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26 juin 2013 3 26 /06 /juin /2013 08:05

Jean-Marc-Ayrault.jpgITV Jean-Marc Ayrault, Premier ministre

Le Premier ministre arrive ce 26 juin en Martinique pour assister aux cérémonies du centenaire d’Aimé Césaire à Fort-de-France. Après une visite sur une exploitation agricole et une prise de parole devant les milieux économiques où il devrait éclairer les choix du gouvernement sur le financement de l’économie, il sera en Guadeloupe les 27 et 28 pour parler sécurité et emploi.

Cette interview paraît ce 26 juin dans les éditions Guadeloupe et Martinique du quotidien France-Antilles.

 « Le soutien aux économies ultramarines repose aussi sur l’avenir de la défiscalisation »

- Quel sens donnez-vous à votre présence aux cérémonies du centenaire d'Aime Césaire ?
Si j’ai choisi la date du 26 juin 2013 pour mon premier déplacement aux Antilles depuis ma nomination à Matignon, c’est d’abord pour célébrer avec tous les Antillais le 100ème anniversaire de la naissance d’Aimé Césaire. Je souhaite célébrer le poète, mais aussi l’universalité de l’héritage culturel, littéraire et politique de celui dont l’action traversa, aux Antilles, en France et dans le monde, l’histoire tumultueuse du XXème siècle. Cet héritage, c’est celui de la République. La République qui permet à ses fils d’accéder aux études les plus brillantes. Celle qui donne à l’artiste, au poète, à l’écrivain, une place exceptionnelle dans la société. Celle qui permet à l’homme de culture que fut Aimé Césaire de participer, pendant plus d’un demi-siècle, à la vie de la Cité. Le message de Césaire, qui lie la liberté et l’égalité au respect de l’identité, est universel. Il s’adresse bien sûr aux Antilles, à la France dans son ensemble, mais aussi au monde. C’est cela que je veux honorer avec les habitants de Martinique et de Guadeloupe.

-Les milieux agricoles ont une préoccupation majeure avec la réforme du POSEI et la future loi de modernisation agricole. La filière de la diversification a besoin de fonds POSEI,  celles des grandes cultures d'exportation, canne et banane, tiennent à conserver les leurs... Stéphane Le Foll a évoqué une évolution. Quel est votre point de vue ?
- Grâce à son dispositif d’aides, le POSEI a apporté un soutien déterminant à l’agriculture d’outre-mer. Le futur programme permettra de poursuivre le développement de l’agriculture de diversification et de consolider les deux filières- banane et canne à sucre-rhum  -pourvoyeuses d’emplois et d’exportations. Une réforme radicale des mesures du POSEI n’est donc  pas pertinente. Mais, comme l’a annoncé Stéphane Le Foll, l’un des enjeux pour les années à venir, c’est qu’un plus grand nombre d’exploitants s’oriente vers les productions de diversification dans le secteur animal et végétal. Il faut aussi accroître la transformation des produits sur place et leur consommation sur les marchés locaux. Dans le cadre de la loi d’avenir pour l’agriculture, l’agroalimentaire et la forêt en cours de préparation, l’agriculture ultramarine devra s’inscrire dans le projet agro-écologique. C’est particulièrement adapté à des territoires fragiles, exigus et isolés. Les agricultures d’outre-mer peuvent associer performance économique et environnementale.

- Votre priorité, c'est l'emploi. Ici, le chômage frise les 30 % et les 60 % chez les jeunes... L'action du gouvernement vers les Outre-mer est-elle suffisante ?
- L’emploi est la priorité de mon gouvernement, sur tout le territoire et en particulier aux Antilles. J’en fais un sujet majeur de mon déplacement, grâce aux échanges que j’aurai avec les acteurs économiques. La progression du chômage en Guadeloupe est de 4,6% en 2012, ce qui est moins que la progression sur la France entière et moins fort qu'en 2011. Le chômage en Martinique est de 21% au 2ème trimestre 2012, soit un niveau équivalent à 2011. Le gouvernement a mis en place des mesures fortes, à la fois pour répondre à l’urgence et pour préparer l’avenir. Le Crédit d’impôt pour la croissance et l’emploi (CICE) aide les entreprises et les encourage à créer des emplois. La bataille majeure c’est l’emploi des jeunes. Les emplois d’avenir apportent une vraie solution : ils ont démarré ici, mais je veux, par mon déplacement, mobiliser davantage tous les employeurs. Je signerai d’ailleurs les premiers contrats de génération aux Antilles.

- Dans son rapport sur les RUP et l'Europe, Serge Letchimy a proposé un POSEI tourisme, et même un POSEI multi-filière. Est-ce possible ?
Le règlement POSEI qui existe dans le domaine agricole apporte des solutions indispensables pour compenser les handicaps des économies insulaires. Le rapport propose de s'en inspirer dans le domaine du  tourisme, qui est une activité essentielle des DOM. C'est une piste qu’il faut examiner. Il n’y aura pas de nouvelle base juridique, mais nous pouvons compléter les financements prévus par le FEDER par des mesures spécifiques pour compenser les handicaps dont souffre ce secteur par rapport à  la concurrence régionale de pays à très faibles coûts de main-d’œuvre. L’objectif doit être, non pas une concurrence sur les prix pour des produits d’entrée de gamme avec ces pays,  mais d’améliorer le rapport qualité-prix de l’offre touristique de milieu et de haut de gamme des outre-mer. 

- Vous arrivez en Guadeloupe alors qu'elle vit un regain de violences dramatiques. La ZSP de Pointe-à-Pitre n'en a pour l'instant que le nom. Il faut des fonctionnaires de police et des gendarmes supplémentaires, le permettrez-vous ?
La situation que connait la Guadeloupe en termes de délinquance et de violence nécessite une double réponse. Tout d’abord, une remise à niveau et un renforcement des effectifs actuels de policiers et de gendarmes. Le ministère de l’intérieur fait partie des rares ministères à bénéficier de recrutements supplémentaires (500 policiers/gendarmes par an supplémentaires) et d’un remplacement nombre pour nombre des départs à la retraite. C’est un engagement du président de la République que je mets en œuvre depuis mon arrivée à Matignon y compris dans les outre-mer. Il faut savoir que depuis, 2008, 10000 postes de policiers et gendarmes ont été supprimés par le Gouvernement précédent et 3415 l’auraient été cette année sans la décision que j’ai prise. Cette politique a encore aujourd’hui des conséquences dramatiques dans la lutte contre la délinquance car les policiers et gendarmes qui viennent d’être recrutés  sont en formation actuellement et donc non encore opérationnels. Les forces de sécurité de la Guadeloupe auront les moyens d’accomplir leur mission. Ensuite, la lutte contre la délinquance trouvera sa réponse dans une politique partenariale avec une implication de tous les acteurs –forces de l’ordre, acteurs économiques, sociaux, éducatifs et les élus - et par la mise en place d’une nouvelle méthode de travail avec la mise en place des ZSP. Mon Gouvernement est déterminé à lutter contre la délinquance et je sais que les policiers et gendarmes affectés en Guadeloupe y prennent une part active. Ils ont toute ma confiance.

- Que pouvez-vous nous dire aujourd'hui de la situation de Thierry Dol et des otages au Niger ?
- Thierry Dol fait partie de nos compatriotes qui ont été pris en otage à Arlit, en septembre 2010. Le sort de nos otages est une préoccupation de tous les instants du président de la République et de mon Gouvernement. La mobilisation pour obtenir leur libération est totale et nos efforts, pour être efficaces, doivent rester discrets. Alors que nos otages sont désormais retenus depuis plus de 1000 jours, l’angoisse des familles est bien compréhensible et nous veillons à maintenir avec elles un contact constant. J’adresse un message de solidarité à celle de Thierry Dol et je lui demande de ne pas perdre espoir. Les groupes terroristes qui menaçaient de s’emparer de la totalité du Mali en janvier dernier sont ceux qui retiennent nos compatriotes. La France n’avait donc pas d’autre choix que de répondre à l’appel à l’aide des autorités maliennes.

- Vous allez inaugurer l'université de Camp Jacob en Basse-Terre, mais laisserez-vous fermer l'hôpital sur l'ile de Marie-Galante ?
L'hôpital est indispensable à la prise en charge de la population de Marie Galante qui doit avoir accès à des soins de proximité sur l’ile. Il était confronté à des difficultés importantes pour garantir la qualité et la sécurité des soins des patients en chirurgie et des femmes enceintes. Un nouveau dispositif a donc été mis en place, en lien avec le CHU, pour garantir l’accueil et le suivi à Marie Galante mais en garantissant une prise en charge de qualité et en toute sécurité à Pointe-à-Pitre. Les moyens d’évacuation ont donc été renforcés et un accompagnement social (transport et hébergement) est mis en œuvre  pour les familles les plus modestes grâce à un financement exceptionnel de l’assurance maladie à travers son fonds national d’action sanitaire et social (FNASS). En outre, plusieurs activités nouvelles sont en cours de développement à Marie Galante avec une maison d’accueil spécialisé, un service d’hospitalisation à domicile, un centre de vaccination et un établissement d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (EHPAD).

- Tout le monde attend votre arbitrage sur le soutien au financement de l'économie des outre-mer. Quelles sont les alternatives qui vous sont proposées ?
- La mise en place de la banque publique d’investissement (BPI) est très attendue, je le sais. Elle doit être l’occasion de répondre aux difficultés structurelles d’accès au crédit des entreprises ultramarines, mais aussi de  compléter la gamme des outils de financements et d’investissement à leur disposition. Il faut aussi qu’elle se traduise par un meilleur accompagnement des entrepreneurs dans leurs projets de développement. Elle aura également pour objectif de dynamiser le préfinancement du crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi (CICE).
Mais le soutien aux économies ultra-marines repose aussi sur l’avenir des dispositifs d’incitation fiscale à l’investissement, ce qu’on appelle la défiscalisation. Le président de la République et moi-même avons demandé au ministre des outre-mer, Victorin Lurel, de mener à bien, en concertation avec des représentants des outre-mer, élus et sociaux-professionnels, un travail d’évaluation et de propositions qui touche à sa fin. Les évolutions – sans aucun doute nécessaires – qui seront apportées aux dispositifs actuels visent à en améliorer l’efficacité. Elles ne se traduiront aucunement par un désengagement de l’Etat qui continuera d’apporter aux entreprises et aux organismes de logement social une aide au moins équivalente à celle dont elles bénéficient dans le cadre des dispositions en vigueur.

- Une liste des paradis fiscaux vient d'être publiée avec les voisins Antillais que sont la Dominique ou Trinidad. Est-il exact que cela remettrait en cause les interventions de l'AFD comme pour le projet de centrale géothermique à la Dominique qui devrait bénéficier a la Martinique et à la Guadeloupe ?
- Non, absolument pas. La liste que vous évoquez ne vise pas à sanctionner des gouvernements ou des populations mais à guider l’AFD dans le degré de transparence qu’elle doit exiger des montages financiers impliquant le secteur privé. S’agissant de la Dominique, l’AFD y est déjà partenaire du développement de la géothermie et entend le rester. L’instruction des projets se poursuit donc normalement, en lien avec toutes les parties prenantes dans la région.

- La question des carburants, de leur prix et de leurs marges, pose problème dans ces territoires. Les compagnies pétrolières grimacent. De quelle marge de manœuvre votre ministre des Outre-mer dispose-t-il réellement ?
- La question prioritaire est celle de la transparence. Dans ce secteur, les prix sont fixés par l’Etat, ce qui garantit un certain revenu aux opérateurs. Cette sécurité à une contrepartie : le contrôle des marges. Le nouveau décret, actuellement soumis à concertation, permettra de garantir la transparence pour tous les opérateurs. Une fois tous les chiffres connus, nous verrons bien de quelle marge de manœuvre nous disposons.

Propos recueillis par FXG, à Paris

 

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commentaires

thierry 26/06/2013 13:16


En réalité, ce jour, on trouve du CHOCO BN (16 biscuits, céréales complètes) à 2,14 € aux Carrefour (Grand-camp et Destreland,  en Guadeloupe) soit 7,13 €/kg, alors qu'à Paris le Kg de CHOCO
BN est à 8,52€/kg...(Ce qui est la moindre des choses). Espérons que pour la venue du Ministre il y aura, en plus, une promotion et que l'action de ce gouvernement en faveur des ultramarins (où
qu'ils soient) continuera 

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