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12 janvier 2011 3 12 /01 /janvier /2011 17:00

 

HENRI-GUAINO-27.jpgITW Henri Guaino, conseiller spécial du président de la République

« Philippe Séguin ne se reconnaissait aucun héritier »

 Henri Guaino est l’invité ce mercredi de l’université d’Aix-en-Provence, pour rendre un hommage à Philippe Séguin (qui a fait ses études à Aix). Entretien avec le conseiller spécial du président de la République, qui fut très proche de l’ancien président de l’Assemblée Nationale, sur le thème des valeurs séguinistes et de la situation politique du pays.

 

henri-guaino-7.jpgUn an après la mort de Philippe Séguin, quel héritage laisse-t-il derrière lui ?

Il laisse le souvenir d’une façon de faire de la politique et l’exemple d’une vie. Il a vu très tôt les nouveaux défis auxquels allait se trouver confrontée la politique. Pourquoi une telle émotion au moment de sa mort alors que, aux yeux de ceux qui ne voient la politique que comme une carrière, il avait échoué puisqu’il n’était parvenu ni à devenir Premier Ministre, ni Président de la République ? Parce que pour les Français, il incarnait ce vieil idéal républicain inscrit au plus profond de la plupart d’entre eux.

 

Que reste-t-il aujourd’hui du séguinisme en tant que gaullisme social ?

Philippe Séguin avait pour référence le gaullisme et la République qui, pour lui, exprimaient un attachement véritablement charnel à ce qu’il appelait l’exception française. C’était la raison d’être de son engagement politique. Il a pressenti, l’un des premiers, la gravité de la crise des valeurs. Il s’est battu pour faire comprendre que la politique allait devoir se saisir de cette question. Il plaidait inlassablement pour que la politique oppose une volonté collective à tout ce qui menace une certaine idée de l’Homme et de la République. Il disait que plus on s’ouvre, plus il faut de solidarité et non pas moins. Il fustigeait ce qu’il appelait un véritable « Munich social », imposé par la soumission à une logique financière à courte vue. La crise lui a donné raison.

 

 

François Fillon a participé à l’hommage qui lui a été rendu à l’Assemblée nationale, vendredi, et vous-même le faites ce jour à Aix. Y a-t-il un héritier de la pratique et un autre de la théorie ?

Philippe Séguin ne se reconnaissait aucun héritier. Cette histoire d’héritage l’aurait sans doute fait beaucoup rire.

 

henri-guaino-9.jpgLes valeurs Séguinistes sont-elles en phase avec les valeurs libérales, le consumérisme, la perte des repères de la jeunesse ?

Les valeurs seguinistes qui sont celles du gaullisme et de la République, loin d’être dépassées, répondent à un besoin qui n’a jamais été aussi intense tant est forte la demande de solidarité, de justice, de morale, de civisme. La crise n’invalide pas notre modèle républicain, elle tend plutôt à le relégitimer.

Certains reprochent au président de démolir le modèle républicain…

En quoi ? La réforme des régimes spéciaux de retraites ? Mais le programme du Conseil national de la Résistance sur lequel a été fondé le pacte social de l’après-guerre c’était le régime unique. La retraite à 62 ans ? Mais il s’agissait de sauver la répartition. et  le programme du CNR, c’était 65 ans. Le service minimum ? La continuité du service public est un principe fondamental de la République. Opposer la valeur travail à la spéculation et à la rente, ce n’est pas précisément de l’ultralibéralisme débridé. Les internats d’excellence, le RSA, le refus du communautarisme et des quotas ethniques, l’interdiction de la burqa : quoi de plus fidèle aux valeurs de la République ? Le respect de la loi, du droit de propriété, le rappel des devoirs, la sanction de l’absentéisme scolaire ? Quoi de plus républicain ? On peut critiquer la politique de Nicolas Sarkozy, mais certainement pas parce qu’elle serait anti républicaine.

henri-Guaino-6.jpgQui est responsable alors de la crise du modèle républicain ?

D’une façon ou d’une autre tout le monde depuis 30 ans. La crise de l’école ne date pas de 2007. La panne de l’ascenseur social, la dérive des banlieues non plus. Faut-il rappeler que la dérégulation de la finance en France c’est Bérégovoy Ministre des Finances, puis Premier ministre de François Mitterrand et que c’est l’Acte unique européen qui, en 1986, a dressé le véritable acte de décès du programme du CNR en faisant de la concurrence l’alpha et l’oméga de la politique européenne ? Il a été ratifié par la droite, négocié par la gauche, et Jacques Delors présidait la Commission européenne. Et c’est la France de Nicolas Sarkozy qui se bat aujourd’hui pour réguler la finance et pour que l’Europe cesse de tout sacrifier à la concurrence.

 

Quel diagnostic portez-vous sur l’état de la France et des Français ?

La société française se sort mieux de la crise financière que beaucoup d’autres pays. Mais toutes les sociétés des pays développés traversent une crise profonde, économique et sociale, mais aussi et surtout morale, intellectuelle, identitaire, une crise de société et même de civilisation. La France n’y échappe pas. On ne peut y répondre que par une « politique de civilisation », selon l’expression employée par le Président de la République.

 

Il avait évoqué cela en janvier 2008 mais l’affaire a fait long feu…

HENRI-GUAINO-18.jpgA l’époque cela n’a pas été compris. Peut-être parce que beaucoup de commentateurs n’avaient pas encore pris la mesure de la dimension intellectuelle et morale de la crise. Mais, depuis la grande frayeur de la crise financière, beaucoup d’illusions se sont dissipées. Depuis trois ans, la France s’est bel et bien engagée dans la voie d’une politique de civilisation. La force avec laquelle elle a porté le thème de la moralisation du capitalisme, la volonté de reconstruire une politique industrielle, le souci de protéger notre agriculture de la spéculation et des concurrences déloyales, les efforts financiers sans précédent en faveur de la recherche et des universités, l’Union  avenir sont partie prenantes d’une politique de civilisation,

 

La crise économique est donc d’abord une crise morale ?

Oui. En supprimant tous les freins à l’appât du gain à court terme et à la spéculation, en étendant indéfiniment le domaine de la marchandise, la finance débridée a détruit le fondement moral de l’économie et mis le monde dans une impasse économique et sociale. Mais la crise morale va au-delà de l’économie. Elle atteint toute la société. Quand nos enfants n’éprouvent plus la joie de la connaissance comme récompense de l’effort d’apprendre parce qu’ils croient qu’il leur suffit de cliquer sur Wikipédia pour atteindre sans peine toute la connaissance du monde on comprend bien que c’est tout le système de valeurs hérité des Lumières qui se trouve menacé.

 

HENRI-GUAINO-30.jpgPensez-vous que Nicolas Sarkozy se présentera à sa propre succession ? Et selon vous de qui devra-t-il se méfier ?

A cette question, le général de Gaulle avait répondu à la fin de son premier mandat : « Eh bien, vous le saurez le moment venu! ». Il y aurait une forme d’indécence à partir en campagne maintenant au lieu de se consacrer aux problèmes des Français et à l’accomplissement du mandat qu’ils lui ont confié pour cinq ans. Quant à ses adversaires, on ne les choisit pas, et l’on ne fait pas une campagne présidentielle contre quelqu’un, mais pour quelque chose.

 

Propos recueillis par François-Xavier Guillerm (agence de presse GHM)

Photos : Regis Durand de Girard

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Questions sur le thème du Gaullisme

 

Le président a tenu un discours hyper gaullien à Colombey lors de la commémoration de la mort du général. Assiste-t-on à une véritable inflexion gaulliste de Nicolas Sarkozy ?

Henri-guaino-3.jpgVouloir comparer Nicolas Sarkozy au Général de Gaulle serait absurde. Mais par son volontarisme, son refus de l’impuissance publique, l’énergie qu’il met à défendre les intérêts français, à faire entendre la voix de la France, partager ses valeurs, comme ce fut le cas lors de la présidence française de l’Union européenne, face à la crise financière, ou à travers le rôle qu’il assigne à la fonction présidentielle, Nicolas Sarkozy se situe dans une tradition gaullienne.

HENRI-GUAINO-14.jpgComment expliquer cette entorse au gaullisme : la réintégration du commandement intégré de la France dans l’OTAN ?

Les circonstances ne sont plus celles de 1966 quand la France sortit du Commandement intégré de l’OTAN. La guerre froide est terminée. Il n’y a plus de bases américaines en France. Les Américains ne gouvernent plus seuls l’OTAN. Ce geste était une condition nécessaire pour faire avancer la défense européenne. La France n’y a pas cédé un pouce de souveraineté sur son armée ou sa force de frappe. A l’inverse de 1966, elle ne peut pas être entraînée dans une guerre contre son gré. Enfin il était paradoxal qu’elle participa à toutes les opérations militaires de l’OTAN sans participer à la définition des plans.

Le procès en trahison du gaullisme est un procès qui ne tient pas debout. Qui sait d’ailleurs ce que ferait ou dirait aujourd’hui le Général de Gaulle, lui qui n’a jamais voulu que le gaullisme devienne une religion ?

Le ministre de la Défense, Alain Juppé, n’est pas un partisan du nucléaire militaire (tout comme son prédécesseur Hervé Morin). Encore un coup de pied dans le gaullisme ?

La position du Président de la République et du Gouvernement est claire : il n’est pas question de renoncer à la force de frappe nucléaire, ni de l’aliéner à quiconque. Mais pourquoi serait-il interdit de débattre d’un sujet aussi compliqué ? J’ai trop souffert de la « pensée unique » pour l’opposer à mon tour à ceux qui expriment une conviction différente de la mienne. Il n’y a pas de pensée unique gaulliste, mais un souci gaulliste de l’indépendance française.

 

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commentaires

thierry 12/01/2011 20:45



"Quand nos enfants n’éprouvent plus la joie de la connaissance comme récompense de l’effort d’apprendre parce qu’ils croient qu’il leur suffit de cliquer sur Wikipédia pour atteindre sans
peine toute la connaissance du monde on comprend bien que c’est tout le système de valeurs hérité des Lumières qui se trouve menacé. "


Wikipedia, Google...Et oui, les USA nous ont conçu et contruit des ponts vers la connaissance



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