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11 novembre 2014 2 11 /11 /novembre /2014 07:40

Thierry Dol, un après sa libération

Libéré le 29 octobre 2013, l'ingénieur martiniquais est passé du statut d'otage à celui d'ex-otage. Son parcours de reconstruction reste un chemin bien difficile.

ursulet-et-Dol.JPGCe mercredi 5 novembre, à peine plus d'un an après sa libération des geôles d'Al Qaïda au Maghreb islamique (AQMI), au Mali, c'était la troisième fois que l'ingénieur en génie civil de la SOGEA-SATOM, Thierry Dol, était auditionné au pôle antiterroriste du palais de justice de Paris. A l'issue d'une journée entière, seul avec son avocat, face à la vice-présidente Poux, il est sorti bien éprouvé. Ces auditions s'inscrivent dans le cadre de l'instruction ouverte en 2010 pour déterminer l'identité des ravisseurs des quatre ex-otages français. La justice recueille ainsi les témoignages de Thierry Dol et de ses trois camarades de détention, Pierre Legrand, Daniel Larribe et Marc Ferret. La séquence de mercredi était éprouvante pour Thierry Dol car témoigner ainsi l'a replongé dans les affres de son terrible vécu, de ses trois longues années passées dans le reg  malien de l'adrar des Ifoghas, précisément à l'endroit où est tombé le 29 octobre dernier l'adjudant Thomas Dupuy, dans la vallée de l’Ametettaï, au sein du massif du Tigharghar, un an jour pour jour après sa libération.

Thierry Dol est arrivé de la Martinique il y a un mois pour recevoir des soins dans l'Hexagone et y subir des examens de santé car les conséquences de sa détention sont non seulement psychologiques, voire psychiatriques, mais également phyiques. Pendant trois ans, le Martiniquais a subi l'agressivité du paysage et du climat. Il a peu et mal dormi, à même le sol, avec une simple petite couverture chinoise, subi la chaleur la journée avec des températures grimpant jusqu'à 60 ° celsius, et le froid la nuit, environ 15 °. Durant l'hivernage, il pleuvait toutes les nuits et les otages étaient dévorés par les moustiques. Thierry Dol a souffert en outre de malnutrition et de déshydratation. L'eau qu'on leur servait à boire était stockée dans un fut contenant encore un fond de gasoil... C'est tout son organisme qui a ainsi été touché. C'est d'abord de cela que Thierry Dol a témoigné. A cette agressivité des éléments, s'ajoute celle des ravisseurs qui, sous couvert de religion, ont maltraité les otages psychologiquement. "On leur a fait payer le fait d'être différents, d'être Français, d'être des occidentaux", a confié Me Alex Ursulet, son avocat, à France-Antilles. "Ils ont subi un travail de conditionnement psychologique pour les déstabiliser dans leur être et dans leur propre spiritualité.". Toute forme de résistance ou de rébellion était sévèrement réprimée et l'évasion de Thierry a été très durement sanctionnée : "Il a été menotté et enchaîné pendant six mois." La clandestinité des ravisseurs avait aussi pour conséquence des changements de camp tous les dix jours... C'est ce voyage en barbarie que Thierry Dol a narré toute la journée de mercredi au juge d'instruction, revivant ainsi douloureusement son calvaire. Pendant sa détention, le recours, le secours de la foi l'a aidé à survivre. Aujourd'hui, Thierry Dol ne sait pas quand il va pouvoir revenir en Martinique. Ce statut d'ex-otage ne le lâche pas et le condamne à ne pas être déjà redevenu Thierry. Et cela, c'est irréparable.

"un ex-otage n'est pas encore un homme"

Ursulet-et-Dol-2.JPGLibre, Thierry Dol n'a pas encore renoué avec celui qu'il était avant son rapt à Arlit au Niger le 16 septembre 2010. "Depuis sa libération, raconte Me Ursulet, je le protège et je veille à ses intérêts." En l'occurrence, son conseil négocie avec le fonds de garantie pour la réparation de son préjudice. Si celle dernière est légitime parce que prévue par la loi, cette négociation confronte l'ancien otage à un véritable parcours du combattant. "Il la ressent, toute proportion gardée, comme une épreuve aussi difficile que sa détention, indique son conseil. Quand on sort d'une telle situation, on ne redevient pas pour autant un citoyen lambda, un homme parmi les hommes, on devient un ex-otage." Le chemin pour quitter ce statut d'ex-otage, pour recouvrer ses droits, sa dignité d'homme debout est encore long ! "Il doit retrouver ses marques dans la société civile, retrouver un emploi où il serait à l'abri de pareil risque", appuie son défenseur.

"Ecrire un nouveau chapitre"

Thierry-Dol.JPGCe qui demeure encore très pénible à Thierry Dol, c'est qu'il va devoir se soumettre à la fin du mois de novembre à une batterie d'expertises qu'il vit comme une nouvelle atteinte à son intégrité. Le fonds de garantie exige ces expertises et Thierry Dol va s'y plier, mais ce protocole, pour obligatoire qu'il soit, reste une machine froide face à laquelle, il a du mal à se sentir à l'aise. "Je voudrais tourner la page et je ne peux pas le faire..."

Thierry Dol a aujourd'hui 34 ans et voudrait "passer au chapitre suivant". Il est en arrêt-maladie, toujours employé de SOGEA-SATOM, cette filiale de Vinci, sous-traitant d'AREVA, et il vit de plus sous le joug d'une actualité qui ne cesse de mettre à la une les djihadistes qu'ils soient de Boko Haram, d'AQMI ou de Daech. "Cela aussi est une forme de conditionnement", avance son avocat. Et puis, il y a Serge Lazarevic, toujours otage... Si Thierry Dol s'exprime fort peu, c'est parce qu'il craint pour la vie de celui avec qui il a partagé quelques temps la détention.

Thierry Dol est toujours en contact avec Pierre Legrand, Daniel Larribe et Marc Ferret. Ils entretiennent désormais des rapports plus que fraternels, plus forts que l'amitié, des rapports marqués par le sceau de cette funeste et unique expérience vécue ensemble.

Pendant ces trois années au Mali, ils vivaient avec la peur quotidienne d'être exécutés. Aujourd'hui, cette angoisse s'estompe et Thierry Dol prend à peine conscience de sa liberté nouvelle. "Il avait tout perdu hors la vie et il faut aujourd'hui tout regagner, jour après jour, pas à pas, parce que la vie est là", résume Me Ursulet.

Sa vie intime, personnelle, est à reconstruire. Il aimerait tant retrouver son travail et sa place, s'installer quelque part et se faire oublier, redevenir celui qu'il était avant, juste un jeune ingénieur martiniquais qui, jusque-là, avait réussi sa vie.

FXG, à Paris

 


Reconnaissance éternelle et étonnement dérisoire

ursulet-dol-palais-justice.JPG"J'éprouve un reconnaissance éternelle envers mes compatriotes martiniquais qui ne m'ont jamais oublié et qui m'ont témoigné toute leur affection, leur solidarité, mais en même temps, j'ai la crainte de me confronter au monde. Il a changé si loin de moi..." Thierry Dol pardonne volontiers les maladresses involontaires de ceux qui le reconnaissent et qui veulent lui manifester de la sympathie. Tout ça est très difficile à gérer pour lui", témoigne son avocat.

Thierry Dol le laisse d'ailleurs parler quand Me Ursulet dit que son client a été choqué, étonné de certaines personnes qui se sont autoproclamées "son meilleur ami" alors qu'il ne les connaissait pas. "Il ne nous a pas échappé qu'il y a eu des élections avant et après sa libération, se risque son conseil. Son combat est ailleurs, il est pour lui-même, quelque fois contre lui-même. Le reste lui semble encore bien dérisoire."

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commentaires

gaby 12/11/2014 11:38


Dommage que ce soit son avocat qui parle et pas lui

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