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15 septembre 2017 5 15 /09 /septembre /2017 07:08
Victor Hugues, Marseillais et "le Robespierre des Antilles"

Victor Hugues, la bio

Le premier ouvrage du Guadeloupéen et descendant de corsaire, Michel Rodigneaux, "La Guerre de course en Guadeloupe" (L'Harmattan 2006) s'intéressait à l'économie corsaire de l'archipel au temps de la Révolution et évoquait nécessairement la figure controversée de Victor Hugues. Cette fois, il a décidé d'aller au bout de son sujet en consacrant à l'abolitionniste de 1794 une biographie exhaustive, "Victor Hugues, L'ambition d'entrer dans l'Histoire, 1762-1826", fruit de six années de recherche.

Né à Marseille et mort à Cayenne, Victor Hugues est connu pour être celui qui a aboli l'esclavage en Guadeloupe et celui qui l'a rétabli en Guyane. "Prophète de Robespierre" plus que "Robespierre des Antilles", ce "Rastignac de 1789" a servi, à l'instar de son protecteur Talleyrand, la Révolution, l'Empire et la Restauration. Mousse à 10 ans, capitaine à 24, il a exercé pendant vingt ans les métiers de marin, négociant et contrebandier à Saint-Domingue sous l'Ancien-Régime. Assoiffé de gloire et d'argent, il a été un "mercenaire doublé d’un politique". Effrayé par les révoltes des esclaves à Saint-Domingue, il regagne Paris pour plaider la cause des colons et tombe sous le charme de Robespierre. Dès lors, il se met au service de la Convention et de la Terreur au point de devenir accusateur public au tribunal révolutionnaire de Rochefort, puis de Brest.

Pressentant la chute de Robespierre qui lui aurait été fatale, il revient aux Antilles pour reprendre la Guadeloupe aux Anglais, abolir l'esclavage, enrôler une bonne partie des nouveaux libres dans l'armée et la marine et remettre les autres au travail forcé dans les plantations. « J’ai été envoyé ici (Guadeloupe, ndlr), avouera-t-il, pour détruire l’esclavage et je l’ai détruit ; qu’on m’envoie l’ordre de le rétablir et je le rétablirai. »

A l'origine de l'US Navy

Victor Hugues fit de la Guadeloupe une sorte de république corsaire quasi indépendante « dont il était le conquérant, le fondateur et le chef ». Le monde doit à son action militaire en mer la création par le président des Etats-Unis John Quincy Adams d'une ébauche de l'US Navy (juillet 1797) et, le vote, l'année suivante, par le Congrès du projet de loi créant une armée de métier. Les élus américains croyaient à l'imminence d'un débarquement de Victor Hugues en Virginie et en Caroline du Sud pour y libérer les esclaves et provoquer une guerre civile aussi violente qu’à Saint-Domingue. Cela vaudra à Victor Hugues son rappel à Paris par le Directoire, soucieux de préserver son alliance avec les Etats-Unis. Taxé de tyran pour son comportement en Guadeloupe, il est blanchi devant la cour de révision et obtient de repartir en Guyane comme agent du directoire, puis commissaire du Consulat avant d'y rétablir l'esclavage. Louis XVIII le nommera ensuite commissaire à la démarcation des limites entre la Guyane française et le Brésil. C'est à Cayenne qu'il s'éteint en 1826, largement haï.

Cette biographie sort ce sulfureux personnage du manichéisme dans lequel l'historiographie, la littérature et la mémoire l'ont enfermé pour éclairer ses comportements contradictoires. Michel Rodigneaux le résume en substance ainsi : « Victor Hugues n'a pas vu dans le décret de pluviôse l’application d’un symbole des Lumières, mais une arme politique et stratégique pour déloger les Britanniques dans la Caraïbe. » Sans jamais obtenir que son nom ne soit gravé sur les murs de l'arc de Triomphe.

L'ouvrage de Michel Rodigneaux est en lice pour le prix du livre d'histoire des outre-mer qui sera remis le 18 novembre.

FXG, à Paris

"Victor Hugues, L'ambition d'entrer dans l'Histoire, 1762-1826", L'Harmattan, mai 2017, 614 pages, 37,05 euros

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