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9 février 2007 5 09 /02 /février /2007 20:23

Dix ans contre une relaxe

Après trois demi-journées d’audience, le procès de Willy Brigitte, soupçonné d’être un islamiste radical dans la mouvance de Ben Laden, s’est achevé hier soir. Le parquet a requis le maximum. La défense a plaidé la relaxe.

Il faudra attendre le 15 mars pour connaître le sort que la justice réserve au Guadeloupéen Willy Brigitte. Poursuivi pour association de malfaiteurs en liaison avec une entreprise terroriste, Willy Brigitte a déjà purgé 3 ans et 4 mois de prison. Hier après-midi, dernier jour de son procès entamé mercredi devant la 14e chambre correctionnelle du tribunal de Paris, l’audience a démarré avec le réquisitoire de la procureure Perrée. Celle-ci a d’abord rappelé que Willy Brigitte était le fils d’un ingénieur, le frère d’un professeur de philosophie et, lui-même, éducateur. Son réquisitoire, appuyé sur l’instruction du juge Bruguière, a réaffirmé l’intention du prévenu de fomenter un attentat en Australie en liaison avec les cellules pakistanaises, anglaises et australiennes du Lashkar-e-Toiba. Revenant sur son parcours, du Yemen à l’Australie en passant par le Pakistan, elle s’évertuée à démontrer la preuve de son implication forte dans l’islam radical.

La terreur pour installer un khalifat panislamique

Pour elle, l’infraction d’association de malfaiteurs est constituée et si l’attentat n’a pas eu lieu c’est que ses préparatifs ont été stoppés par l’arrestation de Willy Brigitte. Estimant qu’il y avait un « préjudice immense, celui de la terreur pour installer un khalifat panislamique », elle a requis une peine de dix ans assortie d’une période de sûreté des deux tiers et l’interdiction de ses droits civiques.
En défense, Jean-Claude Durimel s’est efforcé de mettre au jour les failles du dossier. Le témoignage de son épouse australienne qui disait que Willy Brigitte ne s’intéressait qu’à son passé militaire ? Me Durimel a lu une lettre de la même épouse racontant comment la DST lui avait fait croire qu’elle pourrait rester enfermer quatre mois si elle ne coopérait pas. Son voyage au Yemen ? Un voyage d’études linguistiques et religieuses. Démonstration pas toujours évidente pour le défenseur qui a, toutefois, pu s’appuyer solidement sur la justice australienne qui n’a pas poursuivi Willy Brigitte alors qu’elle a condamné à vingt ans de prison ses présumés complices australiens. Un argument qui a pesé.

 « Un colonisé converti à l’islam par nécessité historique »

Me Harry Jawad Durimel s’est attaché à la personnalité de son client : « Un colonisé converti à l’islam par nécessité historique ». Il a tenté de faire comprendre au tribunal quelle est la réalité de la société guadeloupéenne, post-coloniale et post-esclavagiste. Puisant ses références chez Frantz Fanon, il a parlé de la lutte du Noir pour être reconnu comme un homme. « Aux Antilles, nous sommes les premiers à discriminer en raison de la couleur ! Cela fait partie aussi de sa personnalité. » L’islam a été l’exutoire de Brigitte, selon son avocat qui a narré sa propre conversion et son engagement politique. « Sa conversion est intervenue au moment du déclin du mouvement indépendantiste, du déclin du mouvement rasta, du déclin du marxisme… » Pour Me Durimel, cette conversion correspond à l’émergence du religieux dans le politique. Mais l’islam ne fait pas le monstre et « ce procès ne doit pas être celui de l’islamophobie. » Rappelant le jeune basketteur pointois, le marin décoré deux fois, l’éducateur des banlieues, Me Durimel considère que Willy Brigitte n’est pas perdu, mais qu’ « il a été envahi par ses souffrances profondes de colonisé qui cherche à savoir quel est son vrai moi ». S’appuyant sur les doutes que laissait entrevoir le dossier, il a plaidé la relaxe.

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