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5 mars 2020 4 05 /03 /mars /2020 06:49
Thierry V, brigadier-chef du GIPN, blessé par un tir de Jérôme Lebeau lors de son interpellation le 27 avril 2017 à Saint-Benoît

Thierry V, brigadier-chef du GIPN, blessé par un tir de Jérôme Lebeau lors de son interpellation le 27 avril 2017 à Saint-Benoît

L'homicide (in)volontaire en débat

Le procès de Jérôme Lebeau et de sa mère Marie-Annick se poursuit devant la cour d'assises spéciales de Paris. Le jeune homme radicalisé a-t-il tiré sciemment sur les policiers venus l'arrêter ?

Le 27 avril 2017, lorsque le GIPN est intervenu résidences des Fragrances à Saint-Benoît pour interpeller le jeune Jérôme Lebeau, soupçonné d'apologie du djihadisme, ce dernier a-t-il ou non volontairement tiré sur les policiers d'élite ? C'est en grande partie la question qui a occupé la cour d'assises spéciale de Paris, mardi. Car le jeune Réunionnais n'est pas seulement poursuivi  avec sa mère pour participation à un groupement terroriste en vue de commettre un attentat, mais également pour tentative d'homicide volontaire sur personnes dépositaires de l'autorité publique. Le président de la cour d'assises spéciale a ainsi rappelé les déclarations de l'accusé, trois jours après cette fusillade, lors de sa première garde à vue : "Quand j'ai tiré, c'était pour tuer, sinon j'aurai utilisé des balles en caoutchouc." Plus tard, devant le juge d'instruction, Jérôme Lebeau sert une nouvelle version : "Ce n'était pas pour tuer, mais pas pour plaisanter non plus..."

La cour a donc fait venir un expert en balistique, major de police à l'institut national de la police scientifique. Ce dernier a d'abord indiqué que l'arsenal retrouvé dans l'appartement des Lebeau (une carabine 22LR de survie et un fusil à pompe Mossberg Maverick 88 — et non Mauser comme indiqué par erreur dans notre précédente édition) n'étaient pas des armes de tir récréatif, encore moins avec des balles Brenneke à 20 euros et encore moins avec un silencieux...

"Il voulait tuer"

Deux vidéos de la reconstitution de la fusillade ont été présentées à la cour. Un premier film présente la version du GIPN : Une fois la porte fracturée, le sergent-chef Thierry V. crie "police". Tandis que ses collègues, dont Laurent D, vont sur la gauche, il prend à droite et découvre un couloir avec deux portes fermées. Il appelle ses collègues chargés de défoncer les portes. L'une s'entrouvre alors et laisse apparaître le canon d'un fusil d'où part un coup de feu. Thierry V. riposte. Derrière lui, son collègue Laurent D.  est blessé. Il ne doit sa vie qu'à son bouclier. Thierry V. continue d'avancer vers la porte qui s'est refermée.  Elle s'entrouvre ; nouveau coup de feu. Thierry V. est à 1,40m de Jérôme Lebeau, il ressent un violent coup à l'épaule, il riposte et Jérôme Lebeau s'écroule blessé et laisse tomber son arme que d'un coup de pied le fonctionnaire éloigne avant de réaliser qu'il est lui-même blessé et qu'il ne soit évacué.

La version de Jérôme Lebeau diffère. Il explique qu'il faisait sa prière et qu'il n'a pas entendu crier "police". Il explique encore avoir tiré pour se défendre d'une agression...

Appelé à la barre, Thierry V. assure qu'outre son "police", il n'y a eu aucun échange verbal avec le jeune homme avant la fusillade, qu'il s'est retrouvé face à quelqu'un qui savait ce qu'il faisait. Il précise même que le second tir, celui qui l'a blessé, n'est pas celui d'un homme en panique. "Il voulait tuer, avance calmement le policier. Je n'ai jamais vu une telle détermination dans ma carrière..." Il précise encore que même baignant dans son sang et gisant au sol, Jérôme Lebeau ne s'est pas laissé faire, puis il ajoute : "J'avais l'impression qu'il était content de lui, satisfait, ne montrant même pas le signe d'une douleur." Il conclut sa déposition  : "J'attends qu'il soit condamné pour ses deux tentatives de meurtre sur des fonctionnaires de police."

Ce mercredi avant les premières plaidoiries de la partie civile, la cour entendra les deux accusés, Jérôme Lebeau et Marie-Annick, sa mère.

FXG, à Paris

Jérôme Lebeau : profil d'un auto-radicalisé par Internet

Avant de revenir sur ces détails balistiques, la cour d'assises spéciale de Paris a longuement évoqué la personnalité de Jérôme Lebeau et les étapes de sa radicalisation. "Il s'est radicalisé sur Internet, indépendamment de toute influence extérieure", a rappelé le président. Un expert de la division nationale antiterroriste (qui a instruit quelque 800 cas de radicalisation) a indiqué que l'accusé s'était montré très perméable à ne propagande qui porte une vision manichéenne du monde et qui s'adresse à un public peu cultivé, habitué pour certains à des jeux vidéo de guerre, qui cherchent la gloire à travers la violence. Jérôme Lebeau, cinq jours avant son interpellation téléchargeait sur la chaîne de l'EI à laquelle il s'est abonné, une vidéo sur la formation des jeunes du khalifat qui exécutent à bout portant des prisonniers. De telles vidéos, la police en a retrouvé 500 dans ses ordinateurs. Jérôme Lebeau a même réalisé lui-même une vidéo appelant au meurtre des militaires et des policiers.

Jérôme Lebeau a donc été une bonne cible de cette propagande, mais il a su aussi faire du prosélytisme avec sa mère... Lundi dernier, celle-ci a donné quelques clés qui expliquent la présence de cette dernière sur le banc des accusés : "J'ai appris la religion avec mon fils." Elle explique d'ailleurs ne jamais avoir mis les pieds à la mosquée, pas plus que son fils très renfermé : "Jérôme n'a pas la force mentale qu'il fallait avoir... Je l'ai tellement protégé, je ne lui ai pas donné l'envie de s'ouvrir au monde." Elle décrit un enfant en difficulté scolaire, "faible, qui ne s'intégrait pas, n'avait pas confiance en lui. "Je l'ai emmené voir des psychologues et des psychiatres... Je l'ai mis en garde contre les mauvaises fréquentations, contre la drogue et il n'a plus eu l'envie de sortir. Je l'ai empêché de voir plus loin..."

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