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8 août 2014 5 08 /08 /août /2014 05:00

Cahier d’un retour au pays natal à AvignonJoel-Lokossou-Cesaire.jpg

 Difficile de convaincre les badauds dans les rues d’Avignon, quand bat le feu du festival, d’aller voir un spectacle quand on sait que le Off, cette année, en offrait quelque 1300 ! Et pourtant, Renaud Lescuyer, un metteur en scène lyonnais, semble avoir trouvé une parade : « Beaucoup de gens, au moment où ils entendent Césaire, reviennent sur leurs pas et prennent le flyer. Il y a tous ceux qui connaissent Aimé Césaire et il y en a peu qui ne le connaissent pas et il y en a peu qui l’ont lu. Et puis il y a ceux qui connaissent le Cahier, et là on touche au but ! » Renaud-Lescuyer.jpgRenaud Lescuyer, avec la compagnie Persona, est allé chercher un comédien béninois, Joël Lokossou, et un compositeur qui n’est autre que le fils de Wilfredo Lam, Stéphane Lam, pour monter au centre européen de la poésie d’Avignon la première œuvre d’Aimé Césaire. « J’ai découvert ce texte avant mon premier séjour en Martinique, en 1999, avec l’idée d’un jour le monter au théâtre. » L’idée est restée en suspens car le jeune metteur en scène trouvait le sommet difficile à grimper. Et puis, il y a cinq ans, la rencontre avec Joël Lokossou lui a ouvert un horizon. « Je ne voulais pas que ce soit un projet de Blanc, j’avais besoin de quelqu’un qui était vraiment au contact de cette histoire, de cette réalité. » Et puis, Joël Lokossou est un acteur qui a une puissance d’incarnation du verbe phénoménale. « Il est dans un rapport sacré à la parole ! Et c’était essentiel avec ce texte qui a une dimension chamanique, spirituelle extraordinaire. » Renaud Lescuyer et Joël Lokossou se sont ainsi lancés dans ce qu’ils appellent « une danse de mémoire ». Sur scène, ils passent du blues à la cérémonie incantatoire vaudou, en passant par le cri, le chant, une expérience d’incarnation de la parole qui emmène le spectateur extrêmement loin dans la recherche de soi-même. « Le Cahier n’est pas qu’un spectacle, indique Renaud Lescuyer, c’est un rituel de passage qui offre une compréhension de ce que le peuple noir a vécu et vit. Césaire donne une grande vision prophétique sur les rapports entre l’homme blanc et l’homme noir et propose une réconciliation qui me touche infiniment et qu’on avait envie de partager avec le plus de personnes possible. »

Joel-Lokossou.jpgLes paysages musicaux composés par Stéphane Lam, la scénographie et les lumières accompagnent les différents mouvements de la pensée d’Aimé Césaire, son rituel poétique, son voyage, de la prise de conscience à la colère en passant par la mémoire jusqu’au temps de l’acceptation et de la proposition d’une réconciliation sans concession. « Ce voyage théâtral s’inspire de l’histoire et de la géographie des souffrances infligées à l’homme noir. »

Avant d’atterrir à Avignon, La compagnie Persona est allée roder cette mise en scène trois ans durant au Bénin, en Kabylie, en Haïti (et s’ils n’ont qu’une envie, aller montrer leur spectacle au pays natal de Césaire, ça n’est pas encore fait…), « les pays qui ont connu l’oppression et l’esclavage », et les voilà bouclant leur voyage triangulaire en Europe, « le pays des esclavagistes » pour ouvrir le jeu avec un public encore plus large. Ce « Cahier » là veut encore vivre sur les scènes du monde. 3C’est un spectacle, conclut Renaud Lescuyer, qui touche beaucoup de monde à la surface du globe et, parfois, je suis effaré de constater que ce sont les intellectuels et les universitaires français qui sont les plus réticents par rapport à l’œuvre de Césaire. »

FXG, à Avignon

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