Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

  • : le blog fxgpariscaraibe
  • : Caraibes, Antilles, Réunion, Outre-mer, Paris... Le blog des infos du 6e DOM, des gens originaires d'outre-mer à Paris politique economie culture justice société
  • Contact

Recherche

22 novembre 2013 5 22 /11 /novembre /2013 07:42

Bon cru pour les prix littéraires Fetkann 2013Acteurs-de-la-ceremonie_0974.jpg

Les 10e prix littéraires Fetkann, mémoire des pays du sud, mémoire de l’humanité, organisé depuis dix ans par le Centre d’information, formation, développement des originaires d’Outre-mer (CIFORDOM), ont été remis jeudi 14 novembre au café de Flore à Paris. Quatre prix et une mention spéciale composent un palmarès qui intervient dans un contexte particulier où les injures proférées contre la ministre de la Justice étaient dans la tête de tous les acteurs de la cérémonie. elyzeon-les-collegiens-jures_0954.jpgC’est ainsi que le président du CIFORDOM, José Pentoscrope a rappelé l’importance de ce prix, « parce que nous n’en avons pas fini avec les séquelles de notre imaginaire colonial ».Une réunionnaise, Catherine Boudet, a recu le prix poésie avec Bourbon hologramme (Lharmattan), le Congolais Serge Diantantu a recu le prix jeunesse pour sa bande dessinée, Homme noir, d’Afrique, d’Amérique et des Antilles, tome 1 (Caraïbeditions). Le jury du prix jeunesse était composé d’élèves du collège Gustave-Courbet de Romainville (93) dont le principal est le Martiniquais Olivier Catayée.

editrice-et-livre-laureat_0982.jpgLe Camerounais Achille Mbembé a recu le prix mémoire pour Critique de la raison nègre (La Découverte). Vincent Cousseau, de l’université de Limoges et chercheur associé de l’université Antilles-Guyane, a recu le prix recherche pour Prendre nom aux Antilles (CTHS). Une mention spéciale a été décernée à Christine Chivallon, chercheuse au CNRS, pour L’esclavage, du souvenir à la memoire. Contribution a une anthropologie de la Caraïbe (Karthala). Les lauréats ont recu une médaille, un diplôme et un trophée réalisé par le sculpteur guadeloupéen K-Bo.

FXG, à Paris

Photos : Régis Durand de Girard


Achille Mbembé dédie son prix Fetkann à Christiane Taubira

critique-de-la-raison-negre_0984.jpgLe prix Mémoire est le plus attendu des prix littéraires Fetkann, Les jures l’ont décerné à Achille Mbembé et son livre, Critique de la raison nègre, publié aux éditions La Découverte. L’auteur, enseignant en histoire et sciences politiques à l’université de Johannesburg (et intervenant dans de nombreuses universités américaines), est considéré comme l'un des plus grands théoriciens actuels du post-colonialisme. Sa Critique de la raison nègre développe une idée phare : « La perspective d’un devenir nègre du monde n’a jamais été aussi manifeste. » L’auteur veut dire par là que « la condition nègre » s’étend, mais que cette condition n’est pas qu’une question de couleur de peau. « Le Noir, bien meuble, a fait l’objet de l’expérience absolue de la condition de subalterne », écrit-il. Et il met en garde la France sur cette « condition de subalterne » tout en mettant en lien la question du capitalisme et celle du Noir. Qu’il s’agisse de l’esclavage ou de l’empire colonial, « la logique de domination n’a cessé d’être le moteur de l’histoire. » Et cela ne cesse pas avec ce qu’il appelle « l’homme marchandise, l’homme métal, l’homme monnaie ». Il propose contre cette domination le recours aux « archives nègres » ; elles sont selon lui « une ressource formidable pour résoudre les problèmes de notre temps ». D’autant plus en ce moment, a fait savoir Achille Mbembé (retenu aux Etats-Unis) dans un message lu par Pascale Iltis, des éditions La Découverte, avec l’expression renaissante d’un racisme décomplexé qui se lâche sur Christiane Taubira. C’est pourquoi le lauréat a choisi de dédier ce prix Fetkann à la garde des Sceaux.


Catherine Boudet et « sa Guernesey tropicale »

bourbon-hologramme_0991.jpgBourbon hologrammeest l’œuvre poétique de la journaliste et poétesse réunionnaise vivant à Maurice. Chaque hologramme constitue un chapitre d’un récit mi-théâtral, mi-poétique mettant en scène des dialogues entre personnages fantastiques, tels le Chevalier des laves bleues ou la Princesse avec son corps de tulipe… Les premiers fragments de ce texte ont été écrits en avril 2011 apres son arrestation par la police de Maurice « tandis qu[‘elle] regardai[t] les traces de sang sur les murs de [sa] cellule ». Poursuivie pour diffamation parce qu’elle avait dénoncé un historien français qui s’était accaparé des archives du 18 et 19e siècles de la famille Le Clezio alors qu’elles appartenaient à l’Etat mauricien, elle a connu les affres de la détention et de la justice injuste jusqu'à son blanchiment par un tribunal de Maurice en août 2013. Cet épisode trace ce long poème qu’elle a composé. Bourbon hologramme pose la question de la reconstruction de l’individu après de telles épreuves vécues dans une société corrompue. Son texte appartient à la « memoire déchirée » et prend de temps en temps un caractère hugolien où l’exil se ressent fort quand elle évoque « sa Guernesey tropicale »… Parce qu’elle vient seulement de recouvrir le droit de rester à Maurice, elle n’a pas voulu faire le déplacement à Paris pour recevoir son prix. Elle avait déjà été lauréate du prix de poésie Joseph Delteil en 2012 pour un autre recueil, Lave bleue.


Une thèse d’histoire sur les noms donnés aux esclaves affranchis

prendre-nom-aux-antilles_0992.jpgLe comité des travaux historiques et scientifiques, émanation du ministère de l’Enseignement supérieur a publié la thèse de doctorat de Vincent Cousseau, Prendre nom aux Antilles (individu et appartenances XVIIe-XIXe siècle). Un travail de recherche fondé sur la Martinique avec une approche comparative avec d’autres îles françaises dont la Guadeloupe et l’ancienne Saint-Domingue. Partant du principe colbertiste que l’esclave n’a pas d’identité ni de personnalité juridique mais qu’il devient un individu que dès lors qu’il est affranchi, l’historien s’est intéressé à la nomination des nouveaux libres. « L’acte d’affranchissement vaut acte de naissance. » Quel nom donner à ces nouveau-nés ? L’abolition de 1848 a donné lieu à l’ouverture des registres d’individualité. Qui a choisi les noms, comment ? Vincent Cousseau explique ainsi comment beaucoup de noms de famille ont ete choisis parmi les prénoms, parmi les sobriquets, et d’autres ont été tirés d’on ne sait où… Mais l’auteur l’explique. Un travail qui complète scientifiquement les ouvrages édités par le CM98, Non nou et Non an nou qui recensent les noms des nouveaux libres en Martinique et Guadeloupe.


L’esclavage, du souvenir à la mémoire

Controverses et polémiques sur la mémoire de l’esclavage de Christine Chivallon est une synthèse des débats autour de la mémoire de l’esclavage depuis une quinzaine d’années. Christine Chivallon s’était fait connaître, il y a dix ans, quand elle a étudié la présence de l’esclavage dans une quarantaine de musées et lieux de mémoire martiniquais pour n’en trouver que deux qui consacrent une place à cet élément fondateur de la société martiniquaise. C’est elle encore qui a comparé les ports négriers de Bordeaux et Bristol où la mémoire de l’esclavage était, là encore, totalement absente… L’ouvrage est scientifique et l’éditeur prépare déjà une version « large public ».


Serge-diantantu_0979.jpgTrois questions à Serge Diantantu, lauréat du prix Fetkann jeunesse

« Nous sommes tous des êtres humains »

Que represente ce prix pour vous ?

Ça me recharge les batteries pour aller de l’avant ! Tous les enfants le matin prennent leur lait avec du sucre. Le prix Fetkann fête la littérature, mais aussi la canne à sucre et ce qu’elle represente et a représenté… Ce prix Fetkann, j’en ai rêvé sans mettre un nom ou un visage. Aujourd’hui, il a un visage.

Que  raconte Homme noir ?

C’est une mémoire pour tous les enfants afro descendants afin qu’ils trouvent des personnages en qui ils peuvent s’identifier, des personnes capables de les inspirer pour faire ou être comme eux. homme-noir_0990.jpgEt pour aller plus loin, considérant l’actualité, c’est pour qu’ils puissent dire non à toute cette forme de racisme. Mon propos est de dire que nous sommes tous des êtres humains et que ce n’est pas ainsi que nous devons construire la République. C’est pour cela qu’avec Caraïbeditions, on a voulu faire entrer ces livres dans les écoles, les bibliothèques afin que tous les enfants puissent s ‘identifier dans le monde arc en ciel qu’est le monde scolaire.

Où en est votre Histoire de l’esclavage en bande dessinée ?

Je m’apprête à sortir le numéro 4 pour le mois de mai. Ce tome met en avant la résistance des hommes lors des captures en Afrique, lors des transports transatlantiques et lors des débarquements dans le nouveau monde et aux Antilles.

Propos recueillis par FXG, à Paris

Partager cet article

Repost0

commentaires

Articles Récents