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25 février 2013 1 25 /02 /février /2013 13:34

28 ans de réclusion dont 15 incompressibles pour Mamodtaky

Apres pres de onze heures de délibéré, dimanche vers 2 h 30, les jurés de Créteil ont déclaré Mamodtaky coupable d’assassinats avec préméditation.

Que de monde, samedi matin, dans la salle de la cour d’assises de Créteil pour écouter la plaidoirie de Me Eric Dupond-Moretti. Il défend Mamod Abasse Mamodtaky, accusé d’un quintuple meurtre avec préméditation et d’une quintuple tentative d’assassinat à Tananarive en 2001. Toutes les victimes, dont sa femme rescapée, Anita, appartenaient à sa belle famille. «  Si vous condamnez cet homme, vous aurez jugé, mais vous n’aurez pas rendu la justice. » Dupond-Moretti avoue sa « trouille » devant la « chronique d’une condamnation annoncée »… La veille, l’avocat général a requis la perpétuité. « Qu’il est difficile d’interroger Anita Remtoula, dit Me Dupond-Moretti. L’émotion ne peut être confondue avec la dictature de l’émotion qui ne cherche qu’à étancher la soif de vengeance. Qu’il est difficile d’interroger le trop investi capitaine Gérard Demmer. Il a fait sortir cette affaire, mais à quel prix ! » Et il fait cet aveu : « Sans nos conclusions de nullité déposées à Saint-Denis, nous aurions obtenu l’acquittement. » Enfin, il en vient aux faits : « A-t-on la preuve de la présence de Mamodtaky à Fenoarivo le 22 avril 2001 ? » Il rappelle qu’Anita a décrit un tireur au teint noir, mais n’a pas identifié Babar Ali et Crozet qu’elle avait déjà vus. Dupond-Moretti ne croit pas à ce coup de téléphone du 26 avril par lequel Mamod revendique la tuerie. « Le témoignage du skipper qui a exfiltré Mamodtaky et Babar Ali affirme qu’ils étaient en mer… » Il en vient à Crozet qui accuse Mamodtaky. « Crozet demande pardon et il innocente Damdjy, son voisin de cellule… Damdjy n’a pas fait appel parce que Me Collard était trop cher ? Et Mamodtaky aurait proposé 25 000 € à Crozet qui n’avait encore rien dit ? Crozet n’a jamais rencontré Mamod à Madagascar ! Crozet ment car il y avait avec lui Alex Denise, son ami noir, du Chaudron comme lui, et il ne s’en souvient plus ! Qui est ce Noir qu’ont vu les victimes de Fenoarivo ? » Il indique ensuite qu’à 19 heures, le 22 avril, Crozet et Alex Denise mangeaient ensemble chez un Chinois à Tana. Des passagers d’une voiture ont vu Mamod au volant de sa Twingo le fameux dimanche ? « Il y a tant de contradictions que ce n’est plus une voiture, mais un autobus ! Et ces gens ont acheté la veille un véhicule à la famille Remtoula… »  Le « pompon », c’est le témoin sourd-muet qui a reconnu un homme jamais venu à Madagascar et ne se souvient que d’un « w », donc de la BMW du père de Mamod… » L’avocat moque l’instruction française du juge Simon, « un Burgaud-rigide » (allusion au juge Burgaud de l’affaire Outreau) qui a refusé toutes les demandes d’acte de la défense comme aller à Antsirabé vérifier l’alibi de Mamodtaky. Et quand Fazila, la sœur de Mamod, mandate un détective privé parisien pour le faire, son rapport n’est pas joint au dossier. « Au lieu de ça, Demmer lui a fait perdre son habilitation. » Pour enfoncer le clou, Dupond-Moretti sort un listing téléphonique. « J’affirme qu’il y a la preuve de l’innocence de Mamod dans ce dossier. » La tuerie a eu lieu vers 18 h 30. Il énumère un coup de fil à 18 h 01, de Mamod à sa mère, un autre à 18 h 24, un appel recu à 18 h 39, un autre à 18 h 41 et enfin un appel à Marianne, sa maîtresse et avocate, à 18 h 56. «  Marianne a appelé chez elle avec le portable de Mamod. Ils étaient ensemble à Antsirabé ! Ce qu’avait dit Marianne avant de se rétracter. » Il se tourne vers l’avocat général : « Pourquoi écarter le témoignage du policier qui les y a vus ? Sous prétexte de tardiveté (ce témoignage date de 2009, ndlr) ? » Ce témoin pensait que Mamodtaky n’était soupçonné que d’avoir commandité le meurtre. « C’est au procès de Saint-Denis qu’il apprend que Mamodtaky est soupçonné d’y avoir participé. Voilà pourquoi il ecrit à la Réunion à ce moment-la. »

Mamod Abasse Mamodtaky prend la parole une dernière fois : « Je suis fatigué, angoissé… Je vais répéter ce que j’ai toujours dit : je suis innocent. Je vous demande de me rendre ma vie et de me laisser voir les miens que je n’ai pas vus depuis longtemps. »

Et qu’il ne reverra pas de sitot…

FXG, à Créteil


Le scénario du drame selon la défense

« Je vais vous raconter, a dit Me Corinne Dreyfus-Schmidt… On a un mauvais mariage avec les familles qui se mêlent. Mais les époux sont fusionnels et ne se quittent pas. Elle connaît tout, Anita, et elle est très maligne. Elle a fait du chantage au procureur général pour qu’il ordonne l’interdiction de sortie du territoire de leur fille. Elle a fait libérer son frère Alexandre en intervenant auprès du ministre de la justice Imbiki. Elle va trop loin… Elle rencontre le candidat d’opposition à la présidentielle qui parle. Elle ne se rend pas compte que c’est dangereux. On demande à Mamod de la calmer. Peu avant le drame, Mamod organise un week-end à Nossi-Bé pour désamorcer les bombes, mais Anita est jusqu’auboutiste. Alors Vasram, le père de Mamod, reçoit un appel des autorités : « Ton fils est incapable d’arranger la situation. Ta famille et toi êtes en danger. » Vasram est alors à la Réunion avec Damdjy et en parle à Babar Ali. Tout bascule. Vasram est le commanditaire qui recrute les mercenaires réunionnais avec le relais local de Babar Ali, le parasite familial qui peut enfin se rendre utile. Fazila, la sœur, sait ce qui s’est passé à Fenoarivo et veut protéger Babar Ali, son compagnon. Elle l’envoie avec son frère sur un bateau. Le pouvoir politique a joué sur deux tableaux en éliminant le dénonciateur, Anita, et le corrupteur, Mamodtaky. La piste politique est confirmée par les révélations du skipper qui les a exfiltrés à Tamatave… »


Mamod Abasse Mamodtaky veut se pourvoir en cassation

Les jurés ne sont sortis que dimanche aux alentours de 2 h 30 de la salle des deleiberations. Ils devaient répondre à une vingtaine de questions. La durée des débats laisse présumer des difficultés que le jury a rencontrées pour trancher. En ce sens, les plaidoiries de Mes Marie Briot, Corinne Dreyfus-Schmidt et Eric Dupond-Moretti ont réussi à semer le doute dans leur esprit. D’ailleurs, samedi après-midi, Me Jean-Michel Baloup de la partie civile avait reconnu la grande qualité de la plaidoirie d’Eric Dupond-Moretti, précisant toutefois, avec un grand sourire : « Ca ne changera rien ! » Mamodtaky a donc été reconnu coupable et condamné à 28 ans de réclusion avec une période de sûreté de 15 ans. En première instance, en novembre 2010, la cour d’assises de Paris l’avait condamné à la réclusion criminelle à perpétuité assortie d'une peine de sûreté de 22 ans.

La famille des victimes (ils étaient une vingtaine à suivre ces trois semaines d’audience), visiblement heureuse, s’est déclarée « contente de la justice française ». Les avocats de la partie civile se sont dit, quant a eux, « soulagés ». Ce verdict a satisfait aussi Me Laberibe, avocat du fonds d’indemnisation des victimes. Ce dernier, abondé annuellement à hauteur de 3,30 € par tout assuré français, a versé à la famille Remtoula, à titre provisionnel, une somme de 838 800 €. Avec la culpabilité reconnue de Mamodtaky, le fonds va pouvoir exiger du condamné le remboursement de ces sommes.

Du côté de la défense, Me Dreyfus-Schmidt a déclaré, quelque peu agacée, qu’ils allaient se pourvoir en cassation. Interrogée sur la faible portée qu’aura eue le listing téléphonique excipé au dernier moment par Eric Dupond-Moretti, sur l’intime conviction du jury, l’avocate a préféré botter en touche et mettre fin à l’entretien.

 

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