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14 février 2018 3 14 /02 /février /2018 06:08
Cari de la Réunion et vin de Bordeaux

Olivier Cadarbacasse, le vigneron réunionnais

Exilé depuis l'âge de 11 ans dans le sud-ouest de la France, cet ancien conseiller financier a préféré le vin aux finances sans jamais oublier ce qu'il doit à son île. Portrait.

Olivier Cadarbacasse tient sans doute le plus atypique des stands d'exposant au salon de de la gastronomie d'outre-mer qui se tenait à Paris ce 1er week-end de février. Depuis trois ans, il vient y présenter son AOC saint-émilion du château Beauséjour Les Maurins et ses bordeaux supérieurs du château moulin de Beauséjour. Et pour se distinguer, Olivier a un truc, signature sur ses étiquettes : "Allé di partou". "Moi, je suis Réunionnais et installé depuis quinze ans dans la région de Bordeaux, raconte ce natif de Bellepierre à Saint-Denis. Ma maman est de La Source et mon papa est né au Tampon, mais ma grand-mère vit à Basse-Terre à Saint-Pierre." Ce sont ses parents qui ont quitté la Réunion alors qu'Olivier n'avait encore que 11 ans. "Je ne sais pas pourquoi ils sont partis... Le coup de folie ? Ils avaient envie de changer d'air..." Son père avait bâti une entreprise de ferronnerie d'art qui travaillait beaucoup avec les collectivités locales et il voulait changer d'orientation. "Ils ont tout plaqué et ils ont repris une propriété viticole en côte de bergerac. C'était mon premier contact avec le vin." Dès lors, les vendanges, les tailles de sarments et même les dégustations n'ont plus de secret pour le jeune adolescent qui grandit dans cet environnement...

Déraciné

Scolarisé à Libourne, Olivier n'a guère que son coeur et le cocon familial pour y loger ses souvenirs de la Réunion. Et encore, il vit les premières années seul avec son père et sa tante car sa mère a été mutée à la Poste à Paris. "Je ne la voyais que les week-ends et encore...A 11 ans, c'est un peu déracinant..."

Isolé dans sa campagne, Olivier ne rencontre guère beaucoup de Réunionnais. "C'était l'immersion totale, se souvient-il. A l'époque, on n'avait pas facebook ; les liaisons téléphoniques étaient très chères et on avait très peu de contact avec le pays." Après son bac, Olivier fait une prépa HEC à Périgueux, intègre une grande école de commerce à Nice où il rencontre Véronique, une étudiante lorraine fille d'agriculteur qui deviendra sa femme. "Après l'école, Véro et moi on a intégré chacun un cabinet de conseil qui faisait tous les deux parties des "big five", les cinq plus gros cabinets de conseil financier au monde..." C'est leur période costard-cravate-attaché-case : "Une ambiance totalement décalée ! On est un matricule dans un groupe américain, interdit de sourire..." Pour Olivier qui est d'un naturel jovial, la pilule est amère. Olivier se fane et Véronique tire le signal d'alarme. Ils plaquent tout et Véronique suggère qu'ils reprennent une propriété viticole.

Allé di partou Olivier lé la

"Elle ne connaissait pas le travail, mais avec ses parents agriculteurs, elle avait gardé un lien avec la terre." Olivier relève le challenge. Après tout, ils ont tous les deux une formation commerciale et même s'ils ne sont pas du métier, ils apprendront ! "Mes parents, entretemps, avaient vendu leur propriété parce qu'ils pensaient que notre vie était faite sur Paris..." En 2002, avec l'aide des frères de son épouse, Olivier et Véronique rachètent le château moulin de Beauséjour à Saint-Jean de Blaignac, à 5 km de Saint-Emilion en Gironde. Cette année-là naît leur aînée. "On a tout fait en même temps, la propriété et le premier enfant !" Ils démarrent avec 12 hectares du château moulin de Beauséjour dont toute la production est alors vendue en vrac. Ils mettent en place la mise en bouteille au château, un réseau de distribution tourné vers l'export à 90 %. Petit à petit, ils passent à 31 hectares et reprennent, il y a onze ans 3,6 hectares de saint-émilion qui leur permettent de monter en gamme.

C'est alors qu'ils développent "Allé di partou... La Réunion lé la", une cuvée en bordeaux. "C'était un hommage que je voulais rendre à mon île, à mes origines, en mettant la carte de la Réunion sur l'étiquette pour dire : allé di partou que vous connaissez un Réunionnais qui fait du vin !" Et cette cuvée qui ne devait être qu'un clin d'oeil a fait un carton au point de  devenir la griffe du château moulin de Beauséjour ! "Ca fait le buzz sur les réseaux sociaux, ça se vend très bien à la Réunion mais également en métropole avec cette communauté réunionnaise qui nous soutient, qui est fière de partager notre image..."

FXG, à Paris

contact@moulindebeausejour.fr

Interview

"Le vin ressemble forcément au vigneron qui l'a fait"

Le fait que vous soyez Réunionnais participe-t-il à donner un goût particulier à votre vin ?

Le vin est avant tout un produit de l'homme, c'est-à-dire que si vous pressez du raisin dans la nature, la finalité de ce jus de raisin est de devenir du vinaigre. Nous, par nos choix, nos actes, on en fait du vin, c'est-à-dire qu'on arrête ce processus de vinaigrification pour faire un produit que l'on façonne avec nos mains. Alors forcément, mes origines et ce que je suis en tant que Réunionnais, ça se ressent ! Mon feeling, mes affinités, ma manière de travailler, tout ça intègre mon vin. Le vin ressemble forcément au vigneron qui l'a fait parce qu'il reflète l'intégralité de ses choix. C'est comme un enfant que l'on conçoit, que l'on élève... On le laisse vivre et il donne du plaisir aux gens ! C'est ça le vin, c'est un moment de partage, de convivialité... On est heureux de raconter une histoire ! Le vin, c'est une histoire d'hommes, de femmes, passionnés qui ont envie de transmettre comme vignerons !

Avec quels mets faut-il boire votre vin ?

Il est fruité et se marie très bien avec un carri ti jacques boucané, un rougail saucisse et tous les plats épicés de notre culture métissée. C'est du 100 % merlot, c'est-à-dire une matière qui est assez puissante mais toute en rondeur...

Et vous signez ainsi vos origines réunionnaises...

Je signe, j'assume ! Je porte fièrement les couleurs de la Réunion sur cette cuvée. Ce n'est pas tant pour me démarquer, c'est plus pour l'hommage et c'est avant tout une grande fierté de représenter la Réunion, une Réunion de saveur mais également de culture avec toutes ses cultures ! Ce vivre ensemble dont je suis si fier quand je suis en dehors des frontières de l'île. Il nous représente si bien et montre que malgré nos différences de culture, on avance ensemble dans le respect. C'est un atout qu'il faut porter en exemple...

La convivialité du vin en est aussi un bon support...

C'est l'un des principaux supports ! J'organise d'ailleurs chaque année une journée réunionnaise sur la propriété. C'est une façon d'honorer la qualité d'ambassadeur que m'a décernée Ile de la Réunion Tourisme. La dernière a eu lieu le 3 juin dernier et a accueilli 1000 personnes. Ils ont bu du vin, mais aussi vécu, mangé, dansé réunionnais ! La prochaine aura lieu le 20 mai prochain !

Qu'est-ce que c'est que cette cuvée "Pani problem" ?

Pour ne pas laisser "nos copains Antillais" à l'écart du phénomène "Allé di partou", j'ai créé une autre petite cuvée que j'ai appelée "Pani problem". On la commercialise exclusivement sur le salon de la gastronomie d'outre-mer !

Propos recueillis par FXG

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