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31 janvier 2010 7 31 /01 /janvier /2010 23:32
trompasInterview Pierre-Olivier Trompas

Jeudi 28 janvier, le public du Festival international du film océanien (FIFO) à Papeete a pu voir le documentaire de Pierre-Olivier Trompas, « L’archipel des forçats ». A travers la vie de quelques hommes, ce docu-fiction raconte l’histoire du bagne de la Nouvelle-Calédonie et, en même temps, celle d’une colonisation dont les « transportés » furent amenés à être des acteurs essentiels.

« C’est un film qui n’était pas faisable il y a dix ans »

Qu’est-ce qui vous a donné envie de vous intéresser aux ancêtres bagnards d’une partie de la communauté calédonienne ?

Ce qui m’a donné envie, c’est que dès qu’on regarde le pays, on tombe sur quelque chose qui vient du bagne. Que ce soit une certaine façon d’être, les mentalités, les pierres, les routes, les ponts, les bâtiments… Ca, c’est déjà la première base. La seconde, c’est qu’on est dans un moment en Calédonie où on peut lever une partie du non-dit qu’il y a sur cette période. Mais il ne s’agit pas vraiment d’envie, c’est davantage qu’il y a une certaine fierté de racine malgré tout. C’est un film qui n’était pas faisable il y a dix ans.

Vous montrez dans ce film des gens qui commencent à assumer le passé bagnard de leur famille… A quoi était dû ce voile jusqu’alors ?

C’était tout simplement dû au fait que parmi les bagnards qui sont arrivés, il y avait des assassins, des cas assez graves et c’était tu dans les familles. Il y avait aussi une scission qui était faite par la bonne société pensante plutôt nouméenne.

Vous permettez au spectateur néophyte de comprendre avec ce qui s’est passé en Nouvelle-Calédonie en quoi des gens peuvent se considérer aussi bien Calédonien que les Kanaks…

C’est exactement le cas. Ca a été reconnu à l’occasion du congrès de Nainville-les-Roches qui a précédé les événements parce qu’il n’a pas été possible d’avoir une entente, mais il y a au moins un truc qui a connu une avancée à cette époque-là, c’est que les Kanaks revendiquaient le fait d’être cités comme victime de l’histoire et les descendants de bagnards avaient demandé aux négociateurs indépendantistes de l’époque d’être eux aussi considérés comme des victimes de l’histoire parce qu’ils n’avaient pas choisi de venir en Nouvelle-Calédonie. Il ne faut pas oublier que sous la colonisation par le bagne, il y avait interdiction de retour en France. Ca a été parfaitement accepté.

Beaucoup de descendants de bagnards s’expriment dans ce film. La parole s’est-elle facilement libérée ?

Non, il n’y a rien de facile. Ca s’est fait grâce à l’intervention de Louis-José Barbançon, l’historien qui a travaillé avec nous sur le film, qui lui-même est un descendant du bagne, et parce qu’il était là et parce qu’il y a une connaissance de son travail depuis trente ans sur le bagne, les gens se sont livrés plus facilement. Il n’aurait pas été là, on n’aurait pas eu le même résultat sans lui.

Votre film renvoie à ce qui a pu se passer aux Antilles par exemple. Les descendants d’esclaves ont parfois tendance à comparer leur sort à celui des Kanaks, alors que par certains côtés, ils sont comme les fils de bagnards, des victimes de la déportation, des victimes de l’histoire…

Quelque part oui… Bien qu’il n’y ait pas de comparaison directe possible entre les Antilles et le monde Kanak. Les Kanaks sont un peuple premier et les Antillais des descendants d’esclaves. Mais oui, il peut y avoir quelque chose de comparable dans une certaine mesure car l’esclavage n’est pas ce qu’ont vécu les bagnards même s’ils ont été un peu esclaves du système aussi. Mais ce n’est pas tout à fait la même logique.

Propos recueillis par FXG, agence de presse GHM

 

 

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