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30 septembre 2010 4 30 /09 /septembre /2010 05:02

Anne-Marie Javouhey et les 185 affranchis de ManaJM-Bez-B-Leveille-Soeur-Agnes-P-Pichot-M-Bourdot.jpg

La communauté des communes des Rives de Saône en Bourgogne va inaugurer une forêt mémorielle portant le nom des 185 esclaves libérés par Anne-Marie Javouhey en 1838.

Leurs descendants sont attendus, le 14 mai prochain, pour l’inauguration et l’intégration de ce site dans la route des abolitions qui intègre déjà Toussaint Louverture, Victor Schoelcher, l’abbé Grégoire et la maison de la négritude à Champagney.

Eglise-de-Chamblanc-idem-Mana.jpgSi l’église de Mana est conçue à l’identique (hormis le matériau et la couleur) de celle de Chamblanc en Côte d’or, c’est dû à la fondatrice de l’ordre des sœurs de Saint-Joseph de Cluny, Anne-Marie Javouhey, originaire de ce petit coin de la Bresse du nord en Bourgogne. La communauté de communes des Rives de Saône qui regroupe, entre autres, Chamblanc où la religieuse a grandi, Jallanges où elle est née, et Seurre où elle a été baptisée, vient d’intégrer le parcours mémoriel dans l’Est de la France de la route des abolitions. Bez-Routes-des-abolitions-Bourdot.jpgCette route, parrainée par l’UNESCO, relie le fort de Joux dans le Jura où Toussaint Louverture fût emprisonné et mourût, la ville de Champagney en Haute-Saône dont les habitants demandèrent les premiers en 1789 l’abolition de l’esclavage des Noirs, Fessenheim en Alsace où se trouve la maison familiale de l’abolitionniste de 1848, Victor Schoelcher, et Embermenil en Lorraine, la paroisse où débuta le père de la première abolition en 1794, l’abbé Grégoire. Ainsi se retrouvent sur un même parcours mémoriel les figures de l’abolition politique, celle de la révolte des Noirs, celles de la fraternité citoyenne et, désormais celle de l’influence des mouvements religieux dans l’histoire de l’abolition de l’esclavage. Statue-AMJ-a-Seurre.jpgAnne-Marie Javouhey a joué un rôle important de ce point de vue, et particulièrement à Mana. En 1828, le ministère des Colonies lui demanda de s’implanter à Mana pour y réussir une colonisation là où les militaires avaient échoué. C’est ainsi qu’elle partit, accompagnée d’une cinquantaine de personnes de son village de Chamblanc, pour bâtir Mana et y installer un village expérimental pour initier à la citoyenneté (former, alphabétiser, évangéliser…) 185 esclaves dont on lui a donné la charge. Ce travail aboutit le 13 mai 1838 à l’acte d’affranchissement des 185 de Mana dont 27 à titre posthume. Baptistere-de-AMJ.jpg« L’expérience de Mana a été très suivie par les abolitionnistes, explique Philippe Pichot, coordonnateur du projet Route des abolitions. Elle démontre, face au lobby des colons, que les Noirs sont des hommes et ont toutes les qualités pour devenir des citoyens. » Si les cinquante habitants venus de Chamblanc sont presque tous morts rapidement à la tâche, les esclaves affranchis ont eu des descendants, dont le sénateur maire de Mana, Georges Patient dont l’ancêtre Jean-Baptiste figure sur les actes d’affranchissement de 1838. Pour marquer ce lien historique entre la Guyane et l’agglomération des Rives de Saône, une forêt mémorielle sera plantée à Jallanges, Seurre et Chamblanc. Le 14 mai 2011, lors d’une cérémonie officielle, le public découvrira sur chaque arbre une plaque portant le nom de chacun des 185 affranchis de Mana. Outre les officiels, sont attendus leurs descendants guyanais.

FXG (agence de presse GHM)

 

Les descendants des 185 esclaves sont invités à se faire connaître auprès de Philippe Pichot au 0381465917, pichotp@aol.com. Et pour connaître la liste des 185 : www.abolitions.org 

 franceguyane.fr

 


Le sentier de découverte Anne-Marie Javouhey

Lieu-foret-memorielle.jpgUn parcours mémoriel de 17 km a été mis en place entre Chamblanc, Jallanges et Seurre. A Jallanges, c’est la maison natale d’Anne-Marie. Elle appartient à un particulier, mais qui accepte d’ouvrir sa cour et l’accès au jardin,  où le père de la sainte, Balthazar Javouhey a fait ériger en l’honneur de sa fille. JeanMarie Bez, le maire de Jallanges ne désespère pas, ultérieurement, de pouvoir l’acquérir… A Seurre, l’église du bourg abrite le baptistère où Anne-Marie a reçu son baptême. Là, Soeur Marie-Suzelle, religieuse guyanaise de l’ordre Saint-Joseph de Cluny, est venue il y a peu. « C’est un vrai lieu de ferveur pour les Guyanais », témoigne Philippe Pichot. Mais c’est à Chamblanc où la religieuse a vécu sa jeunesse que se trouve le gros du dispositif mémoriel. proprio-maison-natale-Jallanges-et-maire-Bourdot.jpgLa maison familiale est devenue la propriété de l’ordre et abrite le lycée Anne-Marie Javouhey. Ici, c’est sœur Agnès qui officie. Dynamique et passionnée, la religieuse accueille les visiteurs et fait visiter la chambre d’Anne-Marie et de ses sœurs, la salle à manger, le grenier et l’exposition consacrée à la vie de la sainte. « Ca nous arrive de recevoir des Guyanais, des Antillais ou des Africains. Ils viennent aux sources, sur la terre de Bourgogne car on ne peut évoquer ici Anne-Marie Javouhey sans évoquer Mana, Saint-Louis ou Gorée… », témoigne sœur Agnès qui n’oublie pas de compléter la visite par l’église où les vitraux figurent l’évangélisation des Guyanais et la formation d’un clergé noir et encore le cimetière où reposent les parents d’Anne-Marie, ses sœurs et quelques missionnaires de l’ordre. Acte-de-naissance-AMJ.jpgGaston Monnerville, le premier, s’était rendu sur ces lieux au milieu des années 1950.  En 2007, une importante délégation de Guyane est venue renouveler ce lien et depuis trois ans, des collégiens de Guyane viennent régulièrement visiter ce site mémoriel. Le sentier pédestre passe encore par la ferme du Cheffin, cette grange où jeune fille sous la Révolution, elle permit aux prêtre réfractaire de dire des messes… Enfin, le sentier emprunte les rives de la Saône à Seurre, la mare des Barbottes à Chamblanc et la mare Meillot à Jallanges où seront bientôt plantés les 185 arbres.


La mémoire locale

 

Vitrail-AMJ-evangelise-les-Noirs.jpg« Il y a encore des Javouhey à Chamblanc… », énonce tranquillement mais fièrement Michel Bourdut, le maire de Chamblanc qui s’est emballé sur le projet. « Nous avons été suivis par nos conseils municipaux, car s’il y avait un intérêt pour le passé, il fallait raviver la mémoire des autochtones. » Et ils ont su réveiller cette histoire. Désormais, les élèves du lycée Anne-Marie Javouhey viennent en Guyane sur les traces de la sœur. « C’est un jumelage de fait, même s’il n’est pas acté officiellement », assure Jean-Marie Bez, le maire Jallanges. La communauté de communes des Rives de Saône fait partie de l’association qui pilote le projet « Sur la route de la liberté : de Chamblanc à Mana », association elle-même partenaire de « La route des abolitions de l’esclavage et des droits de l’Homme ». « Il a longtemps manqué une implication politique, explique Philippe Pichot, avec le Département, la Région et les communes. Le lycée portait bien le nom, mais c’était un peu court… » l-expo-AM-Javouhey.jpgLe travail des collectivités a donc permis d’aboutir à la création d’un lieu thématique destiné à valoriser localement la mémoire d’Anne-Marie Javouhey. Jusqu’alors, seules les sœurs entretenaient la mémoire, notamment par un pèlerinage qui se déroule depuis 2007, le dernier dimanche d’avril. Avec l’inauguration de la forêt mémorielle en mai prochain, dans le cadre de l’année des outre-mer en France et de la commémoration nationale de l’abolition de l’esclavage, Anne-Marie Javouhey ne sera plus le seul apanage des religieuses. Jean-Marie Bez et Michel Bourdut affirment que « La mère Javouhey est aussi importante pour nous que pour les sœurs. » Les deux élus comptent se rendre à Mana au début de l’année 2011.

 

 

 

 

 

 

 

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commentaires

Patricia MANE 04/04/2011 22:42



Bonjour,


Je suis une descendante d'une des grandes tantes d'Anne-Marie JAVOUHEY.


Je me suis mariée avec un descendant d'esclaves.


J'ai fait de nombreuses recherches. La photo au bord de la mare du Cheffin me plairait bien (Photo en possession de Géraldine
Joigneault).


Dans cette attente éventuelle, je vous adresse mes salutations avec mes remerciements anticipés.


Cousinement.


Patricia.


 



thierry 11/11/2010 14:21



Allant plus loin certains pourront dire (pour se donner grandeur et force, dans leur tête) que tout colonisé est un esclave qui dépend moralement et pécuniairement de ce que son maître lui
laisse. Sommes nous tous esclaves des américains. jusqu'à devoir payer ad vitam et à crédit la technologie, par exemple ?



Géraldine Joigneault 10/11/2010 22:35



Un bel hommage à Anne Marie Javouhey. Sa nièce, Agathe Javouhey est une de mes ancêtres.


Bonne continuation


J'ai une photo de 1917 de la famille ( pour une bonne partie originaire de Seurre) devant la marre du Cheffin  . Ce lieu devait avoir du sens pour eux.


Géraldine Joigneault



thierry 01/10/2010 16:43



Si on devait synthétiser plusieurs siècles d'esclavage on ne pourrait en arriver qu'à des symboliques, forcément personnalisées. Si l'histoire écrite d'autrefois
ressemblait à l'actualité d'aujourd'hui on est face à une série de mensonges qui prédomineraient le reste.


Les esclaves étaient divers. Esclaves de maison, de champ, de famille...Tels les esclaves Romains dont certains se retrouvaient chez les gladiateurs, beaucoup d'Antillais se sont retrouvés
militaires, etc. Que certains aient aujourd'hui la mémoire d'un passé qu'il reprochent à leurs ancêtres ou qu'ils mettent au crédit de la fierté de leurs anciens est un fait.


Sans glisser sur la pente précoce des bienfaits éventuels de l'esclavage à son époque individuellement ou collectivement pour les uns ou les autres. Les connaissances dans l'histoire vécue,
partagée (bon gré, mal gré), ressentie à lors, sont aujourd'hui quasi-nulles chez les noirs comme chez les blancs dans leur majorité; comme les faits réels de l'actualité.


Généralement en France les gens favorables aux fêtes et cérémonies de commémoration sont des blancs intellectuellement présompteux et vaniteux dans l'appropriation collective en raison de leur
couleur de peau d'une supériorité de force, de l'homme blanc face à l'homme noir. Ceux des noirs qui vénèrent ces commémorations se soumettent à cette idée pour obtenir une reconnaissance
"professionnelle", ils sont dans le "politique".


Louverture à ce qu'on dit est mort de faim dans des excréments à Cap de joux, on pourrait trouver des morts aussi abominables de représentants de peuples dans toutes les histoires et légendes.


Vouloir cloisonner des cultures et identités en jouant médiatiquement de la perception de l'esclavage est une névrose des gens de média et de politiques. Sur le terrain, un blanc dit généralement
à un noir qu'il n'y est pour rien dans l'histoire de ses ancêtres, le noir pense la même chose. Pour lui le présent et l'avenir le prédominent. Quant aux esprits métissés à base de noir, sont-ils
un danger ? C'est la question que les idéalistes devraient lever, les commémorations s'est dépassé, leur effet est "insignifiant", il aurait fallu le faire, en France, bien avant, de nos jours
c'est trop tard.



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