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22 mars 2011 2 22 /03 /mars /2011 06:40

La BnF célèbre le centenaire des éditions Gallimard

Du-cote-de-c-hez-Swann.jpgLa bibliothèque nationale de France propose, du 22 mars au 3 juillet, de parcourir un siècle d’histoire intellectuelle à travers l’itinéraire d’une des plus prestigieuses maisons d’édition françaises, Gallimard.

Gide, Claudel, Aragon, Breton, Malraux, Joyce, Faulkner, Saint-Exupéry, Michaux, Sartre, Queneau, Ionesco, Pinter, Camus, Yourcenar, Duras, Kerouac, Modiano, Le Clézio, Kundera, Tournier... On pourrait écrire sans effort une histoire de la littérature et des idées au XXe siècle à la lecture du seul catalogue des Editions Gallimard. Derrière la célèbre couverture blanche aux filets rouge et noir siglée NRF se cache la richesse d’un catalogue aux multiples facettes, de la « Pléiade » à la « Série noire », du livre pour enfants aux collections de sciences humaines. Cent ans après leur création, les Editions Gallimard demeurent aujourd’hui la plus grande maison d’édition française indépendante, dotée d’un catalogue de quelque 40 000 titres.

5-Gide-Faux-monnayeurs_manuscrit_NQ-C-019358.jpgL’exposition s’appuie sur les archives très riches et largement inédites de l’éditeur, sur les collections de la BnF et d’autres bibliothèques françaises ou étrangères, ainsi que sur les ressources de l’Ina. Le premier temps du parcours donne toute sa portée à la diversité exemplaire du catalogue. Les visages et les voix des auteurs majeurs du XXe siècle, comme Louis-Ferdinand Céline ou Jorge Luis Borges, viennent donner vie à un choix exceptionnel de manuscrits, de Paul Claudel à Jonathan Littell, en passant par La Condition humaine ou Le Deuxième Sexe. Il s’agit de suggérer le parcours des oeuvres, depuis leur création jusqu’à leur publication. Les étapes de cette « alchimie » sont évoquées à travers des fiches de lecture (signées par de grands auteurs de la maison comme Jean Paulhan, Raymond Queneau ou Albert Camus) ou des correspondances dévoilant le dialogue entre l’auteur et son éditeur.

Gaston-Gallimard.jpgLe deuxième temps du parcours retrace les grandes étapes de l’histoire de l’entreprise tout en donnant des coups de projecteur sur des enjeux particuliers de la « fabrique éditoriale » : comment faire vivre le fonds par l’intermédiaire de collections comme « Folio », « L’Imaginaire » ou la « Pléiade » ? Comment choisir le graphisme de la couverture d’un « Découvertes » ? Comment assurer la promotion d’un livre ? Des éditions de luxe à la littérature populaire, des revues d’avant-garde à la grande presse, l’ambition reste la même : se donner les moyens de mener, en toute indépendance, et durablement, une politique d’auteurs et de collections. Sans oublier les erreurs d’appréciation, les échecs ou les repentirs à l’égard de certains auteurs (Proust, Giraudoux, Montherlant ou Céline…), les concurrences entre éditeurs, les débats et polémiques animant l’histoire de la profession (prix littéraires, censures) et quelques excursions dans le domaine du théâtre avec l’aventure du Vieux Colombier, du cinéma ou de la musique. Enfin, affiches, maquettes et illustrations originales (de La Belle Lisse Poire du Prince de Motordu à Harry Potter) viennent illustrer cette histoire familiale, commerciale et culturelle qui est aussi celle d’une profession.


Les jalons de cette histoire très dense sont posés à travers cinq périodes chronologiques. Le parcours débute par une édition originale des Fleurs du mal illustrée par Rodin à la demande de Paul Gallimard, le père de Gaston, encore jamais exposée.

Les-premiers-ouvrages.jpg1911-1919 : Le comptoir d’édition

Les Editions de la Nouvelle Revue française naissent en 1911 dans le prolongement de la revue littéraire créée en 1909 par un groupe d’écrivains réunis autour d’André Gide. Il faut un homme pour gérer l’affaire et contribuer à son financement : Gaston Gallimard, un élégant représentant de la bohême bourgeoise de la rive droite, signe avec Gide et Jean Schlumberger l’acte qui donne naissance le 31 mai 1911 aux Éditions de la NRF.

Premeier-siege-rue-saint-Benoit-octobre-1911.jpgLa proximité entre la revue et la maison d’édition est fructueuse, mais l’un des épisodes les plus mémorables de cette période est le refus de publier la première partie de La Recherche du temps perdu de Marcel Proust, publiée fin1913 à compte d’auteur chez Bernard Grasset. Il faut l’action conjuguée de Gide, de Jacques Rivière, secrétaire de la revue, et de Gaston Gallimard pour obtenir de Proust qu’il poursuive la publication de La Recherche à la NRF, A l’ombre des jeunes filles en fleur lui valant son premier Prix Goncourt en 1919. Même ralentie par les contraintes de guerre, l’activité des Éditions se prolonge durant le conflit, notamment avec la publication de La Jeune Parque de Paul Valéry.

1919-1939 : La double enseigne

NRF.jpgA son retour des Etats-Unis en 1919 (où il a suivi la troupe du Vieux Colombier), Gaston Gallimard considère qu’il doit diversifier son catalogue pour financer une littérature de qualité. Au terme d’un véritable « coup d’État », la maison est rebaptisée Librairie Gallimard, à laquelle il associe son frère Raymond et son ami Maney Couvreux. Les Éditions prennent leur essor et trouvent leur équilibre économique au début des années 1930 en confiant leur diffusion aux Messageries Hachette et en s’engageant, provisoirement, dans la presse populaire et politique. Les collections se multiplient et le comité de lecture s’organise. André Malraux est le grand « animateur » de la maison dans les années 1930 et l’un des promoteurs de la jeune littérature américaine qu’accueille alors la maison

GG---Duras.jpg1939-1946 : Les années sombres

Avec l’Occupation, les autorités allemandes instaurent un régime de contrôle de l’édition, et la maison Gallimard est menacée de mise sous séquestre. Le 23 novembre 1940, un accord est trouvé : Gaston garde la maîtrise de son entreprise, mais accepte que soient confiées au collaborationniste Pierre Drieu la Rochelle la direction d’une NRF exclusivement littéraire et « une participation étendue » à la direction des Éditions. En parallèle, la résistance intellectuelle s’organise autour de Jean Paulhan au sein même des Éditions.

L-etranger.jpgCette période douloureuse et complexe est marquée par la révélation des oeuvres d’Albert Camus et, sur fond de censure et de pénurie de papier, par la publication de textes importants de Louis Aragon ou Antoine de Saint-Exupéry. A la Libération, la revue est interdite par le comité d’épuration, alors que le dossier des Éditions est classé. La question de l’épuration des milieux littéraires domine alors la vie intellectuelle.

1946-1970 : D’un Gallimard l’autre

Les frères Gallimard ont installé leurs fils au sein de la maison, mais une sévère crise de succession éclate au milieu des années 1950. La mort accidentelle de Michel Gallimard, fils de Raymond, et d’Albert Camus en 1960 met un terme tragique à cette querelle.

Serie noireLa maison sort de la guerre dans une situation économique favorable, ce qui permet à Claude Gallimard de mener une politique de développement éditorial et d’asseoir les fondations d’un groupe, avec le rachat de Denoël et du Mercure de France. Cette évolution, simultanée à celle du groupe Hachette, tend les relations entre l’éditeur et son diffuseur. La rupture intervient en 1970, Gallimard reprenant son autonomie commerciale. Claude Gallimard publie Jean-Marie Gustave Le Clézio, Michel Tournier, Patrick Modiano, Milan Kundera, lance « L’Univers des formes », les premières collections de poche, et développe le secteur des sciences humaines.

1970-2010 : Une nouvelle donne éditoriale

Antoine-et-Claude-Gallimard.jpgA la mort de son fondateur en 1975, Gallimard est un empire convoité, Claude Gallimard continue à le développer, tout en faisant entrer ses quatre enfants dans l’entreprise afin de commencer à organiser sa propre succession. C’est son fils cadet, Antoine, qui prend en 1988 la présidence de la société. Il s’ensuit une sévère crise familiale, dont le règlement intervient en 1991.

Lettre-Celine.jpgLettre-celine-2.jpgLe début des années 1970 : la constitution d’une société de distribution, le lancement de la collection de poche « Folio » et la mise sur pied d’un département Jeunesse confié à Pierre Marchand. D’abord réticent à l’idée d’une régulation des prix, Claude Gallimard soutient la loi sur le prix unique du livre en 1981, avant que son fils ne s’engage plus avant dans la défense de la librairie et de la propriété intellectuelle. Le groupe accueille de nouvelles enseignes, à l’identité éditoriale très forte, comme POL, Joëlle Losfeld, Verticales ou Futuropolis. Des succès hors norme, comme ceux de Jonathan Littell ou Harry Potter, permettent à Antoine Gallimard et ses proches de conserver l’indépendance de la maison. Soulignant la vitalité du secteur Jeunesse, les illustrations originales d’Etienne Delessert, Georges Lemoine, Pef (pour Le Prince de Motordu), Quentin Blake, Antoon Krings et Jean-Claude Götting (pour Harry Potter) viennent conclure ce cheminement historique

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