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Publié par fxg

Elizabeth Tchoungui, animatrice des Maternelles sur France 5.

Les-maternelles.jpgEn deux ans, Elizabeth Tchoungui a changé d’émission, eu un bébé, construit une maison au Cameroun et écrit un livre. Après des vacances bien méritées, elle revient en septembre à la tête des Maternelles pour une deuxième saison.

« Ca m’excite beaucoup les hommes qui ont un cerveau »

Après cette première saison passée à animer les Maternelles que vous avez reprise derrière Karine Lemarchand, quel bilan faites-vous ?

Le déclic, ça a été mon bébé. C’est une émission que je regardais beaucoup avant même d’être maman, car à travers l’enfance, on dit beaucoup de chose sur la société. J’aimais beaucoup le ton, la chaleur, la convivialité. Je voyais de vrais gens parler de vrais problèmes… Ce n’était pas de la télé réalité, des monstres de foire ou autre ! Quand je me suis retrouvée en congés maternité, je me suis retrouvée accro ! J’avais fait trois années très riches à France 24 à la tête du service culture, beaucoup de voyages, de festivals… J’allais être maman, il fallait lever le pied. C’est une des raisons qui m’a motivée à changer de chaîne. Comme j’avais animé avant le magazine culturel Ubik sur France 5, j’ai rappelé mes patrons. Plusieurs pistes se sont esquissées dont les Maternelles… C’était tellement raccord avec ma vie privée. Mon fils Alexandre va grandir avec moi aux Maternelles ! C’est une belle histoire.

Est-ce un mieux d’être maman pour animer les Maternelles ?

Je pense que c’est indispensable. Autant on peut être un gros fainéant et journaliste sportif (rires), autant faut-il être maman pour savoir de quoi on parle, pour être dans le ressenti. Si on débat de pour ou contre la péridurale et qu’on ne sait pas de quoi on parle, on reste vraiment dans la surface des choses.

Tchoungui.jpgQuelle la touche de l’animatrice Elizabeth Tchoungui ?

Ces Maternelles ont épousé une cause qui m’est proche, le nouveau féminisme. Pas les chiennes de garde…

Ni le mouvement MLF des années 1970 ?

Non… Le féminisme a évolué. Heureusement qu’elles ont été là parce qu’elles ont ouvert beaucoup de voies. Mais le féminisme des années 1970 s’est construit un peu en opposition au monde masculin, le féminisme des années 2010 doit se faire avec les hommes. J’ai l’impression d’avoir renforcé la touche militante qu’il y avait déjà sur certain sujet des Maternelles. J’ai accentué le devoir de veille.

Cette année, le public a-t-il été au rendez-vous ?

Ca a été une année de transition. Le décollage n’a pas été simple parce qu’il y avait une légère érosion de l’audience quand j’ai repris l’émission… Ajouter à cela un changement d’animatrice, ce n’est jamais facile sur une émission culte. Quand Karine Lemarchand a remplacé Maïtena, elle m’a confié qu’elle avait mis un an à s’approprier l’émission. Il y a eu des turbulences, le nuage volcanique Eyjafjolakul… Des chutes d’audience qui à un moment ont fait un peu jaser dans la presse, mais on a redressé la barre ! On aurait peut-être du profiter de mon arrivée pour changer l’émission de manière plus radicale. C’était la 9e saison et je pense que les mamans d’aujourd’hui ne sont pas les mêmes que celles d’il y a neuf ans. Le rythme et l’écriture télé se sont renouvelés. Il fallait faire un lifting… C’est arrivé en janvier avec l’arrivée d’une nouvelle rédactrice en chef. Aujourd’hui, on termine la saison à la hausse !

Qu’est-ce que vous avez fait ?

J’ai beaucoup poussé pour qu’on fasse des émissions spéciales et l’un de nos meilleurs scores, c’est l’émission qu’on a faite tout récemment sur les états généraux de la femme en partenariat avec le magazine Elle.Tchoungui-badinter-femme-bebe.jpg

Votre meilleur souvenir de cette saison ?

Si je devais retenir une chose, c’est une image qui représente les Maternelles avec son œcuménisme. Nous avons fait une spéciale autour du livre d’Elisabeth Badinter, Le conflit, la femme et la mère. Elle consacre un long passage à l’allaitement dans la durée expliquant que ca fait partie d’un retour à un courant naturaliste qu’elle analyse comme une manière de ramener la femme à la maison en temps de crise. Il y a eu des réactions très énervées de téléspectatrices. Elle était face à 14 mamans et à côté d’elle, une des invitées allaitait son bébé. C’était une image forte.

Vous souvenez-vous de votre première antenne ?

C’était sur Canal J, j’étais tétanisée… Je suis toujours tétanisée dans les premières. Pour le pilote des Maternelles, on avait gardé de l’ancien décor un escalier que je devais descendre sur deux marches avant de dire bonjour. Je savais ce qui allait se passer : j’ai descendu les deux marches et je me suis limite cassée la figure tellement j’avais le trac… Rires. Le trac continue à chaque changement d’émission.

Vous avez déclaré que l’interview que vous aviez réalisée avec George Clooney vous avait laissé un souvenir impérissable. Racontez-nous tout !

Les-Maternelles-2.jpgIl est sexy en diable mais surtout, il a un cerveau, ce qui n’est pas le cas d’autres stars que j’ai interviewées mais dont je ne citerai pas les noms ! Clooney, quand il parle du Darfour, c’est un vrai engagement pour lui. Quand il parle de politique, il sait de quoi il parle. Son père est maire d’une petite ville… Il a un cerveau et ça m’excite beaucoup les hommes qui ont un cerveau en plus d’être beaux ! Et puis il a ce don de vous faire sentir unique. J’avais presque l’impression, un moment donné, qu’il était en train de me draguer. Je pense en fait qu’il était juste dans son rôle de comédien, de séducteur. Ca fait partie de son métier mais du coup, on se sent choyée et on se prend à rêver qu’il pourrait se passer quelque chose… En même temps, il ne pouvait pas se passer grand-chose parce que sa copine de l’époque veillait au grain et restait à cinq mètres !

Vous rappelez-vous de la première fois où vous avez regardé la télé ?

Waouw ! Je ne me souviens pas de la première fois, mais je me souviens du contexte. Quand j’étais enfant et que je vivais au Cameroun, la télévision n’existait pas. J’ai donc réellement découvert la télé en allant en vacances chez ma grand-mère dans le Tarn… Je regardais Croque-Vacances.

Les-Maternelles-3.jpgL’envie de faire de la télé est-elle venue à ce moment-là ?

L’envie est venue plus tard quand, après avoir vécu mon adolescence à l’étranger, je suis revenue au Cameroun l’année de ma terminale. C’était les débuts de la télévision camerounaise et j’ai vu l’impact que ça avait. Les gens la regardaient ensemble, discutaient, commentaient… De voir cette télé, instrument de partage et fenêtre sur le monde, le déclic est venu.

Vous êtes membre du comité diversité du Centre national du cinéma. Quel regard portez-vous sur la diversité à la télévision ?

Les choses ont progressé mais elles doivent continuer à progresser. On ne résoudra pas tout en mettant quelques animateurs à l’antenne, en colorant un petit peu en façade. Ca doit être un travail de fond sur les mentalités, les réflexes au sein des chaînes. C’est pour ça que le comité diversité de France Télévisions a été créé. Il ne suffit pas d’être volontariste, il faut agir. La diversité fait de l’audience, France télévisions l’a montré, mais il y a des réflexes issus d’années de conditionnement avec une histoire, la colonisation, l’imaginaire collectif… Ca ne se règle pas en deux coups de cuiller à pot !

Avez-vous été confrontée au plafond de verre ?

Quand je présentais le JT jeune sur Canal J, j’ai été contactée par une chaîne privée pour un journal. Ca s’est joué dans un mouchoir de poche entre une autre présentatrice et moi et ils m’ont dit que je représentais encore une prise de risque. Cette anecdote a dix ans et depuis il y a eu des présentateurs…

Vous êtes passée par quasiment toutes les chaînes, se valent-elles toutes vis-à-vis de la diversité ?

Tchoungui-maternelles.jpgLa chaîne qui fait le moins d’effort, elle est diverse par sa nature, c’est ARTE. Elle reste d’abord franco-allemande et pas plus métissée que ça. Les autres chaînes, chacune à leur niveau, ont fait des efforts, avec des stratégies différentes. TF1 a été énorme avec le choix d’Harry Roselmack au 20 heures, mais ce ne sont pas eux qui se battent le plus pour la diversité dans la fiction. Canal a été précurseur avec des chroniqueurs ou des humoristes issus de la diversité, en même temps ils n’ont pas de présentateur d’émission phare issu de la diversité… Mais je trouve que les chaînes de la TNT font très peu d’effort alors qu’elles sont censées être un vivier…

Les Maternelles sont venues aux Antilles, auriez-vous envie de retourner en outre-mer ?

Il y a eu deux semaines spéciales aux Antilles avec des plateaux il y a deux ou trois ans… J’adorerai refaire ça… A la Réunion, par exemple, je signe tout de suite !

Vous vivez à Paris. Quels liens gardez-vous avec vos racines camerounaises ?

Ca se travaille parce qu’on peut vite se retrouver dans l’exil, dans la nostalgie… Perdre une partie de soi. J’y travaille de manière très concrète puisque j’y construis une maison dans un village de pêcheurs. Pour les instants, j’y retourne très régulièrement parce que mes parents sont là-bas, mais les parent, hélas, ne sont pas éternels et pour garder le sien, je me suis dit qu’il fallait construire une maison pour y amener mes enfants. J’ai des projets pour participer au développement du village qui nous a accueillis.Maternelles-plato.jpg

Où serez-vous à la rentrée de septembre ?

Je peux d’ores et déjà vous annoncer que je serai aux Maternelles à la rentrée avec un immense plaisir et des changements qui restent encore une surprise ! J’ai bien eu une proposition tentante pour un groupe privé mais… Non. Je fonctionne au feeling ; ça a pu me nuire mais si en France, on aime bien coller des étiquettes, je ne rentre dans aucun tiroir. Et puis la littérature m’aide beaucoup face à la cruauté du monde de la télévision. Elle est un refuge et une immense source de liberté et de satisfactions.

Tchoungui-maquillage.jpgVous préparez un nouveau roman ?

Il est enfin terminé et il sortira pour la rentrée littéraire. C’est un roman, Bamako Climax, toujours chez Plon. Récemment, je me trouvai fatiguée et j’ai réalisé qu’en deux ans, j’avais changé d’émission, eu un bébé, construit une maison et écrit un livre. Et tout ça, ça fait quand même beaucoup ! Je vais prendre des vacances bien méritées.

Propos recueillis par FXG (agence de presse GHM)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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