un élément qui durcit les pratiques de délinquance et qui engendre davantage de violence, de l'armement, beaucoup d'argent en jeu et des territoires à défendre. Cela conduit à un trafic organisé et structuré, c'est cela qui peut nous amener progressivement à des phénomènes de gang.

Faut-il des renforts ?

Il y en a eu, il en faut encore et aussi en termes de matériels. Il faut adapter les moyens dont on dispose à la délinquance que l'on veut combattre. Les moyens pour un trafic organisé de cocaïne ne sont pas les mêmes que pour un petit trafic d'herbe. Il faut des renforts, des moyens mais aussi travailler en proximité, en partage d'informations entre tous les acteurs...

C'est ce que vous faîtes aux Terres Sainville. Comment ça marche ?

On fait des contrôles tout azimut, on associe les douanes, la DIECCTE pour le travail clandestin pour amener les patrons de lolos, de bars au respect de la règle. Oui, ça commence à porter ses fruits depuis novembre. Nous avions des établissements qui restaient ouverts jusqu'à 3 heures du matin, posant de vraies difficultés parce que ce sont des points de fixations où l'on a déploré des meurtres, des tentatives, des règlements de compte. Ils commencent à fermer plus tôt, à se mettre en conformité avec la règle. Ca ne porte pas encore ses fruits en termes de tranquillité publique. Nous avons commencé par une étape de verbalisation par vidéosurveillance et nous allons cadrer, cadrer jusqu'à revenir à une situation normale aux Terres Sainville.

Propos recueillis par FXG, à Paris

 

 

 

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