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13 novembre 2012 2 13 /11 /novembre /2012 08:51

Gerty Dambury, la passion d’une rebelle

Gerty-Dambury-1---Alfred-Jocksan.jpgLe premier roman de la Guadeloupéenne, Gerty Dambury, « Les Rétifs » revient sur une page sanglante de la Guadeloupe, les troubles à l’ordre public et les événements de mai 67 à Pointe-à-Pitre. L’occasion est venue pour l’auteur de demander des explications. Voilà qu’elle se met à chaud pour nous livrer ses sentiments et ses attentes. Née en 1957, elle a choisi la région parisienne pour exercer ses talents de poètes, d’actrice, de dramaturge, de nouvelliste, de metteuse en scène, voire de conteuse.  Femme de théâtre, sa pièce la pus connue est Lettre indiennes. Aujourd’hui, dans son nouveau roman, elle vient nous raconter, sur un rythme de quadrille, sans la ritournelle, mais débutant par une valse, l’histoire d’Emilienne, 9 ans. Ça commence le mercredi 24 mai 1967 dans une classe de Pointe-à-Pitre ou sa maîtresse annonce son départ, et ça se termine le vendredi 26 mai par la tuerie, le chaos dans la ville. Ici cinq voix se mêlent à celle de la petite Emilienne pour nous conduire à cette journée sanglante. Un roman palpitant qui oscille entre colère et sourire devant l’adversité. Lu dans le livre : « La moquerie était dans ce village une façon de dévorer l’autre, de se dévorer soi-même….. Une si grande tristesse. » Orfèvre de la construction théâtrale, Gerty Dambury enrichit son texte par des rebondissements, des histoires dans l’histoire. Elle attend le déclassement des archives « secret défense » pour écrire la ritournelle, en 2017.

AJ (agence de presse GHM)

«  Les Rétifs » est publié aux éditions du Manguier et vendu dans toutes les librairies


ITW Gerty Dambury

« La ritournelle c’est la revanche »

Gerty Dambury dans votre premier roman, les Rétifs, pourquoi avez-vous choisi le quadrille, une musique importée, pour rythmer cette lecture ?

Gerty-Dalmbury-1--Alfred-Jocksan.jpgJ’ai le sentiment d’une société très paysanne et le quadrille est une danse de la paysannerie. Je pense d’une certaine façon que le fait de choisir le quadrille me permettait de dire que toutes nos cultures, tout ce qu’on a en termes de musiques, de langues, de littératures, c’est nous et ça nous construit. J’ai grandi avec mon oncle, Jean Bordin, créateur de biguines qu’on a oubliées et qu’on utilisait beaucoup pendant le carnaval. Il était aussi joueur de quadrille et chaque samedi après midi, je l’accompagnais quand  il allait à ses répétitions. C’est un souvenir très profond. J’ai toujours  aimé cette musique qui est un peu surannée. Il est vrai que c’est une musique d’importation, toutes nos musiques sont d’importation… Nous-mêmes, nous sommes d’importation. Aujourd’hui, le quadrille est notre musique. Le quadrille correspond à un personnage central de mon livre. Et j’ai voulu construire le roman autour de cette musique parce que ça donne des phases. Et toutes les phases renvoient à quelque chose de  profondément paysan.

Le titre de votre roman est très évocateur. Est-ce pour exprimer votre regard sur la société guadeloupéenne actuelle ?

Je n’ai pas choisi ce titre pour dire qu’on avance en reculant, pas du tout. C’est un titre pour définir les personnages. C’est un roman, pas une thèse de sociologie, par conséquent ce n’est pas une définition des Guadeloupéens. C’est un roman avec Emilienne et une série de personnes autour d’elle. Et tous ces gens qui gravitent autour de cet enfant sont rétifs. Ils refusent de se laisser soumettre. La vie qu’ils mènent les oblige à faire des compromis, à sourire quand ils n’ont pas envie, quelquefois d’accepter l’inacceptable, comme le père d’Emilienne. Il se dit que pour réussir dans  la vie, il faut passer par ci, par là, mais à chaque fois ça crée une résistance. Je voulais un terme qui ne laisse pas entendre qu’ils sont susceptibles, désobéissants, non ils sont rétifs. C'est-à-dire qu’ils voulaient bien avancer, mais ils ne veulent pas avancer sous le fouet et la contrainte. A chaque fois qu’on leur impose une contrainte, ils résistent. C’est pour cela qu’ils sont rétifs.

Avez-vous été marquée pour les événements de mai 1967 à Pointe-à-Pitre. Vous aviez à peine 10 ans, quels souvenirs gardez vous ?

Ce jour-là, je suis parti à l’école comme un jour normal. Il ne se passait rien. Ou s’il se passait quelque chose, je ne savais rien parce que j’étais un enfant et peut être que la radio n’a pas joué son rôle. Pendant que nous étions dans la salle de classe avec la maîtresse, nous avons entendu des coups de feu. Les maîtresses d’école nous ont protégés, nous ont éloignés des fenêtres en se baissant près du sol. Elles ne voulaient pas nous laisser sortir. On ne savait ce qu’il se passait dehors. Ma mère a envoye un de mes frères me chercher à l’école et, avec lui, nous avons fait le tour, sans passer par la place de la Victoire. J’habitais rue Commandant-Mortenol. , on traversait la place pour rentrer. Là, on a fait le grand tour  par le morne de Massabielle en coupant par des traces qui existaient à l’époque, pour rejoindre la maison familiale. Ce qui fait que je n’ai rien vu de ces événements de mai 67, rien du tout. Je garde en mémoire que mon père est rentré très tôt à la maison et que toutes les portes étaient fermées. Nous étions barricadés. Mon père avait préparé des munitions, quelque chose de ce genre. Nous étions dans une position de repli. Et le lendemain, samedi, en me rendant au catéchisme, j’ai traversé la place Gourbeyre (maintenant place du palais de justice). Devant l’église, il y avait des camions de soldats ou de képis rouges garés. Nous, on passait le plus loin possible, essayant de les éviter, en silence. Ce jour-là, la ville était extrêmement silencieuse.

Dambury--Gerty-les-Retifs--1.jpgOù est la ritournelle dans  cette danse ?

Nous sommes dans un quadrille et dans un quadrille il y a une ritournelle. C’est un nouveau départ. Le chœur final des frères et sœurs qui est resté un peu extérieur, c'est-à-dire qui raconte, prend en charge la révolte des autres personnages et demande qu’on leur explique et que vienne la ritournelle. Pour moi, la ritournelle c’est la revanche. Il va bien falloir que les gens paient d’une certaine façon pour ce qu’ils ont fait. Psychologiquement au moins, reconnaître ou accepter de dire que ce comportement a été inacceptable car, d’une certaine façon, cette violence-là est une suite de la guerre d’Algérie. Si aujourd’hui, on peut entendre le président de la République, François Hollande, dire que le  17 octobre 1961 et plus tard au métro Charonne en février 1962, que les massacres d’Algériens qui ont eu lieu étaient une faute politique importante, on devrait pouvoir s’attendre à ce que soit reconnue la mort d’un certain nombre des Guadeloupéens car ça a été une faute également. C’est ça la ritournelle et nous l’attendons.

Gerty-Dambury-9-photo-Alfred-Jocksan.jpgVous avez quitté la Guadeloupe très tôt. Aujourd’hui, êtes-vous réconciliée avec votre pays ?

Je suis partie pour l’avenir de mes enfants et je ne voulais pas qu’ils soient seuls. J’ai aussi quitté la Guadeloupe parce que je voulais sortir de l’Education nationale. On m’a donné une disponibilité. Je ne gagnais pas ma vie, j’étais sans un sou et je comptais travailler à la scène nationale. On ne me l’a pas proposé. Tout ce que je pouvais mettre à la disposition du pays, on ne me l’a pas demandé. Je suis venue dans l’Hexagone pour travailler dans le théâtre, gagner ma vie, élever mes enfants, les envoyer à l’université. Je suis arrivée à Paris en 1998 et je suis repartie en 2003 pour travailler un an au pays. Sans résultat professionnel, je suis revenue sur Paris parce que mes enfants avaient besoin de moi.

Y a-t-il d’autres événements à venir après ce premier roman « Les Rétifs » ?

Pour l’instant, je me concentre sur mon roman. Car quand on porte un livre c’est comme  porter un enfant. Il faut s’en occuper. Moi, j’ai choisi une petite maison d’éditions. Je ne voulais pas être publiée dans une collection qui s’appelle « Le Continent noir ». Je ne veux être enfermée dans des cases. Je suis vraiment rebelle, je suis rétive, vraiment. Mais, je continue à avancer, je ne recule pas, j’avance. La prochaine chose à venir est ma nouvelle pièce de théâtre qui s’appelle « Les Atlantiques amères ». Une pièce qui est directement liée aux événements de 2009 avec des gens qui sont ici et d’autres qui sont là-bas, en Guadeloupe. J’ai été frappée de voir, pendant cette période, que les gens d’ici étaient emballés, emportés en organisant des manifestations auxquelles j’ai  moi-même participé. J’ai vu les gens, je les ai entendus. J’ai vu cette fièvre. C’est le mouvement aller et retour, être ici et être là-bas qui me permet de retracer les événements de 2009. C’est une série de petites saynètes d’ordre historique qui parlent d’un côté du mariage entre la France et les Antilles,   de notre relation avec ceux qui nous entourent, qui pose la question de l’indépendance et la question de la santé des femmes, du cancer du sein. Pour moi, écrire est une passion.

Propos recueillis par Alfred Jocksan (Agence de presse GHM)

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