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24 juillet 2008 4 24 /07 /juillet /2008 12:49
Mâ Ravan’ décroche la lune en AvignonSalle comble, tous les jours pour le théâtre du Talipot de la Réunion qui présente, cette année encore, à la chapelle du Verbe incarné, lieu d’accueil du théâtre d’outre-mer en Avignon, Mâ Ravan’. La mère tambour (la ravanne est le tambour indien) invoquée pour un rituel théâtral en hommage aux ancêtres qui ont fui l’esclavage. Le spectacle n’est pas encore commencé que déjà résonne dans le théâtre la litanie des noms des grands marons, des héros de la liberté. Eux tous, « ces grands rebelles » qui ont laissé leur nom aux montagnes et qui ont eu la main tranchée. « Hommes, femmes aux corps mutilés, je vous salue, je vous reconnais… Vous êtes reines, vous êtes rois. Je vous nomme ! » Ainsi débute et s’achève, par la voix de Thierry Moucazambo, Mâ Ravan’. Entre les deux, des corps, des voix, des danses et des musiques, des voix, des transes… C’est tout cela que le metteur en scène, Philippe Pelen Baldini, appelle un rituel de l’océan Indien. Pour l’exécuter, Thierry Moucazamba le Réunionnais aux racines multiples (Mozambique, Madagascar), José Njiva Andrianantenaina de Madagascar, Michaël Marmitte et Pascal Marie de Maurice. Chorégraphie et théâtre, scénographie et mise en scène, ce spectacle invite à la communion. « J’ai été très émue par la magie de la mise en scène et la force des corps » a écrit Maryse Condé sur le livre d’or après avoir vu la pièce en Avignon. Et quand certains se risquent à trouver le spectacle par trop folklorique, le metteur en scène répond d’un mot : Succès ! Après la création, l’an passé des Porteurs d’eau, jouée 700 fois avec un tour du monde, l’opéra de Paris et les plus grands festivals, Mâ Ravan’ qui entame sa carrière a déjà été vu par plus de cent programmateurs de spectacle venus découvrir l’histoire des grands marons de la Réunion. Les dates ne sont pas encore fixées, mais c’est sûr, en Guyane ou Martinique, le théâtre Taliipot y viendra !

à lire aussi, une critique de Eve Beauvalet de la revue Mouvement
http://mouvementavignon.wordpress.com/2008/07/28/%c2%ab-nouvelles-
frontieres-%c2%bb-ma-ravan%e2%80%99-par-philippe-pelen-baldini/

Mâ Ravan’, un récit dansé et chantéDans la première partie, les tambours viennent donner un rythme, le rythme mais aussi l’hira gasy, la tradition du théâtre malgache avec le bouffon et le conteur. Chauffent les tambours et le public, chauffent les esprits. La seconde partie s’ouvre sur les masques noirs. On rentre dans  les corps démembrés, dans le fond du drame, dans l’intime, dans le murmure et dans le cri, dans l’étouffement des corps mutilés qui recherchent leur unité. La dernière partie démarre avec des voix chamaniques, très fortes. Des voix inspirées des hauts plateaux malgaches… Le rituel de guérison commence avec des fleurs, avec l’encens, avec les conques, avec la danse. Les corps retrouvent leur intégrité, les mouvements leur fluidité…

Parole de danseurs
Pascal Marie : « C’est une recherche sur le corps où il y a à chaque fois un plaisir d’aller au plus profond de soi-même. A chaque fois, on découvre quelque chose de nouveau en nous-même. Une force, une puissance… C’est magnifique de faire ce qu’on fait, c’est un partage, un échange… »
José Njiva Andrianantenaina : « C’est physique mais on est soulagé après le spectacle. On est léger parce qu’on a  dégagé des émotions de l’amour, des messages… »

Ils ont dit
Jude Gibrien, programmateur du théâtre de la Vallée d’Yerres à Brunoy (91)
« C’est une pièce assez déconcertante, entre le récit cosmogonique et la fresque historique. C’est aussi une façon d’exorciser la souffrance qu’a connue cette région par rapport à l’esclavage. Les danseurs ont un fort potentiel artistique et physique, beaucoup d’énergie et d’endurance ! On est dans un registre à la fois très contemporain, très nouveau, un vrai nouveau souffle pour le théâtre et la danse. On est entre le profane et le sacré. »
Manuel Césaire, administrateur du CMAC (972)
« De la braise surgit le souffle. De la blessure surgit l’espoir. L’espérance du devenir, loin d’une mélancolie stérile, ou d’une violence vaine. Vous êtes les ouvriers de la construction d’une Nation équilibrée, consciente de ses racines et de ses ramifications nutritives. A travers cette mémoire transcendée, cette transmission nervurée des civilisations ancestrales, vous détenez vos armes… miraculeuses. »

Interview
Philippe Pelen Baldini, auteur, metteur en scène, chorégraphe, et Thierry Moucazambo, assistant dramaturgie et comédien.
« Un rituel pour chercher la force de vie »
Qu’entendez-vous quand vous présentez cette pièce comme une œuvre collective ?
Philippe Pelen Baldini : Au Talipot, on est dans la circulation d’énergie, dans la transgression des frontières, dans la recherche de filiation d’une île à l’autre, d’une rive à l’autre. Là, nous avons réuni des artistes, acteurs, danseurs, chanteurs, musiciens qui sont avant tout des passeurs qui témoignent de leur propre histoire. Ils viennent de la Réunion, de Madagascar ou de l’île Maurice. Je travaille aussi avec un assistant chorégraphe du Sri Lanka. Tout tourne autour de cette ravanne qui est le tambour commun de l’océan Indien. J’ai écrit et mis en scène ce spectacle, mais notre particularité est de partir de l’histoire de chacun, du corps de chacun. C’est pourquoi je dis que c’est une œuvre collective. Je travaille beaucoup par improvisation et les récits de chacun construisent ce spectacle.
Vous présentez le spectacle comme un rituel, le public communie-t-il avec vous ?
Philippe Pelen Baldini : Il y a une vraie communion… La représentation théâtrale est en soi un rituel, qu’il soit social ou sacré, on rassemble toujours les gens. Mais là, on insiste sur le terme de rituel parce qu’il y a cet hommage aux ancêtres marons  et aussi, il y a un itinéraire dans l ‘émotion, dans l’énergie, dans les cœurs mais il n’y a pas un récit particulier, ou un dénouement, un histoire, un texte… On insiste plus sur cette idée que les gens doivent un peu lâcher leur mental et leurs codes habituels pour  entrer dans une expérience de vie, de partage, autour de cette énergie, cette émotion développée par le tambour et toutes les émotions, toutes les âmes, toutes les histoires convoquées par le tambour.
Il y a toutefois une évolution puisque les noms, simplement dits au début, sont qualifiés à la fin…
Thierry Moucazambo : Oui, il y a une évolution puisque le rituel est là pour chercher la force de vie et non pas continuer vers une histoire morbide. Au fond de l’obscurité, on recherche la lumière. Dans ces noms, si on s’en rappelle, il y a des vertus qui continuent à nous mettre en mouvement aujourd’hui.
Philippe Pelen Baldini : Ces grands marons qu’on appelle  sont des grands êtres qui sont un peu les oubliés de l’histoire même s’ils ont donné leur nom à toutes les montagnes de l’île. En fait, il n’y a pas de célébration de ces marons là… Ca nous semblait important que les artistes qui sont aussi des médium, des passeurs se  souviennent de ces noms là et rechargent avec leur souffle et eux-mêmes se laissent réanimer à l’intérieur de leur corps par ces noms qui sont porteurs de force de résistance, de force de vie. Cette histoire a une résonance particulière dans l’océan Indien, mais ailleurs aussi, les gens sont bouleversés, touchés au cœur, touchés dans l’âme…
C’est une démarche qui rejoint celles de nombreux Antillais qui veulent honorer leurs ancêtres esclaves…
Philippe Pelen Baldini : Oui, mais notre démarche n’est pas historique, elle est organique, physique. On interroge l’origine au-delà de l’histoire. C’est cette origine qui nous met en mouvement aujourd’hui. Ce sont des forces de vie qui nous mettent en mouvement. Alors, c’est vrai qu’il n’y a pas d’histoire précise, mais il y a un itinéraire avec des étapes. Et c’est vrai que Thierry, à la fin, redonne la signification de ces noms qu’on n’a pas inventés !
Thierry Moucazambo : Mahavel est la forêt qui donne vie, Eva, la première esclave malgache, ou Laoussa qui siginifie d’où l’on revient pas…
Qu’est-ce qui fait que ça marche, selon vous ?
Philippe Pelen Baldini : Les gens sont touchés par l’amour et l’engagement qu’ils donnent. On n’est pas dans un histoire avec le poing levé et les cris. Ce sont les corps et derrière ça, l’issue poétique de la réconciliation qui est justement possible par ce qu’il y a l’accueil de l’histoire. Les corps racontent cela. Il y a un tel engagement et  une telle précision dans les chorégraphies et dans  les chants que les gens sont sensibles.
L'équipe de Mâ Ravan' du Théâtre Taliipot, devant une toile de Fédérica Matta, à la chapelle du Verbe incarné (RDG)

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