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6 octobre 2014 1 06 /10 /octobre /2014 06:48

L'alerte du CReFOM sur les ultramarins partis au Djihad

Vergoz-Lurel-Karam-mere-temoin.jpg"Il y a onze Antillais qui sont partis pour une destination inconnue, vraisemblablement faire le djihad, seuls ou avec leur famille, ils venaient des communes de Limeil-Brévannes et de Boissy-Saint-Léger (94) et ils fréquentaient tous la même mosquée. Que s'est-il passé dans cette mosquée ?" Patrick Karam, président du CReFOM, a lancé hier à Paris un appel aux familles antillaises touchées par ce phénomène pour "briser le silence et casser la peur". Pour appuyer son propos, le président de la Coordination Chrétiens d'orient en danger (CHREDO) et du Conseil représentatif des Français d'Outre-mer (CReFOM) avait amené à ses côté une mère de famille venue, masquée, témoigner de la disparition de son fils de 37 ans, sa belle-fille et leurs trois enfants. La mère se tourne alors vers l'imam de Saint-Denis qui la réconforte mais ne sait l'aider, puis vers l'imam de Limeil-Brévannes, celui qui a marié son fils et que ce dernier considère comme un père. Le religieux aurait refusé à cette mère de donner son nom et ne lui a fourni aucune piste alors que les onze jeunes convertis qui sont partis étaient tous ses ouailles... Tout juste a-t-il concédé qu'il avait déjà exclu une dizaine de jeunes de sa mosquée. En fait de mosquée, il semble que ce ne soit qu'une salle de prière installée chez un particulier dans un immeuble d'habitation, place de la Hêtraie à Limeil-Brévannes.

Les autres parents qui ont vu partir leurs enfants, veillent sur leurs petits enfants qu'ils accompagnent et vont chercher à l'école. Ils sont inquiets, mais aussi silencieux. Trois présidentes d'associations antillaises de la Seine Saint-Denis venues participer fin septembre à la création de l'antenne dionysienne du CReFOM, ont avoué être aussi concernées par le départ au djihad d'un enfant, mais elles refusent de témoigner publiquement par peur.

Aslan-Timol.jpgPrésent lui aussi hier avec les parlementaires ultramarins Vergoz et Lurel, Aslan Timol, délégué de la Grande mosquée de Saint-Denis de la Réunion et membre du Conseil français du culte musulman (CFCM), a mis en garde contre la tentation d'amalgamer musulmans et radicaux, et indiqué que le CFCM allait regarder cette mosquée de près... Mais il a prévenu que "la porte de la radicalisation de l'islam en France ne passait plus par les mosquées mais par Internet". "Dans 95 % des cas, la radicalisation passe par des sites internet basé en Syrie", assure Patrick Karam qui cite les services qu'il a rencontrés avant hier, en l'occurrence, l'unité de coordination de la lutte anti-terroriste (UCLAT) du ministère de l'Intérieur.

"Les recruteurs habiles utilisent l'image du père, la lutte du bien contre le mal, la défense des musulmans, celle des enfants. Les filles, poursuit Patrick Karam, reçoivent des promesses de mariage ou celles qu'elles prendront soin des soldats de Dieu et elles finissent femmes à soldats dans des bordels."

FXG, à Paris


Témoignage

Mere-temoin.jpg"Mon fils s'est converti il y a longtemps, en même temps que d'autres Antillais qu'il fréquentait dans son quartier. Ma belle-fille s'est convertie par amour pour lui et ils se sont mariés devant l'imam de Limeil-Brévannes. Au début, elle allait à la mosquée avec un simple voile puis elle est passée au voile intégral, aux gants pour cacher ses mains... Mes petits enfants ont été pris en main pour apprendre le coran. C'est quand on lui a refusé l'accès à l'école avec son voile qu'elle a choisi de partir en Egypte (alors aux mains des Frères musulmans, NDLR). Ma belle-fille est partie en 2012 avec mes deux petits-enfants. Elle était enceinte du troisième. Mon fils les a rejoint pour l'accouchement. Il me donnait encore de ses nouvelles. Mon fils m'a appelé quand sa fille est née : "L'accouchement s'est bien passé, la gamine te ressemble." Son frère aîné a gardé le lien avec son petit frère jusqu'en juin 2013 puis le fil s'est rompu... Je regarde la télé tous les jours, BFM TV, et j'ai peur de voir mon fils en armes ou même mon petit-fils... Mon fils s'est converti pour être dans la droiture, pas dans la barbarie."


Une plateforme d'écoute et de signalement

Karam-et-mere-temoin.jpgLes services du ministère de l'Intérieur ont mis en place une plateforme d'écoute et de signalement en avril dernier avec un numéro vert (0800 005 696). Elle a permis d'établir 420 signalements qui donnent lie ensuite à un traitement social et/ou antiterroriste. Les services de renseignement français, de leur côté, ont évalué à 930 le nombre de musulmans français partis faire le djihad et répartis en deux brigades françaises, l'une en Irak, l'autre en Syrie. Le chef de l'UCLAT n'a pas voulu confier au CReFOM de chiffres relatifs aux Antillais, mais il a concédé qu'il y en avait aussi. Le premier attentat suicide de Daesh (Etat islamique) a d'ailleurs été perpétré par un martiniquais de 19 ans, il y a quelques semaines.

En revanche, aucun Réunionnais ou Mahorais n'ont été signalés à la plateforme, mais, selon Patrick Karam, les services secrets pensent qu'il y a eu des départs et, en tous cas, des gens en passe de partir. Les services français cherchent à les identifier pour anticiper leur retour et les éventuels actes terroristes qu'ils pourraient accomplir dans l'Hexagone ou en outre-mer. 230 sont déjà revenus dans 85 départements.


Profils des musulmans d'outre-mer

Aslan Timol a identifié deux types de profils de musulmans ultramarins : les musulmans de souche (Réunionnais et Mahorais) et les convertis (ces derniers représentent 20 % de ceux qui partent combattre). Il observe qu'une première vague de conversions a eu lieu aux Antilles après la révolution iranienne de 1979, puis dans l'Hexagone. "Il existe des poches de populations où beaucoup d'Antillais ont été sensibles à cette démarche de radicalisation." Ainsi, il y a eu l'affaire Willy Brigitte qui a été condamné pour avoir programmé une tentative d'attentat en Australie après s'être converti à l'islam, ou encore le cas de Teddy Valcy, condamné cette année à 9 ans de prison pour complicité de tentative d'évasion de l'artificier de l'attentat du RER Saint-Michel en 1995. Si Teddy Valcy, détenu de droit commun converti en prison, a été reconnu coupable, le tribunal n'a pu retenir le lien avec une entreprise terroriste.


Said-Oujibou.jpgUn plan de déradicalisation

Saïd Oujibou est engagé dans un programme de déradicalisation que le CReFOM veut adapter aux jeunes ultramarins en les inscrivant dans un dispositif national. Ce travail de déradicalisation sera mené avec les mosquées en outre-mer (il y en a 40 à la Réunion, une centaine à Mayotte et 10 aux Antilles), avec les associations ultramarines implantées dans l’Hexagone et avec les élus d'Outre-mer. " Ce plan, explique M. Karam, est un modèle et un exemple pour l’ensemble des Français auxquels nous demandons de suivre cet exemple".


Sophie Elizéon et le CIPD s'engagent aussi pour la prévention des signes de radicalisation des jeunes ultramarins

Le jour même où le CReFOM interpelait l'opinion sur le phénomène djihadiste chez les jeunes ultramarins, la délégation interministérielle à l'égalité des chances des Français des Outre-mer a annoncé qu'elle s'engageait avec le Comité interministériel de prévention de la délinquance (CIPD) en faveur de la prévention et de la détection précoce des signes de radicalisation des plus jeunes. La déléguée interministérielle, Sophie Elizéon fait savoir que dès le mois de juin dernier, un certain nombre de présidents d’association l'ont interpellée sur la possible radicalisation religieuse d'une partie de la jeunesse ultramarine de l'Hexagone. Le Préfet N'Gahane, secrétaire général du CIPD, et Mme Elizéon ont décidé d'ouvrir aux associations ultramarines de l'Hexagone, dès ce mois d'octobre, le "programme de formation à destination des acteurs locaux pour la prise en charge et l'accompagnement des familles et des jeunes". Le CIPD a organisé une dizaine de ces sessions depuis le mois de mai.

FXG, à Paris

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