Partager l'article ! Spécial Shanghaï: Les rhums antillais à la conquête du marché chinois Depuis six mois, la société Spiridom (filiale en charge des exportation ...
Les rhums antillais à la conquête du marché chinois
La clientèle est essentiellement western, c’est-à-dire occidentale. Des Australiens, Français, Allemands, Sénégalais
et quelques Chinois sont venus, nombreux. Ici, on cherche à créer la notoriété du rhum Damoiseau, un produit auquel on veut accoler une image jeune et festive. Un peu plus loin, au Soleya et au
570, autres restaurants français, on trouve du Damoiseau, blanc ou vieux, et du JM que l’on présente comme un produit très haut de gamme et pour lequel nos rhumiers sont en train de monter un
partenariat avec la société Cigar ambassador qui a ses entrées dans le quartier anglais du Bund… A l’autre bout de la concession française, une boite à la mode, le Mao, la clientèle est mixte,
beaucoup d’expats, mais aussi beaucoup de Chinois. Ici, pour changer, on propose du Rhum Clément à une clientèle traditionnellement coutumière du Whisky Chivas ou du Cognac Martel…
« Il faut asseoir la notoriété de nos rhums
dans le milieu expatrié avant d’espérer toucher le consommateur chinois », explique Romain Ambrunn. Depuis moins d’un an, il est le responsable pour la Chine des marques de rhum Damoiseau,
Clément et JM. Formé au commerce, il a choisi Shanghaï avant que le rhum ne le choisisse ! Les premières bouteilles de Damoiseau, Clément et JM sont arrivées début juillet et, depuis, il fait
tout son possible pour positionner ce nouveau produit sur le marché chinois. « Sa mission, explique Grégoire Gueden, Directeur Général de SPIRIDOM et des marque Clément et JM, est de planter des
petits drapeaux ! Il faut implanter chaque marque selon son identité dans des « flagships », c'est-à-dire, des partenaires qui croient en nos marques et qui leur donnent de la visibilité.
»
Quelque 8 000 bouteilles ont été exportées vers la Chine depuis six mois. Pour l’heure, on ne peut pas
parler de bénéfices. « Nous sommes en période d’investissement explique Cyril Pilard,le Directeur de Vins sélection. L’aspect financier n’est pas encore à l’ordre du jour. » Pour l’heure,
Romain Ambrunn et Grégoire Gueden s’efforcent d’être présents sur tout les fronts. Nouvelle victoire, ils sont parvenus à se faire référencer par Carrefour qui compte mettre en rayon le Damoiseau
et le JM à compter du mois de janvier 2008, tout comme l’enseigne Métro qui leur a passé une commande de 1200 bouteilles.
Mais prudents, MM. Gueden et Ambrunn savent que pour toucher les 200 millions de Chinois susceptibles de
consommer du rhum, il faut développer la notoriété et l’identité de leurs marques. « Le Chinois est statutaire, c’est-à-dire qu’il consomme un produit porteur d’image (de préférence occidentale),
une image de haut statut social. » Le whisky Chivas et le cognac Hennessy l’ont compris. Confidentiels il y a cinq ans, ces deux produits ont connu des évolutions folles. Une gageure pour ce pays
où les gens ne boivent pour l’essentiel que de l’alcool de riz.
Déjeuner
d’affaires important chez Jean-Georges, la meilleure table de Shanghaï, au cœur de la prestigieuse concession anglaise. Autour de la table, Grégoire Gueden, Romain Ambrunn et le Chinois Edward
Jin, dirigeant de Cigar ambassador dégustent un cocktail Hemingway au JM (marque qui a intégré la carte du Jean Georges, à Shanghaï comme à New York). C’est un gros poisson !
M. Jin est importateur des meilleurs cigares
cubains et dominicains (Partagas, Montechristo, Cohiba…). Il est à la tête d’un magazine de luxe en chinois et d’un club réunissant 50 000 membres. Leur devise est « synchronizes good life and
gentlemen ». Leurs intérêts se partagent entre le cigare (40 %), les vins et spiritueux (30 %) et le luxe et l’art de vivre (30 %). Sa société a repris un lieu de haute architecture qu’ils sont
en train de rénover, le 1933. Ce bâtiment art-déco en béton, conçu par les Britanniques dans les années 1930, est l’ancien abattoir de la ville. Cette friche industrielle est destinée à
accueillir des boutiques de luxe, de la culture et des événementiels. M. Jin s’y est réservé un espace pour créer un bar lounge consacré aux cigares et aux meilleurs alcools.
Il a cherché à travailler avec la marque Havana club du groupe
Pernod-Ricard mais semble ne pas y avoir trouvé son compte. « Nous leur avons demandé du conseil, ils nous ont proposé de l’argent… » Grégoire Gueden a repris la balle au bond.
« Nous
lui proposons notre expertise, nos produits, mais surtout tout un marketing et une décoration propres à renforcer l’image qu’il cherche à donner à son club. » L’opportunité est belle, mais avec
les Chinois, il faut savoir tempérer, ne pas se montrer avide et surtout leur faire ressentir l’intérêt qu’ils trouveront dans un tel partenariat. » Edward Jin semble avoir mordu. Les trois
hommes envisagent déjà de faire venir des fûts de chêne depuis la Martinique, de l’iconographie autour de la canne et de la distillerie JM. « Si on fait rentrer nos rhums vieux dans son
établissement, aux côtés des vieux cognacs, des pure single malt, nous parviendrons à hisser nos produits dans le top de la gamme du luxe. C’est exactement ce qu’il faut pour que les Chinois de
la classe moyenne identifient nos rhums comme porteurs de statut social. » C’est dans cet esprit que JM doit être distribuée prochainement dans le magasin Fauchon qui va bientôt ouvrir à Pékin.
Après l’excellent repas arrosé de grands vins, M. Jin offre des cigares. Il exprime enfin l’idée de faire venir quelques uns de ses partenaires et des journalistes chinois pour un voyage en
Caraïbes, destination Cuba et… Les Antilles françaises.
Tcho Shi Kun le directeur des supérettes Fresh market propose les marques JM et Damoiseau dans ses rayons.
Et tous proposent du Damoiseau. Asuna Lyn, chargée de relations publique pour la Cantine et la Shoka, deux
établissements appartenant à Gilles Bihi-Zenou, un Français venu de Normandie, explique que les clients boivent avant tout du beijiu et que rares sont ceux qui, spontanément commandent un rhum. «
Nous leur présentons une carte avec des cocktails qui contiennent du rhum… » Gilles Bihi-Zenou a entendu parler des soirées festives Damoiseau. Mais à la Shoka, avec son ambiance japonnaise, il
voudrait axer ses événementiels autour du vieux Damoiseau. Au Saleya, Aurélien, le patron, n’a reçu le Damoiseau VSOP qu’après avoir imprimé ses menus. Alors, à la fin du repas, il offre toujours
une tournée de vieux Damoiseau. « Et quand ils ont découvert le produit, ils prennent peu à peu l’habitude de le commander en digestif. »
Philippe Ricard, le patron de l’unique crêperie de
Shanghaï, a démarré son activité en même temps que les rhumiers. « Je cherchais du rhum pour le flambage et les cocktails. Grégoire Gueden est venu nous expliquer la fabrication, la canne, la
distillation et on apprend à distinguer les rhums. Mes clients commandent des cocktails, mais de plus en plus nous servons des planteurs et des ti punch. Nous sommes comme les rhumiers, notre
clientèle locale est en développement. » Après avoir fait le tour des établissements distributeurs de rhum Damoiseau et JM, un constat s’impose : Shanghaï n’a pas de rhumerie, ni de restaurant
créole.
En 2004, le ministre du commerce extérieur et Carrefour
soutiennent le projet : Mille PME en Chine. « Ca m’avait ouvert les yeux sur le potentiel du marché chinois », se souvient M. Gueden qui avait alors fait un premier voyage Shanghai et Pekin. Il
décide donc de repartir et rencontre à Shanghaï des partenaires éventuels parmi lesquels il retient Vins Sélection et Metadesign. Le troisième voyage sera, quant à lui, destiné à présenter Romain
Ambrunn à ces deux partenaires. Pour implanter sa représentation à Shanghaï, Grégoire Gueden a eu recours au soutien de la mission économique du consulat de France à Shanghaï. C’est par son
intermédiaire qu’il a procédé au recrutement de son représentant sur place. Non pas que la mission a procédé aux sélections, mais parce que c’est par le biais d’Ubifrance que Romain Ambrunn est
désormais rémunéré. Avant de procéder à une embauche directe, la société Spiridom a passé un contrat avec Ubifrance qui, pour une période variant de 6 à 24 mois, s’occupe du salaire de l’expatrié
sur place. En contrepartie, Ubifrance facture les frais à Spiridom. C’est le VIE, c’est-à-dire, le volontariat international en entreprise. Le partenariat est utile puisque la mission économique
tient informées les entreprises du cadre réglementaire et de ses évolutions. Par ailleurs, c’est Ubifrance, encore, qui a permis à l’entreprise antillaise de bénéficier de financements
privilégiés pour assurer le lancement du rhum antillais en Chine en assurant des prêts à hauteur de 350 000 euros sur trois ans via la COFACE. La Région Guadeloupe, par ailleurs, a donné son
accord pour une aide destinée à favoriser l’exportation du Damoiseau.
distribution
Il n’est pas dans le rhum, il s’occupe, depuis huit mois qu’il est en Chine, de
résoudre les problèmes immobiliers des sociétés étrangères qui veulent se développer. C’est sa société, DFZ qui a racheté son partenaire chinois, qui lui a proposé ce nouveau challenge
professionnel en décembre 2006. Si Nicolas Clément est né et a grandi à Paris, il a gardé des liens avec le berceau antillais de sa famille. Ce soir, il est là en tant qu’ambassadeur de bonne
volonté de la marque fondée par son aïeul. « J’ai rencontré Romain Ambrunn et Damien Daubenton de GBH Asia, lors d’un dîner. Ils m’ont laissé la main pour présenter les rhums et l’histoire de ma
famille. Voilà comment je suis devenu leur ambassadeur ! Je me suis fait rattraper par mon passé, ici à Shanghaï. C’est génial ! » Pour l’heure, Nicolas Clément qui vient de se marier avec une
Française expatriée comme lui, semble être parti pour refaire sa vie en Chine. « Il n’y aura bientôt plus de membres de la famille Clément aux Antilles, mais on ne sait jamais… »
implanté
en Chine
En septembre 2005, Damien Daubenton débarque
seul à shanghaï. Il existe un petit bureau de veille à Pékin (où travaille Jerôme Hayot et Alexandre Plattard), mais pour maîtriser les flux et les circuits qualités, Damien Daubenton doit créer
une véritable filiale, une unité de business autonome. 3Je suis arivé seul avec mon PC. Je travaillais au Starbuck café de People square où je pouvais avoir une connexion Internet. Je ne parlais
pas un mot de chinois, mais la langue du business c’est l’anglais. » Il trouve des locaux et recrute une équipe qui comprend aujourd’hui douze personnes dont neuf Chinois. Sa mission consiste
à acheter pour la division automobile et la division grande et moyenne surface du GBH aux Antilles. « On achète des voitures et des accessoires pour nos concessions auto et on alimente nos
six hypermarchés et nos neuf magasins de bricolage. » Parti de rien, en 2006, ils expédient 1000 containers. Un chiffre doublé en 2007. « Ce sont principalement des sanitaires, des ventilateurs, de
la clim, des piscines gonflables, du mobilier de jardin et du petit électro-ménager. Ce n’est pas mpi ou mes collaborateurs français qui travaillons avec les Chinois, mais nos commerciaux chinois.
On encadre la structure, on définit les besoins, les contraintes qualitatives et la fixation des prix. » Tout le business se passe en tre Chinois. « Ceux qui n’ont pas compris cela ne peuvent
travailler en Chine, ce n’est pas une question de langue, mais une question de culture. On peut nous dire oui, mais nous ne saurons si c’est un oui de politesse ou une vraie confirmation… Seules
nos équipes peuvent comprendre quand un oui veut dire oui ou non. »
Grâce au partenariat que nous avons passé avec notre franchiseur de métropole,
M. Bricolage, nous sommes parvenus à augmenter nos volumes à 100 000 unités, on ne dépasse pas une journée de production… » Ca représente tout de même 2
millions de dollars ! « On est dans une structure de service, explique le patron de GBH Asia. Nous ne sommes pas là pour faire du profit, mais pour apporter le service aux entreprises du groupe qui
elles, génèrent du profit. » Le projet était audacieux, mais il semble avoir réussi. « On n’a pas eu d’incident qualitatifs et on a un turn over réduit. Et puis on a choisi de rompre les taditions
en proposant un management en espace ouvert à l’inverse de ce que pratiquent les Chinois et des incentives pour nos salariés. »Selon Damien Daubenton, tous les progrès sociaux en Chine viennent des
implantations étrangères.
Tidiane Montout, 31 ans, est le neveu d’Alain Bomba, personnalité au sein du mouvman
kiltirel Akyio. Bien qu’il ait peu vécu en Guadeloupe, il y a appris le créole et la danse gwo-ka. Après sa scolarité en métropole, il intègre une école de jazz, la formation Rick Odums au studio
Paris centre. Puis il enchaîne les stages, à New York, chez Alvin Haley où il travaille avec un des chorégraphes hip hop de Mickael Jackson, Popin Tako. De retour en France, il participe aux débuts
de la scène salsa à la Java. Puis il part à aix-en-Provence où il ouvre son premier studio de danse. Après quatre ans, il part pour Shanghaï rejoindre un des oncles, Alex Lodin qui travaille au
consulat de France. Tidiane veut faire évoluer la danse en Chine. « Mon oncle est parti à wuhan en novembre 2003. J’y suis resté un mois mais je m’y ennuyais. Je ne parlais pas le chinois, je suis
reparti à Shanghaï. » Trois jours après, il signe son premier contrat avec le cabaret La maison, le seul cabaret français de la mégapole. Après un an, il décide de monter un studio et une
compagnie, Jazz du funk. Il enseigne, forme, recrute et monte des shows avec des danseurs expatriés et chinois. Au bout de deux ans, il repart en France, n’y reste pas.
De retour à shanghaï, il rencontre une danseuse germano-philipinienne, Joy
Natividad avec laquelle il monte une nouvelle compagnie, Danselicious. Une cinquantaine d’élèves suivent leurs cours en jazz, hip hop, salsa, modern street jazz… De son côté, il fait des
performances pour des événementiels : lancement des marques Chivas, Smirnoff, Havana club. Il rencontre Cyril Pilard, l’importateur des rhums JM et Damoiseau qui lui présente Romain Ambrunn. « On
envisage une collaboration pour leurs rhums… » Ce sera une question de prix. Mais Tidiane n’est pas seul sur le secteur, Solanel (avec lequel il collabore), un danseur martiniquo-guadeloupéen qui a
monté sa compagnie Kilombo art, développe davantage le style caribéen (absent de Shanghaï, nous n’avons pu le rencontrer, NDLR). Deux autres danseus antillais appartiennent à ce mileu fashion et
danse, Zaky, un Guadeloupéen et Anthéa, un Martiniquais.
Le patron du nova, un bar
d’expatriés, est un amoureux du rhum. C’est dans son établissement que le blogger a participé à une de ces caribean party qui, depuis le 14 juillet dernier (la première du genre) attirent des
centaines de personnes. Reportage en image.
Autour de Romain Ambrunn, directeur des marques Damoiseau, Clément et JM pour la Chine, un aéropage de belles femmes, mais redoutables
traders : les Sénégalaises Yolande, Irène, et Huguette, Alissa, la Kabyle, et Sheila, la Caribéenne.
Wang, Daï et Lin
appartiennent à la nouvelle bourgeoisie chinoise. Assoiffés de découvrir un mode de vie à l’occidentale et les produits d’importation, ils ont essayé le rhum Damoiseau. Les deux jeunes femmes ne
connaissaient pas ce goût, mais apparemment, elles ont aimé !
Shi Kun Cho,
le directeur général de Wonder-side wine shop, est un des distributeurs des rhums Clément, JM et Damoiseau en grande et moyenne surface. A ses côtés, Cyril et Tao Pilard, de la société Vins
sélection, qui distribue le rhum Damoiseau dans les bars et restaurants de la mégapole.
Grégoire Gueden, directeur de la division rhum du groupe Bernard Hayot, pose avec Sheila Constance Sidney, une Haitio-Guyanaise, agent de tourisme d’affaires
à Shangaï.
« Les
rythmes antillais sont très propices à l’exhibiltion. » Laetitia, jeune Française expatriée danse avec Daren Baiport. Originaire de Sainte-Lucie, ce dernier a étudié au collège de Ducos en
Martinique. Un crochet par le Mali, puis par Cayenne, à Saint-Joseph de Cluny, où il achève ses études. Depuis deux ans, à Shanghaï, il a monté une société de consulting en
investissement.
Paul Jackson, vice-consul de Grande-Bretagne à Shanghaï, boit son rhum à l’anglaise : Un peu de ti punch et une grande gorgée de bière ! « D’habitude, je
bois du Mount Gay, le rhum de Barbade. »
Shanghaï
deviendrait-elle un nouveau lieu de créolisation selon la définition d’Edouard Glissant ? Fong Sit, le Chinois, et Wody, l’Africaine, tout deux anciens immigrés à Paris, se sont retrouvés la
capitale économique chinoise, autour d’un verre de rhum !
Alexandre Plattard
et son épouse japonaise, Lina, s’apprêtent à quitter Shanghaï pour Hong Kong. Alexandre a participé au développement du Groupe Bernard Hayot en Asie en faisant le métier de trader, c’est-à-dire
acheteur et vendeur tout à la fois. Le métier le plus en vogue à Shanghaï !
Le Robertin Jérôme Hayot et la franco-chinoise Céline Tang entourent l’homme qui a créé la succursale asiatique du groupe Bernard Hayot, Damien Daubenton,
celui-là même qui, jusqu’en 2005, dirigeait le magasin M. Bricolage à Petit-Pérou aux Abymes (Guadeloupe).
Ly Heng et
Stéphane Skoric sont associés sur le bar Nova. C’est la seconde soirée rhum qu’ils organisent. A Paris, ils ont un autre établissement, le Spoutnik, à la Butte aux cailles où l’on sert du rhum. «
La femme de notre associé parisien est guadeloupéenne ! Ici aussi, on a voulu pouvoir servir du rhum agricole à nos clients… »
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