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14 février 2014 5 14 /02 /février /2014 16:00

Les damnés de la terre au théâtre parisien du Tarmac

Le Théâtre du Tarmac, scène internationale francophone de Paris, a commandé la piece au metteur en scène Jacques Allaire. Il l’a composée à partir des écrits de Frantz Fanon. Diffusion dimanche à 23h50 sur France Ô dans Multiscenik

Damnes-de-la-terre-nuit-profonde-Laurence-Leblanc.jpgDes hommes et des femmes, nus ou presque, noirs ou noircis, en cage au fond de la scène. Un couple sort des cages et s’avance vers le proscenium. De la musique classique emplit la salle sous des arbres à l’envers. Une femme lance : « Je ne peux pas tirer sur des blancs. » L’homme lui répond : « Ils vont se gêner eux. » « « Sale nègre ! », crie un autre comedien sorti à son tour de sa cage… Ainsi démarre « Depuis la nuit profonde d’où je viens »,  le premier tableau de la pièce de théâtre, Les Damnés de la terre, mise en scène par Jacques Allaire.

Monter les textes de Fanon au théâtre en sortant de l’exercice pénible des lectures d’extraits, c’est la gageure que vient de réussir Jacques Allaire. LesDamnesdelaterre-celle-qui-disparaitcLaurenceLeblancVU-.jpgCette pièce, qu’il aurait volontiers dédiée à Christiane Taubira, expose le projet de Frantz Fanon qui, prenant l’œuvre de Césaire tel un manuel pratique, n’envisage rien d’autre que la réalisation totale de l’homme. Le Martiniquais a pris la nationalité algérienne avant même l’indépendance. « Mais en faisant ca, explique Jacques Allaire, il réalise l’acte politique le plus important puisqu’il réalise la totalité de son être, ce dont Césaire l’enviera toute sa vie, même si l’admiration est réciproque. » Césaire est présent en permanence dans la pièce : « Le beau nègre vous emmerde » ; « Politiser, c’est éveiller l’esprit »… Et surtout des morceaux du poème « Et les chiens se taisaient ». « C’est le poème de Césaire, poursuit le metteur en scène, qui produit le projet du peuple algérien, le projet de l’humanité. »

Dessins et polyphonie

Le-ventre-chirurgical.jpgPour mettre en scène, en volume, la pensée de Fanon, pour en faire du théâtre, Jacques Allaire travaille selon la méthode polyphonique. Il tire de la pensée fanonienne toutes ses lignes obsessionnelles et les divise en autant de figures. Elles ne sont pas des personnages. Allaire les appelle des « damnés ». Ils sont « celle qui ne peut pas », « celui qui pleure », « celui qui est en colère », « celui qui veut etre un homme », « celle qui disparaît » (dont Allaire va jusqu'à masquer le corps et faire disparaître le visage)… « Fanon travaille, explique-t-il, en permanence les différents niveaux de parole, il ne met pas de guillemets. Quand il dit « sale nègre », on ne sait pas qui parle. Puis, il dit : « Les Juifs n’ont pas de problème » et l’on ne sait toujours pas qui parle… Chacun incarne toutes les lignes de pensée depuis lesquelles son projet va se constituer. »

LesDamnesdelaterreventre-chirurgicalcLaurenceLeblancVU-.jpgCe sont ces damnés qui portent le spectacle. Ils ne sont ni médecins, ni malades, ni militaires, ni tortionnaires, ni torturés… « Ces damnés reproduisent, pour pouvoir comprendre leur propre histoire, les différents moments qu’ils ont traversés. Ça tombe très bien puisque Fanon refusait la posture objective du médecin. De toute façon, il refusait toute posture objective. Dès que quelqu’un commence une phrase par « objectivement », c’est son ennemi. »

Lacoste-et-son-armee.jpgAllaire a d’abord lu Fanon, puis il a intégralement dessiné des scènes, sans avoir écrit une ligne, environ 50 planches. « Je n’ai pas dessiné un spectacle, j’ai dessiné ce qui me passait par la tête après avoir lu… » Il a ensuite relu et cherché ses dessins dans le texte de Fanon avec un objectif : que veut dire ce qu’il a dessiné ? Puis, il a écrit sur ses dessins une phrase, une citation qui deviendra le titre d’un des sept tableaux du spectacle. A partir de ces sept tableaux, Allaire a composé le texte, restituant ainsi la pensée physique de Fanon, sa pensée mise en action, c’est-à-dire du théâtre. « Mon intention est politique, assène Allaire. Je suis un être politique et le théâtre n’est que politique. »

FXG, à Paris

Photos : JA et Florence Leblanc/VU


Les Damnés en sept tableauxLes-Damnes-de-la-Terre-Monde-coupe-en-deux-c--JA.jpg

Le premier tableau s’intitule : « Depuis la nuit profonde d’où je viens ». C’est le drame français qui n’offre qu’un destin au Noir et « ce destin est blanc ». « On se trompait », hurle celui qui est en colère, voulant empêcher les autres de se blanchir… C’est alors « Le monde coupé en deux », deuxième tableau. Sur un air du groupe Los Indios trabaja, Maria Elena, dans un ballet d’esclaves nus, les damnés balaient la terre noire à la façon des sauniers, le sel blanc. Surgit alors l’armée des morts, peaux noires, masques blancs, robes blanches et vestes militaires… C’est le tableau brechtien de « L’armée du général Lacoste ». Les tortionnaires usent de penthotal et de la gégène. « L’Algérie n’est pas une nation », hurle la figure du gouverneur général Lacoste. Troisième tableau, à l’hôpital d’Alger où sévit le Pr. Porot de sinistre memoire, le psychiatre qui dénie toute intelligence supérieure au Nord-africain. qui-suis-je-en-realite.jpgC’est « Le ventre chirurgical » ou « Le malade imaginaire ».  Puis, une mélodie, Plaisir d’amour, monte d’un vieux phono. Les damnés font état des troubles psychiatriques des tortionnaires comme des torturés. C’est le tableau « Qui suis-je en réalité ? ». La scène, hôpital dévasté, se transforme alors en salle de classe de la guérilla, c’est l’école révolutionnaire du FLN et le tableau « Tout reprendre, tout repenser » qui annonce le final avec « L’humanité illimitée » et l’envol des damnés vers le ciel.


Ecole-de-la-guerilla.jpghttp://www.letarmac.fr/la-saison/spectacles/p_s-les-damnes-de-la-terre/spectacle-47/

Les damnés de la terre, du 5 novembre au 6 decembre au Tarmac, 159 avenue Gambetta, Paris 20e

Avec Amine Adjina, Mohand Azzoug, Mounira Barbouch, Jean-Pierre Baro, Criss Niangouna, Lamya Regragui

Samedi 16 novembre dès 11heures, journée à la découverte de Frantz Fanon

Les damnés de la terreen tournée :

30 janvier au Théâtre Jacques-Cœur, Théâtre des treize vents à Lattes (34)

11 février à L’Estive, scène nationale de Foix et de l’Ariège

13 février au Théâtre des Trois-Ponts – Castelnaudary (31)

11 et 12 mars au Théâtre du Beauvaisis – Beauvais (60)

Du 18 au 21 mars au Théâtre Jean-Vilar à Montpellier (34)

En cours de programmation au Manège, Mons (Belgique), scène tranfrontalière de création et de diffusion… En attendant un programmateur aux Antilles…L-humanite-illimitee.jpgL'humanite illimitee

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commentaires

thierry 14/02/2014 18:28


Les Antillais sont Français sans l'avoir demandé, suite à une volonté acharnée des grands rois de France et ils ont été fait catholiques sur volonté de ces mêmes rois pendant l'esclavage après
que les Juifs présents sur ces territoires en aient été chassés. (cf. Le Code Noir). 


Le Maghreb a été colonisé bien après la Révolution bourgeoise française. C'est-à-dire pas par les mêmes gens et avec une vision ethnique différente, au Maghreb le colon était surtout Juif et/ou
bourgeois chrétien.


 


C'est grosso modo "la colonisation française" mais franchement, après, si on peut il faut pouvoir comparer ce qui est comparable et c'est vrai que ce n'est pas toujours évident.


 


En admettant que "l'intellectuel (et en plus politique)" Jacques Allaire (aidé officiellement de Dominique Schmitt) ne se soit pas intellectuellement prostitué pour faire cette pièce "tendance".


 


On pourrait dire que c'est l'expression d'un fantasme ethnique de marieuse qui veut unir entre-elles deux entités de même sexe alors que ces dernières en convoitent une autre qui s'est rendu
irrésistiblement attachante et qui se trouve être la même.


 


En gros Fanon est censé servir de ciment entre deux colonisations qui ne sont pas significativement comparables si on affine un peu.


 


C'est une attraction qui permet à des intellos et/ou artistes de la fausse "diversité" communautariste contemporaine de s'exprimer et de toucher ceux qui leur sont déjà désormais acquis. 


Pour se prendre le chou et de se refaire l'histoire sur fond de racisme mal assumé et mal digéré, ya pas mieux.


 


Une sorte d'adaptation medley de Shakespeare et de Béjart qui n'a rien à voir avec Fanon ou Taubira pris comme prétexte.


 


 

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