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1 mars 2007 4 01 /03 /mars /2007 15:34

Marguerite Valentine Dersion dite Joby Valente

« Contre l’idéologie du concept de suprématie »

Photos : Régis Durand de Girard

BIO Express

Née dans une famille de commerçants de Fonds Saint-Denis, d’un père boucher et saxophoniste et d’une mère épicière, Joby Valente, la chanteuse rendue célèbre grâce à sa chanson Dis la rayé, vit aujourd’hui dans un appartement du 19e arrondissement de Paris. Bouleversée par la mort de Martin Luther King en 1966, requinquée au contact de James Brown et de ses « frères américains » d’Harlem en 1974-1976, l’artiste s’est vouée par la suite à la conscientisation des Noirs en France tout en menant sa propre carrière de chanteuse et de comédienne.

 






Coup de cœur : Je ne suis pas indépendantiste, mais heureusement qu’ils existent !

Coup de gueule : Les media prennent le peuple français pour des moutons.

Son rêve : Les gens doivent réaliser que le diamant est une pierre que l’on trouve dans la boue.

PORTRAIT

Vi la pa rayé

Entre la très jeune institutrice antillaise perdue dans les Aurès entre 1958 et 1962 et la présidente du MNH qui se bat depuis les années 1980 pour le respect des personnes, Joby Valente a profité de sa vie pour dévoiler différentes facettes de son personnage, rarement les mêmes ! Légère par sa musique, grave par ses engagements, Joby Valente a été l’une des premières à réclamer des média et des places éligibles pour les Antillais en France métropolitaine. La visibilité, c’est un combat que connaît bien celle qui protège encore ses amies chanteuses qui, dans les années 1960-1970, prenaient l’accent anglais pour parler à la télé ! « Je n’ai pas souffert du racisme, mais j’ai senti le manque de respect. Dans nombre d’auditions, on m’a dit : Vous avez une belle voix, mais il y a des chanteuses en France. »

Depuis 15 ans qu’elle voyait des Antillais militer et n’être que « des porteurs de seau d’eau », jamais éligibles, elle parvient à monter pour les régionales de 1986 une liste d’Ultra-marins avec des complices métros qui ont bien voulu se mettre à la place des porteurs de seau ! Sans média, elle parvient à rassemblé 4 365 voix en Seine-Saint-Denis et autant dans le Val d’Oise avec Guy  Guioubli, à la tête d’une liste pluriethnique. Lucette Michaux-Chevry est nommée ministre et Joby pense avoir été entendue. Elle n’a pas d’ambition politique, mais elle se retrouvera avec Nelson Mandela au parlement européen. En 1992, Le rassemblement démocratie et civisme qu’elle met en place présente la liste Moutoussamy aux européennes. « Nous avons eu des élus aux municipales, à Evry (Virassamy), à Stains (Toutoute-Fauconnier) ou à Sarcelles. » En 1998, elle devient vice présidente du comité des fils et filles d’Africains déportés (COFFAD). Joby Valente a été la suppléante de Dieudonné aux législatives en 2002 et aujourd’hui, elle ne cherche pas à le percevoir : « S’il fait des choses bien, tant mieux. Il en a fait de très bien. Il a été victime de déformation de ses propos puisqu’il n’a pas perdu ses procès. Il est victime d’une certaine injustice mais il a été un détonateur. » Aujourd’hui, Joby ne s’est pas engagée sur les élections à venir, mais le MNH reste actif, puisqu’il a attaqué Finkielkraut, Lévy et Nahon ou encore Pétré-Grenouilleau sur leurs présumés dérapages. Joby n’en oublie pas pour autant sa carrière artistique. Depuis 1986, où elle fait ses premiers pas dans le cinéma avec le rôle de Champagne Lady dans Under the cherry moon de et avec Prince, elle joue. Au théâtre (A fond la caisse, en 2006), à la télévision (Joséphine, un docu-fiction pour Arte, en 2005) et encore au cinéma (Amis de Michel Boujenah, en 2006).

INTERVIEW

Où avez-vous passé votre enfance ?

Ma mère avait une épicerie bar à Fonds-Saint-Denis. Elle chantait à la maison et ses frères étaient musiciens. Mon père, boucher, jouait du saxo avec Hurar Coppet et Saint-Hilaire. Chez les parents de ma mère, il y a avait des flûtes en bois accrochées au mur. Mon grand-père, Gérard Chantalou, était un excellent tambouyé. A 11 ans, je suis partie à Fort-de-France, au lycée de jeunes filles (l’ancien pensionnat colonial qui est devenu un parking !). J’ai eu mon bac lettres modernes et je suis partie à bord d’un bananier, en Algérie.

 

C’était la guerre, là-bas ?

J’avais l’impression que si je restais en Martinique, je deviendrais une épave et je ne voulais pas dépendre de mes parents. J’ai contacté en douce l’inspection académique qui m’a proposée un poste en Algérie. J’ai débarqué à Alger, puis j’ai pris le train jusqu’à Constantine. Il y avait de mines, c’était dangereux. Je m’en foutais, j’étais un « s’en fout la mort » ! A Constantine, on m’a trouvé un poste à Biskra, dans les Aurès. Le climat était rude.

Ressentiez-vous la guerre autour de vous ?

Le soir, c’était difficile de ne pas prendre conscience que nous étions en guerre. On voyait des fumées… Les transports étaient difficiles, les routes étaient barrées, gardées. Dans les villages, quand le bus passait, j’ai vu des gens égorgés. A Biskra, il y avait des barbelés qui séparaient les autochtones des autres. Et puis, il y avait le couvre-feu. De temps en temps, une grenade sautait. La Palmeraie, l’ancienne clinique où j’habitais, a été grenadée trois fois. C’est là que les Européens habitaient. J’étais trop jeune pour prendre position et je vivais parmi les colons. Je ne faisais qu’observer. C’est avec le recul des années que j’ai vraiment compris ce qui s’était passé.

L’indépendance de l’Algérie a été proclamée en mars 1962, que faîtes-vous alors ?

Il fallait partir. Je n’ai pas pensé qu’ils avaient raison ou tord, mais je suis partie la mort dans l’âme, avec le sentiment d’abandonner mes élèves. Je ne suis partie qu’après l’école, en juin 1962, pour Chambly dans l’Oise. Je n’avais plus d’emploi, j’étais une rapatriée. J’ai finalement été nommée institutrice à Suresnes. Je me suis inscrite à la fac pour apprendre le secrétariat et le droit.

Et la musique ?

On m’a offert une guitare pour Noël 1965. J’avais une copine étudiante qui pianotait, Liliane Huygues-Beaufond. On chantait Verte campagne où je suis née et je cherchais les accord avec ma guitare. J’ai pris des cours et mon professeur qui travaillait chez Selmer, le facteur de sax, m’a proposé de m’apprendre des chansons. Je ne l’ai pas écouté. Mais Serge Chiflet recherchait pour son orchestre de latin music une chanteuse. Ma copine m’a proposé de faire une blague et d’y aller tout de même. On s’est retrouvé dans un petit studio à Pigalle, dans l’arrière boutique d’un magasin de musique, celui d’André Leprêtre. On nous a présenté cinq musiciens et le maître de l’orchestre, Paul Louis. « Qui est la chanteuse ? », demande-t-il. Je regarde Liliane. Elle me regarde et, prise de panique, elle me désigne. Il me tend deux disques : Donde de Ray Baretto et Vai Ven De Mi Careta de Johnny Patcheco. Je les travaille pendant une semaine. Il y a beaucoup d’argot dans leur espagnol, mais j’y arrive. Un mois plus tard, je donnai mon premier gala à la mairie du 4e arrondissement avec Los Caraibes. Nous étions au printemps 1966. Je me suis inscrite au conservatoire du XVIe, je répétais aussi avec le chef d’orchestre de la Canne à sucre, Luis Angel, mi-Martiniquais, mi-Vénézuélien, et le Guyanais Fabien Banet qui travaillait au Moulin rouge et je continuais avec Los Caraïbes…

Dans les années 1965-1966, vous fréquentez un cercle : le réarmement moral. Qu’est-ce que c’était ?

Franck Bookman était un Britannique qui avait décidé, après la guerre, de réunir les anciens belligérants, en Suisse, vers Montreux. Je me suis retrouvé là-dedans, à faire du théâtre. Nous avons joué au Westminster theater à Londres. J’avais le rôle de Sygma, un ministre des affaires du tiers-monde. J’ai réalisé mon impact sur scène. Je jouais, les gens pleuraient. J’ai alors développé ma conscience politique. Le réarmement moral était un mouvement humanitaire, pour la paix et l’honnêteté absolue. Il n’était pas question d’avoir tort ou raison, mais de voir juste. J’ai appris beaucoup de choses, notamment l’humilité. L’épouse du Pdg de la maison de disque Philips faisait la femme de chambre, sa fille était partie en Amérique du Sud aider les dockers. J’ai vu le petit-fils du Mahatma Gandhi faire la plonge. J’ai rencontré là Mme Duvallier ; elle se plaignait de la conduite de son mari vis-à-vis de sa famille… On n’a pas changé le monde, mais on était bien partis ! Nos réunions débutaient par un silence, puis chacun s’exprimait et faisait ses observations. Le jour où Martin Luther King a été assassiné, je me suis levée et j’ai dit : « C’est fini. Je ne ferai plus partie de votre groupe parce que nous ne changerons pas le monde. Si on a assassiné Martin Luther King, c’est que le monde n’est pas prêt. » Je suis rentrée à Paris et j’ai composé A un apôtre noir, un requiem…

Vous suiviez déjà vos cours à l’Olympia ?

J’ai suivi des cours d’acrobatie, de claquettes, de chant, de danse et de comédie à l’école du music-hall de l’Olympia vers 1967-1968. C’est la scène qui me plaisait. A cette époque, j’ai pu jouer dans quatre cabarets le même soir ! C’était ça ma vie. J’étais une bête de scène. Je ne pensais pas au disque… Même aujourd’hui, en studio, une prise suffit. Je m’exprime.

Quand sortez-vous Dis la rayé ?

Après mai 1968 Luis Angel a quitté la Canne à sucre pour reprendre la gérance de la Cabane à rythme, rue Fontaine, l’ancienne Cabane cubaine. On ne jouait plus à la Canne à sucre… Déçue, j’y suis retournée, seule. Je chantais, je faisais les présentations de spectacle et la sonorisation. La journée, je travaillais à l’école et je dormais. J’ai fini par tomber malade. Je devais faire un choix entre travailler le jour et travailler la nuit. J’ai choisi de travailler la nuit. Je me suis mise en dispo et suis partie en Martinique jouer mon spectacle. Mon père est venu me voir. Ma mère a refusé. Quand mon père est rentré à la maison, il a dit à ma mère : « Elle est faite pour ça ! Je chantais tous les soirs au Manoir, à Fort-de-France. A 23 heures, le Manoir était vide, à minuit, il était plein. Ca marchait fort. C’est à cette époque que j’ai expérimenté mon titre Dis la rayé et j’ai enregistré le premier single en Guadeloupe, chez Célini à Pointe-à-Pitre. Il y avait Georges Edouard Nouel au piano, Camille Soprane au saxo et, à la batterie, Joby Dendelet. Le disque a décollé aussitôt aux Antilles. Je n’ai jamais été une star, mais ça m’a permis d’être connue. Je n’ai pas compris l’importance de ce disque car je suis une personne de scène.

A quel moment êtes-vous attirée par les Etats-Unis ?

A l’école de music hall, Bruno Coquatrix a fait venir un pianiste américain remarqué par Charles Aznavour : Roland Hanna, concertiste et soliste. A la sortie des cours, je le croisais au club quand il jouait. Il m’a écoutée chanter et m’a proposée de venir travailler ma voix aux Etats-Unis. Je suis partie là-bas une première fois en 1969. J’y ai rencontré Ray Baretto qui m’a proposée de rester. Mais j’avais des craintes. Je suis revenue aux Etats-Unis en 1974. J’y suis restée deux ans, faisant des tournées en Haïti et aux Antilles. Je travaillais avec Roland Hanna et des orchestres haïtiens. J’ai rencontré Tito Puente en 1975. Plus tard, dans les années 1980, à la Cabane à rythme, je terminais mon tour de chant quand Henri Guédon m’amène Tito Puente. « Je vous connais, me dit-il, vous avez chanté au Bronx. On ne peut pas oublier quelqu’un comme vous. » J’avais chanté Dis la rayé.

Comment viviez-vous à New York ?

Je vivais dans la 73e rue entre Colombus et Amsterdam. J’allais souvent au Village Vangard, le temple du jazz. J’ai rencontré Ron Carter, écouté  James Brown à Harlem. J’ai fréquenté les églises où l’on chante le gospel… Mon immeuble était musician corporate, réservé aux musiciens professionnels. Je pouvais faire du bruit de 8 heures à 23 heures. Mon prof de chant était au 15e, moi au 8e, au même étage que le professeur de chant de Leontine Price. J’écoutais à travers la cloison ! Je suis rentrée à Paris en 1976 et j’ai repris ma tournée des cabarets parisiens.

Quelles impressions vous ont laissé ce séjour américain ?

Mon voyage aux Etats-Unis a été pour beaucoup au déclic politique que j’ai eu au début des années 1980. J’avais fréquenté mes frères là-bas et j’avais acquis une autre conscience. Harlem, James Brown… Ils rappelaient les bienfaits de leurs prédécesseurs, leur communauté, leur solidarité. Roland Hanna avait monté Mingus dynastie, car il craignait que sinon, on ne lui vole ses compositions ! Il ne pensait pas à lui, mais à la postérité ! Ca m’a frappé, ça correspondait à mon tempérament. A Paris, j’ai pensé qu’il nous fallait un média, une radio. Je savais que je n’avais pas la même liberté que mes frères américains. Je me souviens qu’en 1965-1966, une copine m’avait envoyée voir son oncle, rédacteur en chef d’une revue artistique. Il m’avait bien reçue, au restaurant, avant de m’inviter à laisser tomber : « Noir français, ça n’existe pas. Aux USA, oui. Ici, vous n’avez aucune chance. »

Malgré cela, vous vous accrochez ?

La troisième industrie est celle de la musique… Je pensais que nous pourrions avoir notre propre consortium. C’est avec cette idée que je suis rentrée des USA. On a manifesté et on a eu Radio Neg maron, puis Tropic FM et Radio diaspora 2000. J’ai animé des émissions comme l’Union fait l’artiste. On y parlait de Lodéon, de Greg Germain, d’Emilie Benoît. Avec Guy Numa, nous avons créé Zombi lèvè, une émission qui partait du principe que nous sommes tous des zombis depuis que la déportation nous est tombée dessus. Pas de passé, pas de culture, pas de civilisation. Il fallait affirmer l’inverse. On a fait aussi une émission sur les inventeurs noirs. En 1983, avec Greg Germain, on a créé le cercle des artistes.

C’est à ce moment là que vous créez le mouvement pour une nouvelle humanité ?

J’ai organisé, avec Guy Numa, la première manifestation nègre devant l’ambassade d’Afrique du Sud. Nous étions 5 000 dont 80 % de Noirs. Ce jour-là, j’ai créé le Mouvement pour une nouvelle humanité (MNH). Le MNH défend toutes les minorités ethniques. La nôtre est la plus défavorisée et on part au combat pour le respect mutuel, une rencontre entre les peuples. Nous sommes en guerre contre l’idéologie du concept de suprématie.

IMAGES

Orphelins soleil

J’organisais des voyages pour les enfants défavorisés de la région parisienne. Certains n’avaient jamais vu la mer, ni leur pays ! Par deux fois, des enfants ont retrouvé leur père lors de ces voyages. Les élus, Aimé Césaire nous recevaient. Cette photo a été prise en 1994 à Fonds-Saint-Denis, au saut gendarme

 









Le Black Sugar

Joby chante au Black sugar, au début des années 1980. Derrière elle, Georges Wibon, l’animateur, brandit son album Thema

 










La Cabane à rythmes

En 1976, à son retour des Etats-Unis, Joby retourne jouer à la Cabane à Rythme de Luis Angel. Autour d’elle, Serge Marne et Emmanuel Toussaint.


 


 


 


 


 


Zombi lèvè sur Tropic FM

Cofondatrice de Tropic FM, Joby est aux platines. Elle anime son émission de conscientisation Zombi Lèvè (1982).

 


 

 

 

 

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