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28 novembre 2007 3 28 /11 /novembre /2007 07:45
Interview Jacob Desvarieux









« On est dressé comme des piquants »

jacob---main-affirmatif.jpgIl vient de recevoir la nouvelle version de son système informatique. Dans la salle Claude-François, chez Warner, près de l’Etoile, il attend les journalistes qui viennent tour à tour l’interviewer. Son nouveau système d’exploitation ? « C’est un gadget… » Jacob Desvarieux est de ces personnages dont on peut dire qu’il en a sous le pied ! A quelques jours de la sortie du 15e album de Kassav, All you need is zouk (quatorze morceaux, chez Warner), il est paisible. Sa voix douce, presque suave, sonne à la Barry White quand il parle. Pas mal pour un guitariste !
Qu’est-ce que ça fait d’être considéré comme les Rolling Stones des Antilles ?
C’est rigolo ! Les ambitions de Kassav, au début, en 1979, c’était de devenir le plus grand groupe du monde. Alors, les Rolling Stones, ça le fait !
jacob-ecoute.jpgComment avez-vous démarré, il y a 28 ans ?
Pierre-Edouard Décimus avait une idée… Puis Georges, moi et les autres… Tout le monde est arrivé peu à peu. En 1982 tout le monde était là et le zouk est né. Je dirais qu’il est né en 1983. C’est la réunion de Georges Décimus, de Jean-Claude Naimro et moi-même… Ensemble, nous avons trouvé la forme d’arrangement. C’était une nouvelle façon de faire et c’est à ce moment-là qu’on a trouvé la formule.
Le zouk ?
Le mot existait alors, mais il ne signifiait pas une musique, seulement des soirées. Comme on avait trouvé le style, le succès est venu. Et dans 90 % des zouks, on entendait soit Kassav, soit des reprises de Kassav, soit des musiciens qui s’en inspiraient. Voilà comment notre musique a pris le nom de zouk.
Avez-vous ressenti cela comme une révolution musicale ?jacob-pensif.jpg
Oui, dans le sens où on a apporté une nouvelle façon de faire de la musique antillaise, mais une musique qui puisse être reconnue par le reste du monde. Bien sûr, la musique antillaise a toujours été appréciée, mais le niveau de production n’avait rien de commun avec celui de la musique américaine !
La musique américaine vous a-t-elle influencés ?
Les musiques américaines, les musiques caribéennes… Beaucoup de musiques nous ont inspirés. Aux Antilles, nous sommes à un carrefour des musiques et il existe un vrai public, un public averti et mélomane. La musique antillaise nous nourrit aussi. On a puisé dans la tradition et on a modernisé.
En électrisant ?
Pas seulement, c’est la façon d’arranger…
Quand le zouk naît, les Antilles sont le lieu d’une revendicationjacob-foto-.jpg indépendantiste violente. Quel était votre positionnement ?
Le zouk, les indépendantistes… Tout cela correspondait à l’époque car il y avait une recherche identitaire. Nous sommes arrivés à ce moment-là.
Pourtant quand vous chantiez Zouk la sé sèl medikaman nou ni, ne tournez-vous pas au combat des séparatistes ?
On nous l’a reprochés. Radio Tanbou, très critique d’abord, ne passait pas notre musique. Puis ils ont écouté les paroles et ils ont compris que nous chantions un malaise. Et le malaise n’empêche pas de zouker !
Ce quinzième album est un retour à ce zouk des débuts ?
All you need is zouk est la tradition littérale de Zouk la sé sèl médikaman nou ni. Et c’est un clin d’œil aux Beatles. Dans ce nouvel album, on retrouve les fondamentaux. Mais les temps changent, la technologie aussi, tout comme la société. Et nous avons des façons de dire les choses différemment.
jacob-vertical-2.jpgQue dire du premier single, Doubout pikan ?
On est dressé comme des épines et on n’a plus peur d’égratigner. L’histoire, on la connaît aujourd’hui. Ce n’est plus celle que l’on nous a servi, une histoire qui n’était pas tout à fait la nôtre. Si on nous avait appris une autre histoire, les relations seraient meilleures ! La condescendance à notre égard vient de là. Notre histoire n’est pas que celle de l’esclavage. Si les gens savaient ça, il y aurait davantage de respect. Dans cet album, on aborde tous les sujets de société, les sujets contemporains, avec des points de vue différents. On parvient à être plus efficace. Ce qu’on disait avant a fait évoluer les choses, mais pas assez loin. Les sociétés ont les artistes qu’elles méritent.
Et votre relation aux Antilles ?
Je me sens toujours Antillais, prêt à défendre ma cause, mes origines.
Et votre relation à la métropole ?
Un artiste antillais peut-il passer sur un média national s’il ne chante pas en français ? On a toujours du mal en France, et davantage aujourd’hui qu’avant. Mais pour atteindre ces grands médias, il faudrait accepter de s’intégrer, se formater plus que ce que nous voudrions faire. On a le droit d’être différents ! En France, faire du zouk est un obstacle, mais pas ailleurs. C’est surprenant. En France, on aime bien les étiquettes.
Pourtant quand le zouk est apparu, n’étiez-vous pas, en quelque sorte, les rockers des Antilles ?jacob-vertical.jpg
Oui… Au début. Mais aujourd’hui, on ne veut plus de rebelles qui refusent de se fondre dans le moule. On aurait pu accepter de jouer sous le label World music et ça serait allé. Mais on n’a pas fait ça ! Ca ne nous va pas. On fait de la musique antillaise reconnue par les Antillais et les non-Antillais. Quand je vois ce qui est arrivé à la musique française… C’est difficile à trouver de nos jours. Des textes, oui… Mais la musique est anglo-saxonne. Notre musique a été chantée en chinois, en allemand, en espagnol, en anglais, en portugais, mais c’est de la musique antillaise. Nous-même, on a essayé de chanter en espagnol, mais ce n’était pas terrible. Les Sud-Américains l’ont fait mieux que nous.
Kassav, toujours rebelle ?
On est dressé comme des piquants ! On reste réactifs, vifs, pour ne pas disparaître dans la mondialisation. La mondialisation actuelle, c’est l’américanisation du monde entier. Je ne suis pas Américain et je ne veux pas me faire écraser. Je résiste.
jacob-ecoute-2.jpgComment avez-vous composé les morceaux de ce nouvel opus ?
Tout le monde s’y est mis. On a commencé à écrire lors de la précédente tournée. Puis on s’est assis. En Martinique, Barbade, Guadeloupe, Bruxelles… Six mois de travail. Puis nous sommes entrés en studio en janvier dernier, d’abord chez Eddy Grant, à Barbade, avant d’aller dans d’autres studios selon la disponibilité des gens avec qui nous voulions travailler. Le single est sorti début novembre, l’album sort le 3 décembre et un Zénith nous attend les 5, 6 et 7 juillet 2008. Entre temps, on aura plein d’autres dates, dont les Antilles, mais rien n’est encore programmé.
Comment avez-vous vécu l’absence de Patrick Saint-Eloi ?
Il a quitté le groupe, il y a trois ans… Il nous manque, mais on ne peut l’empêcher de vivre sa vie.
Et s’il revenait taper à votre porte ?
On verra…
Beaucoup de jeunes artistes antillais se revendiquent de vous. Vous sentez-vous honorés ?jacob-interroge.jpg
C’est toujours bien de voir des jeunes aimer encore ce que l’on fait ou nous solliciter pour des featuring. Ca donne envie ! On ne pouvait pas en faire autant à l’époque même si on a pu jouer avec Steevie Wonder et que Miles Davis nous cite dans son bouquin.
C’est la reconnaissance des professionnels ?
Oui… Sans oublier que Peter Gabriel a emmené Jean-Claude Naimro en tournée pendant deux ans.
Quel regard portez-vous sur la nouvelle génération, Admiral T, Dali, Soft ?
Cette nouvelle génération s’intéresse plus à la scène et ça m’intéresse. Avant, c’était la télé et les disques. Mais la scène, le direct, c’est ça la musique. La nouvelle génération retourne à la vraie musique. Ca redevient intéressant et ça déplace du monde ! Ils veulent en découdre et nous, on veut toujours en découdre !
Rêvez-vous encore ?
Je rêve de faire un album qui se vendrait à plusieurs millions d’exemplaires. Avec Syé bwa, en 1988, on a atteint les 600 000. Record à battre !jacob-yeux-plisse.jpg

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