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29 novembre 2017 3 29 /11 /novembre /2017 05:23

Qui a tué le docteur Burger ?

Plus de deux ans après la mort du docteur Dominique Burger, sa mère et son frère s'apprêtent à revenir en Martinique pour rencontrer la juge qui instruit le dossier. France-Antilles revient sur un dossier criminel délicat car ses acteurs sont un médecin, un pompier volontaire, quatre gendarmes et la justice.

L'affaire

À 2 heures du matin, le 20 mars 2015, alors qu’il circule sur la commune du Carbet, le brigadier-chef L. reçoit une demande d’intervention au niveau de la piscine de Schoelcher. Un homme prétend avoir été agressé. Accompagné de trois gendarmes adjoints volontaires, il se transporte immédiatement sur les lieux. A l'arrivée de la patrouille, à 2 h 15, l'homme qui les a appelés, un pompier volontaire, est dans sa voiture avec son amie. Il leur rapporte qu’une personne sortie des bosquets a fracassé son pare-brise à l’aide d’une barre de fer et qu'elle s'est enfuit. Il indique l'endroit aux gendarmes. Ceux-ci s’engagent sur le chemin obscur et cinq minutes plus tard, ils découvrent un individu porteur d’un bonnet blanc, roulé en boule dans les herbes, prostré et face contre terre. Les gendarmes lui tombent dessus, lui envoient six décharges de tazer et le menottent. Le pompier volontaire les rejoint et les aide même à maintenir l'homme au sol. Celui-ci ne ventile plus et malgré un massage cardiaque et une prise en charge rapide par les pompiers et le SAMU, il bascule en mort cérébrale

L'autopsie a démontré que l'homme a été victime d'une agression qui lui a laissé des côtes cassées et que l'intervention des gendarmes, alors qu'il était déjà en détresse respiratoire, a provoqué son asphyxie.

Ce n'est qu'aux urgences que l'on apprendra l'identité de la victime, le docteur Dominique Burger. Ce soir là, il était sorti promener trois de ses chiens, une race de coursiers sud-américains du côté de la mangrove à Case-Navire.

Le juge Colombet qui a mis en examen les gendarmes et le pompier volontaire qui les avait appelés, a quitté la Martinique du jour au lendemain, sans avoir averti la famille du docteur Burger à qui il aurait pourtant promis de clôturer le dossier. Il est parti au lendemain de la reconstitution des faits. Une reconstitution effectuée sans la compagne du pompier volontaire, pourtant le principal témoin, et qui révèle la fragilité de la thèse défendue par les cinq mis en examen. Dès lors, le dossier devient embarrassant pour le juge car cette mise en examen doit aboutir soit au non lieu, soit au renvoi des intéressés, dont quatre gendarmes, devant une cour d'assises... C'est d'ailleurs après le récit de cette reconstitution qu'est mort le père du docteur Burger...

Désormais une nouvelle juge d'instruction a repris le dossier. Elle devait d'ailleurs s'entretenir mardi dernier par visioconférence avec la mère du docteur Burger. Et c'est dans ce contexte que cette dernière a choisi d'exposer sa détresse dans nos colonnes car elle est revenue sur sa décision de ne plus revenir en Martinique, bien décidée à connaître la vérité sur la mort de son fils.

Madame Burger avait déjà fort mal vécu ces jours qui suivirent la mort de son fils, à Schoelcher. Avec son mari, ils avaient longtemps cherché les chiens, les avaient appelés, longtemps, jusqu'à ce que, désespérée, elle finisse par hurler dans la nuit le nom de son fils... Et les chiens se taisaient.

FXG, à Paris

ITW Madame Burger, mère de la victime

"Dominique aurait presque dû s’excuser de se trouver là ce soir-là !"

Pourquoi prendre la parole aujourd’hui ?

Je suis interloquée. Je ne constate guère d’avancée dans le déroulement de l’enquête. Nous voulons savoir ce qui s’est passé ce soir ou mon fils a trouvé la mort (je dis bien "trouvé la mort" car dès les premiers jours, les médecins nous ont affirmé qu’il n’y avait aucune chance de réveil au vu de l’étendue des lésions cérébrales).

Que savez-vous ?

Ce soir là, Dominique a d’abord croisé la chemin d’un homme bien connu comme pratiquant les sports de combat, de dix ans plus jeune que lui et champion dans sa discipline, puis une équipe d’intervention de la gendarmerie qui s’est fait assister par cet homme dans son intervention ! Ce qui est avéré c’est que lorsque cette équipe arrive, Dominique est vivant,  quand elle le mène à l’hôpital, il est en mort cérébrale. Malgré tout cela, il a fallu que son frère, arrivé dans le week-end du drame, dépose une plainte pour que le procureur se saisisse du dossier. Et ce procureur déclenche alors une enquête de flagrance à l’encontre de mon fils, sa maison fouillée, les voisins interrogés…

Depuis combien de temps votre fils vivait-il à la Martinique ?

Déjà lors de ses études de médecine, Dominique parlait d’aller vivre dans les îles et quand, grâce à ses choix d’interne, en 2000, il a pu s’y rendre, il l’a fait et n’en est plus jamais parti. Il s’y est installé, y a ouvert son cabinet, ses enfants y sont nés (ils sont métis). Dominique n’aurait pas voulu vivre ailleurs, il se sentait bien en Martinique.

Comment votre famille vit cette enquête ?

Comment notre famille vit cette enquête ? Nous sommes envahis par l’incompréhension, la colère et le chagrin. J’aurai 73 ans bientôt, j’en avais 70 lorsque ce drame s’est produit. Les trois enfants de Dominique grandissent sans leur père. Nous n’arrivons pas à faire notre deuil tant que la justice n’aura pas été rendue. Il y a un sentiment étrange qui entoure ce dossier, et ce depuis le début, comme si certains éléments étaient gênants. D’abord pendant deux mois aucune information sur ce drame n’a été évoquée, ni dans les médias, ni au parquet, ni au tribunal. C’est nous, mon mari et moi, qui avons dit à notre avocate d’alors, au bout de deux mois de cet étrange silence, que nous allions rendre cette affaire publique. Nous avons écrit nous  mêmes à diverses autorités pour que, enfin, une mesure d’instruction soit prise… Nous étions confrontés à des dé-responsabilistations de toutes part.

Personne ne vous avait entendu ?

Seul le commandant de gendarmerie de Schoelcher a eu la correction et l’humanité de nous répondre. C'est lui qui a demandé au procureur de saisir le juge d’instruction. Mais quand on lit le rapport d’expertise, on voit qu'il a été fait par un médecin expert qui a travaillé dix ans avec les pompiers de Fort-de-France, et c'est l'un des leurs qui est impliqué le soir du drame. On a l’impression que personne n’a contribué au décès de Dominique, c’est presque comme si c’était de sa faute s’il a fait l’objet de violences mortelles ce soir là, comme s’il s’était lui-même fracturé les côtes en dix endroits… C’est ahurissant ! Il aurait presque dû s’excuser de se trouver à cet endroit ce soir là !

Que reprochez-vous à l'enquête ?

Les gendarmes ont pris plus d’une dizaine de photos du véhicule avec le pare-brise étoilé, mais aucune du soit disant auteur de ces faits, transporté inconscient à l’hôpital, notre fils, pourquoi ? Le surlendemain, son frère l'a vu couvert de bleus, la moitié du torse noire d’ecchymoses, une plaie derrière la tête, la peau arrachée en plusieurs endroits et pas une photo pour garder des traces de tout ça… Comment comprendre cela ? Notre avocate d’alors voulait que nous faisions confiance à la justice, que nous laissions le juge travailler de façon sereine sur le dossier… Il est parti sans jamais nous prévenir et nous en sommes toujours au même point, nous attendons… Une nouvelle juge d’instruction a été nommée et j’ai sollicité d’être entendue dans son bureau en ma qualité de partie civile.

Qu'attendez-vous de la nouvelle juge ?

Je veux simplement la vérité et nous irons jusqu’au bout, quels que soient les sacrifices que cela demandera. Mon fils avait choisi la Martinique pour y vivre, il y était très heureux. Je lui dois cette détermination d’exiger que la justice fasse son travail en toute objectivité, quels que soient ceux qui ont causé sa mort. Il est hors de question que l’on nous serve une demi-vérité pour protéger je ne sais qui.

Propos recueillis par FXG, à Paris

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