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25 juillet 2017 2 25 /07 /juillet /2017 05:41
Yokiendy Siffrard et Emmelyne Octavie sur la scène de la chapelle du verbe incarné

Yokiendy Siffrard et Emmelyne Octavie sur la scène de la chapelle du verbe incarné

République or not République

Le théâtre de l'Entonnoir de Kourou présente "Vivre vite, Hériter, mériter" depuis le début du festival d'Avignon, tous les jours à 15 h 15, à la chapelle du verbe incarné.

Pendant une heure, Emmelyne Octavie, la créole guyanaise, et Yokiendy Siffrard, l'immigré haïtien, portent le verbe de la jeunesse, haut et fort. Deux femmes sont venus les voir et ont chacune reçu une claque. La première, la ministre des Outre-mer, a trouvé la pièce "sincère, culotée et intelligente". La seconde, Christiane Taubira, a aussitôt demandé quand le texte avait-il été écrit, se rendant compte à l'évidence que ces jeunes gens avaient senti ce qu'elle n'avait pas senti... Les deux comédiens et auteurs sont allés chercher dans leur vie, leur expérience personnelle les mots juste pour questionner la société guyanaise. "Je m'en fous royalement de la République", proclame sur scène Emmelyne. Yokiendy rêve d'être président de sa nation étrangère et voue un véritable culte à la République. "Moi, je regarde l'état du pays, poursuit la comédienne, réveille-toi un petit peu ! On a tellement peu de place au sein de cette République, permets-moi de ne pas te suivre dans ton délire de bisous à la République ! La République, elle te doit 3 milliards ! La République, elle te doit des excuses..."

Ces deux dernières répliques sont les seules qui ont été écrites après les événements de mars et avril derniers. "J'ai toujours été admiratif du pouvoir, de l'institution, raconte Yokiendy. Je suis Haïtien et j'ai vécu plus de douze ans en Haïti. J'ai vu ce qui était la misère des mamans, des papas pour payer l'école et moi, je me retrouve dans une République où j'ai l'école gratuite ! Même si ce n'est pas le bonheur partout, merci !" Mais c'est cette séquence républicaine précisément qui fera sortir le  mot "culotté" de la bouche d'Annick Girardin. "Ce jour là, il y avait quinze personnes de ma famille dans la salle, se remémore Emmelyne, et j'étais plus émue par ça que par la présence de la ministre." "Moi, se souvient Yokiendy, j'étais content d'avoir la République en face de moi !"

Sous casque

L'histoire a démarré en octobre dernier par une résidence d'écriture. Le dramaturge Benoît Alain les a aidé à rassembler leurs récits personnels. Gustave Akapo, l'auteur de a petites pierres et de Catharsis est venu les voir... La machine à rêve a fonctionné. La Créole et l'Haïtien sont devenus les deux faces d'une même pièce car le récit de leurs divergences dresse le portrait des Guyanais. "D'où l'avis de naissance du spectacle, rappelle Yokiendy, nous avons l'honneur de vous faire part de la naissance d'un petit Haïtien, d'un petit Créole, d'un petit Surinamien..." Le théâtre permet d'entendre cela, de le transfigurer et d'emmener les gens. Régulièrement, les acteurs et les spectateurs mettent un casque sur la tête. L'un après l'autres, les comédiens susurrent des confidences que le spectateur entend dans un environnement sonore qui dit la vraie vie, la difficulté, l'émotion. Sous casque, dans cette intimité, le public est conquis. Lagwyan lévé !

La pièce est captée cette semaine pour France télévisions ; elle devrait tourner cette saison prochaine en Guadeloupe et Martinique. Le programmateur du festival de Metz, celui de Cachan (94) et celui du théâtre de Belleville sont venus les voir jouer. Et même s'il faut attendre septembre pour voir se concrétiser les choses, les deux jeunes comédiens ont très bien su relever ce challenge avignonnais.

FXG, à Avignon

Le théâtre au pas cadencé

Emmelyne connaissait Avignon en tant que spectatrice, mais en tant que comédienne, elle assure que le rythme est intense. Le matin, elle se retrouve Yokiendy Siffrard au théâtre à 11 heures. Débriefing le temps que le metteur en scène Ricardo Lopez Munoz l'exige. Ensuite, ils se costument et se baladent avec leur chaise dans les rues. Ils jouent la scène sur la République. "On fait ça pendant une à une heure trente, raconte Yokiendy, on revient au théâtre, on se pose pour faire redescendre la température, on installe le décor et on monte sur scène." Lorsqu'on a fini, poursuit Emmelyne, on remballe tout et puis on profite de la queue qui s'installe devant le théâtre pour aller voir la tête d'affiche et on commence à tracter pendant une heure environ. Ensuite, on rentre et on est lessivés par la journée !"

ITW Isabelle Niveau, directrice artistique de la compagnie l'Entonnoir à KourouIsabelle Niveau, première à gauche. A ses côtés, Céline de Leval, conseillère spectacle vivant à la DAC Guyane et les deux comédiens kourouciens.

"Il faut être dans un théâtre politique"

Vous avez choisi de faire travailler les comédiens sur leurs histoires personnelles, pourquoi ?

Sur nos territoires, il n'y a pas le choix. Ce sont des territoires en mouvement permanent, où la population change tout le temps. Il faut être dans un théâtre politique. Je ne vois pas comment je pourrais monter des classiques, on a nous à créer notre propre répertoire, à questionner ce territoire, ses habitants qui ont besoin que l'art vienne les titiller, leur poser toutes ces questions que, au fond, on n'a pas tout à fait envie de confronter au quotidien. On ne se donne pas toujours les moyens de requestionner notre mode de fonctionnement.  Nous devons aussi avoir des politiques culturelles, éducatives sociales qui répondent à ce défi immense et permanent de ce vivre ensemble.

Ca ne suffit pas deux escadrons de gendarmerie ?

On peut mettre tous les militaires qu'on veut, nous sommes un pays où par définition, par l'étendue et la forme de nos frontières, on n'empêchera pas les gens de rentrer. C'est un Eldorado en Amérique du Sud ! La réponse ne peut pas se réduire à des renforts. Mais comment on trouve d'autres modèles économiques, d'autres modèles sociaux d'éducation, comment on permet à chacun de trouver sa place et sa relation à l'autre. Pour l'instant, on vit juxtaposé les uns à côté des autres.

La ministre des Outre-mer a qualifié la pièce de "sincère, culottée et intelligente"... Subversif, conviendrait-il ?

Nous le revendiquons ! Tous les grands auteurs de théâtre ont été subversifs ! Et là, ce sont deux jeunes de Guyane qui par ce travail de plateau, entouré par des artistes professionnels, ont écrit ça ! Nous avons fait sortir du territoire des jeunes qui arrivent à comprendre les langages  de l'art et que ces langages peuvent porter bien au-delà des frontières, les regards qu'ils ont envie de porter sur la société. Là, nous faisons notre travail de compagnie !

Propos recueillis par FXG

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