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21 février 2011 1 21 /02 /février /2011 07:40

Interview. Luc Chatel, ministre de l’Education nationale, de la Jeunesse et de la vie associative

"Nous généralisons l'accompagnement éducatif en outre-mer"

chatel.jpgLuc Chatel est en Guadeloupe ce lundi et mardi en Martinique.

Quelle est votre ambition pour le créole et pensez-vous que son enseignement à l’école puisse favoriser l’apprentissage du français ?

Je suis très attaché à l’enseignement du créole, à l’intérêt pédagogique de son enseignement. Nous considérons que, dans le cadre de la lutte contre l’illettrisme, l’apprentissage du créole en parallèle du français est très important pour faire le lien entre la famille et l’école. C’est encourageant de voir que le nombre d’élèves qui passent le créole en langue vivante 3 a augmenté au baccalauréat. Je suis très attaché à l’enseignement du créole, mais il ne peut se faire au détriment du français. Un apprentissage précoce et un lien entre l’école et la famille permettent aux élèves de mieux apprendre le français. C’est ça l’objectif.

En mars 2010, vous avez présenté votre plan contre l’illettrisme. Où en est-on ?

J’ai lancé un plan national parce que c’est un problème national même s’il touche particulièrement la Guadeloupe et la Martinique. 2,9 millions de nos concitoyens sont touchés de près ou de loin par ce phénomène. C’est un vrai handicap pour l’insertion professionnelle et l’insertion sociale. Le plan que j’ai présenté repose sur une mobilisation dès la maternelle avec l’apprentissage des mots, le développement des capacités à apprendre par chœur des récitations, des textes. En outre-mer, on s’est intéressé à la scolarisation dès 3 ans de manière systématique. L’école est obligatoire à 6 ans et sur l’ensemble du territoire, on a à peu près 98 % d’élèves scolarisés à 3 ans. En Guadeloupe et Martinique, nous sommes à 100 %. Par ailleurs, depuis 2008, nous avons mis en place l’accompagnement éducatif. Il prend en charge les enfants après 16 heures lorsque les familles le souhaitent. C’est un dispositif qui est né dans les écoles prioritaires et dans tous les collèges de France. Depuis la dernière rentrée, nous le généralisons progressivement à toutes les écoles de l’outre-mer.

Le recteur devait missionner un correspondant chargé de sa prévention en interface avec le sous-préfet chargé de la cohésion sociale. Tout cela est-il déjà opérationnel ?

Les correspondants illettrisme ont été nommés… J’avais aussi demandé à chaque recteur d’organiser des assises de l’illettrisme. L’Education nationale a sa part à prendre et ce qui est nouveau, c’est qu’on assume. Mais nous ne sommes pas seuls non plus. Il y a un réseau associatif formidable qui travaille avec nous. L’agence nationale contre l’illettrisme les a organisées au niveau régional et on leur tend la main au niveau régional pour qu’on soit complémentaire.

Vous allez inaugurer l’internat d’excellence de Fort-de-France. Qui peut entrer dans ces internats, comment ? Et quelles sont les particularités de ces lieux d’enseignement par rapport au collège ou au lycée classiques ?

L’internat d’excellence est une structure adaptée d’accueil sous forme d’internat à des élèves méritants, qui ont du potentiel pour l’école mais qui sont dans un milieu familial défavorisé. Nous proposons pour ces élèves une pédagogie spécifique avec de la prise en charge, du soutien scolaire, de la préparation aux méthodes de travail et souvent une part culturelle et sportive plus importante qu’ailleurs…

Comme aux Abymes en Guadeloupe, où l’on expérimente les cours le matin et le sport l’après-midi ?

Non, aux Abymes, ce n’est pas un internat d’excellence, c’est une innovation en matière de rythme scolaire. En Martinique, il y a un an, j’ai signé avec Serge Létchimy un protocole pour lancer le projet d’internat d’excellence de la ville de Fort-de-France et je suis très heureux de revenir pour poser la première pierre de cet internat qui accueille 70 élèves pour le moment, davantage après.

Vous allez rencontrer les chefs d’établissement qui vivent avec leurs équipes la violence périscolaire, le manque de postes et qui oeuvrent dans des bâtiments qui sont pour l’essentiel hors normes anti-sismiques. Tout n’est pas de votre ressort mais que pouvez-vous dire ?

C’est mon rôle de ministre de l’Education nationale de rencontrer les chefs d’établissement. Si je les rencontre, c’est pour les entendre mais aussi pour leur expliquer et mettre en perspective les réformes que nous portons. On va évoquer tous les sujets et je suis enthousiaste parce que j’ai pu constater lors de mes visites précédentes que nous avons des personnels de grande qualité.

Concernant les postes d’enseignant, il y a des demandes. Avec la réduction générale des politiques publiques, que peut-on espérer ?

Nous menons une politique de non remplacement d’un fonctionnaire sur deux, telle que le président de la République l’a annoncée aux Français en 2007. Il n’y a pas de surprise, mais nous la menons avec discernement. L’Education nationale, premier budget de la Nation ne peut pas s’exonérer de l’effort de maîtrise de la dépense publique. En Espagne, deux professeurs sur trois qui partent en retraite ne sont pas remplacés, au Portugal on supprime un tiers des écoles à la prochaine rentrée, en Italie, 80 000 postes d’enseignant sont supprimés à la prochaine rentrée… Nous n’avons pas choisi cette voie et cette année on va demeurer le premier recruteur national avec 17 000 embauches. La moitié des économies que nous faisons servent à revaloriser financièrement les professeurs. L’enjeu de l’Education nationale est de mener une logique différenciée, faire plus pour ceux qui ont en le plus besoin et sortir de cette logique de demander toujours plus de postes, plus de moyens qui n’a pas obtenu les résultats escomptés.

Dans les 137 mesures adoptées lors du conseil interministériel de l’Outre-mer, il était question de la place de l’outre-mer dans les manuels scolaires. Où en est-on ?

La dimension ultramarine de la France, la France dans le monde est l’un des sept thèmes du cycle 3 du primaire. Dans les programmes de géographie au collège, les territoires d’outre-mer sont étudiés dans le cadre des six ensembles régionaux retenus par les professeurs. En classe de 1ère, il y a 14 à 17 heures de cours consacrés à l’enseignement de connaissances relatives à la France d’outre-mer. En français, l’œuvre d’Aimé Césaire est initiée en 3ème avec la présentation de la modernité poétique dans le cadre de la poésie engagée. Au bac pro, l’outre-mer et la puissance française est étudié. Au fur et à mesure des efforts ont été faits de manière tout à fait légitime pour qu’on présente cette dimension ultramarine dans les enseignements, pas uniquement pour les Ultramarins mais pour l’ensemble des Français.

L’histoire du commerce triangulaire est-elle bien inscrite dans les programmes ?

Elle est au programme, elle est enseignée. Il n’y a pas de tabou. Au contraire, ça fait partie de notre histoire, aussi peu glorieuse soit-elle sur certains aspects. C’est notre rôle de l’assumer et de l’expliquer à nos enfants.

Propos recueillis par FXG (agence de presse GHM)

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commentaires

thierry 23/02/2011 06:20



Si l'illétrisme semble plus prononcé en Guadeloupe c'est parce que les évaluations l'ont constaté. Ce qui nécessite l'emploi de davantage de personnels engagés dans cette lutte. De nos jours
il est plus important de savoir compter.


Le Français exprimé en Guadeloupe est souvent bien meilleur que celui de Métropole (en oubliant les CHTIS). Mais les affaires sont les affaires....!



Thalasrum 22/02/2011 16:40



Quand on lui pose des questions de pédagogie, ce ministre répond par la répression ! Il n'est plus ministre de l'Éducation, il est en pré-campagne électorale !


http://0z.fr/xK3KW



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