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5 décembre 2011 1 05 /12 /décembre /2011 06:07

L’invention du sauvage au musée du quai Branly

à Paris, jusqu’au 3 juin 2012Blanchard-Snoep-Thuram.jpg

« Mon arrière grand-père a été exhibé parce qu’il était Breton. L’histoire des exhibitions humaines n’appartient pas plus à moi qu’à Lilian Thuram. » Pascal Blanchard, commissaire scientifique avec Nanette Jacomijn Snoep de l’exposition, L’invention du sauvage, au musée du quai Branly, estime que « désigner le sauvage, c’est désigner la norme. » Caraibe-au-jardin-d-acclimatation.jpgLes Anglais ont exposé des Irlandais, les Français des Corses et des Flamands et bien sûr tous les peuples du monde, nouveaux  à leurs yeux. Avec quelque 500 pièces exposées (affiches, cartes postales, sculptures, films dont le 12e des frères Lumières, en 1895 !), l’exposition offre un parcours terrible sur les chemins de la cruauté humaine et sur les traces du racisme scientifique. « Une exposition où l’on marche sur un volcan, mais où l’importance et le nombre de pièces permettent d’éviter les écueils que guette pareille aventure », selon Pascal Blanchard. caravane-egyptienne-ACHC.jpgCar le risque n’était pas loin que de reproduire ce voyeurisme malsain qui a fait florès entre 1894 et 1940. Les zoos humains ont été visités par 1 milliard et demi de visiteurs entre ces deux dates en Europe, en Amérique du Nord et même au Japon où l’on exposait des « Coréens cannibales » et des Européens (Osaka en 1903) ! Au jardin d’acclimatation de Paris, dans les expositions universelles ou coloniales, on allait voir les Galibis, les Kanaks, les Africains, les Arabes comme on allait voir Elephant man ou la femme à barbe… Galibis-carte-postale.jpgA Saint-Louis, Missouri, en 1904, 7 500 « figurants exotiques » ont été exposés. On a organisé pour eux des « Jeux anthropologiques ». « En même temps qu’on fabrique l’image de l’altérité, on fabrique l’image de l’Occidental, raconte l’historien. Les zoos humains sont la version démonstrative de l’assimilation ». Lilian Thuram, commissaire général de l’exposition, ne dit pas autre chose quand il déclare : « On devient noir dans le regard de l’autre. » Loin de tout voyeurisme donc, cette exposition est avant tout une réflexion sur l’altérité et la perception de l’autre. Pour justifier l’esclavage, la colonisation et son rôle civilisateur, l’occidental a eu besoin de se prouver sa supériorité. « Le sauvage n’existe pas, mais l’occident l’a créé car il en avait besoin », analyse Pascal Blanchard.Senegalais-au-champs-de-mars-1895.jpg

Sauvages volontaires et critiques contemporaines

Femme-plateau-exposee.jpgL’exposition et son superbe catalogue ne sont pour autant pas un exercice de repentance. On y apprend que bien souvent, des « sauvages » ont été volontaires, qu’ils étaient rémunérés, même si cela a été, dans le cas de Congolais, en batteries de cuisine ! En Suisse, des figurants ont même fait une grève parce qu’on exigeait d’eux une représentation supplémentaire par jour. Quatre semaines de grève ! Des personnalités, comme le Sénégalais Thiam ont participé à des exhibitions, à Lyon en 1894, à Grenoble en 1924. Expo-coloniale-Marseille-1922.jpgEntre les deux dates, il est devenu maire adjoint de Gorée. Beaucoup sont morts aussi, 300 de froid à Saint-Louis (USA), 18 de la variole à Barcelone, 18 Galibis au jardin d’acclimatation au bois de Boulogne… Enterrés sur place. Leurs descendants en Guyane française réclament aujourd’hui les corps. Il y a toutefois eu des critiques. Léon Werth, le premier, dénonçant « le nègre clown » déclarait sa « honte d’être blanc ». M. Blot, maire d’Angers, organisateur d’une exposition en 1909 a fait, a posteriori, son autocritique. Un journaliste d’extrême droite les a violemment critiqués dans Gringoire lorsqu’il a reconnu ses compagnons d’armes Kanak… spectacle-de-la-baignade.jpgDes Sénégalais et la Martiniquaise Paulette Nardal aussi dans un article publié en 1937 et intitulé « Ce n’est pas nous ». Le plus paradoxal étant que c’est à Blaise Diagne qu’il est revenu d’inaugurer avec le maréchal Lyautey l’exposition coloniale de 1931… Manque une image dans cette exposition, c’est celle de Grace Jones en cage, lors du défilé du bicentenaire de la révolution de 1789, avec cette pancarte : « Je ne suis plus une sauvage. » Jean-Paul Goude n’a pas souhaité la communiquer.

FXG (agence de presse GHM)

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