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2 septembre 2020 3 02 /09 /septembre /2020 07:19
Jean-Pierre Versini-Campinchi

Jean-Pierre Versini-Campinchi

L’identité antillaise de l’avocat Versini-Campinchi

Jean-Pierre Versini Campinchi, le célèbre avocat parisien (affaires Urba, Angolagate, Buffalo grill) sort le 24 septembre aux éditions du Cerf une autobiographie intitulée Papiers d’identités dans laquelle il revient sur ses doubles racines insulaires, la Corse et les Antilles. Focus sur ses racines antillaises.

C’est de sa mère, Marcelle Attuly, que Jean-Pierre Versini-Campinchi tient son antillanité. L’histoire démarre au XIXe siècle avec Pierre Jean Baptiste Agricole, né libre en 1804, en Guadeloupe. Son fils, Eugène Agricole, natif de Morne-à-Vache au Sud de la Basse-Terre en Guadeloupe en 1834, s’éteint en 1901 après avoir été président du Conseil général de la Martinique et maire de Sainte-Marie. Eugène a eu un fils, Pierre qui épouse Eléonore Hayot. « Il a la peau de Louis Armstrong ou de Morgan Freeman, écrit l’avocat, sa femme, celle de Joséphine Baker. » Pierre Agricole arrive à Toulouse en bachelier et s’inscrit en fac de médecine. A défaut de pouvoir s’installer en Martinique, l’administration l’envoie à Ambleny, canton de Vic-sur- Aisne, arrondissement de Soissons, à cent kilomètres de Paris. C’est dans ce petit village, chez le docteur Agricole que débarquent de jeunes étudiants antillais, tel Robert Attuly, le grand-père maternel de l’auteur. Juge suppléant à Saint-Louis du Sénégal, il vient de faire deux filles à une jeune avocate, Gabrielle Crofils, qu’il a rencontrée à Paris et qui est martiniquaise. Les filles, Rolande et Marcelle, sont nées dans la maison du Dr Agricole à Ambleny. « Marcelle a eu une très grande importance pour moi : c’est ma mère. » En 1917, alors que Robert est mobilisé en Afrique occidentale française, son épouse meurt de la tuberculose. « Rolande et Marcelle, orphelines de six et cinq ans, vont rester les enfants de Tonton et Éléonore Agricole. » A la fin de la guerre, Robert emmène ses filles à la Martinique. Il en ramène sa seconde épouse, Victoire Yang-Ting, la « maman Vivi » de l’auteur. Robert Attuly a été « nommé président de la cour d’appel de Dakar par le Front populaire, procureur général par Pétain, conseiller à la Cour de cassation par De Gaulle. »

Les Yang Ting, l'abolition et les békés

Jean-Pierre Versini-Campinchi naît le 11 novembre 1939 dans la maison de tonton Agricole. A 15 mois, on l’envoie rejoindre son grand-père à Dakar où maman Vivi lui sert de mère. Son père, Louis Yang-Ting, était un commerçant Chinois arrivé avec son père, médecin de Canton. Jean-Pierre Versini-Campinchi revient sur cette immigration : « Les békés, propriétaires des champs de canne à sucre et des plantations de bananiers, ont bien été obligés d’importer une main-d’œuvre rémunérée, faiblement, mais rémunérée tout de même, le jour où leurs anciens esclaves noirs ont déposé coupe-coupe et bêche et se sont mis à ne travailler que quand ils le voulaient bien. Tout cela à cause de l’abolition de l’esclavage en avril 1848, qui a fait entrer Victor Schœlcher au Panthéon à côté de son contemporain et ami Victor Hugo. C’est pourquoi le gouvernement a fait venir des travailleurs émigrés, beaucoup du sud de l’Inde, un peu de Chine. »

Louis Yang-Ting est arrivé à la Martinique à l’âge de quatre ans et a reconnu « pas loin de trente enfants » dont six sont morts à Saint-Pierre le jour de l’éruption de la montagne Pelée en 1902. « Deux de ses enfants, dès avant 1914, avaient réussi à poursuivre des études supérieures en France, l’un était docteur en pharmacie, l’autre agrégé d’anglais. »

Finotte, la pianiste de Stellio

Dans la vie du petit Jean-Pierre, il y a encore la sœur de son grand-père Robert, Agnès, dite Finotte. Elle a été la pianiste de l’orchestre d’Alexandre Stellio. « Après une courte recherche sur le web, en tapant « Attuly », j’ai trouvé un morceau de biguine joué par Finotte vers 1932 et qui s’intitule Finotte ! » Cette femme a vécu une déchirure quand sa mère Marcelline, l’arrière-grand-mère de l’auteur, a empêché sa fille d’épouser « un des plus brillants descendants de la traite négrière aux Antilles françaises, (…) centralien ou polytechnicien devenu ingénieur du génie civil (…),  l’un des concepteurs de l’aérodrome du Bourget. Mais il était noir. (…) Il allait la faire retomber dans la noirceur... Le poids de l’aliénation de l’esclavage ! »

L’auteur n’est allé à la Martinique qu’une fois, en 1946 dans la « magnifique maison style colonial des Yang-Ting au pont de Chaînes dans les faubourgs de Fort-de-France ». Il pose alors ce qu’il appelle sa « question noire », et y répond très vite : « Je ne peux pas me rappeler une humiliation raciste subie par ma famille. Jamais victime de discrimination raciale, ce grand- père maternel « assimilé gaulois », n’a pourtant jamais renié ni même oublié ses origines. » C’est en effet le premier président du Comité d’action sociale en faveur des originaires des départements d’outre-mer, le CASODOM. « Il est en partie à l’origine de l’arrivée en France de beaucoup d’agents de police, d’infirmiers, d’infirmières, de postiers et de quantité de petits fonctionnaires qui ont curieusement succédé aux Corses de l’avant-guerre. »

Des Gaulois comme les autres

L’avocat prend le temps dans cette autobiographie de dénoncer l’absence de Noirs dans les pays arables malgré la réalité de la traite négrière arabo-musulmane : « Je fais cette digression, écrit-il, parce que je ne supporte pas cette exigence de repentance que tentent d’imposer en France certains de mes compatriotes intellectuels antillais, qui voudraient jusqu’à déboulonner la statue de ce brave Colbert et débaptiser certaines de nos rues sans jamais même se poser la question de ce qui s’est produit pendant beaucoup plus longtemps, juste à côté, à l’est de l’Afrique. » Il ajoute, précisant que c’est une « boutade de dernier degré » : « Bienheureux je suis qu’un de mes aïeux ait été déporté à la Martinique, faute de quoi, peut-être, mes petits enfants seraient en train d’essayer d’éviter, présentement, de se noyer dans la mer Méditerranée. » Jean-Pierre Versini-Campinchi signale que ses ancêtres n’étaient pas seulement intégrés, mais complètement assimilés. Selon lui, « l’humiliation non exprimée des Antillais ne procède pas d’une discrimination des Gaulois à leur égard, mais d’une confusion que font ces derniers entre les noirs d’Afrique et les Antillais. » Il ajoute : « En France, la discrimination par la seule couleur de peau s’est faite lentement et a fini par rejeter une partie de notre population des Amériques et de l’océan Indien vers la négritude chère à Aimé Césaire. C’est un drame sourd et aveugle qui ramène les Antillais à leur seule couleur de peau et les en rend captifs, engloutis qu’ils sont dans la blackitude. Alors, soit ils parviennent à être des Gaulois comme les autres, soit ils sont engloutis, certainement malgré eux, par la communauté africaine. » Et il conclut : « Les Antillais sont des Gaulois de la couleur café à la couleur vanille en passant par l’ébène, l’acajou, le miel, le caramel et bien d’autres nuances. » Et pourtant, il admet que « les Antillais sont devenus invisibles, comme en marge de la communauté nationale ».

FXG

Papiers d’identités, éditions du Cerf, 312 pages, 22 euros

« Certains de mes compatriotes intellectuels antillais voudraient déboulonner la statue de ce brave Colbert. »

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