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14 mars 2014 5 14 /03 /mars /2014 08:00

Chamoiseau refait les contes

Chamoiseau-contes-pays-Martinik.jpgAvec Veilles et merveilles créoles, publié aux éditions du Square, l’auteur martiniquais, Patrick Chamoiseau se réempare de contes écrits naguère par lui-même, mais oubliés depuis 25 ans. En feuilletant cet ouvrage illustre par Georgia Grippo Belfi, le lecteur retrouve des personnages familiers (Nani-Rosette, Ti Jean l’horizon, la Madame Kéléman) et se replonge instantanément dans le plus pur bouillon de culture créole. « Notre conteur, écrit Patrick Chamoiseau dans son court prologue, est le délégué à la voix d’un peuple enchaîné, affamé, vivant dans la peur et les postures de la survie. » Et du flot de ses paroles émergent les animaux du bestiaire africain (la baleine, l’éléphant, la tortue, le tigre et… Compère lapin), des personnages d’influence plus européenne (Le diable, Bondié, Cétoute, Ti Jean…), et des histoires mille fois entendues dans le fin fond des mornes comme « Lapli bel anba la bay » qui inaugure ce recueil de onze contes. La langue de Chamoiseau, matinée de refrains en créole, se prête à merveille à cet imaginaire créole qui remonte à l’habitation des XVIIe et XVIIIe siècles. Ainsi, il nous narre l’histoire de cette vieille dame,  qui « vivait en chipontong » et était « la meilleure amie de la famine » (dans « Une graine de giraumon »). A la manière des griots, Chamoiseau introduit quelquefois le conte à la première personne pour mettre en scène une transmission : « J’ai vu ce conte passer aux abords de ma case… » De conte en conte, il distille une mythologie créole depuis les navires de la traite négrière (« La personne qui asséchait les cœurs ») au « négrillon en survie dans les champs des békés » (« Ti Jean l’horizon ») en passant par le nègre Yé qui « fuyait le travail du champ des békés, de leurs hautes sucreries et même de leurs moulins » (« Yé, maître de la famine »).

La faim reste très présente dans cet imaginaire où l’on croise Nani Rosette et sa « bouche douce », « l’accra de la richesse » ou encore l’oiseau Glan glan… « Le conte créole, écrit encore l’auteur, dit que « la peur est là, que chaque brin du monde est terrifiant et qu’il faut savoir vivre avec. » Si ces « contes de la survie » ont pour mission de distraire lakou, ils sont, poursuit Chamoiseau le conteur, « un mode d’apprentissage de la vie, ou plus exactement de la survie en pays colonisé », car le conteur était un esclave transmuté la nuit en maître de la parole.

FXG, à Paris

Veilles et merveilles créoles, contes du pays Martinique, édition Le Square. 16 euros.

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