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31 mai 2011 2 31 /05 /mai /2011 17:04

Suzanne-Dracius-et-plules-rebelles.jpgLa romancière et poétesse martiniquaise Suzanne Dracius a coordonné pour les éditions Desnel un ouvrage consacrées aux plumes rebelles des Antilles et de la Guyane. Contrepied de l’anthologie officielle éditée pour le commissariat de l’année des Outre-mer, cet ouvrage n’est ni une compilation, ni une anthologie de la poésie créole. Explications avec Suzanne Dracius

« Le racisme est soluble dans l’encre noire »

Pourquoi n’est-ce pas simplement une anthologie ?

Il y a des textes des auteurs, mais aussi des articles écrits par des universitaires ou des écrivains qui sont des analyses de ces textes. Ernest Pépin a écrit à propos de Saint-John Perse par exemple…

Quel a été votre point de départ ?

On a voulu montrer que la littérature de la Martinique, la Guadeloupe et la Guyane n’est pas une littérature doudouiste, gnangnan ou cucul la praline et c’est pour ça que ça s’appelle Plumes rebelles. Ce sont les plumes rebelles d’hier et d’aujourd’hui et nous les publions dans la collection Anamnésis, c’est-à-dire un terme qui invite à désobéir à l’injonction d’oublier, mais aussi pour se souvenir de ces auteurs de manière originale. Il y a donc des plongées dans leurs œuvres respectives qui sont du jamais lu. C’est ainsi que nous proposons une analyse de la seule pièce de théâtre d’Edouard Glissant (voir hors texte). Il y a bien évidemment Césaire mais nous le confrontons au regard d’une jeune Guadeloupéenne, Laura Carvigan-Cassin, qui enseigne à l’UAG, et qui offre une vision de Césaire peut-être jamais abordée ainsi.

Vous rendez aussi un peu d’actualité à des auteurs oubliés comme Vincent Placoly ou Sony Rupaire…

Voilà ! Mis à part les grands inoubliables comme Césaire ou Fanon, il y a des personnes qui devraient être inoubliables et qui sont hélas un peu oubliées : Tirolien, Rupaire, mais aussi Paul Niger ! Avec l’explication de ce pseudonyme d’Albert Béville, parce que Niger veut dire noir en latin… Il y a aussi le rappel de René Maran qui est tout de même notre prix Goncourt avec une préface incroyable ! Il se permet de critiquer le colonialisme mais aussi le comportement des colons, pas seulement en théorie, mais de manière très réelle, concrète, en stigmatisant les exactions, les excès des colons dans l’Afrique équatoriale française de l’époque. On a aussi Damas… Ce Guyanais qui est tout de même le grand oublié parmi les pères de la négritude.

Y a-t-il une place pour les auteurs actuels ?

Il n’y a pas de vision passéiste. Au contraire, ce qu’on voudrait montrer et faire partager, c’est qu’il y a toute une filiation, toute une évolution, depuis la négritude, l’antillanité, la créolité jusqu’à parvenir au présent avec ses auteurs comme Monchoachi…

C’est un livre qui veut démontrer la vivacité et la permanence de la création antillo-guyanaise ?

D’autant plus que nous y avons adjoint un CD qui est une porte ouverte aux jeunes avec un peu de slam qui est aussi une forme d’expression intéressante et poétique. Il y a Papa Slam mais aussi Aliou Cissé qui dit un extrait du Discours sur le colonialisme, La prière d’un petit enfant noir de Tirolien ou du Paul Niger…

Vous avez coordonné cet ouvrage mais aussi écrit une contribution sur l’écriture et le racisme…

J’ai écrit un texte intitulé : « Le racisme est soluble dans l’encre noir ? » pour Témoignage chrétien qui interrogeait des auteurs sur la France et le racisme. Je n’ai répondu ni oui ni non à cette question, mais j’ai donné une recette, une potion. C’est une anaphore : le racisme est soluble dans l’eau de boudin, dans le ti punch, dans la fête, dans le partage des imaginaires, dans le sang mêlé. Le métissage permet d’évacuer une bonne partie du racisme… Et puis, évidemment, le racisme est soluble dans l’encre noire. A lire les écrivains de la diaspora black, on comprend qu’on ne peut pas être raciste ! La plume noire, l’écriture peut permettre cela.

C’est ce qui vous fait ouvrir ce livre par ce titre : « Nous finirons tous métis. » Vous rejoignez Glissant. Parvenez-vous à vous situer dans la tradition littéraire antillaise ?

Je ne renie pas l’héritage et je n’écris pas ex-nihilo. On peut reprocher des choses à la négritude mais pas d’avoir oublié d’être universelle, ce que l’on pourrait reprocher à la créolité plus récente qui n’aurait pas dû commettre ce crime, mais il manque à la négritude sa part de féminité… Moi, je veux pouvoir dire que je suis une femme qui aime les hommes comme les hommes peuvent dire qu’ils aiment les femmes. Sans pour autant dire que je suis une nymphomane. C’est ma part de plumes rebelles…

Propos recueillis par FXG (agence de presse GHM)

Plumes rebelles, éditions Desnel, 340 pages, 12,80€, Avril 2011

 


M. Toussaint, le théâtre de Glissant

 

Axel-Artheron.jpgAxel Artheron a voulu donner dans cet ouvrage une vitrine à la seule pièce écrite par Edouard Glissant, M. Toussaint. Elle n’a été montée que deux ou trois fois et aujourd’hui elle est assez peu connue. « J’ai voulu, à partir de l’œuvre, dégager ce qui revêtait le caractère de l’engagement anticolonialiste. » Les passages qu’il a choisis posent la question de l’histoire mais montrent la dimension dramaturgique de cette écriture. Cette pièce qui relate l’épopée révolutionnaire haïtienne est écrite à un moment où Glissant, mais aussi des élites antillaises s’interrogent sur l’autonomie mais aussi sur la réalité de la culture antillaise. « Elle pose la question de l’histoire intrinsèquement caribéenne mais aussi celle du parcours de Toussaint Louverture à la tête de la colonie. Elle pointe du doigt le rapport au pouvoir : comment inventer du neuf à partir de schémas anciens, de domination de la société coloniale. » Axel Artheron a voulu mettre en exergue le paradoxe du Toussaint libérateur mais toujours engoncé dans un système de représentation colonial. C’est ce que parachèvera Aimé Césaire avec la Tragédie du roi Christophe. « C’est vrai que cette pièce trouve son aboutissement avec l’aventure mise en scène par Aimé Césaire dans le roi Christophe... »

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