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8 janvier 2015 4 08 /01 /janvier /2015 08:47

Stephane-Le-Foll-1.JPGStéphane Le Foll, ministre de l'Agriculture, de l'Agroalimentaire et de la Forêt, est arrivé en Guadeloupe mardi pour une visite de deux jours avant deux jours en Martinique. L'attentat contre Charlie Hebdo lui a fait renoncé à la deuxième partie de son déplacement. Interview

"On doit refuser tout déclin de la production locale" 

Vous avez prévu une rencontre républicaine avec les milieux consulaires, agricoles et les services déconcentrés de l'Etat. Quel message aurez-vous à coeur de faire passer ?

La France, comme d'autres pays européens a traversé une crise, mais la métropole comme les Outre-mer ont des atouts. Il faut donc qu'on retrouve beaucoup plus de confiance en nous et la fierté de ce que nous faisons. Deuxième chose : les Outre-mer, ce sont à la fois des enjeux régionaux avec ce qui va se passer a Cuba demain, et en même temps, ce sont des équilibres sociaux et économiques  à trouver dans chacun des territoires et, à ce titre, les dimensions agricoles agroalimentaires et forestières sont des enjeux spécifiques. Je suis là pour marquer le fait que dans les Outre-mer, ces questions agricoles, agroalimentaires et forestières font partie des enjeux du développement de demain, économiquement soutenable et créateur d'emplois.

Où en est le débat entre le soutien massif à la banane et le nécessaire mais bien moindre soutien aux cultures de diversification ?

Nous devons nous appuyer sur deux stratégies. La première est de considérer que la banane, la canne et le rhum sont des productions qui sont historiquement structurantes. On ne peut pas faire comme si on allait s'en passer du jour au lendemain. Au contraire ! On doit s'appuyer sur ces productions pivot. Mais en même temps, il faut développer dans les années qui viennent des stratégies de localisation de la production et de la consommation, la dimension de la diversification, c'est-à-dire la capacité qu'on a à apporter une offre agricole et alimentaire locale pour les besoins locaux, fait partie d'une stratégie métropolitaine et d'une stratégie pour les Outre-mer. Sur la question du financement, il y a le POSEI, c'est-à-dire les aides européennes (129 millions pour la banane, 75 millions pour la canne et 45 millions pour la diversification), et les enveloppes spécifiques du ministère de l'Agriculture, celle du CIOM en particulier qui représente autour de 35 millions d'euros. On atteint donc 80 millions d'euros pour la diversification dans une stratégie qui vise à développer les productions locales pour répondre aux besoins locaux.

Est-il raisonnable de penser que l'agriculture antillaise puisse réellement et rapidement participer à alimenter le marché local ?

Je ne suis pas un doux naïf et je sais que nous ne poursuivons pas un objectif de 100 % ! Mais, on doit refuser tout déclin sur ces marchés locaux de la production locale. C'est cela la stratégie de la diversification. Ça peut prendre toutes les formes possibles dans les productions maraîchères, avicoles, bovines, porcines... On doit pouvoir stratégiquement développer ces productions pour renforcer les marchés locaux et penser aux marchés régionaux... Nous devons nous insérer dans des stratégies régionales. Les élus des collectivités territoriales ont là une vraie responsabilité pour avoir des relations économiques, politiques et diplomatiques. Ce qui va se passer avec le dégel des relations entre les Etats-Unis et Cuba, notre relation historique avec Haïti, font que les Antilles françaises ont une part à prendre dans le développement régional nouveau qui va peut-être émerger de cette nouvelle donne diplomatique. J'en ai parlé avec Laurent Fabius, ça fait vraiment partie des enjeux !

La loi d'avenir agricole que vous avez fait adopter cette année a consacré un chapitre à l'Outre-mer. Quels objectifs soutient cette loi en outre-mer ?

Il y avait trois enjeux dans le débat sur la loi d'avenir. Le premier était d'avoir une meilleure coordination stratégique du pilotage agricole avec la commission d'orientation stratégique de développement agricole. C'est-à-dire rassembler les décideurs pour fixer de vraies stratégies. La banane, la canne, l'énergie renouvelable de la bagasse et la diversification méritent une discussion stratégique qu'il n'y avait pas jusqu'alors. Le deuxième enjeu était la question foncière. L'enjeu en Martinique et en Guadeloupe est, comme en métropole, d'éviter que l'artificialisation des terres, souvent les meilleures, se fasse en remettant en cause la capacité d'installer des jeunes agriculteurs et surtout de maintenir un potentiel agricole pour ces espaces. Si nous voulons jouer la diversification, si on veut maintenir des activités pivot comme la canne et la banane, on se doit d’avoir des stratégies de préservation du foncier agricole. Le troisième point de cette loi, c'est la dimension agro-écologique. Comment combiner la durabilité de l'agriculture dans les Outre-mer avec les objectifs de la diversification et du maintien du niveau de la production ? Sur la banane, j'ai réussi, à la surprise de tous, à débloquer les 40 millions d'euros tenus par l'Europe et 18 millions ont été engagés dans le développement du plan banane durable que je soutiens totalement. La grande opportunité de demain, c'est de valoriser le fait que la banane des Antilles est aujourd'hui la banane qui reçoit le moins de pesticides ! Dans le débat sur l'agro-écologie, on essaie de substituer les produits phytosanitaires à des stratégies plus naturelles de lutte contre les parasites. Là, on se heurte à la dimension tropicale de ces cultures et à leur taille réduite. On est dans des usages « orphelins », tellement réduits, que personne ne s'y intéresse. Il faut donc développer la formation et la recherche et je m’y emploie sur les agricultures tropicales avec des stratégies alternatives ; le fonds des usages mineurs y contribuera.

Stephane-Le-Foll-2.JPGAvec la fin des quotas sucriers en 2017, quel avenir se dessine pour les trois usines sucrières des Antilles, Le Galion, Saint-Louis et Gardel ?

C'est un grand débat stratégique à l’échelle de l'Europe qui a conduit à un accord sur la fin des quotas sucriers en 2017. Il était plutôt souhaité pour 2020 quand d'autres l'attendaient dès 2015 ! On doit mettre ce temps à profit pour fixer de vraies stratégies, pas simplement de production, mais des stratégies de filières qui visent à trouver les marchés qui vont avec. Compte tenu du niveau de la production de tous ces territoires - on n'est pas sur de grandes productions compétitives - nous devons jouer sur des stratégies de qualité. Ça vaut pour le sucre de la Réunion comme sur celui des Antilles. Il y a des potentialités, en particularité sur le sucre bio. Plus on avancera sur un positionnement haut de gamme, moins le handicap du niveau de quantité produite sera important.

L'avenir de nos sucreries passera donc par les sucres spéciaux et bio ?

Oui ! En partie. 

Il faudra cesser d'envoyer nos sucres à blanchir à Marseille pour être mélangés avec les sucres de betterave ?

Tant que ces marchés existent, il faut les garder, mais soyons bien conscients que si l'on veut, un jour, penser l'avenir, il faut qu'on soit capable de se positionner sur un marché mondial du sucre extrêmement compétitif avec des stratégies spécifiques.

La fiscalité des rhums des DOM a été renégociée pour les six prochaines avec l'Europe. Pourquoi la France doit-elle venir régulièrement défendre à Bruxelles un produit qui relève de son patrimoine et soutient l'activité agricole ?

Les accises sur les alcools procèdent d’une fiscalité européenne. A chaque fois qu'on prend une décision spécifique sur celles-ci, on doit donc en référer au niveau européen. Pour ce qui concerne les rhums des DOM, ce sont des dérogations à la règle commune du marché intérieur. C'est comme ça. On a mené une négociation avec George Pau-langevin qui a été en pointe sur ce sujet, cela a abouti à une nouvelle dérogation pour 2014-2020. On a obtenu six ans de plus, mais si on voulait sortir de cette négociation rituelle et régulière, il faudrait changer les règles de la fiscalité européenne...

Aujourd'hui, peut-on considérer le dossier chlordécone définitivement clos ?

Ce dossier pèse lourd environne mentalement et il a été un élément structurant du plan banane durable. Sans cette catastrophe environnementale, personne ne se serait posé  la question de l’évolution nécessaire des modèles de production. Au niveau agricole aujourd'hui, c'est derrière nous, même s'il y a les conséquences sur les sols et en mer à gérer . Maintenant, nous sommes sur un autre projet agricole, un autre projet pour la banane et la page du chlordécone est tournée. Encore faut-il ouvrir une nouvelle page ! C'est là que j'en reviens à l'agro-écologie, au phytosanitaires à usage orphelin et à toutes les stratégies qu'on va pouvoir mettre en œuvre sur l'industrie du biocontrôle, c'est-à-dire l'utilisation de mécanismes naturels pour lutter contre les parasites en substitution à la chimie. Dans ce domaine-là, la France doit être à l'initiative. Nous devons être innovants parce que nous aurons à vendre une partie de nos savoirs et de nos produits à l'étranger et, en particulier, dans toutes les zones tropicales. Les territoires des Antilles sont pour moi des lieux d'expérimentation de ces nouvelles stratégies qui passent par trois grandes innovations : les biostimulants, les phéromones et les prédateurs de parasites. Et après, en cas de besoin, les produits phyto-orphelins.

Pourquoi avez-vous décidé de soutenir le salon de la gastronomie d'outre-mer portée par Babette de Rozières en février prochain à Paris ?

Il y a déjà une présence des Outre-mer et des Antilles au salon international de l'agriculture. Elle est très importante et ces stands sont souvent prisés pour ce qu'ils représentent à la fois sur la culture alimentaire et sur la culture tout court. Les Antilles sont une partie intégrante de notre histoire. En même temps, avoir un salon spécifique sur la gastronomie des Outre-mer, comme le propose Babette de Rozières, me paraît être une initiative qui mérite un soutien parce que ça participe de la valorisation des Outre-mer. Ce salon sera un moment important et utile pour valoriser cette culture des Outre-mer qui a apporté beaucoup à la gastronomie française et qui porte en elle des spécificités et une richesse qu'il faut mettre en valeur.

Propos recueillis par FXG, à Paris

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