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8 septembre 2011 4 08 /09 /septembre /2011 04:49

L’autobiographie de Jenny Alpha

Alpha-ParisCreoleBlues2.jpgIl y a un an, la doyenne des comédiennes françaises, Jenny Alpha, quittait définitivement la scène. A 100 ans, cette enfant de Foyal devenue vraie Parisienne, laissait derrière elle une vie intense. Avant de partir, elle a pris le soin de raconter ses mémoires parues sous le titre Paris créole blues et sorti discrètement en avril dernier.

« Je ne suis pas une fille bien, vous savez, j’aime trop profiter de la vie. J’aime la vie, dans tout ce qu’elle a de beau (…) Souffrir, pourquoi souffrir ? Est-ce que c’est utile ? Je hais la souffrance. Je cherche la joie de vivre plus que toute autre chose, la souffrance vient de toutes façons, on n’y peut rien. Il faut savoir qu’elle existe mais ne pas s’en couvrir comme d’un manteau, je ne veux pas de manteau de souffrance moi, je veux un manteau de joie… » Ainsi s’achève le récit de Jenny Alpha. Son dernier récit consacré à narrer sa vie, son siècle. Parue sous le titre Paris créole blues aux éditions du Toucan, cette autobiographie est le fruit d’une collaboration serrée entre la comédienne martiniquaise et une journaliste de Libération, Natalie Levisalles. Pendant un an, les deux femmes se sont vues une fois par semaine. L’une prenait des notes, l’autre parlait… De Fort-de-France en 1910 à la rue de l’abbé Groult à Paris en 2010, Jenny déroule le film de sa vie. La petite-fille illégitime du béké de Saint-Pierre, Poussier de Lastel, appartient à la bourgeoisie mulâtre foyalaise ; elle va au pensionnat colonial tandis que la populace se met à chanter « Léchèl Poul sôti môn vè/ Dé pié’ y plein la boue/ I an ni plasé kay lé Alpha/ Jôdi ka posé kôy matadô… » Jenny semble sourire quand elle confirme qu’il s’agit bien de la bonne familiale ! Mais aussitôt qu’elle a son brevet, Jenny part à Paris et sa vie va basculer. Ce qui fait dire à Natalie Levisalles : « Jenny Alpha aurait du être une star. »

JENNY_REGARD_A_DROITE__RDG_.jpgDans le Paris d’avant guerre, Jenny s’est liée d’amitié avec Robert Desnos chez qui elle a rencontré André Breton, Jean-Louis Barrault, Mouloudji et Jacques Prévert. Pendant la guerre, qu’elle passe à Nice, elle rencontre Picabia qui fait son portrait, cache des Juifs et manque de se faire arrêter par la Gestapo… Rentrée à Paris à la Libération, elle retrouve ses amis d’enfance, Césaire et Damas qui lui présentent Senghor, Alioune Diop... C'est le congrès des écrivains noirs. Elle rencontre aussi les musiciens Al Lirvat, Ernest Léardée, Pierre Louiss, Joséphine Baker, Sydney Bechet, Duke Ellington, Louis Armstrong et Serge Gainsbourg et son père Jo, son pianiste… Elle dansa même avec un ministre de la France d’Outre-mer, François Mitterrand…

 

De la Canne à sucre à Corneille

ARCHIVE_3.jpgC’est sa période Cabaret où elle chante et danse à la Canne à sucre devant la princesse de Windsor, le prince du Lesotho et encore Daryl Zanuck. Cabaret à défaut du théâtre qui mettra encore des années avant de l’accepter… Deux hommes tiennent une place remarquable dans cette vie, ce sont ses deux maris. Jacques Dessart, mort jeune de la tuberculose pendant la guerre, et le poète Noël Villard qui l’accompagnera jusqu’en 1984.

Au début des années 1980, Jenny a joué la mère de Greg Germain/Alpha Toussot dans la série Médecin de nuit… Elle est aussi passée à côté de Rue case nègre d’Euzhan Palcy ; Darling Légitimus lui souffla son rôle au dernier moment ! Et puis le théâtre… « La première fois que j’ai joué au théâtre, c’était en 1947, j’avais 37 ans ! Et la première fois que j’ai joué le répertoire classique, c’était en 1975, j’avais 65 ans ! » Mais il y a, en 1958, Roger Blin et Jean Genêt avec la pièce Les nègres qu’elle joue avec les Griots, puis Jean-Marie Serreau et la Tragédie du roi Christophe au 1er Festival des arts nègres… JENNY_FACE_SOURIRE__RDG_.jpgEn 1973, aux côtés de Danielle Darieux, elle partage l'affiche des Amants terribles. Et puis, 1975, Rodogune de Corneille… Elle est Laonice, la confidente de Cléopâtre ! Tournée triomphale internationale. La mort de Noël Villard va perturber durablement Jenny Alpha qui doit être hospitalisée. Et c’est là, qu’elle parvient à s’emparer du texte de Julius Amédée Laou, Folie ordinaire d’une fille de Cham, que va mettre en scène Daniel Mesguich, avec le succès que l’on sait, puis c’est Roméo et Juliette, La Cerisaie. Jenny a 94 ans. Son contemporain Aimé Césaire part en 2008 au moment où elle sort l'album La Sérénade du Muguet. Quelques mois après ses 100 ans, le 8 septembre 2010, il y a un an, elle est partie à son tour... En un peu plus de 200 pages, Jenny Alpha aidée de Natalie Levisalles nous fait revivre ce vingtième siècle qu’elle a traversé le sourire aux lèvres.

FXG (agence de presse GHM)

Photos : Archives Alpha et Regis Durand de Girard

Paris Créole Blues de Jenny Alpha avec Natalie Levisalles, éditions du Toucan, Paris, avril 2011. 217 pages. 16 euros

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