Mercredi 23 juillet 2008
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Dans la sélection 2008 du TOMA, à la Chapelle du Verbe
incarné
Ailleurs toute
Patrick Womba, le Martiniquais, et Catherine Dinevan, la Calédonienne, en scène (RDG)
Ils arrivent en ciré jaune avec une valise et s’embarquent sur un paquebot. A eux trois, ils sont l’ancien empire colonial, « un pays, trois
couleur », mais plus question d’un pays, il est question du monde… Oubliée « la poésie camelote », le Nègre, la Jaune et la Blanche vont regarder leur réalité. Celle d’un monde où le blanc a le
mauvais rôle, où sa colonisation a fait du nègre un zombie : « Je suis le zombie, on s’est accaparé de sa pensée, il n’a pas le droit à la parole, mais il est bien vivant mais son imaginaire
n’est pas propulsé », dit le porteur du rôle Patrick Womba. Celle (la colonisation) où l’Européenne installée à la Réunion, est devenue folle : « Je suis dans une errance recentrée sur une
histoire de deuil qui fait que mon personnage n’a plus du tout la vision de ce qu’il y a autour d’elle. Elle est une métaphore de l’Europe et quand elle va s’ouvrir sur le reste, ce sera trop
tard, la Terre s’est déjà éloignée… » Enfin, il s’agit de la colonisation où l’Asiatique émigrée en Nouvelle-Calédonie réalise son acculturation : « Dans les îles du Pacifique, il y a eu une
colonisation religieuse et beaucoup de peuples premiers ont perdu des us et coutumes parce qu’ils ont adopté la religion chrétienne. Et c’est vrai que mon personnage perd ses certitudes
religieuses et ses repères familiaux pour retourner dans son pays d’origine et essayer de retrouver sa propre identité. »
Alexandra Shiva-Mélis (Réunion) et Patrick Womba (RDG)
Des rats de laboratoire
Souvenirs de Tsunami,
de traite, de boat people... voire d’arche de Noë ! La Blanche est en noir et en deuil, la Jaune est en blanc et en pleurs et le Noir est en gris. La souris blanche est montée à Saint-Paul de la
Réunion, elle rentre en Europe… La souris jaune est montée à Nouméa et le Nègre est monté à Fort-de-France… Où vont-ils ? Le Noir qui n’a pas de billet ne saurait le dire. C’est à la Blanche de
savoir car « l’Afrique et l’Asie sont hors l’histoire » pour citer implicitement Sarkozy et Gaino à Dakar…. C’est alors que vient la superbe scène de l’accouchement. La Blanche accouche, se
sépare… « Comment c’est difficile de laisser grandir, de le laisser partir. C’est toute la métaphore de l’Europe et de ses colonies… Les laisser vivre et grandir… » note Patrick Womba.
La pièce est politique, parfois pédagogique dans une mise en scène un peu trop
illustrative. Mais tout de même nos trois naufragés de l’humanité et de son histoire assistent au lever d’une nouvelle aube. « Un autre temps couleur se met à poindre… dit le Noir. Quand on
mélange toutes les couleurs, c’est le noir que l’on voit poindre… » Cette aube nouvelle éclaire le fameux Tout-monde, si cher à Edouard Glissant. Ce monde où il n’y a plus ni découvreurs, ni
découverts. C’est là l’objet de cette création, Ailleurs toute.
Résidence tricontinentale, entre Nouméa, Fort-de-France et
Avignon
Patrick Womba, le Martiniquais, Alexandra Shiva-Mélis, la Réunionnaise, et
Catherine Divevan, la Calédonienne d’origine asiatique, se sont rencontrés au
théâtre de la Chapelle du Verbe incarné, en Avignon en 2005. Catherine a porté ce projet de résidence tricontinentale (ou plutôt dans les trois océans !) Jean-Yves Picq leur a écrit le texte et
puis chacun s’est essayé à s’emparer de ce qu’il représentait. Un rôle et une couleur et la mer et l’exil en partage. Après trois semaines à Fort-de-France, autant en Aviignon, les trois acteurs
ont créé la pièce en mars dernier à Nouméa. Elle est attendue aux antilles et en Guyane cette année.
Par fxg
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Publié dans : fxgpariscaraibe
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