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25 juin 2018 1 25 /06 /juin /2018 05:23
Bernard Lama

Interview Bernard Lama

"Les outsiders ont réussi leur entrée,  les favoris un peu moins"

Que ressentez-vous quand vient le temps de la coupe du monde ?

C'est une période particulière,  la grand-messe pour les footballeurs. C'est peut-être le seul moment où je suis concentré dessus... C'est la grande fête, on sait qu'on va voir de beaux matchs ! On est plutôt habitué à voir du football européen par ici. Là, on va voir d'autres footballs,  africain, sud-américain... Ça fait de grands moments avec de beaux stades et puis on est censé aussi découvrir un pays.

Ca vous rappelle des souvenirs ?

Non, on est au-delà de ça.  On espère voir du beau football,  voir son pays l'emporter...

Comment trouvez-vous ce début de coupe du monde ?

Ca a bien démarré ! Il y a beaucoup de buts,  des matches intenses, c'est toujours le cas en coupe du monde,  mais on a l'impression qu'elle a démarré plus vite que d'habitude,  dès le premier match Espagne-Portugal... On n'a pas eu le temps de prendre le temps.  Il faut être opérationnel immédiatement et ça, ça donne le ton à la coupe du monde. Et puis il y a toujours des surprises en coupe du monde c'est ce qu'ii y a de plus intéressant par rapport à un championnat d'Europe où le niveau est à peu près égal et où l'on finit par s'ennuyer.  Heureusement que la dernière fois, l'Islande est venue amener de la joie ! Tandis que dans cette coupe du monde, il y a déjà de la joie.  Il y a des populations qui viennent de partout, ça fait des stades très colorés...  C'est une grande fête.

Comment trouvez vous l'équipe de France ?

Elle est très jeune,  très talentueuse,  mais il faut trouver une équipe dans tout ça...  Il faut trouver une âme,  un cheminement...

La mayonnaise n'a pas encore pris ?

Non ça n'a pas encore pris...  ..  La France a pris ses trois premiers points, c'est ce qui était le plus important...

Avez-vous un pronostic ?

Je suis peut-être trop impliqué pour sortir un pronostic.  Je sais très bien qu'on peut être favori et passer à la trappe,  mais en général il n'y a pas de hasard à ce niveau là et on retrouve souvent les mêmes... Les Allemands, les Brésiliens,  les Espagnols, les Portugais ne devraient pas être très loin. Et puis derrière, il y a les nations qui ont faim comme la France,  la Belgique...  La France a l'avantage d'être une équipe jeune donc elle aura une plus grosse capacité de récupération...  Il y a beaucoup de talents offensifs... Ngolo Kanté, Blaise Matuidi... Après, il y a les deux flèches devant... Il y a un vrai talent offensif entre Ousmane Dembélé, Kylian Mbapé, Thomas Lemar, Nabil Fékir, Antoine Griezmann, Olivier Giroud... Il y a des talents qui se complètent, mais il faut trouver l'alchimie pour pouvoir leur permettre de s'exprimer...  Pas évident non plus. Et quand on a moins expérience,  ça peut bloquer. Il manque un ou deux vrais tauliers qui sentent les coups,  qui sentent à quel moment il faut donner un coup d'accélération,  à quel moment il faut temporiser... Ca peut se trouver en cours de route,  mais il faut des relais techniques.  Deschamps savait faire ça, mais c'est pas tout mon qui sait le faire.  Sur le terrain, y a une gestion de l'immédiat il faut assurer.  Il faut sentir les coups et ça,  quand vous êtes sur la touche,  c'est compliqué. On peut le faire,  on peut influencer à travers les changements de joueurs ou les changements tactiques,  mais c'est en complément...

Vous-même avez été un gardien aérien à la détente féline et au sens aigu de l'anticipation, avez vous eu conscience de révolutionner le poste de gardien de but à votre époque ?

Oui parce que j'ai joué à une époque où il y a eu des changements de règles...  Ne serait-ce qu'à travers mes équipements je pense avoir apporté autre chose ! J'avais un jeu complet ; je n'étais pas seulement gardien de buts,  j'étais aussi joueur de champ...  J'étais capable de me mettre dans la peau du défenseur,  du milieu ou de l'attaquant,  ce qui fait que tant je relançais,  j'en tenais compte.  Ensuite les balles aériennes, jusqu'à aujourd'hui, il n'y a pas grand monde qui va aller chercher.  Le jeu au pied aussi, comme  le positionnement.  Je jouais assez haut. Oui, j'avais conscience de tout cela, mais sans prétention aucune...

Vous avez parlé des équipements, mais vous avez joué sans gant au début de votre carrière...

J'ai joué sans gants à certains moments comme en été quand il faisait très chaud et que je n'étais pas à l'aise avec les gants,  donc que je les sortais. Ça me replongeait dans ce que je faisais quand j'étais gamin sur la plage, pendant ma formation.  Ça a été un moment important parce que c'est quand ma prise de balle s'est affirmée,  où elle est devenue beaucoup plus nette,  plus assurée.

Vous avez été meilleur gardien de France et vous avez souvent été sur le banc des remplaçants. Comment vit-on cela ?

Je n'ai pas été meilleur gardien de France,  j'ai été élu meilleur joueur français.  Ça va au-delà du poste de gardien.  Et Je ne suis pas tout à fait d'accord quand vous dîtes que j'ai souvent joué les doublures.  Il y a eu deux années où j'ai moins joué, mais toutes les années précédentes j'étais titulaire...

C'était à cause de votre sanction ?

Ma sanction, ma blessure,  je pense que c'est un tout  et puis il y a eu l'émergence d'un autre gardien de très haut niveau,  Fabien Barthez, c'est surtout ça.  Le coach avait deux gardiens potentiellement titulaires,  donc il a fait un choix...

L'avez-vous bien vécu ?

Je n'avais pas trop le choix et tout ça a coïncidé avec une blessure,  avec une suspension et une campagne médiatique qui ne m'était pas favorable,  loin de là...

Vous souvenez-vous de la blague qu'on racontait à votre propos : Pourquoi, n'y a-t-il pas d'herbe dans la surface de réparation ?

Ah ouais... (Rires) Parce que je la broutais ! Faut pas oublier non plus que, autant je peux être un chat, autant je peux être un lama !

Et vous savez aussi cracher...

Je sais aussi cracher mon venin quand il faut.

Vous êtes aujourd'hui le vice-président de la ligue de football de Guyane qui fait l'objet d'un débat avec Laura Flessel parce que la FIFA ne reconnaît pas les ligues d'outre-mer. Pensez-vous que les choses puissent évoluer ?

Il n'y a pas de débat puisque la France ne veut pas.  Ce n'est pas la FIFA qui ne veut pas,  c'est la France qui ne veut pas se séparer de ses départements d'outre-mer,  je pense que c'est une erreur,  que c'est un frein au développement du football outre-mer, mais pas seulement du football,  parce que le sport aujourd'hui joue un rôle social et un rôle canalisateur extrêmement important dans les DOM.  Avec la politique qui est menée,  on va voir les choses péricliter,  les gens se décourager et les révolutions arriver ! ça a déjà commencé donc il n'y a pas de raison que ça ne continue pas.

Comme le mouvement social de l'an dernier en Guyane ? Comment l'avez-vous vécu ?

Je l'ai vécu comme un grand moment de communion, mais pas pensé,   pas réfléchi, pas anticipé.  Il y a eu un élan sincère de la population,  mais faute de n'avoir pas été pensé, ça ne pouvait pas donner grand-chose de pérenne. Les élus ont subi et suivi le mouvement et pourtant il faut des interlocuteurs officiels à un moment donné... Mais c'était l'expression d'une souffrance  et manifestement, elle n'a pas été comprise au plus haut niveau.  Cette souffrance n'est pas comprise au niveau de la France ; on persiste à penser que les aides sociales sont tellement de développement...

Vous avez créé votre entreprise,  c'est difficile d'être entrepreneur en Guyane ?

C'est très compliqué parce qu'on vient déranger beaucoup de choses déjà établies et en fonction de votre domaine, vous vous retrouvez face à de puissants lobbys et on fait tout pour vous couler... Donc oui c'est compliqué,  on n'est pas forcément dans une situation très réjouissante alors qu'en Guyane on a tout ce qu'il faut...

Comment se porte la société Dilo aujourd'hui ?

Étant donné les circonstances,  on arrive à survivre avec la volonté de continuer à se développer. Nous avons une dizaine de salariés et une production d'environ 4 millions bouteille par an  pour le marché local. Nous nous sommes pas encore en mesure d'exporter...

N'avez-vous jamais eu envie de faire de la politique à l'instar de votre père qui était maire ?

C'est quoi faire de la politique ? L'idée de me faire élire dans le contexte actuel ne m'a jamais effleuré, par contre développer des projets, développer des politiques,  c'est ce que je fais. Dilo, c'est une politique... Quand je m'investis depuis 15 ans dans mon club de foot,  c'est de la politique. Quand je propose la base avancée,  c'est de la politique.  Avoir un mandat n'est pas forcément toujours utile. J'ai la chance d'avoir accès aux décideurs,  d'avoir un réseau...

Votre association humanitaire, Diambars, c'est de la politique ?

C'est de la politique !

C'est-à-dire ?

Diambars évolue sur plusieurs continents. Le premier centre a été mis en place au Sénégal et à partir de là on a développé des programmes pédagogiques.  Le travail se fait en Europe, en Afrique, en Amérique du Sud, partout où nous pouvons intervenir, mais avec la volonté d'être des précurseurs et de proposer des choses innovantes.  Nous travaillons notamment sur une plate-forme pédagogique, un jeu dans lequel les enfants doivent construire un stade,  marquer des buts en répondant à des questions selon leur niveau scolaire. Le gamin va jouer pendant une heure ou deux, d'accord, mais il va intégrer de nouvelles données. Ce qui ne se fait pas encore.  Aujourd'hui, les enfants ils jouent tout simplement. C'est ça Diambars...

En Guyane, le débat actuel, c'est la Montagne d'or. Ca vous intéresse ?

Je suis plus qu'intéressé parce que moi je produis de l'eau.  Qu'est-ce que l'on veut ? Veut-on du développement ou veut-on rester tel que l'on n'est ? Le choix est cornélien mais néanmoins il faut que la Guyane se développe et ça passera par certains projets.  Au début du XIXe siècle la Guyane fournissait la métropole de toutes sortes d'épices et d'or,  il faut que cet or arrête de nous faire fantasmer et deviennent réalité. Au-delà de l'exploitation, c'est la valeur ajoutée qui est importante et la valeur ajoutée elle n'est jamais faite en Guyane... On vous envoie des satellites et il n'y a pas de taxes sur Kourou parce qu'on nous dit que les satellites ne restent pas là... On a besoin d'un développement équilibré, on a besoin simplement de routes,  besoin de sécurité, besoin d'énergie,  besoin d'une école qui joue réellement son rôle...  On n'a pas besoin de toutes les richesses du monde, mais nous avons dans notre sous-sol une grande partie des richesses de cette terre et il nous apparaît injuste de ne pas pouvoir en bénéficier...

Faut-il plus d'autonomie ?

Obligatoirement parce que, aujourd'hui, il ne faut construire un nouveau pays,  une nouvelle mentalité...  Il nous faut trouver une âme nouvelle.  La Guyane est un conglomérat de populations posées les unes à côté des autres et c'est quelque chose qui va finir par poser problème.  Nous sommes en train de créer les mêmes conditions de vie et de fonctionnement qui il y a dans certains pays africains... Cette colère qui a été canalisée l'année dernière ne le sera pas la prochaine fois,  au contraire elle sera excitée de manière à faire le plus de dégâts possibles...

Dans l'Hexagone, il y a une voix forte qui vient de Guyane, c'est celle de Christiane Taubira. Comment l'entendez-vous ?

Christiane Taubira était ma prof au lycée... Je connais son état d'esprit et c'est un état d'esprit qui passe par tous les états d'âme parce qu'on cherche des solutions pour faire avancer les choses... Etant un peu plus âgée que moi, elle a commencé un peu plus tôt à se battre pour que la Guyane devienne plus autonome, une vraie terre de développement et jusqu'à aller au plus haut niveau de l'Etat. Mais il y a toujours eu de grands hommes d'Etat en Guyane qui ont grandement servi la France et qui viennent d'u ne terre où en dehors de la base spatiale, c'est à peine si nous existons... C'est la Guya,e qui a produit Félix Eboué, Gaston Monnerville et aujourd'hui Christiane Taubira. Dans le domaine du sport, c'est la Guyane qui a produit le premier joueur de foot international noir, Raoul Diagne et on a l'impression que ça, on nous le fait presque payer ! Quand on voit le statut de la Corse ou celui de la Nouvelle-Calédonie, on se pose la question... Faut-il absolument des morts pour que ça bouge ?

Propos recueillis par FXG, à Paris

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