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12 mars 2012 1 12 /03 /mars /2012 06:47

L-Jean-Baptiste-3.jpgITW Lucien Jean-Baptiste, acteur, réalisateur

« Loupez pas le rendez-vous sinon y aura plus de films antillais »

On vous sent un peu inquiet au moment de la sortie de 30 ° Couleur…

Là, tous les gens qui ont mis 7 millions d’euros sur le film, s’ils ne rentrent pas dans leur argent, ils vont dire : « C’est bon la Martinique ! » Il faut que 800 000 personnes aillent voir le film…

La 1re étoile a fait 2 millions…

Oui, mais celui-là n’est pas calibré pour ça. Il est moins familial, moins…

Le cœur de cible, ce sont les Antillais et c’est à eux de faire le score. Antilles sur Seine avait fait 5 ou 600 000 entrées, si 30 ° couleur peut faire 800 000, ça sera bien.

La 1re étoile racontait l’histoire d’Antillais à la neige, vous passez à la couleur et à la chaleur ! C’est un gag au départ ?

Ca démarre avec ma mère qui me dit un jour : « Mon fils, ne m’enterre jamais aux Antilles. » Ca part de là ! J’ai trouvé ça violent et je lui ai demandé pourquoi. « Parce que j’ai eu trop de misères là-bas », me répond-elle. Et là, je me suis dit que je tenais un matériau pour raconter une nouvelle histoire qui serait comme une sorte de suite. La 1re étoile, c’était les Antillais qui vont vers le Mont Blanc, le monde blanc et là, c’est un Noir qui va retourner chez lui, chez les Noirs et qui va se rendre compte qu’il est blanc.   Avec Philippe Larue, on a développé tout ça, forts de mes propres histoires des Martiniquais qui retourne aux Antilles et qui ne comprend plus comment ça se passe.

L-Jean-Baptiste-4.jpgAvez-vous vécu aux Antilles ?

Jusqu’à l’âge de 3 ans et demi et après, c’est comme le personnage de Patrick mais moi on ne m’a pas donné le choix : BUMIDOM, pfuitt ! Envoyé et puis voilà. Alors j’ai grandi dans l’Hexagone et comme mon personnage, j’ai joué la carte blanche. Et on me demande : « T’es où d’Afrique ? » Ca fait vingt ans que je suis là… Alors, tu cherches des réponses, tu vas aux Antilles et là, on te dit : « Alors Français, machin, negzagonal… » Sois tu restes en déséquilibre, soit tu rééquilibres et tu continues à aller de l’avant en prenant des deux pour n’en faire qu’un. C’est ce qu’on retrouve dans mon travail.

De qui vous inspirez-vous pour cette espèce d’Alain Decaux d’aujourd’hui ?

Oui ! On l’a poussé au maximum. On aurait pu ne prendre qu’un historien comme ça, mais on a poussé le truc pour en faire un homme qui présente des émissions de télé, spécialiste de Marie-Antoinette, prof à la fac… On l’a vraiment poussé dans le côté « j’ai de l’instruction, mais en plus, je fais du business avec » ! C’st un homme irréprochable, formaté.

Son appartement, on croirait que c’est à Manhattan…

Je voulais le mettre en haut ! Au début du film, il est au top, au sommet de l’ascenseur social, il a crevé le plafond de verre ! Malgré tout, il va comprendre que même là-haut, il y a des failles. Quand on lui dit : « Avec vous, c’est bien, la France valorise sa diversité et met en avant ses minorités… » Mais, c’est des conneries ! J’ai appris parce que j’ai bossé. Ne me parlez pas de ma couleur. J’espère que dans quelques années, on ne sera plus dans ce type de considération.

L-Jean-Baptiste-serre.jpgLa force du film tient dans ce retour au pays en plein carnaval et le personnage de Zamba…

Zamba, je le connais ! C’est un gars qui habite aux Trois-Îlets et qui s’appelle Georges Guerlain. Il y a quinze ou vingt ans, je suis allé faire un carnaval aux Antilles et j’ai vu Zamba ! Pendant l’année, il bosse dans un petit atelier de peinture, mais quand les trois jours de carnaval arrivent, tout ressort. C’est plus que la fête, c’est un cri, une revendication…

Et c’est lui qui ré-initie Patrick…

Et Patrick se défend parce qu’il met aussi les Antillais face à leur propre paradoxe. Il y a trois personnages : celui qui est parti, celui qui est resté et la petite fille qui doit trouver sa place. Alors quand Patrick demande à Zamba : « C’est quoi cette histoire de carnaval pendant trois jours et le reste de l’année vous fermez votre gueule… » Et Zamba devient fou et lui dit : « T’es pas mieux que moi ! » Il n’y en a pas un mieux que l’autre. On baigne tous dans les problèmes. La première chose que fait un Martiniquais quand tu entres chez lui, il t’allume sa télé pour te montrer qu’il a Canal, qu’il joue en direct aux courses à 8 000 km et il veut une autoroute large comme ça pour faire passer son 4x4. C’est tout le paradoxe. Comme quand il va acheter son sapin de Noël à Carrefour… Il faut revenir à l’essentiel, en Martinique, comme dans toutes nos petites régions, la tradition !

Montout-Jean-Baptiste-047.jpgComment a fonctionné le duo Larue/Jean-Baptiste ?

On a écrit ensemble, on a eu un avant-goût en travaillant ensemble sur la 1re étoile. On a repris le vélo et on est reparti, mais il fallait aller un peu plus loin. C’est pour ça que dans ce film il y a des plans magnifiques…

Qui a eu cette idée complètement décalée de mettre un morceau d’Iggy Pop dans la scène chez le rasta quimboiseur ?

C’est Philippe ! On était en repérage, du côté de Bellefontaine. On cherchait un endroit pour manger. On trouve un lolo plus ou moins fermé. Le mec nous dit ok ; il nous fait un super repas et il envoie un morceau de blues, Buddy Guy peut-être… J’étais estomaqué. Jamais, je n’avais entendu ça en Martinique. C’est comme si, il nous avait mis les Rolling stones. Qu’est-ce que ça fout là ? Et ça a fait une ambiance… Eh ben voilà, c’est ça la Martinique. Les gens ne le savent et sans ça, o  n’aurait pas osé…

Comme mettre du Tchaïkovski sur le carnaval…

Ca, c’est Philippe aussi ! Et c’est la tête de Patrick. Puis, c’est ça qu’il faut. Philippe a réalisé un film qui s’appelle Clandestin. Tu le regardes et tu demandes où il est le Noir qui a fait le film ? C’est Philippe. Alors parce qu’il y a des Noirs, on va mettre du zouk ? Il faut bouger.

Comment sortez-vous de ce film ?

Heureux. La route continue, on se bagarre, on va faire d’autres films, faire l’acteur mais surtout, j’espère que les Antillais seront au rendez-vous. C’est le message que je veux faire passer : Loupez pas le rendez-vous parce que sinon il n’y aura plus de films antillais. Point barre.

Propos recueillis par FXG (agence de presse GHM)


Scènes de carnaval

Philippe-Larue.jpgPhilippe Larue : « On savait ce qu’on avait à tourner et on avait préparé en amont avec tous les acteurs du carnaval pour leur expliquer le projet, leur faire envie et obtenir de leur part le sésame pour entrer chez eux. L’idée était surtout de ne pas empêcher le carnaval. Nous, il fallait qu’on puisse entrer à l’intérieur. Après, dedans, c’est un peu plus compliqué. C’est un milieu hostile, comme un reportage au cœur de la guerre. On rentrait façon tortue romaine dans le déboulé pour tourner un plan. Avalés par la foule, on le faisait et on ressortait. »

 

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