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21 mars 2007 3 21 /03 /mars /2007 21:11

INTERVIEW. Nicolas Sarkozy, candidat de l’UMP à la présidentielle

« Les Martiniquais, les Guadeloupéens et les Guyanais ont du talent, de l’énergie et du caractère ! »

Il y a dix-huit mois, vous annuliez un déplacement aux Antilles. En mars, vous étiez reçu par Aimé Césaire. Aujourd’hui, comment appréhendez-vous ce déplacement ?

J’aborde ce déplacement avec joie. Plus je vais à la rencontre de l’outre-mer et plus je l’aime. En mars 2006, j’avais été très chaleureusement accueilli, alors que certains me prédisaient un voyage mouvementé. Je crois que, déjà à l’époque, beaucoup de Guadeloupéens et de Martiniquais avaient pris du recul par rapport à ceux qui cherchaient à caricaturer mes propos et mon image.
Aujourd’hui, je reviens, comme je l’avais promis, comme candidat à la Présidence de la République. Pour moi, ce déplacement est la suite logique d’un travail réalisé sur le long terme et d’un engagement sincère. Il va me permettre d’aborder beaucoup de sujets sur lesquels j’ai réfléchi depuis un an et qui concernent la vie des Antillais au quotidien.

Quels liens avez-vous tissé avec les Antillais depuis que vous êtes en campagne ?

J’ai tissé des liens francs et chaleureux avec les Antillais car j’en côtoie beaucoup dans mon entourage.
La complexité des Antilles n’est pas toujours facile à appréhender. D’ailleurs, plus je connais cette partie de la France, plus je m’aperçois que c’est une vue de l’esprit que de considérer les Antilles comme un tout. La Guadeloupe et La Martinique ont leur identité propre, les Martiniquais et les Guadeloupéens ont des mentalités différentes et des problèmes distincts.
Avec le temps, je crois que les Antillais ont compris que ma façon de manifester mon attachement pour eux était différente de ce qu’ils avaient pu connaître. Je ne suis pas l’homme froid et dur que l’on décrit parfois, bien au contraire. Simplement, comme Ministre de l’Intérieur, j’ai dû assumer la lourde responsabilité de protéger des Français au quotidien en partant d’une situation qui s’était fortement dégradée. Cela m’a demandé d’être juste mais ferme.
Aujourd’hui, je me sens plus libre d’exprimer mes sentiments profonds. Mais en même temps, je veux rester honnête quant à mes engagements. Pour moi, il n’est pas question, pour séduire telle ou telle partie de l’électorat, de faire de grands discours sentimentaux. Ma façon d’aimer les gens, c’est d’agir pour changer leur quotidien, spécialement le quotidien de ceux qui souffrent le plus. C’est de faire en sorte que l’avenir redevienne pour tous les Antillais une espérance, c’est ouvrir de nouvelles perspectives en faisant plus et mieux que ce que l’on a fait jusqu’à présent.
La relation que je veux inscrire dans la durée avec les Antillais, c’est une relation faite de franchise et de respect.

Comment avez-vous élaboré les aspects ultra-marins de votre programme ? Quel est le rôle de la petite équipe de conseillers pour l’outre-mer qui vous entoure ?

Le travail d’élaboration de mon programme pour l’outre-mer a commencé il y a près de deux ans. C’est peut-être cela qui fait la différence avec les autres candidats. Je n’ai pas voulu d’un « programme gadget » que l’on élabore, dans les derniers mois de la campagne, sous la forme d’une annexe au programme national.
J’ai souhaité que l’on intègre le programme pour l’outre-mer au cœur du programme pour la France. J’ai confié ce travail préparatoire à une équipe dont les origines sont diverses. Je lui ai demandé de consulter les forces économiques et sociales des territoires, les élus et tous ceux qui avaient des idées neuves.
L’objectif que j’ai donné à cette équipe était simple : ne pas rédiger un programme catalogue réunissant la somme des demandes des différents lobbies mais, au contraire, bâtir un programme avec de vraies priorités. Ces priorités devaient être axées sur les vrais problèmes des Français d’outre-mer au quotidien, c’est-à-dire : le développement économique pour l’emploi et le pouvoir d’achat, la sécurité, le logement, l’éducation et la santé.
Ce travail a été présenté au cours de la première Convention nationale sur l’outre-mer que j’ai organisée à Paris au mois de juillet dernier. Elle a réuni plus d’un millier de participants de toutes origines et a permis de préciser encore notre vision des choses. Ce travail a été, enfin, enrichi des contributions de tous les territoires pour permettre une approche plus précise des réalités de chaque collectivité.

Vous semblez bénéficier d’un fort soutien dans le 5ème DOM. Comment expliquez-vous l’engouement des Antillais de Paris pour votre candidature ?

Oui, c’est vrai que les Ultramarins de métropole me soutiennent. Il ne s’agit d’ailleurs pas que des Antillais et ils ne vivent pas qu’à Paris. Pourquoi ce soutien? Il faudrait le leur demander! Pour ma part, je pense qu’ils apprécient que je m’adresse à eux comme à des Français à part entière. Que je ne réduise pas leur problème à une question de couleur de peau et que je cherche à corriger concrètement les discriminations dont ils peuvent être les victimes !
J’ai construit, avec eux également, une relation de long terme, bâtie sur la confiance et le respect de la parole donnée. Je crois que la sincérité de mes engagements est aujourd’hui perçue par chacun d’entre eux. J’aurai, d’ailleurs, l’occasion de réunir les Ultramarins de métropole, le 31 mars prochain, à Paris au cours d’une soirée qui leur sera totalement dédiée.

Certains vous reprochent vos effets d’annonce, notamment en matière d’immigration clandestine. Etes-vous satisfait de votre bilan sur ce dossier ?

Je ne suis pas homme à être « satisfait » et je sais que, sur ce dossier comme sur d’autres, il y a encore beaucoup à faire. Mais ce que je sais aussi, c’est que l’effort qui a été réalisé en matière de lutte contre l’immigration clandestine ces dernières années a été historique. On n’avait jamais autant investi dans cet épineux sujet : vote de dispositions de loi spécifiques à chaque territoire d’outre-mer, renfort en moyens humain, renfort en matériels…
Pourquoi me suis-je investi de cette façon? Parce que j’ai bien senti que, dans certains territoires, comme en Guadeloupe, en Guyane et à Mayotte, le tissu économique et social était réellement déstabilisé par des vagues d’immigration irrégulière. Cette situation devenait insupportable pour nos concitoyens.
C’est la raison pour laquelle j’ai défini une politique claire et que j’ai fixé aux Préfets des collectivités d’outre-mer concernées des objectifs précis. Les résultats sont au rendez-vous puisqu’il y a eu 23 885 étrangers qui ont fait l’objet d’une mesure d’éloignement depuis l’outre-mer en 2006, soit autant que pour les 96 départements de métropole. Ce nombre a plus que doublé par rapport à 2002 et, aujourd’hui, la situation commence à s’améliorer sur le terrain.

Si vous êtes élu, quelle est votre ambition pour les départements français d’Amérique ?

Mon ambition est immense. Mais, en même temps, je sais quelle est la situation d’où l’on part et je ne veux pas raconter d’histoires à mes concitoyens. La vérité, c’est que la situation économique et sociale actuelle est très différente d’un territoire à l’autre. Et, s’agissant de la Guyane, un certain nombre d’éléments fondamentaux pour qu’une réelle mutation économique s’opère font encore défaut. Il manque des équipements de base comme des écoles ou des routes et la population, malgré une forte immigration, demeure insuffisante pour asseoir un véritable développement du marché local. Il y a donc, pour ce territoire, des efforts particuliers à faire.
Quoiqu’il en soit, mon objectif final est comparable pour ces trois départements : je veux donner aux Départements Français d’Amérique les outils de leur propre développement. Je veux que la croissance économique résulte davantage de la création de valeur ajoutée localement. Les Martiniquais, les Guadeloupéens et les Guyanais ont du talent, de l’énergie et du caractère ! Ils ont le tempérament pour réussir si l’on arrive à créer, ensemble, une nouvelle dynamique. Je veux que l’on s’éloigne des systèmes d’assistance sans contre-partie et que l’on remette la notion d’effort et de travail au cœur de notre projet de société.
Mais, pour faire cela, je sais que vos territoires partent de plus loin que bon nombre de territoires métropolitains. C’est pourquoi je prône une discrimination positive en votre faveur. Je souhaite que l’on vous aide davantage et que l’on vous aide mieux. C’est tout les sens de mes propositions sur les zones franches globales et la continuité territoriale, aérienne et numérique.
Je rêve de départements d’outre-mer qui aient vraiment les moyens de devenir les têtes de pont de l’Europe à proximité des deux Amériques. Je rêve d’économies qui puissent prétendre, grâce à leur système de formation performant, à l’excellence et qui puissent, ainsi, rayonner dans cette zone du monde. Voilà mon ambition pour les Départements Français d’Amérique !

Ne peut-on craindre une incompatibilité entre les principes de la zone franche globale et les dispositifs fiscaux et sociaux de la loi Girardin ?

Non, il n’y a pas d’incompatibilité.
Sur le principe, il y a même une évidente complémentarité entre les deux dispositifs. Le volet fiscal de la loi Girardin agit sur l’investissement des entreprises, là où mon projet de zone franche agit sur le fonctionnement. La zone franche globale favorisera, ainsi, de façon plus complète, la compétitivité des entreprises antillaises et l’attractivité de vos territoires.
Juridiquement, il n’y a pas, non plus, d’incompatibilité. Ce régime nouveau devra être notifié à Bruxelles au titre des aides d’Etat et la Commission appréciera, alors, l’opportunité de ce dispositif replacé dans son contexte. Des premiers contacts que j’ai pris à Bruxelles, rien ne me laisse penser qu’il puisse y avoir des obstacles infranchissables. J’ai, d’ailleurs, déjà mené, par le passé, un combat de ce type lorsque j’ai négocié une zone franche pour la Corse.

Avec vous, la défense de la banane antillaise sera-t-elle encore un véritable casus belli avec nos partenaires européens ?

Je défendrai le dossier de la banane, comme celui de la canne ou de la pêche avec toute la détermination qui sera nécessaire. Car je n’accepte pas que l’idée que l’on puisse vouloir tirer un trait sur des filières qui ont su démontrer leur capacité et qui constituent un élément fondamental de l’équilibre de nos territoires d’outre-mer, à la fois sur le plan économique et social. Pour moi, le secteur agricole, c’est une partie de l’âme des Antilles. C’est, d’ailleurs, pour cette raison que je suis récemment intervenu auprès de M. Barroso, président de la Commission européenne, afin qu’une issue favorable puisse être trouvée à la négociation sur le nouveau régime d’aide à la banane. Mais, cela dit, soyons francs : les producteurs de banane antillaise devront continuer leur effort de modernisation et de recherche de qualité, amorcé il y déjà quelques années. Parallèlement, il faudra aussi poursuivre les efforts de diversification agricole car je suis persuadé que le potentiel est immense en la matière. La filière melon en Guadeloupe est l’un des exemples de réussite possible.

Les photos sont de Régis Durand de Girard (Place Beauvau) et de FXG (Aux Antilles en mars 2006)

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