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23 janvier 2015 5 23 /01 /janvier /2015 07:36

ITW George Pau-Langevin

"Le risque zéro en matière de terrorisme n'existe pas dans l'Hexagone comme dans les outre-mer"

GPL.jpgA peine arrivée, vous déjeunez avec avec le groupe de dialogue inter-religieux. Au-delà du symbole, quel sens voulez-vous donner à cette rencontre ?

Il s’agit pour moi, dans le contexte particulier que nous connaissons, d’avoir un échange avec une instance originale et exemplaire. La Réunion est en effet l’exemple d’une terre de grande tolérance où les confessions religieuses cohabitent harmonieusement. On peut avoir l’intuition que cette harmonie trouve en partie sa source dans ce dialogue entretenu qui a été plusieurs fois initié dans l’Hexagone et qui, reconnaissons-le, n’a pas fonctionné de manière satisfaisante jusqu’ici. A La Réunion, à l’évidence, ça marche ! Cela va même jusqu’à une forme de syncrétisme religieux dont je souhaite, comme beaucoup, comprendre intellectuellement, mais aussi politiquement, les tenants et les aboutissants. Je veux également porter le message qui a été celui du président de la République et du Premier ministre sur la réaffirmation de l’importance de la laïcité dans notre République. Cette laïcité n’est pas une défiance ou une opposition à l’égard des religions, mais au contraire une protection pour que chacun soit respecté dans ses croyances et dans son culte. La laïcité n’a jamais été autant d’actualité qu’aujourd’hui. Au-delà du symbole, nous aurons donc des sujets très concrets à aborder.

Quelle est la réalité du risque terroriste à la Réunion ?

Il ne faut jamais oublier que le risque zéro en matière de terrorisme, quel qu’il soit, n'existe pas. Que ce soit dans l’Hexagone ou dans les outre-mer.  Les 7, 8 et 9 janvier, c’est la France toute entière qui a été attaquée. La mort de notre compatriote d’origine martiniquaise, Clarissa Jean-Philippe, lâchement assassinée à Montrouge, démontre que les barbares ne font aucune distinction. C’est donc la France toute entière qui est menacée et qui doit se protéger pour assurer la sécurité de ses concitoyens. Ces menaces s’appuient, de plus, sur des réseaux qui sont internationalisés et qui utilisent des réseaux sociaux mondiaux. Le retentissement des attaques, lui aussi, n’a pas de frontière et les tentations d’imitation ou d’apologie sont possibles partout, y compris par désœuvrement, comme on a pu le voir dans cette école de Saint-Louis où des tags ont été découverts au début de la semaine. C’est donc tous ensemble que nous devons nous sentir concernés et mobilisés.

Vous vous rendez également au SMA. Est-ce une manière de rappeler que la mobilisation des Réunionnais ne vous a pas fait changer d'avis sur la continuité territoriale ?

Ce n’est pas moi qui ai opposé le SMA à la continuité territoriale et j’aimerais sincèrement tourner la page de cette péripétie pour le moins regrettable. Je me devais, en tout cas, de marquer ma considération et mon soutien à une institution qui s’est sentie très injustement menacée, alors même que le SMA de La Réunion représente le plus gros régiment des outre-mer et qu’il concourt, ici comme dans les autres territoires, à inscrire la jeunesse dans une dynamique positive, en faveur de l'insertion et de l'emploi. S’agissant de la continuité territoriale, la question n’est pas de changer d’avis car nous étions face à une situation objective : une dépense qui progresse de près de 50 % en 4 ans et qui allait encore progresser de manière exponentielle. Aucun budget ne permet de soutenir cela aujourd’hui. Ceux qui voudraient me voir changer d’avis me demandent en réalité de fermer les yeux en répétant « ce n’est pas grave, on trouvera l’argent ailleurs ». Cette posture n’est ni raisonnable, ni responsable, car c’est conduire le dispositif de continuité territoriale à sa perte.  Nous avons donc agi pour pérenniser le dispositif en le recentrant au profit des publics et missions prioritaires : les jeunes, les étudiants, les personnes en formation, les familles qui ont de faibles revenus ainsi que les parents d’enfants qui font l’objet d’une évacuation sanitaire. Je répète que ces publics précis ont droit à une aide inchangée tous les ans, comme auparavant. En revanche, pour les autres, l'aide devient triennale et, pour les foyers les plus défavorisés, le montant de l'aide reste identique.  Ainsi, nous avons réaffirmé la vocation sociale du dispositif.

Que pensez-vous de l’annonce, hier, d’un dispositif régional par la Région Réunion ?

D’abord, il y a un principe que je respecte : c’est celui de la libre administration des collectivités locales qui font leurs choix politiques, qui les assument et qui en répondent devant les électeurs le moment venu. Un exécutif régional est dans son rôle quand il choisit de privilégier tel ou tel domaine dans ses interventions et il a, en conséquence, parfaitement le droit de faire d’une aide aux voyages pour les plus aisés le cœur de sa politique et de ses préoccupations. Il a même le droit de considérer que cette aide au voyage est finalement plus importante que de financer des emplois d’avenir, que d’accompagner le développement économique ou de soutenir la formation professionnelle. Il a aussi parfaitement le droit d’ignorer les observations d’organismes sérieux (l'IEDOM, ndlr) qui assurent que remplir les avions au départ de Saint-Denis contribue peut-être à l’activité des compagnies aériennes – merci pour elles ! – mais tend plutôt à freiner le développement touristique de La Réunion. S’agissant du dispositif en lui-même, nous attendrons d’en connaître les détails. Il faudra ensuite que le contrôle de légalité soit exercé par le préfet et que le conseil régional transmette son dispositif à la Commission européenne qui devra l’approuver. D’expérience, nous savons que cette procédure peut prendre du temps : le dispositif de l’Etat, qui est bouclé de longue date, doit recevoir son approuvé communautaire de manière imminente.

Pouvez-vous nous dire le quota de contrats aidés pour la Réunion en 2015 ? Il n'est toujours pas connu...

Il faut d’abord reconnaître et saluer la mobilisation de l’ensemble des acteurs, en 2014, qui a permis d’atteindre un taux satisfaisant de consommation des enveloppes. Je veux souligner que la décision du Gouvernement de prendre en charge à 90% les emplois avenir du secteur non marchand, uniquement à la Réunion, a été déterminante pour renforcer l'utilisation de ces contrats et rattraper le retard que nous avions constaté dans le courant de l’année.
S'agissant de 2015, les travaux sont en cours de finalisation pour fixer le nombre de contrats aidés ouverts sur l'ensemble du territoire. Je peux cependant vous assurer que je suis toujours vigilante à ce que les dotations en contrats aidés soient, en proportion, favorables aux outre-mer, et particulièrement à La Réunion, comme cela a été le cas jusqu’à présent.

En termes d'emplois que projetez-vous avec l'économie solidaire ?

L’économie sociale et solidaire constitue  un secteur essentiel au développement des outre-mer. C’est la conviction du gouvernement et, à titre personnel, elle m’anime depuis de nombreuses années.  C’est un secteur de l’économie qui s’adapte aux besoins et à la réalité d’un territoire. C’est un secteur dont les différentes composantes sont créatrices d’emplois pérennes et non délocalisables. Alors que le chômage atteint des niveaux insupportables pour une trop grande partie de la population active, l’économie sociale et solidaire constitue un formidable gisement d’emplois qu’il faut encourager et développer. C'est l'ambition dans laquelle j'inscris mon action en faveur de la croissance et de l’emploi. Je souhaite mettre en œuvre un véritable plan de rattrapage de l’économie sociale et solidaire. Dans le cadre d'un protocole que nous avons signé avec la Caisse des dépôts et consignations, nous allons ainsi accompagner la création, la reprise et le développement des structures de l'ESS sur les territoires. Je souhaite particulièrement développer les secteurs clés pour les outre-mer : la santé et les services à la personne, le développement des circuits courts dans l’agro-alimentaire, la mobilité durable ou encore l’éco-construction et l’habitat coopératif.  A cette action s'ajoutent des mesures spécifiques pour encourager le premier emploi dans les entreprises sans salarié, accompagnées par les réseaux d'aide à la création d'entreprise. Au total, je veux impulser une dynamique forte pour la création d'emplois dans les TPE.

Le projet de circulaire de mutation des fonctionnaires de police semble bien en-deça des promesses du président de la République selon le CReFOM, qu'en dîtes-vous ?

Je dis avant toute chose qu’il faut se garder d’engager et d’alimenter des polémiques sur des sujets qui, s’ils étaient si simples, auraient été réglés avant 2012. Lors de sa visite à La Réunion, en août dernier, le président de la République s’est exprimé sur le sujet. Et comme pour plus de 80 % des engagements pris lors de sa visite en août dernier, celui-ci est mis en œuvre et il y aura bien une modification de la circulaire qui régit actuellement les demandes de mutations. Cette modification se fera dans le cadre d’une bonification accordée spécifiquement aux personnes qui manifestent de la constance dans leur demande de mutation en vue de rejoindre l’un des trois DOM concernés. Le  principe désormais retenu sera donc bien la prise en compte de l'ancienneté de la demande, comme le souhaitent depuis longtemps les associations. C’est un projet de circulaire qui a été présenté le 7 janvier aux organisations syndicales et la concertation conduite par le ministère de l’Intérieur doit commencer aujourd’hui même. C’est une première étape et, s’agissant de la prise en compte du centre des intérêts matériels et moraux (CIMM) pour une affectation initiale, il y aura un travail interministériel approfondi car nous sommes là sur des sujets complexes du point de vue juridique qui nécessitent d’avancer prudemment.

Cette promesse qui semble non tenue oblitère celle qu'il a faite sur les quotas sucriers. Sera-t-elle tenue ?

Oblitérer est un joli mot, mais il ne correspond pas à la réalité. Lors de sa visite officielle en août, le président de la République a pris des engagements qui sont tenus ou mis en œuvre à plus de 80 % en six mois. Celui que vous mentionnez sur les quotas sucriers est déjà en partie tenu. L'engagement sur l'exclusion des sucres spéciaux s'est concrétisé lors des négociations de l'accord entre l'UE et l'Afrique du sud à l'automne dernier avec l'exclusion effective des sucres spéciaux des offres de libéralisation. La poursuite de l'accompagnement public de la filière est réalisée dans le PLF 2015 qui ne prévoit aucune baisse de crédits pour la filière sucre et plus généralement pour l'agriculture outre-mer, alors même que le contexte budgétaire est contraint. La préparation de la fin des quotas se met en place à l'appui d'un mandat qui a été donné à l'automne dernier au préfet pour conduire une concertation élargie avec l'ensemble de la filière sur les propositions d'améliorations à apporter aux régimes d'aide existants pour les rendre plus efficaces dans la perspective de l’échéance de 2017. Les remontées attendues (y compris de Guadeloupe et de Martinique) permettront d'étayer notre demande à la Commission européenne d'aide complémentaire avec des données précises et argumentées.

Propos recueillis par FXG, à Paris 

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