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27 avril 2018 5 27 /04 /avril /2018 04:15
Tanya Saint-Val au Trianon

Tanya Saint-Val effectue son grand retour à Paris avec un concert inédit qu'elle donne au Trianon le 28 avril avant les Antilles...

Elle sera accompagnée de Ralph Lavital à la guitare, Boris Adélaïde à la percussion, Yohann Dagnet à la batterie, Nicolas Pelage et Linda Rey aux choeurs, Gwen Lahudeux à la basse et Jonathan Jurion, chef d'orchestre.

"J'ai trouvé le couloir lumineux"

On vous a vu au Grand Rex récemment au spectacle des figures des femmes totem d'Outre-mer, mais ça fait longtemps que les Parisiens n'ont pas eu droit à un concert de Tanya Saint-Val...

J'ai fait déjà l'Olympia, le Casino de Paris,  la Cigale, le Divan du monde et c'est vrai que le Trianon c'est la première fois ! C'est un beau théâtre et aujourd'hui, ce que je ressens,  la femme que je suis,  mes témoignages,  ma volonté,  mon vécu font que aujourd'hui j'ai envie d'aller au Trianon et d'y faire quelque chose de très glamour,  un concert Tanya Saint-Val.

Il y a bientôt 18 mois,  vous avez sorti l'album "Voyage".  Ce spectacle sera-t-il le concert de "Voyage" ?

Ce spectacle est en lien avec tout mon  répertoire depuis les années 80.  Il y aura 3 ou 4 chansons pour chaque période. Il y aura un peu de tout,  jusqu'à "You and me", "Mon petit nom", "Love" et tous les premiers comme "Mi", "Chalé", "Carole", "Calin" et les derniers titres et la présentation de quelques chansons de l'album "Voyage".

Ce sera donc plus que "Voyage", mais un grand voyage dans l'univers de Tanya Saint Val ! Remontons aux années 1980, quels souvenirs vous viennent-ils ?

Je me souviens de Joël Nankin que je connais depuis toujours parce que nous étions voisins de palier. Il me voyait aller à l'école et j'étais en classe avec sa nièce. J'étais là le jour où il a été arrêté... Je savais qu'on allait l'arrêter, je le sentais...  Quelques semaines avant, j'étais chez Henri Debs,  en studio, en train de mixer,  et je voyais dans la rue Frébault plein  deux gens,  des métros qui allaient par deux.  J'ai trouvé ça très bizarre...  Il y en avait partout dans Pointe-à-Pitre. J'étais avec Willy Salzedo et Frédéric Caracas...  Ça ne pouvait pas être des touristes ; il n'y avait pas encore de bateaux de croisière et ce n'étaient que des hommes... Deux jours après il y a une bombe qui a pété au restaurant l'Escale.  J'ai pensé à ces gars qui marchaient par deux, mais je ne me suis pas mêlée...  Je n'étais pas au courant de la politique et je me souviens de Joël et de sa coccinelle noire.  Et puis un matin j'ai entendu "boum boum boum" à côté...  J'avais les larmes aux yeux,  je savais et j'entendais sa femme qui disait : "Joël, prépare-toi, ils sont arrivés." J'étais en larmes et quand je suis sortie sur le balcon, j'ai vu tous les gars que j'avais vus deux par deux qui encadraient l'immeuble.

Ainsi est née la chanson pour Joël Nankin ?

Je n'ai pas fait une chanson sur ça, mais comme c'est quelqu'un de profond,  et comme il était professeur d'Éducation manuelle et technique ­— il fabriquait des tables et des tambours —, j'ai écrit "Tamboo". Quand j'ai sorti l'album en 1986, il m'a envoyé un petit courrier pour me dire qu'il avait entendu "Tamboo". C'est mon histoire avec lui, c'est tout...

Poursuivons cette promenade dans le temps de vos souvenirs...

Dans les années 1990, c'est "Tropical"... Je signe dans une major, Mercury, et je pars en Angleterre. Ma vie,  ma carrière changent. Je vais sur les plateaux télé... Ovationnée...  Jolie fille... Je gagne très correctement ma vie...  A Londres, je rencontre des producteurs et mon tube c'est "Tropical".

Arrive l'année 1994...

C'est l'album "Mi" avec "Two Piti"... C'est encore une très très belle époque avec Jean-Christophe Maillard à la guitare et toujours Willy Salzedo.  Je suis toujours chez Mercury, au studio la Muettte  et là on vient me chercher pour chanter "Love affair" en duo avec Johnny Hallyday. Et je l'accompagne sur le Lorada tour en Allemagne, en Belgique,  en Suisse... Au fait "Taratata" ensemble,  la Cigale...  Nous avons fort peu de moment d'échange.  C'est très professionnel. Nous n'étions pas pas dans les mêmes loges...  Il y avait 4 ou 5 gardes du corps. Il y avait tout un jeu, un rituel quand il se préparait à sortir de sa loge. Quand il en sortait, on ne pouvait plus sortir de notre loge.  Si j'ouvrais la porte, on la refermait sur moi. Clac ! Ses gardes du corps lui faisaient un passage tapis rouge pour monter sur scène. C'était assez impressionnant ! On ne s'occupait de rien, je n'avais rien à faire. Tout était pris en main par les régisseurs, les couturières,  la maquilleuse... C'était des moyens que je n'avais et que je n'aurai jamais. Si, alors que nous étions en Allemagne, Johnny voulait dormir à Paris, l'hélicoptère était là et nous, on repartait en bus... On n'était pas du tout dans le même monde par la même sphère... Ce sont de superbes souvenirs. Je n'ai jamais vécu ça de toute ma vie avec un artiste. C'est du haut de gamme !

Arrivent les années 2000 et votre label Netty prod...

J'ai créé mon label tout simplement parce que j'avais envie de faire la musique que j'aime. C'est vrai qu'en étant dans une major, j'ai eu énormément de joie parce que tout était extrêmement bien organisé. J'ai fait deux albums avec eux, j'ai fait le Zénith, c'était génial, mais en même temps, il fallait répondre à des critères, faire tel type de titre... Je n'étais pas prête donc je négocié mon départ. J'ai créé mon label pour être indépendante, avoir une entière liberté sur mes compositions, le choix des musiciens... C'est vrai c'était plus dur pour la promo mais c'était un choix et à ce moment-là j'en avais besoin. A cette époque, j'ai sorti le disque du bicentenaire de l'abolition de l'esclavage, "Ansanm'" et je chanterai le titre "Anmwé", un titre qui a été écrit par mon père et qui me tient à cœur. Il traite de la canne et des usines sucrières qui ferment.

En 2004 vous sortez l'album de "Noël gospel"...

J'avais envie de remercier Dieu de m'avoir donné tant de succès, d'avoir répondu à mes prières... C'était symbolique pour moi, c'était fêter Noël autrement mais en offrant des cadeaux aux enfants et en faisant un geste ! J'avais eu de beaux garçons, j'avais une famille, je me sentais à l'aise, je ne pouvais pas ne rien faire pour Noël et ça a été "Noël gospel" avec Dominique Zorobabel,  Gertrude Seinin et Njie.

Et puis vient l'album "Soleil"...

Là je vais reprendre des chansons ! C'est l'album où je travaille avec Ali Angel... Il y aura "Mon petit nom", "What'up". C'est un album qui a eu énormément de succès parce que je revenais après la naissance de mes enfants avec un projet en 2008. À part le projet de gospel, j'étais restée silencieuse pendant très longtemps.  Le succès était au rendez-vous, malheureusement les événements de 2009 vont changer la donne...

2010 ?

Je ne sais pas s'il y a grand-chose, mais bien sûr, il y a la mort de Patrick Saint-Eloi et je sors le titre "An té vlé di" qui sera bien sûr au concert. C'est un bel hommage à Patrick Saint-Eloi... C'est une chanson que j'avais déjà,  mais qui existait en français. Je devais la sortir sur mon prochain album quand je reçois un petit mot sur mon portable. C'est Frédéric Caracas qui m'écrit : "PSE est parti." Je me suis assise sur mon lit, en pleurs, mais rien... Je n'arrivais pas à parler. Je connaissais Patrick depuis toujours ; sa maison familiale était à côté de la caserne de Miquel et mon père le connaissait depuis toujours. Moi je devais avoir 15 ou 16 ans la première fois où je l'ai vu. Je passais devant chez lui pour aller école et il me chantait déjà "Fabiola"... C'était un choc ! Sans réfléchir il y a une chanson qui m'est venue.  Elle s'appelait : "Je veux te dire". Je me suis dit que ça devait être cette chanson et comme PSE n'aimait pas le français et qu'il était un fervent du créole, j'ai chanté "An té vlé di".  J'ai changé le texte et c'est devenu une chanson pour lui.

Votre dernier album c'est "Voyage", avec deux aspect, soleil et lune, pourquoi ?

Le soleil, c'est l'aspect coloré, chaleureux des Antilles, la féerie, la fête...  Quoi que le zouk ne soit pas que ça ! Et comme le soleil préside au jour, la lune préside à la nuit...  Deux lumières ! Et comme je ne peux pas m'enfermer dans un seul style, dans le seul zouk puisque j'ai chanté dans la comédie musicale de Serge Bilé le rôle de Winnie Mandela, que j'ai participé au concept autour du blues avec Francis Cabrel... Ça aussi j'avais envie de le chanter mais quand même dans un style caribéen ! Je me suis crée un univers qui fait que aujourd'hui si j'ai envie de chanter du zouk,  je chante et si j'ai envie de chanter autre chose, je chante ! Et dans cette autre chose, il y a la biguine, le gwoka qui me permettent de m'exprimer différemment avec des textes, des témoignages plus forts. Dans les années 80, on pouvait danser du zouk sur des sujets forts,  aujourd'hui les gens de ne veulent plus entendre un sujet de société sur du zouk... Il a fallu que je crée quelque chose et c'est ainsi que j'ai fait ce premier jet de Tanya autrement, "Taya lune", qui est l'aboutissement de la femme que je suis, la mère que je suis...  C'est cela que j'ai envie de partager,  des sujets sur la psychologie,  sur les migrants,  l'amour... J'ai envie de me positionner et il y a des choses que j'ai envie dire que je ne peux pas dire dans le zouk ! C'est malheureux parce qu'on ne peut plus le dire dans le zouk alors que par exemple dans la Dancehall on peut le dire ! Moi je veux être libre et je veux pouvoir chanter ce que j'ai envie de chanter comme j'ai envie de le chanter ! J'ai créé mon espace liberté, deux  lumières,  soleil, lune,  c'est comme ça que j'ai trouvé le couloir lumineux. 

Propos recueillis par FXG, à Paris

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