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10 mars 2010 3 10 /03 /mars /2010 02:51

thuram10.jpgITW Lilian Thuram

« Etre ministre de la diversité n’est pas quelque chose qui m’intéresse »

 

L’ancien champion du monde sera en Guadeloupe à compter du 21 mars. Au programme de la star, des rencontres avec les scolaires pour évoquer le travail qu’il fait avec sa fondation, Education contre le racisme. Interview.

La publication de votre livre, Mes étoiles noires, est-elle un prolongement de votre engagement et du travail de votre fondation ?

thuram9.jpgC’est la première manifestation de la fondation Education contre le racisme. Pendant très longtemps, on a eu un discours moralisateur autour du racisme et aujourd’hui il faut accompagner la morale par de la connaissance pour remplacer les croyances et pour déconstruire le mécanisme du racisme. J’ai eu énormément d’étoiles lorsque j’étais à l’école, beaucoup d’étoiles blanches, Socrate, Baudelaire, Einstein, Marie Curie, Mère Teresa… et je me suis dit que je n’avais pas eu d’étoiles noires. Quand je demande aux personnes de me citer leurs cinq étoiles noires, ils prennent soudain conscience qu’il n’en ont pas…

thuram4.jpgAujourd’hui, dans mon travail d’explication du racisme avec les enfants, je me rends compte qu’ils pensent qu’il y a plusieurs races, et d’ailleurs 55 % de la population française le pense aussi (sondage réalisé à l’occasion de la sortie du livre par LH2 sport), pourtant nous devrions savoir qu’il n’y a qu’une espèce, l’Homo sapiens. Et ces prétendues races sont déterminées par la couleur de peau. Il s’agit du même dénominateur que les scientifiques et théoriciens du XIXe siècle tel que Gobineau qui a écrit De l’inégalité des races, prônaient. Les enfants disent encore que les Noirs chantent bien, dansent bien et courent vite. Mais comment en vouloir aux enfants  quand on observe notre société ? Dans l’inconscient général, ces représentations sont toujours inscrites.  Le jour où ces enfants auront aussi des étoiles noires dans tous les domaines, les préjugés tomberont.

Et vous, depuis quand vos étoiles noires vous parlent ?

Quand je suis arrivé des Antilles à Bois-Colombes, à l’âge de 9 ans, je me souviens qu’il y avait un dessin animé qui passait à la télé, qui s’appelait La noiraude. C’était une vache noire un peu stupide et dépressive qui appelait sans cesse son appelait son docteur… Et certain de mes camarades me surnommait La noiraude. C’est là que j’ai commencé à me poser des questions. Pourquoi la couleur de ma peau était chargée de connotation négative. Ma mère n’avait pas de réponse, les gens autour de moi non plus…

Thuram7.jpgMais vos étoiles noires ?

La première fois que j’ai entendu parler des peuples Noirs à l’école, c’est par le biais de l’esclavage. Mais que faisaient-ils avant ? Je n’ai pas osé poser la question… Et je ne me posais pas la question des étoiles noires puisqu’il n’y en avait pas. Je ne sais pas à quel âge, j’ai eu conscience de ces étoiles, mais c’est en dehors de l’école, en rencontrant des personnes comme l’égyptologue Alain Anselin qui enseigne à l’université des Antilles…

Il a été un des éveilleurs de votre conscience ?

C’est vrai que Monsieur Alain Anselin m’a mis sur la route. J’ai eu la chance aussi de rencontrer très jeune Aimé Césaire. Lorsque j’étais joueur de foot, des inconnus m’envoyaient des livres… J’ai rencontré des historiens, des sociologues et peu à peu je me suis créé un panel de personnages qui m’ont permis de changer ma vision de l’histoire du monde, et surtout d’avoir confiance en moi et de ne pas tomber dans une victimisation. En effet dans une société où il y a peu d’étoiles noires, en dehors des sportifs et des chanteurs, il y a le risque de se sentir victime, par exemple autour de l’esclavage. Thuram5.jpgC’est vrai que la façon dont on m’a appris l’esclavage laisse penser que c’était une confrontation entre Noirs et Blancs. Or l’esclavage était avant tout un système économique. Au moment où il y a  l’esclavage aux Antilles, en France, il y a le servage qui est aussi une exploitation de l’homme par l’homme sans être une question de couleur de peau. on ne l’explique pas assez Il faut avoir l’intelligence de comprendre que l’âme blanche le peuple blanc ou la pensée blanche n’existe pas plus que l’âme noire, le peuple noir ou la pensée noire.  Il n’y a pas de fardeau blanc et il n’y a pas d’intelligence blanche.

C’est-à-dire ?

Une fois, j’ai dit à mon fils Khephren : « Tu es le seul Noir de ta classe… » « Mais papa, je suis pas noir, je suis marron. » « Et les autres ? » « Ils sont roses. » On voit bien que le Blanc, le Noir n’est une construction.

Jeune footballeur encore anonyme, avez-vous eu à souffrir de racisme ?

thuram11On est plus suspect car il y a des préjugés collés à votre couleur peau. Mais je ne culpabilise pas les gens. Voilà pourquoi il faut revenir à l’histoire pour déconstruire les préjugés. Par exemple, sur le site de l’UMP, pour parler de la délinquance, il y avait récemment des photos de garçons noirs… Ca veut dire que dans l’inconscient collectif, des garçons de couleur noire seront plus suspects pour certaines personnes que d’autres. Le racisme le plus dangereux est le racisme inconscient. Toutes ces problématiques de racisme sont dues à notre éducation et à l’histoire qu’on nous raconte notre car personne ne naît raciste, on le devient. Le même sondage montre que 80 % des français entendent parler pour la première fois des Noirs avec l’esclavage, la colonisation et l’apartheid… les personnes de couleur noire sont en position d’infériorité. Obligatoirement cela joue dans l’inconscient collectif. Si ces mêmes 80% rencontraient l’histoire des peuples noirs par le pharaon Taharqa, par Eosope etc, l’inconscient collectif serait autre.

On vous a reproché d’avoir demandé un cachet exorbitant pour parler de ces questions aux jeunes Alsaciens. Qu’en est-il réellement ?

Je me refuse à croire que quelqu’un puisse penser que cela peut être vrai que j’aie demandé 20 000 euros pour aller parler à des enfants… Mais, j’ai eu Monsieur Zeller (Adrien Zeller, ex président (DVD) de la Région Alsace, décédé en 2009, ndlr) qui m’a dit que quelqu’un lui avait demandé 20 000 euros. Je lui ai répondu que la moindre des choses aurait été de m’appeler pour savoir si c’était vrai. M. Zeller m’a dit qu’il ferait un démenti. Il l’a fait du bout des lèvres, tièdement. Ce qui ne m’étonne pas car très peu de personnes ont le courage de dire « je me suis trompé.»

Ce genre d’attaques vient montrer que vous dérangez. Depuis 2005, vous êtes une voix qui va à contre courant…

thuram1.jpgJe n’ai pas l’impression de déranger. Avec mon livre par exemple, j’essaie de  questionner la société. Le jour où il aura sur les affiches aux murs des écoles et dans les livres des scientifiques, des inventeurs, des explorateurs, des philosophes de toutes les couleurs et de tous sexes, ne pensez-vous pas qu’il y aura moins de préjugés.

On vous a fait pourtant porter à vous seul le symbole de l’anti-Sarkozy. Etait-ce lourd, exagéré ou simplement conforme à vos ressentis ?

Je ne me suis jamais senti prisonnier, j’ai donné mon point de vue et cela s’arrêtait là.

Ca a pourtant souvent été ressenti comme une attaque et des gens ont répondu pour lui. Je pense à Patrick Karam qui était monté au créneau face à vous pour défendre le futur président…

Je disais simplement un ressenti par rapport à un vécu précis et je pense qu’il faut à un moment donné arrêter d’avoir des préjugés sur les personnes par rapport à la couleur de leur peau, à leur religion, à leur sexualité, au lieu d’habitation… Comme j’ai vécu cela quand j’étais jeune, j’interpelle en demandant si une personne qui est ministre de l’Intérieur ne doit pas avoir un rôle d’éducateur positif pour fédérer et non diviser.

Question de cohésion sociale ?

Exactement. Les réflexions sur le racisme et les discriminations ne peuvent pas être séparées de l’égalité et de la justice sociale.

Quel est le quotidien du militant Lilian Thuram ?

Thuram3.jpgJe ne suis pas militant ! Je suis un homme concerné. Je travaille au sein de la fondation, je rencontre des personnes qui ont envie de porter la réflexion dans la société. Nous travaillons avec la banque CASDEN et la Mutuelle Générale de l’Education nationale pour proposer aux Professeurs des écoles un outil pédagogique pour la rentrée 2010 dans les classes de CM1 et CM2. Nous préparons avec le musée du quai Branly une exposition autour des zoos humains, comme lors de l’exposition universelle de 1931. Tout ça pour déconstruire nos imaginaires… La problématique que j’aborde ici est la même que pour les femmes. Dans les imaginaires, la femme a une place déterminée parce que notre éducation nous a amené à le croire.

Peut-on imaginer vous voir vous impliquer dans la vie politique ?

Non, je ne pense pas. C’est vrai qu’il y a eu une demande pour que je sois ministre de la diversité mais ce n’est pas quelque chose qui m’intéresse. On peut faire changer les mentalités en questionnant la société sans passer par la politique.

Ni par un parti ?

Ni par un parti parce que cette réflexion sur le vivre ensemble ne relève pas d’un parti. On peut être de droite ou de gauche et avoir des préjugés très forts. On n’échappe pas à son éducation. Si vous avez été éduqué pour penser que l’autre est inférieur, vous allez le voir inférieur et peu importe votre parti politique.

Thuram8.jpgRevenons à ce qui s’est passé l’année dernière en Guadeloupe. Quel est votre regard sur ce mouvement social ?

Les mouvements aux Antilles sont comme ceux que l’Europe ou la France connaissent. Il y a la crise alimentaire dans les pays africains,  la crise économique mondiale. Ce n’est pas une nouveauté. Il me paraît assez incroyable qu’on puisse dissocier les choses, regarder la crise aux Antilles comme différente de celle qu’il y a dans l’hexagone. Les peuples demandent de la justice sociale et l’amélioration de leur vie quotidienne.

La gaffe de la ministre de l’Outre-mer aux Abymes, ça vous a inspiré quelles réflexions ?

Etant donné qu’elle est ministre, je crois qu’elle doit avoir une réflexion sur tous les territoires français…

Mais elle était en campagne pour les régionales en Guadeloupe à ce moment-là…

Oui, mais peut-être qu’elle a oublié qu’il y avait Internet (rires)…

thuram2La Martinique et la Guyane ont voté non à plus d’autonomie, la Guadeloupe s’est donné du temps. Que pensez-vous de ces questions statutaires ?

La Guadeloupe, la Martinique et la Guyane sont françaises depuis tellement longtemps. Si vous faîtes la même chose demain dans une autre région de France, la réponse sera la même.

Sur votre carrière de footballeur… Réalisez-vous que votre doublé historique ayant permis la qualification de la France en 1998 a déjà 12 ans. Vous repassez-vous ces séquences dans votre tête ?

Le temps passe vite ! Je me revois, petit garçon partant pour l’AS Monaco et ma mère, à la fenêtre, en train de pleurer… Et je vois que j’ai déjà fini ma carrière. Ca fait bizarre… On se dit que le temps passe vite et qu’il faut profiter de chaque moment.

Avec le recul, quel est le plus beau moment de votre carrière sportive ?

Le summum ! C’est-à-dire le fait d’avoir gagné la coupe du monde en 1998. Je crois que chaque enfant qui joue au foot rêve de gagner la coupe du monde et joue énormément de coups du monde avec ses copains. Et moi, j’ai eu la chance d’atteindre mon rêve. C’est extraordinaire.

Quel est le match que vous rejoueriez aujourd’hui, celui qui vous procuré le plus de joie ?

(Silence…) C’est la première fois qu’on me pose cette question. La question d’un journaliste sportif aurait été : « Quel est le match que tu rejouerais parce qu’il n’a pas été bon ? » Mais pour répondre à la question posée… c’est quand j’ai participé aux championnats d’Europe en 1996 avec l’équipe de France, cela avait été a été une surprise pour moi d’être retenu. Je ne devais être remplaçant et je joue. Toute la compétition a été un rêve. Mon premier championnat d’Europe…

Quel est votre plus grand regret dans votre vie de footballeur ?

Ne pas avoir assez technique pour marquer plein de buts.

Sur l’après football… Quelle est la vie d’après pour un ex-sportif de haut niveau ?

Mon travail au sein de la fondation… Les programmes qu’on va essayer de mettre en place avec les personnes qui sont dans la même énergie.

Qu’est-ce qui vous manque de votre ancienne vie ?

Rien, mais je me remémore avec plaisir les entraînements et les matchs… J’ai l’impression que tout n’a été que du plaisir.

Qu’est-ce que vous savourez aujourd’hui que vous ne pouviez pas faire avant ?

Disposer de mon temps… Voilà ! Parce qu’avant c’était structuré et là j’ai plus de temps. Mais je dois avouer que cela ne m’a jamais pesé…

Vos problèmes cardiaques détectés lors de votre recrutement au PSG ont-ils entraîné des changements dans votre mode de vie ?

Pas spécialement…

Vous jouez encore au foot pour vous amuser ?

Je joue avec mes enfants dans le jardin.

Et vos loisirs ?

Avec mes enfants… J’ai deux garçons, Khephren et Marcus.

Thuram-6.jpgSur le foot aujourd’hui… Le prochain Mondial en Afrique du Sud, cela doit particulièrement vous parler…

J’espère que cette coupe du monde pourra contribuer au changement d’imaginaire. C’est un vrai symbole qu’elle se joue en Afrique du sud, pour l’histoire, l’apartheid, Mandela… C’est une très bonne chose qu’enfin une coupe du monde soit organisée sur ce continent.

Quel jugement professionnel portez-vous sur l’équipe de France et sur ses chances ?

C’est très difficile parce qu’il y a des choses qui se mettent en place au sein du groupe pendant une compétition… J’espère que l’alchimie se fera bien pour l’équipe de France. J’ai trop longtemps joué au foot pour faire des pronostics.

Comment expliquer le bon niveau individuel des joueurs français et les doutes qui résident sur les performances collectives ? On parlait de l’alchimie…

Exactement. Vous pouvez avoir des joueurs de très haut niveau mais qui ne fonctionnent pas bien en équipe. Après, c’est la capacité de chacun a à se mettre à disposition de l’autre.

Que pensez-vous de la polémique faite autour de Raymond Domenech, la question de son remplacement avant même le début de la coupe ? Ce sont les journalistes qui s’ennuient ?

(Rires…) Je pense que c’est une polémique qui n’aide pas l’équipe de France. Et moi, comme je dois avouer que j’adore l’équipe de France, ce sont des polémiques que je ne comprends pas.

Qu’est-ce qui a le plus changé dans le foot depuis le Mondial 1998 ?

On ne peut pas parler du foot sans parler de la société. Les changements qui s’effectuent dans le foot sont dus aux changements qui s’effectuent dans la société.

Que pensez-vous des gens qui se moquent en parlant d’une équipe de foot comme 11 milliardaires en short ?

Ca fait aussi partie des préjugés de la société… L’argent des joueurs de foot fait partie des choses qui reviennent souvent, surtout quand il y a des mauvais résultats…

Vous êtes ambassadeur au sein de la FFF. Concrètement que faites-vous ?

Nous attendons le verdict pour le championnat d’Europe 2016. Il va falloir inciter la population française à se pencher sur cette question et là, j’interviendrai justement pour essayer de faire passer des messages.

Aimeriez-vous devenir entraîneur ou sélectionneur ?

Pas du tout.

Propos recueillis par FXG (Agence de presse GHM)

Photos : Régis durand de Girard

 

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commentaires

égyptie GBENOU 17/08/2010 11:47



Bonjour Monsieur Lilian Thuram,


J'ai suivi votre passage sur RFI (en sol majeur hier) et j'ai été très fier de la façon dont vous avez défendu vos propos en ce qui concerne les considérations de couleurs de peau. Je contribue
moi aussi, à ma façon, dans mon pays à ce que les noirs s'acceptent et soient fiers de ce qu'ils sont et ne se regardent plus avec l'oeil que l'"homme blanc'" leur a inculqué. A cet effet, j'ai
soutenu en 2007, après trois ans de formation à l'Ecole Nationale d'Administration et de MAgistrature (ENAM) de mon pays, le Bénin. Mon thème à l'époque portait sur " LA DIPLOMATIE ET
LA PROMOTION DE LA CULTURE BENINOISE : ETAT DES LIEUX ET PERSPECTIVES". Et depuis peu je travaille en tant que jeune diplomate au Ministère des Affaires Etrangères. Je serais disposée à apporter
ma pierre à l'édifice si noble que vous avez commencé à construire.


Du courage. 



herve 11/03/2010 08:36


Lunettes noir, tee shirt noir, montre noir, chemise marron.....il aime pas le rose ou quoi?


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