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7 décembre 2008 7 07 /12 /décembre /2008 20:17
Barnier lance le plan banane durable aux AntillesLouis-Daniel Berthomme, président de la chambre d'agriculture de Martinique, David Dural, directeur de l'ITBan, Luc Vigouroux d'Ecoban, le président Marie-Jeanne et Michel Barnier, le ministre de l'Agriculture, à Sainte-Marie, vendredi dernier.
« Nous tirons les leçons du passé et nous nous engageons pour l’avenir ». Michel Barnier, devant quelque 300 planteurs réunis à Sainte-Marie en Martinique, vendredi dernier, a rappelé que la pression de deux catastrophes (l’une naturelle, Dean, l’autre humaine, la chlordécone) avait permis aux 709 planteurs antillais de se lancer dans le développement durable. Le protocole signé ce jour par le ministre de l’Agriculture, Michel Barnier, les présidents des conseils généraux et régionaux des deux îles et l’union des groupements de producteurs de bananes, institue le plan banane durable sur la période 2008-2013. En août 2007, les producteurs s’étaient plaints de la hausse du montant de l’octroi de mer sur les produits phytosanitaires. Michel Barnier avait répliqué : « Consommez-moins, vous vous y retrouverez… » La démarche n’était pas inédite puisque, depuis 1996, l’utilisation des pesticides dans les bananeraies a chuté de quelque 60 %. Le plan banane durable veut accélérer ce processus et fixe comme nouvel objectif une baisse supplémentaire de 50 % d’ici 2013, soit un objectif plus ambitieux que celui fixé aux agriculteurs français dans le cadre du Grenelle de l’environnement. Mais la grande nouveauté, c’est la création de l’institut technique de la banane (ITBan), comme en ont toutes les autres filières agricoles françaises. L’ITBan est chargé, en liaison avec le CIRAD (Centre international de recherches agricoles et développement), de piloter cet effort. Pour autant, le plan banane durable n’est pas un plan bio, rappelle Eric de Lucy, président de l’Union des groupements, mais une démarche pour une agriculture intégrée. Il poursuit trois objectifs principaux : surveillance de l’impact environnemental, mise en place de pratiques culturales durables et généralisation à tous les producteurs sur la base d’un cahier des charges certifié par l’organisme indépendant BanaGap (70 % des producteurs de l’UGPBAN sont actuellement certifiés GlobalGap).
Entre 18 et 175 millions
« Une banane déjà propre de mérite t-elle pas un petit plus ? Un bonus  pour mieux préserver nos parts de marché ? » a demandé au ministre, Victorin Lurel. « Le vrai bonus, c’est la qualité », a rétorqué Barnier. Alfred Marie-Jeanne a fait amender le protocole avant de le signer : « Je ne saurai m’engager à l’infini… » La part du conseil régional de Martinique ne pourra excéder les contributions totales. Le financement de ce plan semble encore flou : 175 millions annoncés initialement par l’UGPBAN, 115 puis 100 millions selon Michel Barnier : « Ce sont des crédits qui existent et qui vont être réorientés pour être dynamisés au service du développement durable. » « Le plan va mobiliser réellement 18 à 20 millions qui seront pilotés par l’ITBan », avance Eric de Lucy. Quel que soit ce montant, il serait alimenté majoritairement par les planteurs (47 %), les centres de recherche, CIRAD et CEMAGREF (16 %), l’Europe, l’Etat et les collectivités territoriales (37 %). L’ITBan bénéficiera directement d’un montant de 6,2 millions d’euros pour les six ans à venir. La communication de la profession bénéficie aussi, mais par ailleurs, d’un budget grâce au logo RUP attribué par la Commission européenne (19 millions). Le président de Lucy a un message à faire passer : « Notre banane est avec celle des Canaries la plus propre et la plus éthique. La banane des droits de l’homme, c’est nous ! »

Interview. David Dural, directeur de l’Institut technique de la banane
« On cherche la banane miracle »
Comment l’institut va-t-il s’intégrer dans la filière?

L’institut technique va être l’articulation entre la recherche et la production. Le but est de démultiplier les efforts de recherche et les orienter vers ce qui intéresse les producteurs. L’institut est un organisme fait par les producteurs pour les producteurs.
Vous serez l’interface entre la recherche et son application à la culture ?
La recherche va nous nourrir sur un certain nombre d’informations et à partir de ces informations, nous allons en démultiplier l’échelle d’application.
Dans le cas de recherches de nouvelles variétés, comment intervenez-vous ?
Nous serons intervenus avant et au moment de valider cette nouvelle variété. C’est-à-dire qu’on va la valider en champ avec la recherche, on va la valider sur les phases terminales qui sont les phases de mûrissage et de commercialisation. Après ces validations, nous pourrons la diffuser via les groupements de producteurs.
Ce qu'on appelle le changement d'échelle, c'est le passage du prototype et la production de masse  ?
C’est la dernière phase de validation avant le passage à une production complète au niveau des planteurs.
Quand pensez-vous présenter un prototype intéressant ?
On ne part pas de zéro. Le CIRAD a quinze ou vingt ans de recherche sur les nouvelles variétés. On part avec une base relativement solide. Nous voulons multiplier les descendances d’hybrides les plus intéressants et ensuite, une fois validées, faire le changement d’échelle. On a déjà des variétés dans les bacs : la 916 et la 918. On progresse et on cherche un peu la banane miracle, celle qui n’aura pas besoin de traitement contre la cercosporiose, contre les nématodes et que les consommateurs adoreront !
Et qui seront résistantes au vent ! N’est-ce pas un rêve ?
Ce n’est pas un rêve ! On a besoin d’avoir des choses très concrètes et on va le faire avec des planteurs pionniers qui vont mettre en application ces variétés sélectionnées de façon à pouvoir les valider sur des échelles plus importantes que quelques dizaines de pieds.

Le concept banane durable
Les prototypes 916 et 918

A Neuf-Château/Capesterre-Belle-Eau, en Guadeloupe, les chercheurs du CIRAD élaborent dans le secret du laboratoire la banane de demain. Autour de l’agro-généticien Fédéric Salmon (photo), on essaie de créer de nouvelles variétés résistantes aux maladies et adaptées au marché. Avec sa collection de 450 bananiers qui font encore des graines et qui autorisent donc des croisements sans avoir recours à la manipulation génétique, le CIRAD a déjà sorti et testé un prototype, la banane 920. Elle s’est révélée trop petite, difficile à conserver et avec un plant haut, fragile au vent selon le Martiniquais Laurent de Meillac qui l’a expérimentée en plantation. « Nous avons plein de prototypes dans les tuyaux, révèle Frédéric Salmon, mais nous n’arrivons pas à réduire la hauteur des plants… » Parmi les plus prometteurs, les prototype 916 et 918 sont opérationnels. Reste à les tester auprès de consommateurs. La 918, résistante à la cercosporiose jaune et noire, présente l’avantage de durer longtemps et, de l’avis de confrères spécialisés, d’offrir en arrière-goût une sensation de raisin et de pomme !
Les bonnes pratiques culturales
Ce que fait d’un côté le CIRAD, des planteurs le font empiriquement, d’expérience. Ainsi, le Guadeloupéen Francis Lignières, sur son exploitation de montagne à Baillif, a limité l’utilisation des herbicides en laissant les impatiences coloniser les sols des parcelles. Les chercheurs, de leurs côtés, ont établi une collection d’une quarantaine de plantes de couverture, plus performantes que les impatiences quoique qu’elles présentent l’avantage de contribuer à la beauté des paysages agricoles.
L’agriculture intégrée
Si les planteurs visent tous à obtenir la certification agriculture raisonnée, ce concept, selon le chercheur du CIRAD François Cote, président du comité scientifque de l’ITBan, est dépassé. Il privilégie désormais le concept d’agriculture intégrée avec une approche spécifique de la lutte contre les bio-agresseurs. D’où le recours aux jachères pour assainir les parcelles, l’utilisation privilégiée des vitroplants, indemnes de toute atteinte virale ou de nématodes ou le recours à la méthode du Pr. Chabrier qui a su utliser la sordidine, une phéromone, pour éliminer le charançon…
L’avance environnementale des Antilles françaises
Contre 7 tonnes par hectare de produits phytosanitaires aux Antilles, le Costa Rica en met 70. 1,6 millions de vitroplants pour 250 000 tonnes de bananes chez nous, 2,5 millions de vitroplants pour 5 millions de tonnes de bananes en Equateur.
L’épandage aérien en question
Le parlement européen prévoit l’interdiction de l’épandage aérien fin 2009. Une décision que Michel Barnier imagine effective à moyen terme, six ou dix ans peut-être. Des dérogations seront possibles, estime l’UGPBan, si la qualité des produits phytosanitaires utilisés est la plus respectueuse de l’environnement.

Traitement des déchets et des rejets
A Sainte-Marie (Nord-Atlantique Martinique), Ecoban, une station de traitement des bouillies fongicides fonctionne depuis février 2008. D’un coût de 800 000 euros, elle permet le traitement de 5000 m3 collectés dans les plantations de l’île. Les eaux sont totalement purifiées avant rejet dans la nature et la boue séchée qui réside est envoyée en métropole comme déchet ultime.
Les gaines plastiques qui protègent les régimes dans les plantations sont aussi collectées et retraitées. En Martinique, les gaines sont collectées et expédiées en métropole pour y être revalorisées. En Guadeloupe, c’est Ecodec qui s’en charge. Des gaines en matériaux biodégradables doivent prochainement se substituer aux gaines plastiques.

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