Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

  • : le blog fxgpariscaraibe
  • : Caraibes, Antilles, Réunion, Outre-mer, Paris... Le blog des infos du 6e DOM, des gens originaires d'outre-mer à Paris politique economie culture justice société
  • Contact

Recherche

19 novembre 2013 2 19 /11 /novembre /2013 05:34

Corinne Mencé-Caster, presidente de l’Universite Antilles-Guyane

Corinne Mance-Caster 4« Une gestion politique peut-elle ignorer les questions universitaires ? »

On s’etonne que la ministre de l’Enseignement superieur, Geneviève Fioraso, ait pris une decision qui engage l’UAG sans même vous avoir passé un coup de fil… Que vous a dit la ministre à ce sujet lors de votre entretien jeudi soir ?

Ça a été un des éléments forts de notre échange. Son argument a été de dire que ça n’était pas une crise universitaire mais une crise éminemment politique qu’elle a dû traiter à un niveau hautement politique, interministériel, avec pour interlocuteurs à travers l’intersyndicale, les politiques guyanais. Je lui ai expliqué que, quelle que soit l’urgence politique que nous pouvions concevoir et les prérogatives d’Etat sur lesquelles nous ne nous prononcions pas, il y avait nécessairement une dimension universitaire intrinsèque au conflit et que je n’avais pas compris que la présidente de l’université ne soit pas l’interlocutrice naturelle… Elle a répliqué que son cabinet faisait l’interface. Si c’était vrai au début, très rapidement l’interface a été rompue au point que j’ai appris ses décisions par les communiqués de presse. Cela explique aussi la crispation de la communauté universitaire.

La ministre a-t-elle osé vous regarder dans les yeux ?

Ce qui est important, c’est que nous nous soyons parlées en toute franchise même si nous ne sommes pas d’accord sur tout. Ce qui est important aussi, c’est que nous ayons enfin un dialogue suivi. Mme Fioraso m’a donné l’assurance de son écoute attentive sur ce dossier ainsi que celle de ses services.

Mmes Taubira et Fioraso ont-elles penser faire un coup médiatique et politique à bon compte en annonçant l’indépendance du pôle guyanais ?

En négligeant les conséquences sur les deux autres pôles…

Cette dimension, la ministre l’a découverte ; apparemment, elle n’en avait pas saisi la complexité… L’architecture institutionnelle et la configuration organisationnelle de notre université ont donc échappé à sa compréhension. Elle semblait penser que l’on pouvait gérer le pôle Guyane indépendamment des deux autres. Il était donc important de traiter la dimension universitaire pour éviter d’avoir ce sentiment de dépossession, d’exclusion et d’être mis devant le fait accompli sur des décisions qui concernent directement l’université. La presse s’en était fait l’écho d’ailleurs.

Qu’appelez-vous dimension universitaire ?

Des doctorants nous demandent s’ils auront un diplôme UAG, des étudiants en médecine demandent si le numerus clausus existe toujours… On a eu l’impression que l’UAG était démantelée immédiatement sans aucune concertation. L’autonomie des universités, les principes de démocratie, de collégialité doivent primer sur tout le reste et il est nécessaire de retourner à un fonctionnement normal, de bien comprendre que l’UAG continue d’exister et qu’il faudra bien entendre la voix des deux autres pôles pour construire un avenir de l’enseignement superieur et de la recherche digne de ce nom dans nos régions. On ne fera pas l’économie de cette réflexion, on ne fera pas l’économie de cette ambition légitime et qui traverse d’angoisse et d’inquiétude non seulement les universitaires, mais la société civile.

Quelle légitimité accorderez-vous à l’administratrice provisoire du pôle guyanais ?

Il ressort de nos discussions avec le ministère que, pour ce qui concerne une université de plein exercice en Guyane, elle rend compte à la ministre puisque nous ne sommes pas, nous, porteurs de ce projet et de ses modalités. Mais pour tout ce qui concerne la gestion de l’établissement, à partir du moment où l’administratrice est en fonction et qu’elle travaille sur le pôle guyanais, elle doit rendre compte à la présidente de l’université qui est l’autorité de l’établissement. Si cela n’est possible, cela veut dire que nous ne sommes pas nous-même une université de plein exercice.

Que va-t-il advenir des MM. Dorville et Fotsing, les deux élus destitués ?

Leur situation fait partie de ces éléments que nous aurons à travailler avec l’administratrice provisoire. Mais nous restons sur notre cap. Pour les membres de la communauté universitaire, il y a là quelque chose qui ne relève pas du respect du droit. Quelles que soient les raisons d’Etat, les raisons politiques que nous n’avons pas à commenter, notre ligne est de continuer à défendre les principes d’autonomie, de démocratie et de collégialité.

La ministre vous reproche de ne pas avoir attribué à la Guyane deux postes prévus pour son pôle…

Nous avons eu un échange assez vif à ce sujet. La politique que j’ai mise en place avec mon équipe depuis janvier 2013 est de rééquilibrer les moyens, en particulier sur le pôle guyanais. Si les postes n’ont pu être déployés en Guyane, c’est parce que la grève nous a empêché de réunir le conseil d’administration de l’université qui devait statuer sur ces questions. Mais pourquoi au moment où l’on annonce plus d’autonomie sur le pôle guyanais, plus de moyens, cette grève éclate-t-elle ?

N’était-il pas prévu que le pôle de Guyane prenne son indépendance en 2020 ?

Oui, en effet. Lors des assises de l’Enseignement supérieur et de la Recherche en 2012, la Guyane s’est prononcée pour une université de plein exercice à l’horizon 2020. La Guadeloupe et sa présidente de région ont dit que l’UAG était trop petite pour la subdiviser encore. La Martinique a parlé de renforcer son autonomie dans le cadre d’un établissement unique. Nous avons construit notre programme présidentiel sur ces positions-là. Il y a eu ensuite le vote de la loi Fioraso en juillet 2013 qui nous demande de travailler sur une ordonnance pour plus d’autonomie. Et c’est ce que nous avons mis en place dès la mi-septembre. Donc, nous sommes surpris lorsque nous entendons brusquement parler d’autonomie renforcée, surpris que l’on nous dise que le pôle Guyane connaît un déséquilibre alors que nous avons un vrai programme. Et alors que nous sommes dans ce chantier, des décisions politiques viennent fragiliser un établissement qui a déjà une configuration complexe.

Et de grandes difficultés financières depuis des années…

Actuellement, ce ne sont pas des difficultés financières parce que nous pouvons payer nos charges. C’est plutôt un problème de gestion administrative et financière et de sa modernisation. L’université est jeune et n’a pas eu une trajectoire linéaire. Ses pères fondateurs se sont battus pour s’arracher de la tutelle de Bordeaux et construire un établissement autonome avec des réformes nationales qui se sont succédées notamment depuis 2007… Ce n’est pas la grève qui a mis au jour ces problèmes ! Et le fait que le pôle guyanais apparaît en tant que juge est grave alors qu’il est dans l’UAG, qu’il continue d’être géré par les instances de l’UAG, et que ses responsables successifs ont aussi à rendre des comptes aux Guyanais. Mon équipe et moi-même avons entendu un malaise, nous avons essayé d’y répondre par des propositions concrètes, qui ont été reprises sans nous citer ! Et maintenant on voudrait nous faire croire que c’était juste une gestion politique ?! Comment une gestion politique peut-elle ignorer les questions universitaires ? Nous ne transigerons pas sur ce point.

Et maintenant, que va-t-il se passer ?

D’abord, rappeler que l’UAG existe bien et qu’elle doit retrouver un fonctionnement normal. Nous avons mis le doigt sur des difficultés qui pourraient demeurer en raison des décisions qui ont été prises. La direction générale  de l’enseignement superieur nous a promis de nous aider à retrouver un fonctionnement normal, voter notre budget, délivrer nos diplômes, continuer nos formations, employer nos vacataires… Et la communauté universitaire, en Martinique comme en Guadeloupe, demande à être associée pleinement aux décisions concernant l’avenir. Pendant les trois jours qui suivent, les 18, 19 et 20 novembre, sur chacun des deux pôles, la communauté va se réunir en ateliers pour pouvoir dégager les modalités d’une consultation et donner aux politiques, qui vont rencontrer la ministre le 21, un certain nombre d’indicateurs sur ses positions.

Quels scénarios se dessinent-ils ?

Rien n’est arrêté. Nous voulons justement encourager une parole libre et sereine de la communauté sur ces sujets, qu’elle soit consultée et prenne toute sa place dans la construction de quelque chose d’ambitieux pour nos régions, pour nos populations et pour nos jeunes.

Propos recueillis par FXG, à Paris

Partager cet article

Repost0

commentaires

Articles Récents