Le reporter

FX-IN-SKY-light-left-bis.jpgFrançois-Xavier Guillerm, dit fxg, est le correspondant permanent à Paris des éditions antillaises du groupe Hersant Media (France-Antilles Guadeloupe et Martinique, France-Guyane). Les articles et photos qui sont publiés sur ce blog permettent aux antillo-guyanais de Paris de prendre connaissance de ce qui s'écrit autour d'eux dans les quotidiens régionaux des DFA. Depuis le 18 novembre 2008, France-Antilles  a son propre site... franceantilles.fr. En attendant qu'on puisse faire basculer ce blog avec son concept 5e DOM sur le site franceantilles.fr, ce blog reste actif et s'adresse à tout ceux qui s'intéressent à l'actualité du 5e DOM. Il peut y a voir des sujets hors thématique outre-mer. Tant pis à ceux que ça emmerdent. Mwen ka fenn tchou zot !

f.guillerm@hersant.com

Le photographe

REGIS-BW-stand-light.JPGRégis Durand de Girard, copyright RDG,  est photographe indépendant. Il vient du théâtre auquel il a consacré vingt ans. Photo-reporter à Paris pour le quotidien régional France-Antilles, il fait des photos pour le théâtre (Fabrice Luchini), la danse (Cie Bisextile, Ménagerie de verre), la télévision (LCP, Canal +) et des créations axées sur le formalisme des lignes et l'impact de la lumière. Ses influences viennent à la fois de Martin Parr pour la sociologie et les lumières, de Weegee pour le fait-divers au flash ou encore de Bruce Weber pour le fashion. L'histoire de la peinture tisse ces liens improbables. Il a publié dans Le Monde, l'Express, Le Point, Le Nouvel Obs, Le Parisien, Le Figaro, Matin Plus, Pariscope, l'Yonne Républicaine, Les Nouvelles Calédoniennes, les Nouvelles de Tahiti...
Pour le joindre ou acquérir les droits des images

http://www.wix.com/hanifbadouraly/rdgphoto#!
regisdurand@vospiresamis.net

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Lundi 2 avril 2012 1 02 /04 /Avr /2012 10:23

Christiane-Taubira.jpgDans un ouvrage intitulé Mes météores, Combats politiques au long cours, la députée Christiane Taubira narre son enfance guyanaise, ses éveils intellectuels, ses grands moments politiques. Entretien.

« Les portefeuilles, je n'en veux pas »

Vous vous racontez dans un ouvrage dense de 550 pages. Pourquoi le besoin de le faire à ce moment de votre vie ?

En fait, la première demande remonte à plus de dix ans, par Gallimard (l'éditeur de Mes météores est Flammarion, ndlr). Ça m'avait surprise à l'époque. Je n'étais pas persuadée d'avoir quelque chose à dire. Finalement, il y a deux ans, cahin-caha... J'ai commencé à écrire. Et puis, en tirant fil après fil, j'ai compris qu'il ne s'agissait pas d'écrire une autobiographie mais d'expliquer le croisement entre un parcours qui est fait d'expériences personnelles qui sont à chaque fois inspirées ou stimulées par un événement politique. Je raconte et découvre moi-même au fur et à mesure comment je me suis construite. Gamine, j'étais imprégnée des interrogations et des divisions d'un peuple. On n'échappe ni à son environnement ni à son histoire.

Quel est votre pire souvenir politique ?

En tant qu'actrice, c'est 1993. C'est le pire et le plus beau. C'est un rendez-vous magnifique parce que c'est un vouloir populaire qui rencontre une personne qui à ce moment peut illustrer ce vouloir. Pourtant quand les gens me demandent d'aller aux élections, ils sont persuadés que je vais perdre. Mais il leur faut une figure qui dise leur fierté et leur dignité. En tant qu'observatrice, le pire souvenir, c'est Le Pen en 2002. Parce que ce n'est pas la gauche battue. Mais l'image de la France et de ce qu'elle représente dans le monde qui s'effondre.

Vous mentionnez votre professeur, Michel Kapel. A-t-il été un mentor politique ?

J'ai toujours été insolente et indisciplinée au lycée, donc c'était difficile qu'il soit mon mentor à ce moment-là. Après, on s'est retrouvé à l'Union des étudiants guyanais (UEG), parce qu'il avait décidé de reprendre des études, donc on militait ensemble. C'était quelqu'un pour qui j'avais un grand respect, mais on s'engueulait, purée ! (Eclats de rires) Mais il a participé à mon éveil quand il était mon prof au lycée. Et aussi à ma rigueur d'analyse politique lorsque nous étions ensemble à l'UEG. Michel, c'est vraiment une belle personne. Une des grandes figures que la Guyane a eues.

En 1998, le 1er mai, on vous empêche de défiler à Cayenne avec Walwari. Mais vous ne citez pas vos opposants...

(Rires) Je les connais par coeur, on se voyait à l'UEG. Ils m'avaient oubliée, mais pas moi. Je connais leurs méthodes. Ben, c'est des gens de l'UTG (Union des travailleurs guyanais), tout bêtement. UTG et MDES. Je crois que c'était leur tentation d'intolérance, qui les travaille tout le temps. Peut-être un peu moins maintenant parce qu'ils ont les dents molles. Je ne laisse passer aucune tentation d'intolérance. Je considère que si moi, qui peux tenir, je lâche, je deviens complice des oppressions qu'on inflige aux autres. Donc je tiens bon, je fais rempart. Evidemment, j'en prends plein la gueule... Mais j'ai l'habitude. Mais on s'en relève. Il faut savoir ce qu'on fait là, ça permet de faire front.

La loi faisant de l'esclavage et de la traite négrière un crime contre l'humanité est-elle à Christiane Taubira ce que l'abolition de la peine de mort est à Robert Badinter ?

En France, c'est perçu comme ça, dans les milieux humanistes. A l'étranger, c'est plus fort que ça. Aux Etats-Unis, dans les pays d'Afrique et d'Amérique du Sud, cette loi a commencé à avoir des échos dès sa première lecture en 1999. Il y a eu très tôt une curiosité pour ça. Parce que l'acte fait sens. En France, au niveau officiel et institutionnel il y a des hauts et des bas. Dans le milieu universitaire aussi, qui est très partagé. Mais c'est justement parce que c'est une loi française, donc la fracture est plus facile. A l'étranger, on peut admirer la France qui a osé faire cette loi. Mais à l'intérieur, il y a des désaccords. Parce qu'elle a des conséquences.

En 1958, le ralliement de Justin Catayée à André Malraux pour le « oui » à la Constitution semble constituer pour vous une triste leçon de politique sur la classe politique ?

Pour moi, il y a un hiatus. J'ai une éducation extrêmement stricte sur les valeurs. C'est une époque où, en Guyane, il y avait un dolo que je trouvais extrêmement violent. Les mamans disaient à leur fils : « Fais-moi pleurer au cimetière mais ne me fais pas pleurer devant la prison! » Donc, c'est une éducation où on meurt mais où on ne trahit pas! Moi, gamine, je ne comprends pas quelles sont les motivations de Catayée pour passer du « non » virulent à un « oui » ... C'est quoi, ces adultes-là ? Ça a contribué à me crisper sur la parole donnée.

Vous dites que vous êtes devenue noire à Paris en 2005. C'est en raison de la loi de la honte ou des émeutes en banlieue ?

C'est la loi de la honte. En fait, non, ce sont les deux. Ça commence par la loi de février. Le cheminement et la contestation de la loi. Je suis très engagée et on fait le tour de la France. Et quand les médias commencent à s'intéresser à ça et m'invitent, je suis scotchée noire. C'est en octobre et les émeutes arrivent en novembre. Des journalistes intelligents - normalement - me posent des questions complètement idiotes! C'est à cette époque que j'écris que tous les Noirs ne sont pas mes frères et tous mes frères ne sont pas noirs. Les élites médiatiques françaises s'empêtrent, à ce moment-là, dans des clichés époustouflants.

Vous écrivez à la fin du livre : « Alors que fait-on, que dit-on à un peuple qui a si profondément renoncé à lui-même ? On trouve un jour la force de le quitter. » Doit-on en conclure qu'il s'agit là d'un testament politique, que vous n'envisagez pas de vous représenter aux législatives ?

(Rires) Je crois que je vais conserver le mystère. Parce que je me suis offert cette liberté. Et il n'y a pas d'incompatibilité entre la force de mon engagement et ma liberté. Je suis à fond dans la campagne. Des choses peuvent se présenter. Comme tout au long de ma vie. C'est pour ça que j'ai appelé le livre Mes météores. Les choses me sont tombées dessus. J'ai déjà dit à François (Hollande) que les portefeuilles, je n'en veux pas. Ma liberté, c'est un facteur d'équilibre personnel. Je suis malheureuse si je ne fais pas les choses en conscience. Ma liberté est inestimable. Je ne veux pas l'aliéner. Je préfère ne pas faire carrière et rester libre. Mais le mystère ne durera pas...

Propos recueillis par Thomas Fetrot (France-Guyane) avec F.-X.G. (agence GHM)

 

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Lundi 2 avril 2012 1 02 /04 /Avr /2012 08:18

Les parrains des candidats en Martinique, Guadeloupe, Guyane et Réunion

Le Journal officiel du 31 mars a publié la liste des 5000 élus tirés au sort qui ont apporté leur parrainage à l’un des dix candidats à l’élection présidentielle.

 En Martinique, Marcelin Nadeau, maire du Prêcheur a apporté sa signature à Eva Joly, Alfred Almont a donné la sienne à Nicolas Sarkozy, et Rodolphe Désiré à François Bayrou. Philippe Poutou, candidat du NPA, a été soutenu par huit élus : Jean-Claude Ecanvil, maire du Carbet, Maurice antiste, sénateur maire du François, Jean-Claude Jabol, Johnny Hajjar, Raphaël Séminor, Marie-Frantz Tinot, conseillers généraux, et Manuela Keclard-Mondésir et Elisabeth Landi, conseillers régionaux. Enfin, Arnaud René-Corail, maire des Trois Îlets, Raphaël Martine, maire de Saint-Pierre et Ange Lavenaire, maire du Marigot, ont apporté leur parrainage à Nathalie Artaud, la candidate de Lutte ouvrière.

En Guadeloupe, trois élus figurent dans la liste retenue par le conseil constitutionnel. Il s’agit de Harry Durimel, conseiller régional, qui a soutenu Eva Joly, Marie-Claire Pozzoli, conseillère régionale, qui a soutenu François Bayrou, et enfin, Fély Kacy-Bambuck, conseillère régionale, qui a soutenu François Hollande.

En Guyane, la conseillère régionale Evelyne Ho-Coui-Youn Patient a donné sa signature à Nicolas Sarkozy. Audrey Marie (conseillère régionale) a soutenu Jean-Luc Mélenchon. Alain Tien Liong, président du conseil général, et Marc Monthieux (consdeiller régional) ont porté leur soutien à Philippe Poutou et, enfin, José Gaillou a signé pour eva Joly. On ne saura pas si le maire de Papaïchton a soutenu Marine Le Pen…

A la Réunion, Eva Joly a bénéficié, Rahiba Dubois, conseiller régional, François Bayrou a eu le soutien de trois élus, Michel Dennemont, maire des Avirons, Michel Lagourgue, conseiller régional, et Corine Payet, conseiller régional. Nicolas Sarkozy a eu le parrainage d'André-Maurice Pihouée, conseiller général.

Enfin, François Holande a eu le soutien de Jean-Claude Fruteau.

 

FXG (agence de presse GHM)

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Samedi 31 mars 2012 6 31 /03 /Mars /2012 07:58

Andre-Paradis-et-son-livre.jpgAndré Paradis sort un 7e roman, Dès l’or Victor, chez Ibis rouge. Il le présentait le week-end dernier au salon du livre de Paris. Interview

« L’or, moins on en a, mieux on se porte ! »

Faîtes-nous le pitch de ce roman…

Dès l’or, c’est avec une apostrophe ! Comme tout le monde sait, en Guyane, on est assis sur l’or, on est même couché dessus ! C’est donc un livre dans lequel l’or, clandestin évidemment, a une part importante, mais il s’agit surtout des rapports entre certains Guyanais et l’or. Il y a deux romans dans le livre puisque le héros principal écrit lui-même un roman dont il nous donne de très larges extraits.

Est-ce un roman philosophique, initiatique ?

Initiatique, non. C’est forcément philosophique puisque dès qu’on écrit trois mots, c’est de la philosophie ! Mais c’est politique aussi parce qu’il y a quand même, je ne dis pas une morale, mais plutôt une immorale politique. C’est de l’aventure aussi, un amusement au moins pour l’écrivain que je suis et j’espère aussi pour le lecteur.

Ca touche à l’environnement, aux populations qui subissent les effets de l’orpaillage clandestin ?

L’environnement, pas tellement. Le sujet du livre, c’est surtout la mauvaise influence de l’or sur la société actuelle. L’or, moins on en a, mieux on se porte !

Cela veut-il dire qu’on a eu raison de ne pas exploiter l’or de la montagne de Kaw ?

Ah… Ca dépend parce que je pense que, de toute façon, on l’exploitera un jour ou l’autre. Il n’y a pas d’exemple dans l’histoire de l’humanité où l’on soit resté assis à côté d’un tas d’or… (Rires) sans qu’ils finissent par y toucher ! Pour l’instant, la Guyane est couchée à côté de son or et je crois que les deux ne sont pas prêts de se rencontrer.

Et vous, ça a l’air de vous convenir !

Oui ! Ca me va très bien. Alors évidemment, ça débouche sur une instabilité certaine de la société guyanaise et c’est à la littérature de résoudre le problème.

Propos recueillis par FXG (agence de presse GHM)


L’histoire

Salon-2-du-livre-035.jpgVictor, Guyanais d’une quarantaine d’années, chroniqueur occasionnel et auteur de romans que personne n’a lus, vit à Cayenne. A la recherche d’un public, il se lance dans l’écriture d’un roman d’amour, seul genre dans lequel il ne s’est pas encore essayé. Ce sera La Dame de Compagnie. Lydie, une jeune femme acariâtre, vient alors habiter juste à côté de chez lui. A cause d’elle et bien malgré lui, il fait la connaissance d’Adèle, dame d’une laideur accablante et qui sort de prison. Et voici Victor embringué dans une sordide affaire d’assassinats, puis dans la révolte généralisée des orpailleurs clandestins qui écument la forêt guyanaise et qui envahissent Cayenne. Leur arrivée va déboucher sur un conflit généralisé auquel Victor et ses deux dames tenteront (en vain) de ne pas se trouver mêlés. Un roman d’une possible Guyane d’aujourd’hui… et de demain. 

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Vendredi 30 mars 2012 5 30 /03 /Mars /2012 07:52

L'Union des groupements de producteurs de bananes de Guadeloupe et Martinique (UGPBan) organise un débat sur l’agriculture de préservation au Muséum de Paris le 3 avril prochain.

Philippe-Ruelle-UGPBAN.jpgInterview. Philippe Ruelle, directeur général de l’UGPBan

« On ne produira pas contre l’avis de la population et de la Région »

Qu’est-ce que l’agriculture de préservation ?

C’est une agriculture durable mais différemment, située entre l’agriculture intensive et le bio, elle respecte l’environnement et la productivité. Elle préserve les sols, l’environnement, l’économie et la société. Nous organisons ce débat pendant la semaine du développement durable pour inscrire la banane dans une vision de l’agriculture qui permet de préserver tout cela. En 10 ans, nous avons diminué de 70 % les pesticides et notre productivité a connu une hausse de 30 %.

Le Monde a révélé la liste des « produits phytopharmaceutiques autorisées ou en cours d'évaluation par l'Anses* », objets de dérogations sur l'interdiction de la pulvérisation aérienne des pesticides. La banane est concernée…

On s’inscrit dedans. On ne sait pas produire de la banane bio en Guadeloupe et en Martinique. Mais on a payé, déjà ! La filière a payé avec le chlordécone. Le préalable n’est pas d’interdire l’utilisation des produits. Il faut d’abord les cibler, mieux les utiliser... Le traitement aérien comporte une difficulté double : les moyens d’action pour le traitement foliaire et le type de produit à utiliser. On ne produira pas contre l’avis de la population et de la Région.

Le produit que vous utilisez est visé par cette dérogation…

Ca dépend si vous parlez du support ou du fongicide. Le support est une huile dans laquelle est diluée le fongicide. On a pu montrer l’inocuité de l’huile après un débat de spécialistes organisé par la Région Martinique ; il est clos maintenant.

N’existe-t-il pas des alternatives à l’épandage aérien et aux produits potentiellement dangereux ?

L’alternative est engagée mais nous ne sommes pas prêts. Nous ne savons pas prévenir autrement la cercosporiose… Nous travaillons sur de nouvelles variétés, des traitements terrestres, voire sur des interventions au niveau du bananier. En fait on recherche l’adéquation entre l’efficacité et l’impact. L’impact, c’est la préservation de l’environnement, de l’économie et de l’emploi. Mais est-ce que le consommateur est prêt à payer ce coût en ayant connaissance de nos pratiques vertueuses ?

Propos recueillis par FXG (agence de presse GHM)

De 9h30 à 14 heures, le 3 avril, auditorium du musée national d’histoire naturelle. Paris 5

* Agence nationale de sécurité sanitaire

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Vendredi 30 mars 2012 5 30 /03 /Mars /2012 07:10

Nantes inaugure son mémorial de l’abolition de l’esclavage

La ville a choisi de créer un lieu de mémoire rappelant son rôle dans la traite négrière. Le mémorial a été inauguré le dimanche 25 mars.affiche-memorial.jpg

Pour bien saisir la symbolique du lieu, il faut fermer les yeux. Et imaginer que c’est de là, depuis ce quai bordant la Loire à Nantes, que partaient les convois négriers. A écouter le doux ressac du fleuve, à observer le scintillement de l’eau, on peine pourtant à croire que l’ « infâme commerce » a pu prendre naissance ici. D’ailleurs, les Nantais eux-mêmes n’en ont pas toujours eu conscience. « La population nantaise a longtemps souffert d’importants troubles de la mémoire, confirme Marie-Hélène Jouzeau, directrice du patrimoine de la ville. D’ailleurs, même à l’époque, la traite restait invisible à leurs yeux. »

memorial-3.jpgDe ce quai de la Fosse, où la ville de Nantes a donc choisi d’installer le mémorial de l’abolition de l’esclavage, rien ne filtrait vraiment. Même au plus fort du commerce triangulaire. Ici, on n’entendait ni les cris des esclaves, ni les claquements de fouet des négriers, ni les pleurs des femmes et des enfants embarqués de force dans les cales des bateaux. Ici, pendant près de deux siècles, on se contentait d’armer les navires en les chargeant de tissus précieux, d’armes et d’alcool, que l’on allait échanger quelques milliers de kilomètres plus loin contre des êtres humains. Une fois l’Atlantique traversé, les esclaves étaient vendus. L’argent récolté servait à acheter café, cacao et sucre qui étaient ensuite vendus à prix d’or dans toute l’Europe. Une organisation parfaitement huilée, orchestrée par les Européens, qui ruina la vie de onze millions d’esclaves déportés d’Afrique vers L’Amérique et les îles des Caraïbes.memorial-4.jpg

 

C’est d’abord en leur mémoire qu’est né ce mémorial, qui sera inauguré en grande pompe dimanche 25 mars. Mais pas seulement : « ce lieu est aussi un lieu de réflexion. C’est pour cela que nous l’avons voulu sobre et qu’il est ponctué de citations de grands hommes, de penseurs tels qu’Aimé Césaire, Martin Luther King ou Nelson Mandela. C’est une manière d’interpeller les consciences », estime Jean-Marc Ayrault, le maire de Nantes. memorial-2.jpgEt c’est vrai que l’édifice invite à la réflexion. Dès l’entrée, des dalles de verre incrustées dans le sol accueillent le visiteur. Sur chacune d’elles sont gravées trois mentions : le nom, la vocation et la date de départ du bateau. « Saint-Louis, navire négrier, parti de Nantes en 1768. La Négresse, navire négrier, parti de Nantes en 1789. » Des convois comme ceux-ci, Nantes en vit partir 1 714. Mille sept cent quatorze bateaux représentant 450 000 captifs, soit 43 % du total des expéditions négrières françaises.

noms-des-bateaux-2.jpgPlus loin, un vaste escalier mène aux entrailles du mémorial comme on descendrait dans la cale d’un bateau. Là, sur des dizaines de mètres de long, s’alignent des citations de Léolpold Sedar Senghor, Aimé Césaire, Abraham Lincoln ou Bob Marley. Les lignes de Césaire sont terribles : « Nous sommes, écrit-il, le fumier ambulant hideusement prometteur de cannes tendres et de cotons soyeux. » Inscrites sur d’énormes plaques de verre dépoli, les citations plongent le visiteur dans l’histoire millénaire de l’esclavage. L’atmosphère de ce mémorial posé presque au niveau du fleuve est lourde et humide. Les fenêtres découpées dans le béton laissent entrevoir la lumière et l’eau, telles qu’elles devaient parfois être visibles pour les esclaves embarqués dans les cales. L’effet est saisissant.memorial-1.jpg

Reste à voir l’accueil que réservera le public à ce mémorial controversé. Lundi, une fois passée l’effervescence de l’inauguration officielle, les visiteurs partiront à la découverte de ce pan d’histoire ainsi ramené à la vie. En plongeant dans les entrailles du quai de la Fosse, peut-être percevront-ils ce qu’a pu être la douleur de ceux qui furent autrefois déportés pour servir de marchandise. Et qui sont encore aujourd’hui, selon les Nations Unies, près de 27 millions dans le monde.

Samuel Ribot (agence de presse GHM)

 


Trois questions à Jean-Marc Ayrault, maire PS de Nantes

jean-marc-ayrault-3.jpg« Ne pas se contenter de l’indignation »

De quel message le mémorial est-il porteur ?

« Le message c’est celui de la confiance en soi et de la confiance en l’avenir. Or, c’est quelque chose que l’on ne peut pas construire sans connaître son passé. Il ne s’agit pas de chercher des coupables ou de créer des affrontements, mais de faire preuve de lucidité. Et on sait bien que le système du commerce triangulaire était d’abord un système économique, politique et social. Beaucoup de gens ont vécu grâce à cela. L’objectif aujourd’hui, c’est de libérer les esprits, même si c’est douloureux. »

La dimension du projet se limite-t-elle à la dénonciation de la traite négrière ?

« Non. Au-delà de la commémoration de l’abolition de l’esclavage, il faut aller plus loin. Pour comprendre les mécanismes qui ont mené à cela. A Nantes, nous avons fait ce travail sur nous-mêmes et sur notre propre histoire de façon sereine. Ce qui nous a amené à échanger avec beaucoup de pays, en Afrique, dans les Caraïbes, aux Antilles et en Amérique du Nord.

Mais le mémorial a aussi un autre objectif : il s’agit d’interpeller les consciences sur toutes les formes d’esclavage contemporain. Les Nations Unies dénombrent aujourd’hui 27 millions de personnes qui sont en situation d’esclavage, c’est énorme ! On a même du mal à le croire. Et il y en a 200 millions qui ont en situation de « surexploitation », qu’il s’agisse de prostitution ou de travail des enfants. »

Comment agir face à cette situation ?

« Il ne faut pas se contenter de l’indignation : il faut s’engager. Ce mémorial, c’est aussi un appel à lutter contre toutes les formes de racisme, contre l’exclusion de l’autre à cause de sa différence. C’est enfin un appel à notre vigilance aujourd’hui : nous sommes toujours prompts à rappeler notre attachement à la révolution française, aux déclarations de 1789 et de 1848 mais tout cela il faut le faire vivre. Or, il y a encore trop de racisme trop de discriminations, trop de préjugés dans notre société. Le message est donc celui de la mobilisation et de l’espoir. » 

 


Commerce triangulairefronton-de-fenetre.jpg

Aussi appelé « l’infâme trafic », le commerce triangulaire était une organisation particulièrement efficace et un commerce extrêmement lucratif. Les bateaux appareillaient depuis Nantes, Le Havre, Bordeaux ou Saint-Nazaire à destination de l’Afrique. Chargés de Tissus, d’armes à feu ou d’alcool, ils accostaient du côté du Bénin ou du Niger. Une fois l’« échange » fait, les esclaves étaient convoyés jusqu’aux Antilles. Grâce au produit de la vente, les navires repartaient vers la France chargés de café, de coton et de sucre qui allaient ensuite être commercialisés à travers l’Europe. L’opération pouvait alors recommencer, direction l’Afrique… 

 


code-noir.jpgLa traite négrière en chiffres

 

450 000 : c’est le nombre de « noirs captifs » qui ont été déportés depuis Nantes, soit 43 % des esclaves envoyés par la France aux colonies (1, 46 million d’hommes, de femmes et d’enfants).

1714 : le nombre d’expéditions négrières parties de Nantes entre le XVII° et le XIX° siècle.

202 000 : c’est le nombre d’esclaves acheminés jusqu’aux Antilles. 97 000 en Guadeloupe, 86 000 en Martinique et 19 000 en Guyane.

 


bol-abolitionniste.jpgLes dates marquantes

1802 : Napoléon rétablit la traite et l’esclavage, pourtant abolis en 1794.

1830 : Interdiction de la traite

1848 : un décret daté du 27 avril abolit définitivement l’esclavage en France. Il sera appliqué le 22 mai à la Martinique, le 27 mai à la Guadeloupe, le 10 juin en Guyane, et en décembre à la Réunion.

1865 : Les Etats-Unis promulguent le 13e amendement interdisant l’esclavage.

1888 : Le Bésil abolit l'esclavage

2001 : la loi française du 21 mai reconnaît la traite négrière et l’esclavage comme un crime contre l’humanité.

 


Signé Wodiczko et Bondermaitre-d-oeuvre-architecte.jpg

Le premier (au centre) est professeur d’art et de design, le second (à droite) est architecte (le 1er à gauche sur la photo est Michel Rouleau, le maître d'ouvrage). Le duo s’est spécialisé dans les projets d’art et de design « qui soulèvent des questions ayant trait à la mémoire sociale, à la survie, à la lutte et à l’émancipation, à la guerre et aux traumatismes d’après-guerre, aux génocides… » A leur actif notamment, le projet « 9-11 Memory Place » de Denver (Colorado), qui inclura 15 pièces d’acier géantes provenant des décombres du World Trade Center. Le mémorial nantais, de 6 800 m2, a coûté 6,9 millions d’euros.

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Jeudi 29 mars 2012 4 29 /03 /Mars /2012 09:15

Marie-Luce Penchard au chevet de Loïc Liber

La ministre de l’Outre-mer, Marie-Luce Penchard, s’est rendu hier à Toulouse pour visiter le caporal Loïc Liber, ce militaire guadeloupéen, victime d’une balle de Mohamed Merah. A peine a-t-elle atterri à Orly (elle arrivait de Guadeloupe), elle a aussitôt redécollé dans un avion pour Toulouse. Cette visite, elle devait la faire le 22 mars, mais elle y a renonce car Loïc Liber qui avait reçu une balle dans la gorge et avait été touché à la colonne vertébrale, devait subir, le 23, une opération chirurgicale lourde. Quand elle est entrée dans sa chambre, Loïc était en compagnie de ses parents avec lesquels elle s’est entretenue. Le couple Liber avait été acheminé, au lendemain de la fusillade de Montauban, de Trois-Rivières à Toulouse, par les bons soins de l’armée. Dans sa chambre d’hôpital, le blessé a ouvert les yeux et reconnu la ministre. Il a pu lui signifier qu’il allait un peu mieux. Après une paire d’heures passées à son chevet, la ministre a repris l’avion pour Paris.

FXG (agence de presse GHM)

 


Post-scriptum

En d'autres temps ou d'autres circonstances, nous n'aurions pas manqué de relever avec causticité que les parents de Loïc Lieber sont inscrits sur les listes électorales de Trois-Rivières, c'est-à-dire dans la quatrième circonscription législative de la Guadeloupe, là où la ministre est désormais le challenger officiel de Victorin Lurel pour les échéances du mois de juin. Mais là, nous n'en ferons rien.

 

 

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Dimanche 25 mars 2012 7 25 /03 /Mars /2012 05:51

Mitterrand signe deux conventions pour la GuyaneLes-signataires-Alain-Tien-Liong-Frederic-Miterrand-et-Ro.jpg

Frédéric Mitterrand, ministre de la Culture et de la Communication, Alain Tien Liong, président du conseil général, et Rodolphe Alexandre, président du conseil régional, ont signé, vendredi, à Paris, l’acte de création de la Maison des cultures et des mémoires de la Guyane – Jean Martial.

les-personnalites-photo-Alfred-Jocksan.jpg« C’est dans un souci commun de servir la Guyane et sa population, a dit le ministre, que l’ancien hôpital Jean-Martial, au centre de Cayenne, sera transformé en maison des cultures et des mémoires de la Guyane. » Le lieu nécessite d’importants travaux de rénovation, de réhabilitation et de mise aux normes. Le bâtiment devait être terminé fin 2012 pour une ouverture au public au premier semestre 2013. L’estimation prévisionnelle du coût d’objectif global pour les travaux est de 60 000 € pris en charge paritairement par chaque partie signataire. D’autres partenariats financiers sont recherchés. L’objet de cette Maison est de « contribuer de façon active au renforcement du socle commun dans lequel doivent s’enraciner les consciences individuelles et collectives de la société guyanaise », selon le ministre. La convention cadre signée pour une période de sept ans doit permettre de restaurer et valoriser le site historique de l’ancien hôpital Jean-Martial en voie de classement. Il accueillera un pôle de conservation et de transmission des cultures orales, écrites, matérielles des peuples de Guyane ainsi que le service régional de l’inventaire du patrimoine. Les-signataires-de-la-convention-culture-photo-Alfred--Jock.jpgDes collections existantes y seront abritées comme celles du musée Franconie, des archives départementales, du musée des cultures guyanaises. Un pôle multilinguisme, en cours de construction, viendra s’intégrer au lieu avec une cinémathèque, un lieu d’expositions temporaire et permanente, un service de médiation et d’action culturelle, un auditorium, un centre de documentation, ainsi que des boutiques et un lieu de restauration. A Rémire-Montjoly, seront réunies les archives départementales, les réserves des musées, les activités techniques et les salles de consultations spécialisées. Désormais, les pôles culturels de la région et du département sont réunis dans un ensemble cohérent. « Nous marchons d’un même pas pour le peuple guyanais dont la diversité et la richesse des capacités de création m’ont profondément frappé », a conclu, ému, Frédéric Mirrerrand.

Alfred Jocksan (agence de presse GHM)


Une convention pour un modèle culturel local

Frédéric Mitterrand et Rodolphe Alexandre ont signé une autre convention pour  le développement culturel. Elle prévoit la mise en place d’un modèle culturel basé sur la promotion et la valorisation de la diversité des expressions locales avec une politique adaptée d’éducation artistique pour la jeunesse. Elle prévoit encore la protection du patrimoine  matériel et immatériel comme les langues régionales, « ressources mémorielles et terreau d’une appartenance commune ». Il s’agit encore de construire plusieurs salles de spectacle sur le territoire, de créer un « passe culturel 973 ».


Ils ont dit

Karam.jpgAntoine Karam, ancien président de Région

« C’est l’aboutissement d’un long cheminement qui donne à la Guyane un futur magnifique sur le plan de la culture. Les jeunes guyanais doivent pouvoir s’approprier leur propre histoire à travers la culture du pays. Bravo aux deux présidents qui ont pu s’entendre, travailler ensemble pour atteindre cet  objectif commun que nous attendions depuis fort longtemps ».

Le-president-du-conseil-genaral-de-Guyane---Alain-Tien-Lio.jpgAlain Tien Liong

« Nous souhaitons rendre l’action publique cohérente en matière culturelle. C’est ainsi que nous avons décidé de redonner vie à cet immeuble mais en y mettant du contenu. Il faut faire en sorte qu’il y ait un seul musée avec le regroupement du musée départemental, du musée des cultures régionales et des autres équipements qui viendront à côté. »

Alexandre.jpgRodolphe Alexandre

« Nous sommes un pays des mémoires, un pays d’oralité et de diversité culturelle. Nous avions un projet de construction d’une maison des mémoires, nous avons préféré mutualiser les moyens avec le département. Le but est d’avoir non pas un bâtiment figé, mais un bâtiment ouvert, transversal et appuyé sur l’ensemble de la population. »

Philippe-Martial--photo-Alfred-Jocksan.jpgPhilippe Martial, fils de Jean Martial

« Mon père est un exemple de ce que la métropole fait de mieux en outre mer, c'est-à-dire un devoir de civilisation et non d’exploitation. En dehors des missionnaires et des médecins, il n’y a pas tellement des gens qui ont  réellement apporté la civilisation. Il y en a beaucoup plus, malheureusement, qui ont exploité les colonies plutôt que les développer. J’espère voir le bâtiment complètement réhabilité, je trouve que c’est le plus beau bâtiment de la ville. »

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Vendredi 23 mars 2012 5 23 /03 /Mars /2012 07:25

105 000 entrées pour 30° Couleur

Le box-office des entrées dans les salles de cinéma place le film de Philippe Larue et Lucien Jean-Baptiste, 30° Couleur, dans son top 10 pour la semaine du 14 au 21 mars, soit sa première semaine d’exploitation. Il cumule, selon Ciné director, 105 000 entrées. En première position, Cloclo fait 1,06 million, Projet X, 646 000 et La dame en noir, 272 000. Rappelons que Lucien Jean-Baptiste estime que pour que ce film soit une réussite commerciale, il lui faut 800 000 entrées. Le film a coûté 7 millions d’euros.

FXG (agence de presse GHM)

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Vendredi 23 mars 2012 5 23 /03 /Mars /2012 07:08

Jean-Marc-Rosier.jpgJean-Marc Rosier, enseignant et auteur (Noir Néons), a monté une société d’édition, K éditions. Il était présent au salon du livre de Paris pour présenter un ouvrage collectif, O Ayiti. Interview avec un amoureux des livres et chef d’entreprise.

« Quand on a affaire à un best-seller, le tirage de départ est toujours de 300 »

Comment a commencé l’aventure de K éditions ?

C’est l’amour que je ressens pour le livre qui m’a conduit et à l’écriture et à l’édition. Je suis un self made man parce que j’ai d’abord observé avant de tenter de le faire par imitation.

Quels sont les choix de K éditions ?

C’est une maison à vocation généraliste. Mes choix sont dictés par la connaissance intime que j’ai du livre. Je sais ce que c’est qu’un bon roman, un bon auteur. Quand je reçois des manuscrits, je reconnais l’écrivain. Je reçois beaucoup de manuscrits, pas seulement de la Martinique, mais de l’Algérie, de la France ou de pays francophones, et j’en refuse également beaucoup. Je publie des textes relatifs à l’histoire de la Martinique mais aussi à la micro-histoire, des biographies d’hommes célèbres comme Georges Gratiant, Henri Lémery, Camille Darsière… On a publié récemment Frantz Fanon, l’héritage. Nos choix sont toujours dictés par l’impératif du livre sérieux, du beau livre, du livre qu’il faut donner à lire parce que c’est une nourriture.

D’un point de vue économique, comment une petite maison d’édition comme la vôtre parvient à survivre dans un monde du livre fragilisé ?

Nous n’avons pas les mêmes ambitions que les maisons nationales. Nous ne sommes pas dans une logique mercantile. Ce qui nous intéresse dans notre écosystème martiniquais où le livre n’a pas une très longue histoire, tout est à faire. Les moyens que nous mettons en œuvre sont proportionnels à la tâche. Je fais donc de la microédition ; je ne vais pas saturer le marché avec des milliers de livres qui ne seront jamais vendus, j’en fais au compte-gouttes, minimum 300 – 500… Quand on a affaire à un best-seller, c’est-à-dire quand ça dépasse les 6 000 exemplaires, le tirage de départ est toujours de 300. Ce qui permet de recouvrer son investissement et de pouvoir lancer un nouveau titre.

Combien coûte un livre ?

Il y a l’investissement humain parce qu’il faut prendre le temps de lire, de corriger… Il faut être patient, ça peut prendre de six mois à deux ans avant d’être publié comme pour le livre sur Haïti dont tous les bénéfices sont reversés à Haïti via la Fondation de France. On est ensuite distribué sur la Guadeloupe, la Martinique ; on a un site internet pour la vente en ligne et nous distribuons également via certaines librairies nationales comme présence africaine, L’harmattan, Présence africaine, Orphie…

O-Ayiyi-K-editions.jpgQuelle réception font les professionnels de l’édition, les critiques littéraires à votre travail ?

Nous sommes trop petits pour qu’on s’intéresse à nous mais, en Martinique, je pense que la maison a acquis ses lettres de noblesse. Les gens ne lisent pas moins qu’avant, mais le livre classique est peut-être moins lu, et comme en Martinique on publie des livres classiques, les maisons d’édition périclitent.

Qu’est-ce que les gens lisent ?

Musso ou Lévy que proposent les éditions XO, Robert Lafont, ou Jean-Christophe Grangé chez Albin Michel. Je ne crois pas que nous ayons ce type de livres en Martinique…

Considérez-vous qu’il s’agisse de littérature ?

Non. Mais pourtant Chamoiseau n’est pas lu à la Martinique. Les gens achètent Chamoiseau par réflexe mais je ne crois pas qu’il soit lu.

Croyez-vous qu’on lise aussi Césaire ?

Je ne pense pas non plus. On achète Césaire parce que c’est joli dans la bibliothèque mais rares sont ceux qui prennent le temps de le lire.

Vous-même avez publié chez Jean-Paul Bertrand, une maison d’édition nationale, Noirs néons. Comment a-t-il été reçu ?

C’est un livre qui a été nominé dans plusieurs prix littéraire et pour autant, à la Martinique, sa réception a été plutôt froide ; le public n’a pas rencontré le livre. C’est un livre qui n’est pas difficile à lire mais il faut y entrer. J’ai voulu une rupture tellement radicale que j’en ai oublié le lecteur. Le prochain ne sera pas pareil parce c’est une question de nécessité. Il sera plus classique dans la langue, presque une langue du 19e, académique. Pour ce qui est de la trame par contre, on est encore dans du nouveau ! Je suis en train d’achever de le rédiger mais c’est trop tôt pour en parler.

Propos recueillis par FXG (agence de presse GHM)

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Vendredi 23 mars 2012 5 23 /03 /Mars /2012 06:13

L’agence de promotion et de diffusion des cultures d’outre-mer existe

MLP-Mitterrand-Greg-Germain.jpgFrédéric Mitterrand et Marie-Luce Penchard ont installé, hier, Greg Germain à la présidence de l’agence de promotion et diffusion des cultures d’outre-mer.

Elle était une des mesures réclamée lors des états généraux de l’Outre-mer en 2009 et le président de la République l’avait annoncée lors du conseil interministériel de l’Outre-mer de novembre 2009. Il y a eu le rapport Colardel, une étude de faisabilité en 2010, une mission de préfiguration en 2011… Cette fois, c’est une réalité avec un conseil d’administration et un budget de 700 000 € partagé par les ministères de la Culture et de l’Outre-mer. « Cette culture doit se concevoir en termes d’échanges, pour décloisonner l’outre-mer et refuser l’enfermement », a indiqué, hier, Marie-Luce Penchard alors, qu’en compagnie de Frédéric Mitterrand, elle présentait le premier président de l’agence, Greg Germain, dans les salons du ministère de la Culture. La mission de l’agence sera l’accompagnement, l’aide à l’hébergement, la promotion, le lobbying et les rencontres. « On n’impose pas une politique culturelle aussi louable soit-elle », a déclaré Greg Germain qui veut que l’agence soit à l’écoute des artistes d’outre-mer mais qu’elle ne se substitue pas à leur action. Siar-Colardel-Mitterrand-Germain-Penchard-Maximin-Allie-Pic.jpgElu hier par le conseil d’administration de l’agence, Greg Germain est entouré de personnalités de droit (représentant les administrations de l’Outre-mer et de la Culture) et de personnalités qualifiées. Ainsi, l’on retrouve dans ce conseil d’administration Jacques Toubon (ancien ministre de la Culture, président du musée de l’immigration), Marijosée Allie (journaliste et animatrice de France Ô), Philippe Chazal (ancien d’Arte et président du club Galilée), Daniel Picouly (écrivain et animateur sur France Ô), Michel Colardel (directeur des affaires culturelles de la Guyane), Christiane Falgayrette-Leveau (directrice du musée Dapper) et Joël Viratelle (directeur de la Maison de la Nouvelle-Calédonie). Pour l’heure, il leur faut trouver des locaux et recruter un directeur et une équipe capables de répondre aux missions de l’agence. Greg Germain a parlé d’un appel à candidatures dans l’Hexagone et Outre-mer avec passage devant un jury.

FXG (agence de presse GHM)


frederic-Mitterrand.jpg3 questions à Frédéric Mitterrand, ministre de la Culture et de la Communication

« Un lieu à la fois d’agit-prop et une agence d’artistes »

L’objet de cette agence est, par exemple, qu’on ait une pièce venue d’outre-mer au théâtre Edouard VII ?

Par exemple, il faut demander à Bernard Murat, il est déjà sur les starting blocks !

Cette agence va permettre de rattraper le retard accumulé pendant des années ?

Oui, il y a eu du retard accumulé, mais à travers les voyages que nous avons faits, tous les rapports, on a déjà fait prendre conscience à nos interlocuteurs qu’on était attachés à combler ce retard. Mais ce n’est pas en 3 ans qu’on revient sur des années de condescendance. Avec Greg Germain et une petite organisation, il faut qu’on ait un lieu à la fois d’agit-prop et comme une agence d’artistes. A chacun de trouver les bonnes clés pour ouvrir les bonnes portes pour se faire mieux reconnaître. L’agence doit permettre de donner une grile de lecture qui soit plus simple.

Greg Germain a parlé de directives nationales d’orientation, faut-il imposer les cultures d’outre-mer dans l’Hexagone ?

On n’impose rien aux scènes nationales mais on peut les inciter à en faire un peu plus, à faire attention et on peut inscrire dans les lettres de mission qui commandent le fonctionnement des budgets une plus grande attention aux cultures ultramarines.

Propos recueillis par FXG (agence de presse GHM)


Greg-Germain.jpgITW Greg Germain, président de l’agence de promotion et de diffusion des cultures d’outre-mer

« Mon idée n’est pas de faire passer des merdes pour des chefs d’œuvre »

Vous avez dit : « La tâche est périlleuse. » Pourquoi ?

Nous sommes à deux mois de l’élection présidentielle, tout le monde crie à l’instrumentalisation… Et l’outre-mer a ses postures de toujours, voire aussi ses exigences. On vient pas en disant : on va vous faire ça. Ils n’attendent personne ! L’ idée est d’arriver avec toute l’humilité qu’il faut, en apportant quelque chose mais en demandant qu’on nous apporte aussi quelque chose. Ma philosophie est le regard du fils et la vision de l’étranger.

Vous avez parlé de lobbying ; ce sera ça l’essentiel du travail ?

Il faut un comité de parrainage à cette agence et nous visons très haut. J’ai demandé à Pierre Lescure, à Nicolas Seydoux, le président de la Gaumont, à Marie-Josée Roig, maire d’Avignon, au président des télévisions francophones et je voudrais qu’il y ait 5 femmes et cinq hommes dans ce comité. Ce sont ces gens-là qui vont nous aider à constituer ce réseau.

N'est-ce paradoxal d’avoir besoin d’une agence pour promouvoir nos cultures en France ?

Ca fait cinq siècles que la France a une histoire avec l’outre-mer : la traite, l’esclavage, la déportation, le code de l’indigénat, les immigrations, la viande hallal… Et on s’aperçoit que c’est seulement maintenant qu’on dit qu’il faut un réseau. Ce n’est pas aujourd’hui que l’outre-mer débarque ! Il faut faire en sorte que ce réseau puisse servir à ces outre-mer.

Et des parrains d’outre-mer ? Vous avez cité GBH, le CNES, ERAMET…

On fait des affaires outre-mer. Peugeot, Renault, BMW font des affaires… Il faut prendre le temps d’aller les voir et leur dire que nous avons besoin d’eux. Il faut que nous apprenions dans nos pays à travailler avec des partenaires et des mécènes.

Comment convaincre des programmateurs de l’Hexagone qui ne nous regardent pas ou s’ils le font, c’est avec condescendance ?

La DNO, la directive nationale d’orientation. L’Etat qui apporte de l’argent, qui subventionne ces structures qui appartiennent à notre République, doit pouvoir dire vous devez réserver de la place à l’outre-mer. Mon idée n’est pas de faire passer des merdes pour des chefs d’œuvre, mais de dire simplement : à qualité égale, il faut regarder aussi ce que fait l’autre. On ne fait rien sans argent, mais on doit faire aussi avec un peu de bonne volonté.

Propos recueillis par FXG (agence de presse GHM)

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