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19 septembre 2011 1 19 /09 /septembre /2011 05:44

L’année des outre-mer sur la Place du livre à Nancy

Dracius-au-stand-avec-le-proc-adjoint-de-Nancy.jpgLa place du livre à Nancy inaugure la rentrée littéraire dans l’Hexagone en étant le premier salon littéraire de la rentrée, du 16 au 18 septembre. L’éditeur Desnel y était le seul représentant du monde ultramarin. Une présence qui a été saluée, samedi dernier, par le ministre de la Culture, Frédéric Mitterrand. D’ailleurs, dans son discours inaugural, le ministre n’a cité que trois auteurs, les Antillais Suzanne Dracius et Ernest Pépin annoncés au programme pour un débat intitulé Regards sur Césaire, Gissant et Fanon, et la Réunionnaise Memona Hintermann, lauréate du prix Livre et droits de l’Homme de la ville de Nancy. Installé au milieu du grand chapiteau sous l’enseigne « Année de l’Outre-mer », l’éditeur Desnel a bien vendu. JL-Debre-et-enfants.jpgEn tête, L’autre qui danse de Suzanne Dracius, Toxic island d’Ernest Pépin mais encore Qui ne connaît pas M. Domota de Rosa Moussaoui, Frantz succab, Monchoachi et Jérôme Maucourant (qui a eu les faveurs d'Yvon Calvet, ancien parquetier à Pointe-à-Pitre). Les ouvrages d’Aimé Césaire, Le cahier d’un retour au pays au natal et Moi laminaire ne sont pas restés longtemps sur la table. Non loin de là, Daniel Picouly signait son ouvrage La nuit de Lampedusa, et en face, Jean-Louis Debré dédicaçait son roman policier, meurtre à l’Assemblée nationale. Ernest Pépin empêché, c’est le commissaire général de l’année des outre-mer français qui l’a remplacé au pied levé pour animer avec Suzanne Dracius et Jean-Jacques Seymour le débat sur Césaire, Glissant et Fanon, devant un public lorrain, attentif, curieux et participatif.

FXG (agence de presse GHM)

 


Regard sur Césaire, Glissant et Fanon

Maximin-Seymour-Dracius-debat-cesaire-fanon-glissant.jpgSuzanne Dracius a présenté ces grands de la littérature française comme « une sainte trinité oubliée en France contrairement aux Etats-Unis où il y a même des Fanon studies ! » Fanon, donc, a été le hors d’œuvre de cet échange. Avec le rappel de Mayotte Capécia, auteur de la Négresse blanche, que Fanon a éreintée parce qu’elle avait mis en avant ce désir de la femme martiniquaise de se blanchir. De cette « lactification, naîtra le sujet de sa thèse, Peaux noires, masques blancs. Le salut devait venir du devenir blanc, du sortir des malheurs de l’esclavage et de la colonisation. Fanon s’est donc attelé à déconstruire cela et c’est cette déconstruction post-coloniale qu’Aimé Césaire a apréhendé particulièrement dans sa lettre à Maurice Thorez ou dans le Discours sur le colonialisme. « Fanon et Césaire, explique l’auteur de rue monte-au-ciel, ont eu l’habileté de prendre tous ces arguments massue du colonialisme pour les retourner contre le concept lui-même. » Daniel Maximin a retenu que ces trois Martiniquais étaient porteurs d’universalité. « Glissant et le tout-monde… On a toujours su que dans nos îles nous avions des cousins africains, européens, asiatiques et amérindiens. Quatre continents pour édifier une île ! » Impossible donc d’en retrancher un seul ou de n’en privilégier qu’un seul. Voilà donc l’assimilation exclue. « Césaire, Fanon et Glissant sont tous les trois porteurs de l’idée que nous sommes porteurs de tous les continents du monde et ils sont parvenus à l’assumer par la création… »

« Il n’y a pas de filiation, que des fraternités »

Césaire a écrit : « Je serais un homme-juif / un homme-cafre / un homme-hindou-de-Calcutta / un homme-de-Harlem-qui-ne-vote-pas… »Le point commun, ce sont tous des opprimés. Et Césaire poursuit : « Nègre colporteur de révolte, tu connais tous les chemins du monde… »Et avec Glissant, poursuit Daniel Maximin, « la créolisation du monde est ce qui constitue le monde depuis que le monde est tout-monde. » Et Maximin se fait sartrien (« L’important n’est pas ce qu’on a fait de nous mais ce que nous faisons de ce qu’o a fait de nous. ») avant de citer Fanon : « Etre Noir ne dispense pas d’avoir été fils d’oppresseur. » Il n’y a donc pas de racine verticale, unique, idéalisée, mais une créolisation. « La créolisation est une re-création », assure l’auteur de l’Invention des Désirades qui veut retenir de ces trois auteurs qu’ils ont eu conscience que leur origine est d’être homme avant d’être autre chose. « Il faut passer outre », reprend Suzanne Dracius, outre le quolibet. « Le nègre vous emmerde », lance Césaire à cet automobiliste qui l’insulte un jour sur la place d’Italie. « Le Sud américain est pour le nègre un doux pays à côté des cafés de Saint-Germain des Près », écrit Fanon à l’épreuve du racisme des milieux littéraires parisiens. « Il n’existe qu’une race, c’est la race humaine, proclame Dracius, chantre de la féminitude. Dracius et Maximin sont-ils inspirés par ces trois auteurs ? « Non, répond Maximin, il n’y a pas de filiation, il n’y a que des fraternités. » « Césaire, Glissant et Fanon n’ont rien abordé d’autre que la condition humaine », conclut Suzanne Dracius.

FXG (agence de presse GHM)

 


Revue-des-livres-Fanon.jpgFanon au sommaire de la RdL

Une nouvelle revue littéraire vient d’apparaître dans les kiosques, La revue des livres, RdL. Dans son numéro 1, outre une interview d’Eric Hazan, réalisée par le Martiniquais Germinal Pinalie, intitulée : « La haine des villes », un dossier accroché en une : « Sur Fanon, tout est encore à dire. Pour une généalogie post-coloniale », par Mathieu Renault. A consulter en ligne www.revuedeslivres.fr

 


3 questions à Jean-Benoît Desnel, éditeur

Jean-Benoit-Desnel.jpg« Je suis un éditeur d’expression francophone sur une thématique de littérature du Sud »

Depuis le premier de la saison, Le livre sur la place à Nancy, jusqu’au dernier, La forêt du livre, dans l’Indre-et-Loire, vous participez à presque tous les salons littéraires de France. Pourquoi cette présence effrénée ?

Ce n’est pas une présence effrénée, c’est une présence obligatoire et nécessaire ! On a une distribution sur tout l’espace francophone. En participant aux salons, nous donnons une visibilité à nos auteurs et à leurs ouvrages et, en quelques pas, nous aidons au positionnement de nos titres en librairie. La France est partagée en quatre zones géographiques pour la mise en place en librairie, donc on est allé à Lodève dans le Sud, nous étions à Ouessant dans l’Ouest, nous sommes à Nancy dans l’Est, et nous serons à Brive dans le Sud-Ouest, avec une importante délégation d’auteurs en majorité guadeloupéens comme Ernest Pépin, Roger Thoumson ou Laura Cassin-Cardigan. Nous serons aussi en région parisienne, au salon de Lhaye-les-Roses ou encore celui de La plume noire. C’est la seule manière de donner de la visibilité littéraire à nos titres qui sont sortis fin juin ou qui vont sortir dans les deux mois qui suivent. Ca répond aussi au manque de visibilité qu’on peut avoir sur le média télévision… Donc venir à la rencontre du lectorat sur toute la France, c’est bon pour nous et nos livres.

Comment sont perçues ces littératures du Sud et plus particulièrement un éditeur d’outre-mer dans ces salons de la France hexagonale ?

Les gens ne m’étiquettent pas comme un éditeur d’outre-mer. La question qu’ils vont me poser, c’est : Etes-vous à Paris ? Parce que, souvent, ils veulent un prolongement en invitant nos auteurs ou en nous proposant de participer à des événements de moins grande envergure que le salon de Nancy ou autre, c’est-à-dire des rencontres sur une ou deux journées avec nos auteurs sur une thématique bien particulière. L’étiquette vole en éclat… Il faut dire aussi qu’on n’a jamais voulu marquer nos collections comme « Monde noir » ou  autres. Je suis un éditeur d’expression francophone sur une thématique de littérature du Sud.

Est-ce que la participation à ces salons joue un rôle prescripteur aux lecteurs de nos territoires, comme une validation de la qualité de nos écrivains ?

Nul n’est prophète en son pays et c’est vrai que le regard jeté sur nos auteurs ailleurs permet effectivement de revoir la position de certains lecteurs. On a quand même un potentiel de lecteurs chez nous qui, dès qu’un ouvrage est sorti, ont la curiosité d’aller voir ce qu’il y a à l’intérieur. Mais, pour dépasser des quantités d’exemplaires vendus, il nous faut attirer d’autres lecteurs qui sont accrochés par d’autres artifices comme les prix littéraires, un auteur vu à la télé ou un livre chroniqué dans la presse ! Et ça, ça implique de faire les salons.

Propos recueillis par FXG (agence de presse GHM)

 


ImageMaximin-et-Seymour-sous-le-N.jpg

Jean-Jacques Seymour et Daniel Maximin, dans le salon Napoléon de l'hôtel du gouvernement militaire de Nancy, avant la conférence littéraire. Les deux hommes se sont amusés de constater qu'ils se trouvaient sous le N impérial, le N de celui qui a fait rétablir l'esclavage en 1802... Ils n'ont pu s'empêcher de penser à Claude Ribbe et à ses foudres épistolaires dès lors qu'il les découvrirait ainsi !

 

 

 

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