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30 septembre 2018 7 30 /09 /septembre /2018 06:55
Les Antilles en Nouvelle-Calédonie

Les "Doudous" du Caillou

De nombreux Antillais ont profité du boum du nickel pour s'établir en Nouvelle-Calédonie à partir de la fin des années 1950. Aujourd'hui, ils représentent une petite communauté encore bien vivante. Reportage à Nouméa.

Cela fait vingt ans que Sylvia Sorel (photo ci-contre), une Martiniquaise originaire du Gros-Morne, vit en Nouvelle-Calédonie. Elle est conseillère pédagogique au lycée de Poindimié, une localité sur la côte Est de la Grande-Terre, à 4 heures et demi de voiture de Nouméa. Elle participe à la formation des enseignants mélanésiens. Sylvia fait de fréquents aller-retour au chef-lieu où elle est, depuis longtemps, impliquée dans l'association Kadans' qu'elle a créée après la mort d'Aimé Césaire en 2008. "A Nouméa, raconte Sylvia, nous formons une petite communauté antillaise discrète, nous sommes peut-être deux petits milliers..." Il existe deux ou trois autres associations culturelles antillaises comme l'Amicale Antilles-Guyane à qui l'on doit l'organisation d'un chanté Nwel en décembre ou encore la présence remarquable d'un groupe à mas lors du carnaval de Nouméa. Sylvia a passé son enfance en Nouvelle-Calédonie. Ses parents étaient venus comme nombre d'Antillais dans les années 1960 et 1970 attirés par le boum du nickel. "Il y a eu pas mal de métissage avec les Kanak, raconte Sylvia, mais pas mal d'Antillais sont repartis lors des événements de 1984 à 1988." Elle même est alors rentrée en Martinique. "J'avais 18 ans..." Les événements, ce sont l'assassinat des deux frères de Jean-Marie Tjibaou, celui d'Eloi Machoro, la prise d'otage d'Ouvéa, l'assassinat de Jean-Marie Tjibaou et de Yeiwéné Yeiwéné....

Coutume kanak et créolité

Wapéa (photo ci-contre), une Kanak quinquagénaire, aujourd'hui surveillante d'internat au lycée des îles Loyauté, n'a pas oublié la prise d'otage du commissaire délégué, M. Demar, séquestré chez lui à Lifou en 1984 : "C'était un sous-préfet doudou", témoigne-t-elle. Les doudous... C'est ainsi que les Kanak, qui ont largement adopté les rythmes antillais (zouk, meringue, bachata), surnomment les Guadeloupéens et les Martiniquais du Caillou !

Avec le retour de la paix et les accords de Matignon, puis ceux de Nouméa qui programment le référendum du 4 novembre prochain, des Antillais sont revenus comme Sylvia en 1998 ou encore Antonio Marignan, originaire du Morne-vert. Pour Sylvia, c'était simple de revenir et de retrouver de la famille. Antonio, lui, est venu par amour. Il est arrivé il y a onze ans et travaille à son compte comme maître d'oeuvre dans le bâtiment. Il est très actif lui aussi dans l'association Kadans'.

Cyril Daumont au ka, Dominique Attely, Antonio Marignan au ti-bwa et Sylvie Sorel

Avec Sylvia, mais également leur compatriote Nadia Pelage dit Caïdan, intervenante artistique et culturelle, ils ont déjà monté au musée territorial de Nouméa une exposition sur les instruments à percussions des Antilles et ce mois d'août, ils ont invité la Martiniquaise Dominique Attely et le tanbouyé guadeloupéen Cyril Daumont en résidence au centre culturel Tjibaou pour animer des ateliers de gwoka. "Ici, nous nous imprégnons de la coutume kanak, explique Sylvia, mais nous voulons aussi transmettre notre créolité à nos enfants."

FXG, à Nouméa

Des citoyens à part

Sylvia Sorel et Antonio Marignan sont bien inscrits sur les listes électorales de la Nouvelle-Calédonie, mais pas sur la liste électorale spécifique au référendum du 4 novembre prochain. Seuls les Calédoniens déjà inscrits en 1988 ainsi que tous les natifs auront à répondre oui ou non à la question : "Souhaitez-vous que la Nouvelle-Calédonie accède à la pleine souveraineté et devienne indépendante ?" Quand on interroge Sylvia sur le sujet, ses yeux se mettent à briller, puis elle lâche : "Philosophiquement oui, lucidement, non..." Cette indépendance dont elle a pu rêver pour son île comme pour le Caillou, devient face à l'échéance qui s'approche une question bien difficile à trancher. "Le combat, explique-t-elle, c'est la culture des peuples, la transmission générationnelle... Mais de toute façon, je n'ai pas le droit de vote."

Infos +

L'heure

Le décalage horaire entre les Antilles-Guyane et la Nouvelle-Calédonie est de 15 heures ! Quant à la durée du voyage, il faut envisager au mieux 33 heures via Paris et Tokyo, soit deux jours de voyage !

Port-de-France

Nouméa a été fondée en 1854, sous le nom de Port-de-France par Tardy de Montravel. Le premier occupant est en fait l'anglais James Paddon, un marin marchand qui achète une partie de l'île Nou en 1845 au chef Kuindo et y crée un établissement de commerce et d'élevage. Il revendra ses terrains à l'Etat Français en 1858. Le nom de Port de France sera abandonné en 1866.

Les langues

Il existe 28 langues kanak auxquelles s'ajoutent 11 dialectes. A noter l'existence d'une langue créole, le tayo, parlé dans la commune du Mont-Dore (région du grand Nouméa) par les gens de la tribu de Saint-Louis et importé en Nouvelle-Calédonie par les Réunionnais venus développer la culture du café et de la canne à sucre à la fin du 19e siècle. La tribu de Saint-Louis a été créée par les pères maristes en réunissant sur la mission catholique de Saint-Louis des Kanak convertis, issus de tout l'archipel.

L'agence de développement de la culture kanak

Le centre culturel Tjibaou, oeuvre de l'architecte italien Renzo Piano, a été inauguré en 1993 et est placé sous la tutelle du ministère de la Culture et du ministère des Outre-mer. Sa construction a été décidée dans le cadre des accords de Matignon de 1989 sur le site où se déroula en 1975 le festival Mélanésia 2000 organisé par le leader du FLNKS, Jean-Marie Tjibaou. Il est consacré à la culture et aux arts mélanésiens. Son dirigeant actuel est Emmanuel Tjibaou, fils de feu Jean-Marie Tjibaou. Depuis 2015, Wallès Kotra (qui a succédé à Marie-Claude Tjibaou) est le président de son conseil d'administration.

Le franc CFP

Comme les Tahitiens et les Wallisiens, les Calédoniens disposent toujours du franc comme monnaie. Indexé sur l'euro, le franc Pacifique vaut 0,84 centimes d'euros. A l'origine, les initiales CFP voulaient dire Colonies Françaises du Pacifique avant de se transformer en Communauté Financière du Pacifique pour finalement devenir Change Franc Pacifique.

Le Caillou

L'île doit ce surnom de "Caillou" à sa grande richesse en minerais (nickel, cuivre, chrome). A l'instar de la Guyane, la richesse du sous-sol pose la question brûlante et toujours d'actualité du développement économique et de la protection de l'environnement et de la biodiversité. Si l'exploitation du nickel a largement profité au développement de la Nouvelle-Calédonie, le pays en porte aussi les stigmates comme des cicatrices sur tous ses reliefs.

Au Sud de Nouméa, la baie de Prony
La grande chefferie de Gaitcha à Drehulu (Lifou)
L'église de Xepene à Lifou
l'escalier de la bibliothèque Bernheim à Nouméa
la stèle rendant hommages aux travailleurs vietnamiens venus participer dès le 19e siècle au développement de la Nouvelle-Calédonie et des Nouvelles Hébrides
Au centre culturel Tjibaou, un touriste se confronte à la troupe d'animation
Une église à Touho sur la côte Est
match de foot à Hienghene
Paysage sur la route entre Koné et Poindimié
case sur la route entre Koné et Poindimié
Les restes des deux fourgonnettes dans lesquelles ont été assassinés les dix de la tribu de Tiendanite dont les deux frères de Jean-Marie Tjibaou en 1984
mine de nickel à Kouaoua
la tombe de Jean-Marie Tjibaou à Tiendanite
Le bourg de Koné
mangrove à Foé
Usine de Doniambo à Nouméa
Cocotiers et pins colonnaires

 

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